mercredi 15 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102506 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, M. B A, représenté par Me Lapuelle, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté de communes des Coteaux Bellevue à lui verser la somme de 22 810 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa réclamation préalable et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du renouvellement abusif de ses contrats à durée déterminée ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes des Coteaux Bellevue le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le recours abusif de la communauté de communes des Coteaux Bellevue aux contrats à durée déterminée de 2007 à 2021 est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- il a subi un préjudice financier caractérisé par une perte de rémunération correspondant aux trois mois de carence subis annuellement, évaluée à 12 810 euros, et par une perte de rémunération résultant de la stagnation de sa rémunération depuis 2007, évaluée à 5 000 euros ;
- il a subi un préjudice moral en raison de la situation de précarité professionnelle dans laquelle il a été maintenu pendant plusieurs années, qu'il évalue à la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, la communauté de communes des Coteaux Bellevue, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la créance est prescrite au titre de la période antérieure au 4 janvier 2017.
Par une ordonnance du 6 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Foucard, substituant Me Lapuelle, représentant M. A,
- et les observations de Me Niang, représentant la communauté de communes des Coteaux Bellevue.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté en qualité d'assistant spécialisé d'enseignement artistique par la communauté de communes des Coteaux Bellevue, pour exercer les fonctions de musicien intervenant dans les écoles, par contrats à durée déterminée d'une durée de trois à neuf mois, du 1er octobre 2007 jusqu'au 30 juin 2021. Par un courrier du 30 décembre 2020, M. A a demandé à la communauté de communes des Coteaux Bellevue à être indemnisé des préjudices causés par le recours abusif à ces contrats à durée déterminée successifs. Cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, M. A demande au tribunal la condamnation de la communauté de communes des Coteaux Bellevue à lui verser la somme de 22 810 euros en réparation de ces préjudices.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la faute commise par la communauté de communes des Coteaux Bellevue du fait du renouvellement abusif des contrats à durée déterminée de M. A :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version en vigueur du 21 février 2007 au 14 mars 2012 : " () Ces collectivités et établissements peuvent, en outre, recruter des agents non titulaires pour exercer des fonctions correspondant à un besoin saisonnier pour une durée maximale de six mois pendant une même période de douze mois et conclure pour une durée maximale de trois mois, renouvelable une seule fois à titre exceptionnel, des contrats pour faire face à un besoin occasionnel ". Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 précitée dans sa version applicable à compter du 14 mars 2012 : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs ".
3. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours, en application des dispositions mentionnées au point 2, à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
4. Il résulte de l'instruction que du 1er octobre 2007 au 30 juin 2021, soit sur une période de treize ans et neuf mois, M. A a été recruté par vingt-trois contrats à durée déterminée d'une durée de trois à neuf mois, régulièrement renouvelés, pour exercer des fonctions d'intervenant musical dans les écoles des mois d'octobre à juin. La communauté de communes des Coteaux Bellevue n'apporte aucun élément de nature à établir que M. A a été recruté pour exercer des fonctions correspondant à un besoin saisonnier ou faire face à un besoin occasionnel, alors qu'il a bénéficié, sur cette période, de contrats de travail de manière ininterrompue, à l'exception des vacances scolaires d'été. Il doit ainsi être regardé comme ayant occupé, pendant presque quatorze années consécutives, un emploi répondant à un besoin permanent de la communauté de communes. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que la communauté de communes des Coteaux Bellevue a recouru abusivement à une succession de contrats à durée déterminée.
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :
5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".
6. Le délai dont disposait le requérant pour faire valoir sa créance liée aux préjudices qu'il a subis à raison du renouvellement abusif des contrats à durée déterminée qu'il a conclus avec la communauté de communes des Coteaux Bellevue a commencé à courir à la date à laquelle a pris fin cette situation abusive, soit le 30 juin 2021, date à laquelle son dernier contrat est arrivé à son terme. Dès lors, la créance dont se prévaut M. A n'était pas prescrite lorsqu'il a présenté, le 4 janvier 2021, sa demande indemnitaire préalable auprès de la communauté de communes des Coteaux Bellevue. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à opposer, sur le fondement des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968, la prescription de la créance.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices subis :
7. En premier lieu, ainsi que le fait valoir M. A, la conclusion de contrats à durée déterminée successifs avec des interruptions estivales a fait obstacle à une rémunération au titre de ces périodes, qui lui aurait été attribuée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il sera fait une juste appréciation du préjudice financier subi par M. A en l'évaluant à la somme de 7 000 euros.
8. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne garantit aux agents contractuels employés pour une durée indéterminée une évolution de leur rémunération indiciaire. M. A n'est dès lors pas fondé à invoquer un préjudice financier à cet égard, alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a bénéficié d'une augmentation de sa rémunération au cours de sa carrière au sein de la collectivité.
9. En troisième et dernier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. A en l'évaluant à la somme de 3 000 euros.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la condamnation de la communauté de communes des Coteaux Bellevue à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait du renouvellement abusif de ses contrats de travail à durée déterminée.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
11. La réclamation indemnitaire de M. A a été reçue par la communauté de communes des Coteaux Bellevue le 4 janvier 2021. M. A a droit aux intérêts à compter de cette date, ainsi qu'à leur capitalisation chaque année à compter du 4 janvier 2022, première échéance à laquelle une année entière d'intérêts était due.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la communauté de communes des Coteaux Bellevue au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes des Coteaux Bellevue la somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté de communes des Coteaux Bellevue est condamnée à verser à M. A une somme de 10 000 euros, majorée des intérêts à compter du 4 janvier 2021 et de leur capitalisation chaque année à compter du 4 janvier 2022.
Article 2 : La communauté de communes des Coteaux Bellevue versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la communauté de communes des Coteaux Bellevue au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes des Coteaux Bellevue.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.
La rapporteure,
M. D
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef :
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026