LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102396

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102396

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102396
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril 2021 et 12 décembre 2022, M. A D, représenté par Me Laclau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 107 300 euros en réparation des préjudices subis.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée du fait des fautes commises durant le déroulement de sa carrière ; la baisse de ses évaluations, son retard d'avancement, les mauvaises appréciations quant à sa manière de servir, la suppression de la mission de référent culturel, la suppression de ses fonctions de professeur principal, le retrait de l'option cinéma, le comportement vexatoire de l'administration et la carence fautive de l'administration à ne pas le protéger en dépit de ses appels constituent autant d'illégalités fautives ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée du fait du harcèlement moral dont il a été victime ;

- il a subi des préjudices financiers respectivement de 30 000 euros au titre des heures supplémentaires non effectuées comme professeur d'audiovisuel, de 4 500 euros au titre des fonctions non exercées de professeur principal, de 2 800 euros au titre de la perte de sa mission de référent culturel et de 10 000 euros au titre de l'absence de promotion hors-classe en juin 2020 ;

- il a subi un préjudice moral évalué à 60 000 euros au titre de son traitement médicamenteux et des répercussions sur sa vie personnelle ;

- ces préjudices sont en lien direct avec l'engagement de la responsabilité de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que

- les créances éventuellement nées avant le 1er janvier 2016 sont prescrites ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.

Un mémoire, présenté pour M. D, a été enregistré le 4 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Par un courrier du 19 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

Un mémoire présenté pour M. D, en réponse à ce courrier, a été enregistré et communiqué le 23 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les commune et les établissements publics ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel ;

- le décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d'enseignement du second degré ;

- l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale ;

- la note de service ministérielle n° 2018-024 du 19 février 2018 ;

- la circulaire 2018-108 du 10 octobre 2018 relative au rôle du professeur principal dans les collèges et les lycées ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me Laclau, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est professeur titulaire en lycée professionnel dans la discipline lettres-histoire-géographie depuis le 1er septembre 2003. Par un courrier du 23 décembre 2020, il a formé une demande indemnitaire auprès du recteur de l'académie de Toulouse pour un montant total de 107 300 euros, à raison des différents préjudices qu'il allègue avoir subis. Le silence gardé par le recteur a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cette décision implicite ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser la somme demandée pour la réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite par laquelle le recteur a rejeté la demande indemnitaire préalable de M. D a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa requête, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la prescription quadriennale :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. "

4. Il résulte de l'instruction que M. D a formé une demande indemnitaire préalable par un courrier du 23 décembre 2020. Si le recteur oppose une fin de non-recevoir tirée de la prescription quadriennale pour les créances qui seraient nées avant le 1er janvier 2016, toutefois il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas même allégué, que les préjudices dont M. D demande la réparation seraient antérieurs à cette date. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée comme manquant en fait.

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

S'agissant de la responsabilité tirée d'illégalités fautives :

5. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait toutefois être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité.

Quant à l'évaluation portée par le recteur en 2018 :

6. Aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, dans sa rédaction applicable à la date de l'évaluation contestée par le requérant : " () Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après / 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité chargée d'établir le tableau annuel d'avancement tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 18 ; / Il est tenu compte de la situation respective des femmes et des hommes dans les corps et grades concernés, dans le cadre des lignes directrices de gestion prévues au même article 18. Le tableau annuel d'avancement précise la part respective des femmes et des hommes dans le vivier des agents promouvables et celle parmi les agents inscrits à ce tableau qui sont susceptibles d'être promus en exécution de celui-ci ; () ".

7. Aux termes de l'article 20-2 du décret du 6 novembre 1992 susvisé : " I.- Le recteur d'académie est l'autorité compétente pour évaluer, examiner les demandes de révision de l'appréciation finale de la valeur professionnelle, prononcer les promotions, attribuer les bonifications d'ancienneté, arrêter les tableaux d'avancement et classer : / 1° Les professeurs de lycée professionnel affectés dans un établissement d'enseignement du second degré ; () ". Aux termes de son article 20-6 : " Les modalités d'évaluation de la valeur professionnelle ainsi que les modalités d'élaboration et de communication du compte rendu sont définies par un arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale. "

8. Aux termes de la note de service ministérielle du 19 février 2018 susvisée : " () Peuvent accéder à la hors classe de leur corps les agents comptant au 31 août 2018 au moins deux ans d'ancienneté dans le neuvième échelon de la classe normale, y compris ceux qui sont stagiaires dans d'autres corps. () 4. Autorité compétente pour l'examen des dossiers / 4.1 Cas général / Les recteurs examinent les dossiers des personnels affectés dans leur académie () 5. Examen des dossiers et établissement des tableaux d'avancement / 5.1 Appréciation de l'expérience et de l'investissement professionnels / 5.1.1 Critères d'appréciation / Il vous revient d'apprécier qualitativement la valeur professionnelle des agents promouvables qui s'exprime principalement par la notation et par l'expérience et l'investissement professionnels et de proposer l'inscription au tableau d'avancement de chaque corps de ceux dont la valeur professionnelle vous semble pouvoir justifier une promotion de grade. Dans cet objectif, vous vous appuierez notamment sur la notation, le CV i-Prof de l'agent et sur les avis des corps d'inspection et des chefs d'établissements ou des autorités auprès desquelles les agents exercent leurs fonctions. / a. Notation / Lorsque les agents ont bénéficié d'une note, arrêtée au 31 août 2016 (ou 31 août 2017 pour les situations particulières) selon les orientations définies par la note DGRH B2-3 n°2016-0072 du 16 décembre 2016, celle-ci est nécessairement prise en compte pour l'appréciation que vous aurez à formuler. Vous veillerez à tenir compte, le cas échéant, de l'ancienneté de la note dans le cadre de votre appréciation. / b. Expérience et investissement professionnels / L'expérience et l'investissement professionnels s'apprécient sur la durée de la carrière. / 5.1.2 Recueil des avis des chefs d'établissement et des corps d'inspection / Ces avis sont recueillis au travers de l'application i-Prof. Un module intranet permet au chef d'établissement et à l'inspecteur compétents de consulter le dossier de promotion constitué pour chaque agent promouvable dans i-Prof et de formuler un avis. / Pour les personnels enseignants et CPE, vous recueillerez les avis des chefs d'établissement et des inspecteurs compétents. () / a. Objet des avis / Les avis se fondent sur une évaluation du parcours professionnel de chaque promouvable, mesurée sur la durée de la carrière, et englobent l'ensemble des critères de la valeur professionnelle qui valorise ce parcours professionnel. / b. Forme et contenu des avis / Ces avis se déclinent en trois degrés : / très satisfaisant ; / satisfaisant ; / à consolider. / L'avis " Très satisfaisant " doit être réservé à l'évaluation des enseignants promouvables les plus remarquables au regard des critères définis précédemment. / Le nombre d'avis " Très satisfaisant " pouvant être formulés par un même évaluateur est limité à 20 % du nombre total des avis qu'il lui appartient de formuler. Les évaluateurs veilleront à une répartition équilibrée de ces avis entre les différents échelons de la plage d'appel. / Lorsque le ratio résultant de l'application de cette règle correspond à un nombre comportant une décimale, celui-ci est arrondi au nombre entier supérieur. Lorsque l'effectif des personnels à évaluer est inférieur ou égal à cinq, l'évaluateur ne peut formuler qu'un seul avis " Très satisfaisant ". / Vous ferez en sorte que chaque enseignant promouvable puisse effectivement prendre connaissance des avis émis sur son dossier par le chef d'établissement et l'inspecteur compétents dans un délai raisonnable avant la tenue de la commission administrative paritaire académique. () 5.1.3 Appréciation des recteurs / Vous formulerez une appréciation qualitative, fondée sur un examen approfondi de la valeur professionnelle, qui porte sur l'expérience et l'investissement professionnels de chaque agent promouvable. Cette appréciation sera formulée à partir de la notation et des avis rendus. / L'appréciation que vous porterez doit correspondre à l'un des quatre degrés suivants : / - excellent ; / - très satisfaisant ; / - satisfaisant ; / - à consolider. / Pour chacun des échelons de la plage d'appel, vous veillerez à contingenter le nombre d'appréciations " Excellent " et " Très satisfaisant " pouvant être attribuées aux agents promouvables. Par exemple, pour chacun des échelons, 10 % des promouvables pourront bénéficier de l'appréciation " Excellent " et 45 % de l'appréciation " Très satisfaisant ". () ".

9. Il est constant que, dans le cadre de l'établissement du tableau d'avancement au grade " hors classe " à compter du 31 août 2018, M. D a reçu un avis " satisfaisant " par l'inspecteur E national et un avis " A consolider " par son chef d'établissement, puis une appréciation " A consolider " par le recteur, le 11 juin 2018, laquelle a été modifiée en " Satisfaisant ", c'est-à-dire le troisième degré d'appréciation sur quatre, à la suite de la commission administrative paritaire académique du 15 juin 2018. L'intéressé soutient que l'évaluation du recteur constitue une faute du fait de son caractère illégal, dès lors qu'il avait obtenu un avis " Exceptionnel " durant les sept années précédentes, que son rapport d'inspection en 2014 était particulièrement élogieux, qu'il a reçu les palmes académiques en 2015, puis l'insigne de chevalier de l'ordre national du mérite par la ministre E nationale en 2016. D'une part, si le recteur fait valoir que l'appréciation qu'il a portée reposait sur la comparaison entre les enseignants concernés, et ne se fondait pas sur les précédentes évaluations de l'intéressé, toutefois il résulte des dispositions précitées que, si les deux premières appréciations, à savoir " Excellent " et " Très satisfaisant ", sont effectivement attribuées à un nombre contingenté d'enseignants, toutefois l'appréciation doit tenir compte de l'expérience et de l'investissement professionnel de chaque agent, lesquels s'apprécient sur la durée de la carrière. D'autre part, si le recteur fait également valoir que l'avis " Exceptionnel " n'est plus prévu, il ne donne aucun commencement d'explication à l'avis " Satisfaisant " attribué à M. D en 2018, soit le troisième degré d'appréciation, alors que ce dernier avait obtenu la meilleure appréciation possible lors des sept années précédentes. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le recteur a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation et a, partant, entaché son appréciation d'illégalité.

Quant aux refus de le nommer chargé de l'option cinéma, professeur principal et référent culturel :

10. Aux termes de l'article R. 421-10 du code de l'éducation : " En qualité de représentant de l'Etat au sein de l'établissement, le chef d'établissement : / 1° A autorité sur l'ensemble des personnels affectés ou mis à disposition de l'établissement. Il désigne à toutes les fonctions au sein de l'établissement pour lesquelles aucune autre autorité administrative n'a reçu de pouvoir de nomination. Il fixe le service des personnels dans le respect du statut de ces derniers ; () ".

11. Aux termes de la circulaire du 10 octobre 2018 précitée, applicable au litige : " Au sein des équipes pédagogiques, les professeurs principaux sont désignés par le chef d'établissement, conformément aux dispositions de l'article R. 421-10 du Code de l'éducation, avec l'accord des intéressés, en fonction de leurs qualités pédagogiques, de leurs aptitudes aux tâches d'organisation, au travail en équipe, au dialogue quel que soit leur interlocuteur. "

12. Aux termes de l'article 3 du décret du 20 août 2014 susvisé : " Au titre d'une année scolaire, les enseignants mentionnés à l'article 1er du présent décret peuvent, pour répondre à des besoins spécifiques et avec leur accord, exercer des missions particulières soit au sein de leur établissement, soit à l'échelon académique sous l'autorité du recteur de l'académie. / Les enseignants exerçant ces missions peuvent bénéficier d'un allègement de leur service d'enseignement attribué sur décision du recteur de l'académie. Lorsque la mission est réalisée au sein de l'établissement, la décision du recteur intervient après proposition du conseil d'administration de l'établissement d'affectation de l'enseignant. "

13. D'une part, si M. D soutient qu'il a été professeur principal de 2009 à 2018, référent culturel de son lycée de 2008 à 2018 et chargé de l'option cinéma de 2012 à 2016, toutefois il ne résulte pas des dispositions précitées, non plus que d'aucune autre, que ces circonstances lui auraient octroyé un droit à exercer ces missions pour les années scolaires postérieures. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que ces mesures seraient illégales. D'autre part, et au surplus, il résulte de l'instruction que la mission de référent culturel a été exercée par une autre enseignante, également expérimentée, à la suite de la fusion du lycée Rostand et du lycée du Bois. En outre, si le requérant soutient que le proviseur a refusé de le désigner pour être en charge de l'option cinéma à la rentrée 2016 alors même qu'il aurait été le seul enseignant certifié pour cela, il n'établit pas, par le seul courriel du 20 octobre 2016 qu'il verse à l'instruction, postérieur de deux mois à cette décision qui, certes, témoigne d'une incompatibilité d'humeur entre les deux personnes susnommées, sans toutefois révéler de mesure vexatoire, et encore moins de représailles de la part du chef d'établissement, que cette mesure aurait constitué une sanction déguisée. Enfin, il résulte de l'instruction que M. D n'a plus demandé à être professeur principal à partir de la rentrée 2019. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que ces trois mesures, dont l'une est intervenue deux ans après les deux autres, traduiraient une discrimination ou une sanction, ou caractériseraient une faute de l'administration.

14. Par suite, M. D n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité fautive des décisions par lesquelles son chef d'établissement a refusé de lui confier l'option cinéma à la rentrée 2016, puis les missions de professeur principal et de référent culturel à la rentrée 2018 pour rechercher la responsabilité du rectorat au soutien de sa demande indemnitaire.

Quant à la carence fautive de l'administration :

15. D'une part, un comportement vexatoire de l'administration à l'encontre d'un agent sur une longue durée constitue, indépendamment des dispositions prohibant le harcèlement moral dans la fonction publique, une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration. Lorsque l'agent contribue, par son attitude, à la dégradation des conditions de travail dont il se plaint, cette circonstance est de nature à conduire à un partage de responsabilité entre l'administration et l'agent.

16. M. D soutient que l'appréciation portée par le recteur en juin 2018, et les refus de lui confier les missions de professeur principal et de référent culturel, ainsi que de chargé de l'option cinéma, caractérisent un comportement vexatoire. Si l'appréciation portée par le recteur est entachée d'illégalité, ainsi qu'il a été dit, en revanche l'absence de désignation par le chef d'établissement pour être en charge d'abord de l'option cinéma, à la rentrée 2016, puis des missions de professeur principal et de référent culturel, à la rentrée 2018, soit deux ans plus tard, lesquelles ne constituaient pas des droits acquis, ainsi qu'il a été exposé ci-avant, n'ont pas dégradé ses conditions de travail et, par conséquent, ne sont pas de nature à caractériser un comportement vexatoire de l'administration à son encontre, étant observé qu'il ne verse au dossier aucun témoignage de collègues ou d'élèves qui abonderait en ce sens.

17. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre. "

18. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

19. Si M. D soutient qu'il n'a pas été soutenu et protégé par son administration, toutefois le recteur fait valoir, sans être contredit, qu'il n'a jamais sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle. De plus, il résulte de l'instruction que l'intéressé a été reçu en entretien par son inspecteur en mars 2018, qu'il a refusé un entretien avec son chef d'établissement en juin 2018, qu'il a ensuite été reçu en entretien au rectorat par la directrice des personnels enseignants et par un inspecteur E nationale le 23 novembre 2018, puis par son chef d'établissement le 13 décembre 2019, et enfin au rectorat par l'adjointe à la directrice des personnels enseignants et par la référente " avancement " le 23 janvier 2020. Dans ces conditions, le requérant, qui ne verse pas de pièces probantes en ce sens, n'est pas fondé à soutenir que l'administration l'aurait laissé dans une situation d'isolement professionnel.

20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à se prévaloir d'une carence fautive de son administration, non plus que d'une attitude vexatoire à son encontre.

S'agissant du harcèlement moral :

21. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " Aux termes de l'article L. 133-3 de ce code : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un agent public en raison du fait que celui-ci : / 1° A subi ou refusé de subir les faits de harcèlement sexuel mentionnés à l'article L. 133-1, y compris, dans le cas mentionné au 1° de cet article, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés, ou les agissements de harcèlement moral mentionnés à l'article L. 133-2 ; () ".

22. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

23. D'abord, M. D soutient que son ancien proviseur, M. B, aurait eu un comportement agressif à son égard. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 13, le seul courriel du 20 octobre 2016 qu'il verse en ce sens, s'il témoigne certes d'une incompatibilité d'humeur entre les deux personnes susnommées, ne révèle en revanche aucune mesure vexatoire, et encore moins de représailles de la part du chef d'établissement. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que ce différend serait en lien avec l'absence de renouvellement à M. D de l'option cinéma, intervenue à la rentrée 2016, soit plus de deux mois avant ce courriel. Ensuite, si le requérant se prévaut du comportement de ses chefs d'établissement suivants à son égard, toutefois il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas des échanges de courriels avec M. C, tant au sujet de la mission de référent culturel les 4, 5 et 6 octobre 2018, que concernant l'option cinéma, les 29 et 30 novembre 2018, que ces derniers auraient commis des agissements constitutifs de harcèlement moral. En outre, l'absence de renouvellement des fonctions de référent culturel, justifié par la fusion de deux lycées, et de professeur principal, à la rentrée 2018, ne constituent pas une dégradation de ces conditions de travail, ainsi qu'il a été précédemment exposé. Dans ces conditions, la circonstance que l'appréciation portée par le recteur en juin 2018 soit entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ne saurait suffire à établir l'existence d'un harcèlement moral à son encontre.

24. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été victime d'un harcèlement moral de la part de ses supérieurs hiérarchiques successifs.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices financiers :

25. En premier lieu, d'une part, M. D soutient, sans que cela ne soit contesté, qu'il n'a obtenu que 115 points au titre du tableau d'avancement au grade " hors-classe " dressé en 2018, alors qu'il fallait 155 points pour accéder à la hors-classe. Il résulte des dispositions de la note ministérielle du 19 février 2018 susvisée qu'il aurait obtenu 20 points de plus avec une appréciation " Très satisfaisant " et 40 points de plus avec une appréciation " Excellent ". Si l'appréciation " Satisfaisant " portée par le recteur est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, pour les motifs exposés au point 9, en revanche il ne résulte pas de l'instruction que M. D aurait dû obtenir l'appréciation " Excellent ", qui seule lui aurait permis de passer au grade " hors-classe ". Ainsi, le lien de causalité entre l'illégalité commise par le recteur et le préjudice financier dont il se prévaut au titre de son manque à gagner n'est pas établi. D'autre part, si M. D évalue ce préjudice financier à 10 000 euros, il ne le justifie par aucune pièce, ni aucun élément de calcul. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent être rejetées, en toutes hypothèses.

26. En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 10 à 14 que les refus de désigner M. D chargé de l'option cinéma à la rentrée 2016, professeur principal et référent culturel à la rentrée 2018 ne sont pas entachés d'illégalité. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

S'agissant du préjudice moral :

27. Il résulte de l'instruction que le recteur avait initialement attribué à M. D l'appréciation " à consolider ", qui n'a été transformée en " satisfaisant " qu'à la suite de la contestation de l'intéressé, puis de la commission administrative paritaire académique du 15 juin 2018. En outre, alors que cette dernière appréciation est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, ainsi qu'il a été exposé au point 9, l'administration a refusé de la modifier malgré les demandes écrites formulées par l'intéressé au recteur et au ministre le 27 juin 2018, lors de l'entretien, organisé à sa demande, avec la directrice des personnels enseignants et avec un inspecteur de l'éducation nationale, par un courrier du 17 décembre 2018 adressé au recteur, et enfin lors d'un entretien avec l'adjointe à la directrice des personnels enseignants et avec la référente " avancement " du rectorat, le 23 janvier 2020. Dans ces conditions, M. D, qui démontre avoir entrepris de nombreuses démarches pour contester cette décision illégale, et vécu comme une dépréciation de son travail et de sa valeur professionnelle, est fondé à demander la réparation d'un préjudice moral à cet égard. En revanche, il résulte de ce qui a été exposé aux points 21 à 24 que M. D n'a pas été victime de harcèlement moral. Au surplus, le seul certificat médical du 24 juin 2020, qui indique que " selon ses dires, ses troubles seraient en lien avec des difficultés sur son lieu de travail " ne saurait établir un lien de causalité entre son état médical et sa situation professionnelle.

28. Par suite, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en l'évaluant à 2 000 euros.

29. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. D une somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 2 000 euros à M. D en réparation de son préjudice moral.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions