mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102434 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 28 avril 2021, et des pièces enregistrées les 29 septembre 2021, 27 mai 2022 et 12 septembre 2022, M. G H, représenté par Me Desfarges, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1) à titre principal, d'annuler la décision du 22 septembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté son recours administratif préalable contre la décision du 27 août 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant total de 9 499,23 euros pour la période d'avril 2019 à août 2020 ;
2) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise de sa dette ;
3) d'enjoindre au conseil départemental de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification à venir, sous peine d'astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard ;
4) de mettre à la charge du conseil départemental de la Haute-Garonne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnus dès lors que la décision contestée résulte d'un traitement algorithmique ;
- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision contestée est irrégulière dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été consultée par l'auteur de la décision ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- les droits de la défense ont été méconnus en violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en effet, il n'a pas reçu le rapport d'enquête et n'a pu formuler d'observations à son sujet et le recours administratif préalable obligatoire n'a pu pallier cette carence ;
- le seul fait de constater que le bénéficiaire du RSA aurait résidé plus de 92 jours à l'étranger ne suffit pas à regarder le RSA comme indu ; il est sans domicile fixe, alterne les lieux de séjour entre Toulouse, Nice et l'Italie mais n'a jamais cessé d'avoir sa résidence stable et continue en France ;
- il bénéficie du droit à l'erreur du fait de la complexité des dispositifs d'aide sociale et des fautes commises par la CAF et le département de la Haute-Garonne, notamment en s'abstenant de vérifier son dossier et d'un manquement à leur devoir d'information ;
- il est dans une situation financière précaire qui l'empêche de rembourser sa dette ;
- la plainte du département déposée à son encontre a été classée sans suite par le procureur.
Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2021 et le 4 juillet 2022, le département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision contestée a été régulièrement prise, signée et motivée par Mme D B qui bénéficie d'une délégation de signature de la part du président du conseil départemental en date du 24 juin 2020 ;
- l'indu en litige est fondé ; le requérant n'apporte pas la preuve d'une résidence stable et continue en France ainsi que d'un temps de séjour à l'étranger annuel inférieur à 90 jours ;
- les moyens tirés du non-respect du principe du contradictoire et de la présomption innocence sont inopérants dès lors que le rapport du contrôleur assermenté de la caisse n'est pas une mesure de sanction susceptible de méconnaître les droits à la défense tels que protégés par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le moyen tiré de la complexité de la législation en matière d'aide sociale est sans conséquence sur la régularité de la décision contestée ;
- le caractère frauduleux de l'indu fait obstacle à toute remise de dette ;
- l'instruction pénale lancée à l'encontre du requérant est à ce jour encore en cours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. F de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de M. F de Hureaux et les observations de Mme C, pour le département de la Haute-Garonne, qui persiste dans ses écritures et rappelle que le requérant n'a pas déclaré toutes ses ressources et ne peut être regardé comme ayant sa résidence en France, ont été entendus et la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. H est bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) depuis janvier 2013. A la suite d'un contrôle diligenté par les services de la CAF de la Haute-Garonne le 30 juillet 2020, il a été constaté que M. H avait omis d'indiquer ses séjours à l'étranger lors de ses déclarations trimestrielles et ne pouvait plus être regardé comme résidant de manière stable et continue sur le territoire français. La régularisation de ses droits au RSA par les services de la CAF a généré un indu d'un montant de 9 499,23 euros pour la période de juin 2017 à septembre 2020, décision notifiée au requérant le 3 septembre 2020. Par courrier du 22 septembre 2020, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne rejetait le recours administratif de M. H et confirmait la suspicion de fraude retenue envers le requérant. M. H a saisi le défenseur des droits d'une médiation préalable obligatoire le 3 décembre 2020, laquelle s'est clôturée sans succès le 2 mars 2021. Par la présente, M. H demande au tribunal l'annulation de la décision du 22 septembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. " Aux termes de l'article L. 262-45 du même code : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées () ".
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur :
4. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée du 22 septembre 2020 a été signée par Mme D B, qui bénéficiait d'une délégation de signature du président du conseil départemental de la Haute-Garonne du 24 juin 2020 régulièrement affichée et publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens tirés de l'insuffisance de motivation :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3° () imposent des sujétions ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
6. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision du 22 septembre 2020, que celle-ci comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement et précise la nature de la prestation et le montant de la somme réclamée ainsi que le motif et la période, depuis janvier 2019. Elle précise également qu'une suspicion de fraude est retenue et qu'une plainte sera déposée devant le tribunal correctionnel. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve de l'application du 2° de l'article L. 311-5, une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. " Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision ; 2° Les données traitées et leurs sources ; 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; 4° Les opérations effectuées par le traitement. "
8. En deuxième lieu, si M. H fait valoir que la décision attaquée du 22 septembre 2020, par laquelle le président du conseil départemental de la Haute-Garonne a rejeté son recours administratif a été prise à l'issue d'un traitement algorithmique, il résulte de l'instruction que c'est à la suite d'une enquête administrative diligentée à l'initiative du département de la Haute-Garonne et effectuée par la CAF que l'indu en litige a été mis à la charge du requérant. En outre, M. H ne soutient pas même qu'il aurait vainement sollicité de l'administration les règles définissant le traitement algorithmique allégué et ses principales caractéristiques. Le moyen doit ainsi, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de saisine préalable de la commission de recours amiable :
9. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'État. " Aux termes de l'article R. 262-60 du même code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention. () ". Aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / L'avis de la commission et la décision du président du conseil départemental sont motivés. " Aux termes de l'article 5 de la convention signée entre la CAF et le département de la Haute-Garonne : " Le département assure directement, sans saisine de la Commission de recours amiable, l'examen des recours gracieux concernant les décisions liées aux conditions d'ouverture ou de maintien du droit au RSA. ".
10. Si M. H soutient que la commission de recours amiable de la CAF aurait dû être saisie de sa demande, il est constant que les stipulations de l'article 5 de la convention signée entre la CAF et le département de la Haute-Garonne excluent une telle saisine. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des droits à la défense :
11. Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale () ".
12. M. H soutient que ses droits à la défense ont été méconnus, dès lors qu'il n'a pas été informé des conclusions du contrôleur assermenté, qu'il n'a pas été invité à comparaître pour émettre ses observations, et que la motivation de la décision ne lui a pas permis de se défendre utilement. Toutefois, les stipulations précitées ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions lorsqu'elles statuent sur des droits ou obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale, et non aux procédures administratives. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait méconnu les règles relatives au droit à un procès équitable et notamment le principe du contradictoire, en violation des stipulations de l'article 6 précité en ne communiquant pas le rapport d'enquête établi au mois de juillet 2020 doit être écarté. De même, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 6, la décision attaquée est suffisamment motivée et M. H a pu faire valoir toute observation utile dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire auquel la décision attaquée répond. En outre, M. H a exercé une médiation préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. Dans ces conditions, alors qu'au surplus le rapport d'enquête lui a été communiqué dans le cadre de la présente instance, M. H ne peut sérieusement soutenir que les droits de la défense auraient été méconnus.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision du 22 septembre 2020 :
13. Il résulte des dispositions rappelées au point 3 que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
14. Il résulte de l'instruction et notamment des relevés bancaires produits dans la présente instance et des termes du rapport d'enquête qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, qu'apparaissent sur les comptes bancaires de M. H des dépenses régulières de première nécessité, en Italie et notamment à Rome, depuis juin 2017, au moins aussi fréquentes que ses dépenses effectuées en France ainsi que des revenus non déclarés pour les mois de février, mars et avril 2019. Par ailleurs, il est constant que M. H, qui se déclare sans-domicile fixe, n'est pas enregistré aux services de la CPAM ni du centre communal d'action sociale (CCAS) de Toulouse, que l'adresse de son domicile est inconnue et qu'il a effectué depuis l'étranger 4 de ses 10 déclarations trimestrielles enregistrées auprès de la CAF entre juin 2017 et juillet 2020. En outre, M. H, à qui il incombait de déclarer à la CAF tout changement de situation, se borne à indiquer qu'il se rend en Italie fréquemment pour prendre des cours de langue dans le but de trouver un emploi sans en apporter la preuve et n'apporte aucun élément susceptible de fonder une résidence stable et continue en France. A cet égard, M. H produit deux attestations d'hébergement, à Nice, entre juin 2017 et décembre 2019, par M. E qui précise que l'intéressé a déménagé à Toulouse en janvier 2019 et à Marseille, entre juin 2017 et octobre 2020, par son frère Ny Aina H. Étant donné que l'intéressé ne pouvait résider simultanément à Marseille et à Nice, la valeur probante de ces attestations, dont l'une au moins est mensongère, est insuffisante pour établir la réalité d'une résidence stable et continue en France, en l'absence de tout autre élément. En tout état de cause, il ressort des termes même des échanges entre le requérant et le défenseur des droits que M. H ne souhaite pas ou ne peux pas apporter d'éléments de nature à contester utilement la décision prise par le président du conseil départemental, malgré les multiples opportunités de le faire qui se sont offertes à lui. En conséquence, les omissions de déclaration des séjours à l'étranger de M. H, qui n'apporte par la preuve d'une résidence stable et continue en France, doivent être regardées comme délibérément commises par le requérant dans l'exercice de ses obligations, revêtant ainsi le caractère de fausses déclarations.
En ce qui concerne l'exception de prescription :
15. Les dispositions de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles, rappelées au point 3 de la présente décision, prévoit une prescription biennale, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 14, les omissions déclaratives du requérant revêtent le caractère de fausses déclarations. Par suite, l'exception de prescription, à la supposer soulevée par M. H, doit être écartée.
16. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que le département de la Haute-Garonne a pu mettre à la charge de M. H l'indu en litige, qui est fondé dans son principe et son montant.
Sur la demande de remise gracieuse :
17. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
18. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
19. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
20. Il résulte de ce qui a été dit au point 14 qu'en ayant dissimulé à la CAF les sommes perçues aux mois de février, mars et avril 2019 et ses absences répétées du territoire pour la période de juillet 2017 à mai 2019, M. H s'est rendu coupable de fausses déclarations, il n'entre donc pas dans les prévisions du droit à l'erreur prévu par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, quelle que soit sa situation de précarité, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 22 septembre 2020 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. H est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. G H et au département de la Haute-Garonne.
Copie en sera délivrée à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Alain F de HureauxLa greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026