vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102530 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2102530, le 2 mai 2021, le 3 février 2022 et le 1er juillet 2022, M. C B, représenté par Me Marco, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le musée Toulouse-Lautrec à lui verser la somme de 71 000 euros, en réparation de la faute commise par le musée Toulouse-Lautrec en l'exposant à une situation de harcèlement moral ;
2°) de mettre à la charge du musée Toulouse-Lautrec une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le musée qui a profité de sa première période de congé pour invalidité temporaire imputable au service pour modifier sa fiche de poste et la vider de ses attributions, alors qu'il était en congé de maladie en raison du harcèlement moral auquel le soumettait la conservatrice de l'établissement, pour les confier à un conservateur par la création d'un échelon hiérarchique supérieur, sans l'en informer, sans lui attribuer de fonction claire au jour de sa reprise, et en refusant de répondre à ses sollicitations sur son reclassement, a eu à son égard un comportement vexatoire constitutif de harcèlement moral;
- il a subi un préjudice en raison du comportement vexatoire de l'établissement, ouvrant droit à réparation à hauteur de 15 000 euros ;
- il a subi des troubles dans ses conditions d'existence devant être indemnisés à hauteur de 40 000 euros ;
- il a subi un préjudice de carrière qui peut être évalué à 10 000 euros ;
- il a engagé une somme de 6 000 euros au titre des frais nécessaires pour assurer sa défense, qui doit lui être remboursée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 octobre 2021, le 17 février 2022 et le 13 juin 2022, le musée Toulouse-Lautrec, représenté par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 4 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 juillet 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistré sous le n° 2102536, le 3 mai 2021 et le 4 février 2022, M. C B, représenté par Me Marco, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 29 décembre 2020 et 18 janvier 2021 par lesquelles le musée Toulouse-Lautrec d'Albi a décidé que ses congés de maladie seraient pris en charge au titre de la maladie ordinaire à compter du 1er janvier 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 25 février 2021 contre ces décisions ;
2°) d'enjoindre au musée Toulouse-Lautrec de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge du musée Toulouse-Lautrec une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses congés de maladie, qui ne sont que la poursuite de son congé pour invalidité temporaire imputable au service depuis le 30 novembre 2018 auraient dû être pris en charge comme tel, au titre de sa maladie professionnelle, à la suite de sa consolidation ;
- le musée ne l'a pas reclassé et lui a demandé de continuer à adresser des avis d'arrêt de travail ordinaires en méconnaissance de l'obligation de reclassement prévue par l'article 85-1 de la loi du 26 janvier 1984.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 octobre 2021, 17 février 2022 et 13 juin 2022 le musée Toulouse Lautrec, représenté par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par ordonnance du 16 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 1er juillet 2022.
Par courrier du 15 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de faire usage de la possibilité qui lui est offerte par le deuxième alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative lui permettant de prescrire d'office une mesure d'exécution de son jugement, en l'espèce une injonction de placer M. B en congé d'invalidité temporaire imputable au service du 1er janvier 2021 au 18 mars 2021.
Vu :
- l'ordonnance n° 2103849 du juge des référés du tribunal du 5 juillet 2022.
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lequeux, rapporteure,
- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marco, représentant M. B et de Me Lecarpentier, représentant le musée Toulouse-Lautrec.
Une note en délibéré a été présentée pour M. B le 24 janvier 2024 dans l'instance n° 2102530.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté en qualité de secrétaire général par le musée Toulouse-Lautrec, sous contrat à durée déterminée, à compter du 15 janvier 2009. Par arrêté du 13 janvier 2014, M. B a été titularisé en qualité d'attaché territorial à compter du 1er janvier 2014. M. B a été placé en congé pour invalidité imputable au service à compter du 30 novembre 2018. Lors de sa séance du 15 octobre 2019, la commission de réforme a considéré que le congé pour invalidité imputable au service était justifié par le caractère professionnel de la maladie du requérant. Le 25 février 2020, M. B a été de nouveau examiné par le médecin expert, lequel a indiqué que la date de consolidation pouvait être fixée au 25 février 2020, que le taux d'incapacité permanente partielle (IPP) devait être fixé à 15 % et qu'une reprise à mi-temps thérapeutique pouvait être envisagée. Aux termes d'un procès-verbal en date du 24 juin 2020, la commission de réforme a rendu un avis favorable à la reconnaissance du caractère professionnel de la maladie de M. B à compter du 30 novembre 2018, a précisé que les arrêts de travail depuis cette date étaient à prendre en charge au titre de la maladie professionnelle et a déclaré que la date de consolidation devait être fixée au 19 février 2020 avec un taux d'IPP de 15 %. La commission a précisé par ailleurs que les arrêts de travail du 19 février 2020 au 28 juin 2020 étaient à prendre en " charge en post-consolidation ". L'état de santé de Monsieur B s'étant dégradé, il a de nouveau été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à partir du 1er juillet 2020. La commission de réforme, dans son avis du 17 décembre 2020, suivant les conclusions du médecin expert ayant examiné le requérant le 14 septembre 2020, a indiqué que la période du 1er juillet 2020 au 30 décembre 2020 devait être prise en charge au titre d'une rechute pour maladie professionnelle. La commission a, par ailleurs, précisé que la reprise du travail sur le lieu de travail n'était pas possible. Le musée Toulouse-Lautrec a suivi cette proposition et a placé le requérant en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 1er juillet 2020 au 31 décembre 2020. Le 29 décembre 2020, le musée a informé M. B de ce que, compte tenu des conclusions de la commission de réforme, il serait maintenu en congé de maladie ordinaire à compter du 1er janvier 2021 dans l'attente de l'avis du comité médical amené à se prononcer sur son aptitude à une reprise d'activité. Par un recours gracieux présenté le 25 février 2021, M. B a contesté les décisions des 29 décembre 2020 et 18 janvier 2021. Il a également présenté une demande indemnitaire préalable. La séance du comité médical saisi pour se prononcer sur l'aptitude de M. B à un emploi s'est déroulée le 18 mars 2021 et a rendu un avis considérant que l'agent était inapte définitivement au poste de secrétaire général du musée Toulouse-Lautrec mais pas inapte à son cadre d'emploi d'attaché territorial. Par décision du 7 avril 2021, le musée a décidé, d'une part, de déclarer l'inaptitude totale de l'intéressé à son poste de secrétaire général et, d'autre part, compte tenu de son aptitude aux emplois de son cadre d'emploi, de procéder au reclassement de l'intéressé, en l'informant que ses congés de maladie durant cette période de recherche d'emploi à compter du 1er avril 2021 seraient des congés de maladie ordinaire.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes n° 2102530 et n° 2102536 concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58./ Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () ". Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 janvier 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / () IV. - Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. () ".
4. Il résulte de ces dispositions, que l'agent souffrant d'une maladie dont le caractère imputable au service est établi, est placé en congé pour invalidité imputable au service jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. En l'espèce, ce n'est que par un avis du 18 mars 2021 que le comité médical saisi pour avis, a indiqué au musée Toulouse-Lautrec que si M. B était inapte définitivement à son poste de secrétaire général de cet établissement, il n'était pas inapte à son cadre d'emploi d'attaché territorial, et était donc en état de reprendre son service, au sens de ces dispositions. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que, bien qu'il ait perçu l'intégralité de son traitement sur la période, l'administration a méconnu les dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en estimant que les arrêts de maladie transmis à compter du 1er janvier 2021 relevaient du régime du congé de maladie ordinaire, alors qu'il aurait dû être, le temps que le comité médical se prononce sur son aptitude à reprendre le service et que l'administration puisse prendre une décision sur sa situation, placé en congé d'invalidité imputable au service.
5. M. B est fondé, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, à demander l'annulation des décisions des 29 décembre 2020 et 18 janvier 2021 par lesquelles la présidente du musée Toulouse-Lautrec a décidé de la prise en charge des arrêts maladie transmis au titre du régime de congé maladie ordinaire.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
6. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'exercice d'un tel harcèlement moral est établi, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
8. Le requérant, qui fait valoir qu'il a été victime de harcèlement moral au cours de l'exercice de ses fonctions, fait tout d'abord état des relations conflictuelles entretenues avec la conservatrice en poste jusqu'en 2020, qui a conduit à son premier arrêt pour maladie reconnue imputable au service. Toutefois, outre qu'il ne produit aucune pièce ou élément de fait précis en attestant, hormis un rapport relatant une demande de traiter en urgence un marché public, il résulte en tout état de cause de l'instruction que, conscient de l'existence de difficultés relationnelles entre M. B et la conservatrice, l'établissement a arrêté une nouvelle organisation en 2017, qui a permis de placer le requérant sous l'autorité hiérarchique directe de la présidente du musée et non sous celle de la conservatrice. En outre, la reconnaissance de l'imputabilité au service de ces arrêts de maladie ne saurait établir à elle seule l'existence d'un comportement de harcèlement moral à son égard. Ensuite, s'il soutient que les conditions de son retour dans son emploi en mi-temps thérapeutique en juin 2020 révèlent une situation de harcèlement moral, dès lors que son positionnement hiérarchique n'était pas clairement défini, il n'établit pas avoir été à cette occasion soumis à des faits qualifiables de harcèlement moral, d'autant plus qu'il n'a rejoint son emploi que pour un temps très bref. M. B ne saurait davantage reprocher à l'établissement d'avoir reconstitué l'organisation de travail qui prévalait avant 2017, alors que ni ses attributions, ni sa rémunération n'ont été modifiées. Enfin, il résulte de l'instruction que s'il a bénéficié d'une information tardive de l'avis du comité médical du 18 mars 2021 sur son aptitude à un autre poste relevant de son cadre d'emploi, des propositions d'affectation lui ont été présentées, après qu'il ait été réintégré en surnombre, dès lors qu'une vacance correspondante était établie et notamment une proposition à laquelle l'intéressé a répondu favorablement pour un poste de responsable des ressources numériques et de documentation de la commune d'Albi. Si son reclassement n'est intervenu que par arrêté du 16 mars 2022, soit un an après que le comité médical se soit prononcé sur son aptitude, cette seule circonstance n'est pas par elle-même constitutive d'un fait susceptible de faire présumer une situation de harcèlement moral. Contrairement à ce qu'il soutient, l'administration n'est donc pas restée silencieuse et n'a pas ignoré ses demandes. Enfin, la faute relevée au point 5 résultant de l'illégalité fautive de son placement en congé de maladie ordinaire à compter du 1er janvier 2021 ne permet pas à elle seule de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dès lors, au surplus, qu'il a conservé sa rémunération à plein traitement sur la période.
9. Il résulte de ce qui précède que la situation de harcèlement moral qu'invoque M. B n'est pas établie. Ses conclusions à fin d'indemnisation présentées sur le fondement du comportement fautif de l'administration ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
10. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
11. Il résulte de l'instruction que l'imputabilité au service de la maladie de M. B a été reconnue par la commission de réforme le 15 octobre 2019 et que ses arrêts de maladie à compter du 30 novembre 2018 ont été pris en charge par son employeur au titre de la maladie professionnelle imputable au service dont il était atteint, ainsi que les différentes expertises médicales menées au cours de la procédure administrative d'examen de sa situation médicale l'avaient préconisé. Le caractère professionnel de cette maladie n'est pas contesté par le musée Toulouse-Lautrec. Il est dès lors possible à M. B d'engager la responsabilité sans faute du musée Toulouse-Lautrec en vue d'obtenir la réparation des conséquences dommageables de cette maladie.
12. M. B demande réparation du comportement vexatoire qu'il a subi de la part de son employeur et réclame à ce titre une somme de 15 000 euros en réparation de ce préjudice. Toutefois, ce poste de préjudice est exclusivement lié aux fautes dont il se prévaut, qui, ainsi qu'il a été dit au point 9, ne sont pas établies.
13. Dans le cadre de l'engagement de la responsabilité sans faute de l'établissement, M. B est exclusivement fondé à demander la réparation de préjudices autres que ceux relatifs à la perte de revenus ou à l'incidence professionnelle. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'indemnisation du préjudice de carrière qu'il dit avoir subi.
14. Si M. B sollicite une indemnité de 6 000 euros en réparation des frais d'avocat engagés pour sa défense et occasionnés par le dépôt des différentes demandes qu'il a été amené à formuler, d'une part il n'établit ni la réalité de ces frais, ni leur lien avec la maladie imputable au service dont il souffre, et d'autre part, les frais d'avocat relatifs à la présente instance ne peuvent être mis à la charge de l'établissement qu'au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
15. Enfin, M. B demande réparation des troubles dans les conditions de l'existence et du préjudice moral subi en raison tant du comportement fautif du musée Toulouse-Lautrec, que de son incapacité à travailler liée à sa maladie. Eu égard aux troubles et perturbations de tous ordres intervenus dans la vie personnelle et professionnelle du requérant du fait de la maladie professionnelle dont il a été atteint, il pourra être fait une juste appréciation du préjudice moral qui a résulté pour M. B de son placement en arrêt de travail pour maladie à caractère professionnel du 30 novembre 2018 au 18 mars 2021 à la somme de 2 500 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. /La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
17. Le présent jugement, qui annule les décisions attaquées, eu égard au motif de cette annulation, implique nécessairement que M. B soit placé en congé d'invalidité imputable au service du 1er janvier 2021 au 18 mars 2021. Il y a lieu d'enjoindre au musée Toulouse-Lautrec de prendre une décision en ce sens dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 29 décembre 2020 et du 18 janvier 2021 de la présidente du musée Toulouse-Lautrec sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au musée Toulouse-Lautrec de placer M. B en congé d'invalidité imputable au service du 1er janvier 2021 au 18 mars 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le musée Toulouse Lautrec est condamné à verser à M. B une somme de 2 500 euros (deux mille cinq cents euros).
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au musée Toulouse-Lautrec.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
La rapporteure,
A. LEQUEUX
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°s 2102530 et 2102536
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026