jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102724 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS SALESSE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 mai 2021, 21 juin 2021, 10 janvier 2022 et 21 février 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'Université Toulouse-III Paul Sabatier, prise en la personne de son président et représentée par Me Crespelle, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner les sociétés Projet 310, venant aux droits de l'atelier Christophe Balas, Edeis, anciennement SNC-Lavalin et venant aux droits de Laumond-Faure Ingénierie, Apave Sudeurope SAS, Malet, Travaux d'habitation et bâtiment industriel (THBI), SNEI et Entreprise Travaux Plâtrerie (ETP) à lui verser la somme de 2 981 413, 68 euros HT, soit 3 577 696,42 euros TTC au titre de la garantie décennale des constructeurs, ou à défaut la somme de 2 494 609,64 euros HT, soit 2 993 531,57 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner les seules sociétés Projet 310, venant aux droits de l'atelier Christophe Balas, et Edeis, anciennement SNC-Lavalin et venant aux droits de Laumond-Faure Ingénierie, à lui verser la somme de 2 981 413, 68 euros HT, soit 3 577 696,42 euros TTC au titre de la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre, ou à défaut la somme de 2 494 609,64 euros HT, soit 2 993 531,57 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
3°) de rejeter les demandes d'expertise complémentaire ;
4°) de mettre à la charge des sociétés défenderesses le paiement de la somme de 8 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- aucune expertise supplémentaire n'est nécessaire ;
- la responsabilité solidaire des entreprises mises en cause doit être engagée sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ; les désordres constatés sont de nature décennale ;
- à défaut, la responsabilité contractuelle du maître d'œuvre doit être engagée en raison de son défaut de conseil lors de la réception de l'ouvrage ;
- ses préjudices financiers sont évalués à 3 577 696,42 euros TTC, ou à défaut à 2 993 531,57 euros TTC ;
- elle ne bénéficie pas du fond de compensation de la TVA ;
- il n'y a pas lieu d'appliquer un abattement pour vétusté, ou en tout état de cause pas après octobre 2011, date d'apparition des désordres.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, la société Projet 310, venant aux droits de l'atelier Christophe Balas et représentée par Me Darnet, demande au tribunal :
1°) la réouverture des opérations d'expertise judiciaire ;
2°) à titre principal, le rejet des conclusions tendant à sa condamnation solidaire avec les autres sociétés défenderesses sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ;
3°) à titre subsidiaire, le rejet des conclusions tendant à sa condamnation solidaire sur le fondement de la responsabilité contractuelle ;
4°) en tout état de cause, de condamner solidairement les sociétés Apave, Edeis, THBI, Malet, SNEI et ETP à la garantir de toutes condamnations ;
5°) de condamner tout succombant aux entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- le rapport de l'expert judiciaire ne contient aucune analyse technique de l'étude de faisabilité de travaux de reprise du 23 décembre 2019 ;
- les désordres en litige ne lui sont pas imputables ; sa responsabilité décennale n'est pas engagée et elle doit être mise hors de cause ;
- elle n'a commis aucune faute ; sa responsabilité contractuelle ne peut pas être engagée ;
- le montant des travaux avancé par l'université n'est pas justifié, non plus que les frais d'honoraires de son conseil.
Par un mémoire, enregistré le 2 novembre 2021, la société Edeis, anciennement SNC-Lavalin, venant aux droits de la société Laumond-Faure Ingénierie, représentée par Me Cabalet, demande au tribunal :
1°) d'ordonner un complément d'expertise judiciaire confié à M. A avec pour mission de vérifier la validité des chiffrages actualisés sollicités par l'Université Toulouse III ;
2°) à titre subsidiaire de limiter à la somme de 2 622 016,79 euros TTC le montant des travaux pouvant être alloués à l'Université Toulouse-III et de limiter sa part de responsabilité dans les désordres en litige à 7,5 % ;
3°) de condamner les sociétés Projet 310, Apave Sudeurope, Malet, THBI, SNEI et ETP à la relever et garantir de toutes condamnations au-delà de ce taux ;
4°) de condamner tout succombant au paiement d'une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les désordres affectant les plâtreries, le revêtement des sols extérieurs ne sont pas de nature décennale ;
- les désordres affectant le revêtement des sols extérieurs sont imputables à la société Positive, dans le cadre d'un autre marché conclu avec le maître d'ouvrage, et sont donc extérieurs au marché en litige ;
- l'origine des désordres affectant la maçonnerie et la structure n'est pas établie ;
- le montant du préjudice allégué par l'université diffère de celui de l'expert judiciaire et n'est pas justifié ; le montant à allouer aux travaux de reprise ne saurait excéder 2 622 016,79 euros TTC ;
- le montant des honoraires du conseil de l'université ne saurait être opposé aux parties défenderesses ;
- elle doit être mise hors de cause ; à défaut, sa responsabilité ne saurait excéder 15%.
Par des mémoires enregistrés les 19 novembre 2021 et 10 février 2022, la société Apave Sudeurope SAS, représentée par Me Berthiaud, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés Projet 310, Edeis, Malet, THBI et ETP à la relever et garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre ;
3°) à titre très subsidiaire, de limiter l'indemnisation de l'Université à la somme retenue par l'expert, soit 2 185 013,99 euros, d'en déduire la somme de 236 635,89 euros au titre de la norme RT2012 et de rejeter la demande d'indemnisation formée par l'Université à hauteur de 90 263,27 euros HT au titre des frais et honoraires d'avocat ;
4°) dans l'hypothèse où une part de responsabilité viendrait à être imputée au contrôleur technique, de rejeter toute demande de condamnation solidaire à son encontre et condamner solidairement les sociétés Projet 310, Edeis, Malet, THBI et ETP à la relever et garantir pour tout ce qui excéderait la part de responsabilité qui viendrait à lui être imputée ;
5°) en tout état de cause, de rejeter les appels en garantie formés à son encontre ;
6°) en tout état de cause, de condamner tout succombant à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- certains désordres sont résolus ; elle n'est visée par l'expert judiciaire que pour la présence de fissurations et de traces de pliage, ainsi que pour des problèmes de plâtrerie ;
- elle doit être mise hors de cause ; les désordres ne lui sont pas imputables ;
- le désordre lié aux problèmes de plâtrerie est imputable à la société ETP ; le désordre lié au revêtement de l'aire de jeux est imputable à la société Malet, qui était en charge du contrôle des travaux effectués par son sous-traitant, la société Positive ;
- la société SNEI est en partie responsable de l'infiltration d'eau au droit de l'appui des menuiseries situées sur la surélévation de la terrasse ;
- à titre subsidiaire, elle doit être garantie de toute condamnation par les sociétés THBI, Projet 310, Edeis et ETP ;
- le montant des travaux doit être limité au chiffrage retenu par l'expert, soit 2 185 013,99 euros HT ; l'université n'est pas fondée à demander l'actualisation du coût des travaux dès lors qu'elle ne démontre pas qu'elle n'aurait pas pu les entreprendre plus tôt ; elle n'est pas non plus fondée à ajouter les coûts liés à l'application de la norme RT 2012, qui constitue une plus-value apportée à l'ouvrage ;
- le montant des honoraires du conseil de l'université ne lui est pas opposable.
Par un mémoire enregistré le 18 novembre 2021, ainsi que des mémoires enregistrés les 31 janvier et 21 février 2022 qui n'ont pas été communiqués, la société SNEI, représentée par Me Salesse, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de débouter l'Université Toulouse-III des demandes dirigées à son encontre ; de prononcer sa mise hors de cause et de mettre à la charge de l'Université la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés Projet 310, Edeis, Apave Sudeurope, Malet, THBI et ETP à la relever et garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre, de limiter les travaux de réparation à la somme arrêtée par l'expert judiciaire, de rejeter la demande de l'Université au titre de la reprise de l'étanchéité en toiture et de ramener à de plus justes proportions la somme réclamée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle était titulaire du lot n°3 " étanchéité " et elle est étrangère aux désordres en litige ;
- le montant de l'indemnisation fixé par l'expert judiciaire, à savoir 2 142 582,61 euros TTC, auquel s'ajoute les frais de maîtrise d'œuvre pour 292 354,71 euros TTC, doit être entériné ;
- les frais de remboursement de la reprise de l'étanchéité en toiture, pour un montant de 1 530 euros, sont à la charge du maître de l'ouvrage, qui doit entretenir son ouvrage.
Par un mémoire enregistré le 19 novembre 2021, les sociétés SPIE Batignolles Malet et Entreprise Travaux Plâtrerie (ETP), représentées par Me Serdan, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de les mettre hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, de limiter le montant des travaux de reprise au chiffrage retenu par l'expert judiciaire, soit 2 185 013,99 euros HT, et de condamner les sociétés Projet 310, Edeis, Apave Sudeurope, THBI et SNEI à les relever et garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ;
3°) à titre très subsidiaire, de limiter la part d'imputabilité d'ETP à 15% de la reprise du désordre n°5 affectant les plâtreries, soit 1 352 euros TTC, de limiter la part d'imputabilité de la société Malet à la seule reprise du désordre n°9 affectant le revêtement de l'aire de jeux, soit 21 186 euros TTC, de condamner les sociétés Projet 310, Edeis, Apave Sudeurope, THBI et SNEI à les relever et garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre et de limiter la quote-part des frais d'expertise et des frais irrépétibles à hauteur de la part d'imputabilité retenue ;
4°) en tout état de cause, de condamner tout succombant à leur verser à chacune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elles font valoir que :
- elles doivent être mises hors de cause ; les désordres affectant la maçonnerie et la structure ne leur sont pas imputables ;
- l'université bénéficie des attributions du fond de compensation de la TVA ; la TVA doit donc être déduite du montant des indemnisations ;
- le montant des travaux ne saurait excéder celui proposé par l'expert judiciaire pour l'option de construction sur un nouveau site ;
- le montant des honoraires du conseil de l'université ne leur est pas opposable ;
- les sociétés Projet 310, Edeis, Apave Sudeurope, THBI et SNEI, responsables des désordres en litige, doivent les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre ; à défaut, la part de responsabilité de la société ETP ne saurait excéder 15% des désordres affectant la plâtrerie, soit 0,05 % du montant des travaux de reconstruction retenu par l'expert, tandis que celle de la société Malet ne saurait excéder le montant des travaux de reprise du revêtement de l'aire de jeux, soit 0,81 % du montant des travaux de reconstruction retenu par l'expert.
Par un mémoire, enregistré le 6 janvier 2022, la société Travaux d'habitation et bâtiment industriel (THBI), représentée par Me Gillet, demande au tribunal :
1°) de juger que sa responsabilité ne peut être engagée que pour les fissurations sur les éléments de maçonnerie et de structures avec des traces de pliage et pour les fissures sur les ouvrages de plâtrerie, de statuer ce que de droit sur la condamnation solidaire des sociétés Projet 310, Edeis, Apave Sudeurope, ETP, Malet et THBI, et de laisser à la charge du maître d'ouvrage une part de responsabilité à hauteur de 25% ;
2°) de condamner les sociétés Projet 310, Edeis, Apave Sudeurope, ETP et Malet à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, dans une proportion qui ne saurait être inférieure à 50% ;
3°) de rejeter la solution de démolition-reconstruction préconisée par M. A et de retenir la solution réparatoire proposée par le BET Technisphère, et de limiter le coût des travaux de reprise à la somme de 424 827,96 euros TTC ;
4°) à défaut, de limiter, avant application d'un partage de responsabilité à l'encontre du maître d'ouvrage, le coût de la démolition et de la reconstruction à la somme de 1 740 053,39 euros ;
5°) en tout état de cause, de condamner tout succombant à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- elle a intégralement sous-traité la pose des briques à la société EBR Constructions ; les désordres affectant la maçonnerie et la structure ne lui sont pas imputables ;
- l'université a commis une faute en imposant la pose de briques monomur dans le cadre de la démarche HQE (haute qualité environnementale) ; sa responsabilité doit donc être évaluée à 25 % ;
- le coût des travaux de reprise doit être évalué à 424 827,96 euros, comme le propose le bureau d'études Technisphere ; à titre subsidiaire, il ne saurait excéder le chiffrage de l'expert judiciaire ;
- la norme RT 2012 n'était pas applicable au marché en litige ; les coûts correspondant à cette norme doivent donc être déduits du coût total de construction ;
- un taux de vétusté de 20% doit être pratiqué car huit ans se sont écoulés entre sa réception en juillet 2018 et l'expertise judiciaire sollicitée en juillet 2016 ;
- il n'y a pas lieu d'actualiser l'indice BT 01 dès lors que les travaux pouvaient être engagés dès le dépôt du rapport de l'expert.
Vu :
- l'ordonnance n° 1601877 du 8 juillet 2016 ;
- l'ordonnance n° 1601877 du 15 octobre 2020 par laquelle la vice-présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A à 52 862,19 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts ;
- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée ;
- le cahier des clauses administratives générales des professions intellectuelles approuvé par le décret n° 78-1306 du 26 décembre 1978 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Alamargot, représentant l'Université Toulouse-III Paul Sabatier, de Me Lonjou, représentant la société Projet 310, de Me Gillet représentant la société THBI, et de Me Serdan, représentant les sociétés Batignolles Malet et ETP.
Considérant ce qui suit :
1. L'université Toulouse-III Paul Sabatier a passé plusieurs marchés publics de travaux pour la construction d'une crèche universitaire. Par un acte d'engagement du 11 novembre 2005, elle a conclu un marché de maîtrise d'œuvre n° 05MAPA040 avec l'atelier Christophe Balas, aux droits duquel intervient la société Projet 310, et avec la société Laumond-Faure, aux droits de laquelle intervient la société Edeis. Un marché de contrôle technique n° 05MAPA053 a été conclu avec la société Apave Sudeurope. Par un acte d'engagement du 29 mars 2007, le lot n° 1 " voirie et réseaux divers " a été attribué à la société SPIE Batignolles Malet. Par un acte d'engagement du 11 avril 2007, le lot n° 2 " maçonnerie - gros œuvre " a été attribué à la société Travaux d'habitation et bâtiment industriel (THBI). Par un acte d'engagement du 19 janvier 2007, le lot n° 3 " étanchéité " a été attribué à la société SNEI. Par un acte d'engagement du 27 avril 2007, le lot n° 4 " plâtrerie " a été attribué à la société Entreprise travaux plâtrerie (ETP). La réception des travaux avec réserves a été prononcée le 11 juillet 2008. Les réserves ont été levées par l'université le 27 juillet 2009. A la suite de l'apparition de désordres, l'université a saisi le tribunal, qui a confié une expertise judiciaire à M. A, par l'ordonnance susvisée du 8 juillet 2016. M. A a rendu son rapport d'expertise le 4 juin 2020. Par la présente requête, l'université demande l'engagement de la responsabilité décennale des entreprises précitées in solidum, et leur condamnation à lui verser la somme de 3 577 696,42 euros TTC euros, ou à défaut la somme de 2 993 531,57 euros TTC, au titre des travaux de reconstruction nécessaires à la réparation de son préjudice.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la garantie décennale des constructeurs :
2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables
S'agissant du caractère décennal des désordres :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
Quant aux fissurations sur la maçonnerie et la structure, et aux traces de pliage :
4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert judiciaire, que de multiples fissures et traces de pliages sont apparues sur le bâtiment de la crèche, certaines traversantes, d'autres à la jonction de murs ou d'éléments de la structure. Ce désordre est évolutif, marqué par l'apparition de spectres qui se transforment plus tard en fissures, lesquelles sont de plus en plus marquées. Il en résulte aussi que ce désordre, qui a un caractère structurel et s'étend en particulier à la très grande majorité des façades, entraîne des problèmes d'isolation thermique et acoustique, ainsi que d'infiltrations d'eau, d'une ampleur telle qu'ils rendent l'ouvrage impropre à sa destination.
Quant aux infiltrations d'eau :
5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert judiciaire, que le bâtiment de la crèche est atteint par plusieurs infiltrations d'eau, la principale étant située au droit de l'appui des menuiseries situées sur la surélévation de la terrasse, que ces infiltrations sont à l'origine de dégâts des eaux répétés, qui sont allés jusqu'à causer l'effondrement d'une dalle du faux-plafond, mentionnée notamment dans le dire du 20 décembre 2019, et qu'elles ont un caractère évolutif marqué par l'apparition de nouvelles infiltrations, telle que celle apparue dans l'angle gauche près de l'accueil du bureau, mentionnée par le dire n° 17 du 29 janvier 2020. Ces désordres, nombreux et évolutifs, sont une source de dangers, en particulier en raison du risque avéré de chute de dalles, qui rendent l'ouvrage impropre à sa destination à plus forte raison en ce qu'il est destiné à l'accueil de très jeunes enfants.
Quant aux désordres affectant la plâtrerie :
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert judiciaire, que les ouvrages de plâtrerie présentent de nombreux désordres. Ainsi, de multiples fissures apparues sont apparues, notamment au droit de la distribution centrale côté nord-ouest, au droit de la distribution centrale près des locaux techniques et à proximité de l'accueil. Ces désordres, dont le caractère évolutif est avéré par leur aggravation durant le temps de l'expertise, sont à l'origine de failles de sécurité, en particulier en ce qu'ils privent les cloisons coupe-feu de leur office, et sont ainsi de nature à rendre cet ouvrage impropre à sa destination.
Quant aux désordres affectant des huisseries :
7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert judiciaire, que des problèmes ont été constatés sur des ouvrants de menuiseries en aluminium dans le local de la classe situé du côté de la cour. Ainsi, certaines baies ne peuvent plus coulisser ou être fermées, tandis que d'autres ne peuvent pas être retirées. Si ces malfaçons sont à l'origine de la chute d'une fenêtre qui a blessé une salariée, le 8 septembre 2015, toutefois il ne résulte pas de l'instruction que ces désordres, localisés et non évolutifs, seraient de nature à provoquer un nouvel accident similaire. Dans ces conditions, ils ne peuvent pas être considérés comme de nature à porter atteinte à la solidité de l'ouvrage ni à le rendre impropre à sa destination.
Quant au revêtement du sol de l'aire de jeux :
8. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert judiciaire, que le revêtement de l'aire de jeux n'adhère pas au sol en de nombreux points, se fissure et se déchire, cette dernière circonstance amenant de jeunes enfants à en porter des morceaux à la bouche, ce qui rend l'ouvrage impropre à sa destination. Par suite, il convient de retenir le caractère décennal de ces désordres.
9. Il résulte de ce qui précède que les désordres présentés aux points 4, 5, 6 et 8, dont il est constant qu'ils n'étaient pas visibles lors de la réception des travaux, le 11 juillet 2008, et qu'ils sont apparus dans un délai de dix ans à compter de cette date, sont de nature décennale, tandis que les désordres affectant des huisseries, mentionnés au point 7, ne le sont pas.
S'agissant de l'imputabilité des désordres de nature décennale :
10. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ne peut en être exonéré, outre le cas de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
11. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du cahier des clauses administratives particulières applicable aux titulaires du marché de maîtrise d'œuvre de l'ouvrage en litige, lequel leur confie notamment des missions relatives au contrôle technique, à la direction des travaux, à la vérification de la conformité du projet d'exécution et au suivi de l'exécution des travaux, que les deux responsables de la maîtrise d'œuvre pour les travaux en litige, représentés dans la présente instance par les sociétés Projet 310 et Edeis, étaient chargés de la conception et du suivi des travaux. Par suite, les désordres de nature décennale précités leur sont imputables.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-23 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages. / Il intervient à la demande du maître de l'ouvrage et donne son avis à ce dernier sur les problèmes d'ordre technique, dans le cadre du contrat qui le lie à celui-ci. Cet avis porte notamment sur les problèmes qui concernent la solidité de l'ouvrage et la sécurité des personnes. " Aux termes de l'article L. 111-24 du même code, désormais repris à son article L. 125-2 : " Le contrôleur technique est soumis, dans les limites de la mission à lui confiée par le maître de l'ouvrage à la présomption de responsabilité édictée par les articles 1792, 1792-1 et 1792-2 du code civil, reproduits aux articles L. 111-13 à L. 111-15, qui se prescrit dans les conditions prévues à l'article 2270 du même code reproduit à l'article L. 111-20. / Le contrôleur technique n'est tenu vis-à-vis des constructeurs à supporter la réparation de dommages qu'à concurrence de la part de responsabilité susceptible d'être mise à sa charge dans les limites des missions définies par le contrat le liant au maître d'ouvrage. " Il résulte de ces dispositions que l'obligation de garantie décennale s'impose, en vertu des principes dont s'inspirent les articles 1792 et 1792-4-1 du code civil, non seulement aux architectes et aux entrepreneurs, mais également au contrôleur technique lié par contrat au maître de l'ouvrage dans la limite de la mission qui lui a été confiée
13. Il résulte de l'instruction que la société Apave Sudeurope, contrôleur technique des travaux en litige, était chargée d'une mission " LP " relative à la solidité des ouvrages, dont le cadre est notamment prévu par l'annexe A (normative) " missions de base " de la norme française NF P 03-100 de septembre 1995 " critères généraux pour la contribution du contrôle technique à la prévention des aléas techniques dans le domaine de la construction ", et en particulier du paragraphe A.1.1 qui prévoit que : " Les aléas techniques à la prévention desquels le contrôle technique contribue au titre de la mission L, sont ceux qui, découlant de défauts dans l'application des textes techniques à caractère réglementaire ou normatif, sont susceptibles de compromettre la solidité de la construction achevée ou celle des ouvrages et éléments d'équipement indissociables qui la constituent. " Dans ces conditions, s'il résulte de l'instruction, en particulier des chronos nos 10, 29 et 34 versés à l'instance par la société Apave Sudeurope, que cette dernière a bien émis des avis, parfois assortis de réserves, sur les parties d'ouvrages qui ont par la suite été l'objet des désordres précités, notamment en ce qui concerne les fissures sur les joints des briques " monomur ", ou encore l'absence de joint de dilatation nécessaire pour la plâtrerie, toutefois sa mission ne portait que sur la solidité de l'ouvrage. Or, s'il résulte de ce qui a été exposé aux points 3 à 9 que les désordres en litige rendent l'ouvrage impropre à sa destination, en revanche il n'en résulte pas qu'ils compromettraient sa solidité. Par suite, les désordres de nature décennale mentionnés au point 9 ne lui sont pas imputables, et cette société doit être mise hors de cause.
14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la maçonnerie et la structure, sur lesquelles sont apparues des fissures et des traces de pliage, relèvent du lot n° 2 attribué à la société THBI, que la plâtrerie, également fissurée, relève du lot n°4 attribué à la société ETP, tandis que le revêtement de l'aire de jeux, qui se décolle et se déchire, relève de l'avenant conclu avec l'entreprise Batignolles Malet dans le cadre de la construction de l'ouvrage en litige. Par suite, ces désordres de nature décennale leur sont également imputables, sans préjudice des contrats de sous-traitance conclus respectivement par les sociétés THBI et Batignolles Malet avec les sociétés EBR et Positive. En revanche, si la société SNEI était titulaire du lot " étanchéité ", il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que les infiltrations mentionnées au point 5 sont imputables à l'entreprise Menuiserie métallique, titulaire du lot n° 9 et qui n'est pas partie au présent litige, ainsi qu'à la maîtrise d'œuvre en raison d'un défaut de conception. Par suite, la société SNEI, à laquelle aucun des désordres de nature décennale n'est imputable, doit être mise hors de cause.
15. Il résulte de ce qui précède que les désordres mentionnés au point 9 sont imputables aux sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP, et engagent leur responsabilité in solidum au titre de la garantie décennale des constructeurs.
S'agissant de la demande d'exonération au titre d'une faute commise par le maître d'ouvrage :
16. La société THBI soutient que l'université a commis une faute en imposant, dans le cahier des charges, la pose de briques " monomur " dans le cadre d'une démarche " haute qualité environnementale " (HQE) et que, par conséquent, les sociétés mentionnées au point précédent doivent être exonérées de leur part de responsabilité à hauteur de 25%. Cependant, s'il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de qualité environnementale transmis par le maître d'ouvrage aux maîtres d'œuvre, qui indique : " II.1 Dispositions notablement intéressantes () Enveloppe du bâtiment à forte inertie et bonne isolation : les briques monomur par exemple (alvéolées) évitent toute isolation complémentaire. ", que l'université a suggéré un tel choix, il n'en résulte pas qu'elle l'aurait imposé, encore moins malgré des avis contraires de la maîtrise d'œuvre ou des entrepreneurs. En tout état de cause, il en résulte également que la cause des fissures et des pliages dans la maçonnerie et la structure n'est pas l'utilisation de briques " monomur " par elle-même, mais le défaut de liaison entre ces briques.
17. Par suite, en l'absence de faute commise par le maître d'ouvrage, les sociétés mentionnées au point 15 ne peuvent être exonérées de leur responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité contractuelle :
18. La réception met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Par suite, elle interdit au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation.
19. D'une part, il est constant que la réception des travaux a été prononcée le 11 juillet 2008 et que les réserves ont été levées par le maître d'ouvrage le 27 juillet 2009. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas même sérieusement alléguée par l'université, que les maîtres d'œuvre auraient eu connaissance des désordres en litige à cette date. Par suite, l'université Toulouse-III n'est pas fondée à rechercher la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre.
Sur l'indemnisation des préjudices :
20. Le maître d'ouvrage a droit à la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis lorsque la responsabilité décennale du constructeur est engagée, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires pour rendre l'ouvrage conforme à sa destination en usant des procédés de remise en état les moins onéreux possibles. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Il appartient aux parties qui s'y croient fondées d'apporter au juge tout élément de nature à remettre en cause la présomption relative au non-assujettissement des personnes morales de droit public à la taxe sur la valeur ajoutée, afin d'établir que cette taxe ne devrait pas être intégrée dans le montant du préjudice indemnisable.
En ce qui concerne les coûts de construction :
S'agissant de la nécessité d'une nouvelle construction :
21. Si l'université soutient que la réparation du préjudice subi implique nécessairement la reconstruction du bâtiment de la crèche, les sociétés Projet 310 et THBI lui opposent que des travaux de reprise sont possibles et moins onéreux. Si ces deux sociétés se fondent notamment sur une étude du 23 décembre 2019 du bureau d'étude Technisphère, qu'elles reprochent à l'expert judiciaire de ne pas avoir suffisamment analysée, cependant il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert et de ses réponses aux dires des parties, que l'ouvrage en litige souffre d'un problème généralisé et évolutif des parois " monomur ", qui et également en lien avec les sols et l'infrastructure, ce qui empêche de conserver la superstructure, que l'étude de Technisphère ne prend pas en compte les fissures à la liaison entre les parois " monomur " et le béton, et qu'une plaque de plâtre collée ne peut pas prévenir de nouvelles fissures comme le propose la société THBI. Ainsi, il en résulte que la " déconstruction ", c'est-à-dire la démolition des parois " monomur " tout en conservant l'infrastructure, n'est techniquement pas envisageable, étant observé que les quatre autres sociétés défenderesses ne contestent pas la nécessité de reconstruire un nouveau bâtiment pour remédier aux désordres. Par suite, il en résulte que la réparation du préjudice subi par l'université correspond, a minima, au coût de la construction d'un nouveau bâtiment et aux coûts afférents.
S'agissant de l'assujettissement de l'université à la TVA :
22. Si les sociétés Batignolles Malet et ETP soutiennent que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ne doit pas être incluse dans ces coûts, dans la mesure où l'université Toulouse-III bénéficie des attributions du fonds de compensation de la TVA (FCTVA), toutefois il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 1615-2 du code général des collectivités territoriales relatives aux bénéficiaires de ce fonds, ni d'aucune autre disposition, que la requérante en serait effectivement bénéficiaire. En l'absence d'élément de nature à remettre en cause la présomption de non-assujettissement de cette université à la TVA, le montant des réparations doit être calculé " toutes taxes comprises " (TTC) et non " hors taxe " (HT).
S'agissant des coûts de la nouvelle construction :
23. En premier lieu, si l'université a estimé le coût de la construction d'un nouveau bâtiment à 2 808 600 euros TTC, en se fondant notamment sur le chiffrage du cabinet Laurent Taillandier, économiste de la construction, cependant il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise qui a également détaillé ce coût en fonction des différents lots, sur le fondement des marchés initiaux, et qui a pris en compte les dires des parties, que ce coût doit être évalué à 1 893 087,13 euros TTC, étant observé que ce montant n'est pas sérieusement contesté par les différentes parties.
24. En deuxième lieu, l'université soutient que le montant fixé au point précédent doit être augmenté de 15 % pour prendre en compte les surcoûts entraînés par la norme RT 2012, qui n'était pas applicable lors de la conclusion des marchés initiaux, ainsi que le propose également l'expert judiciaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'application de cette norme aura pour effet d'améliorer les caractéristiques, notamment environnementales, du nouveau bâtiment, en particulier en comparaison avec le précédent ouvrage. Ainsi, la condamnation des sociétés mises en cause à payer à l'université ce surcoût entraînerait un enrichissement sans cause pour cette dernière. Par suite, l'université n'est pas fondée à demander le remboursement du surcoût lié à l'application de cette norme.
25. En troisième lieu, la vétusté d'un bâtiment qui peut donner lieu, lorsque la responsabilité contractuelle ou décennale des entrepreneurs et architectes est recherchée à l'occasion de désordres survenus dans un bâtiment, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, doit être appréciée à la date d'apparition des désordres.
26. Il résulte de l'instruction que les premiers désordres ont été précisément identifiés en octobre 2011, date à laquelle ils ont été objectivés par le rapport de l'expert M. B et où le bâtiment a dû être fermé plusieurs jours pour cette raison, soit trois ans et trois mois après la réception des travaux, le 11 juillet 2008. Dans ces conditions, il convient d'appliquer un taux de vétusté de 8 % sur le montant du coût de construction défini au point 23, soit une décote de 151 446,97 euros.
27. En quatrième lieu, l'évaluation des dégâts subis par un immeuble doit être faite à la date où, leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à la réparer ; pour déterminer cette date, il y a lieu de tenir compte du fait que les travaux ont été retardés par l'impossibilité soit d'en assurer le financement, soit de se procurer les matériaux nécessaires à leur exécution.
28. Si l'université demande d'appliquer au coût de construction un surcoût correspondant à l'indice actualisé du prix des travaux, et notamment de celui des matières premières, toutefois il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas sérieusement allégué, qu'elle n'aurait pas pu entreprendre les travaux à l'issue de la remise du rapport de l'expert judiciaire, le 4 juin 2020, date à laquelle le coût et l'étendue des travaux étaient connus. Par suite, il n'y a pas lieu d'appliquer une majoration liée à l'indice BT01 de janvier 2021, ni à plus forte raison liée à des indices postérieurs.
29. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que deux hypothèses sont envisageables pour la construction d'un nouveau bâtiment, la première étant la reconstruction sur le même site, dont le surcoût est évalué à 259 600 euros, et qui présente plus de risques dans l'hypothèse où certains désordres proviendraient, même partiellement, du sol, la seconde étant la reconstruction sur un autre site, dont le surcoût est évalué à 30 954 euros pour la remise en état du premier site et à 7 000 euros d'étude géologique. Par suite, eu égard à ce qui a été rappelé au point 20, il y a lieu de retenir la solution la moins onéreuse, à savoir le surcoût de 37 954 euros, cette solution étant au surplus la moins risquée.
30. En sixième lieu, il résulte de l'instruction qu'il convient d'ajouter au montant fixé au point 23 les sommes de 6 000 euros pour le matériel de cuisine et de 85 000 pour la démolition du précédent bâtiment, ces postes et leurs montants n'étant pas non plus sérieusement contestés par les parties.
31. En septième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert et du chiffrage du cabinet Taillandier, que doit être ajouté le coût de la maîtrise d'œuvre, estimé à 10,2% du coût de construction HT. Pour ce faire, il convient d'ajouter au coût de 1 893 087,13 euros, exposé au point 23, les coûts présentés aux points 29 et 30, sans prendre en compte la vétusté, puis d'en retirer la part correspondant à la TVA, soit un coût de construction HT de 1 684 734,28 euros. Par suite, le coût de la maîtrise d'œuvre doit être évalué à 171 842,90 euros HT, soit 206 211,48 euros TTC. Pour les mêmes motifs et suivant le même calcul, il convient d'ajouter le coût de la maîtrise organisation pilotage de chantier (OPC), estimé à 1,02 % du coût de construction HT, soit in fine 20 621,15 euros TTC, celui du bureau de contrôle, estimé à 1,3122 % de ce coût, soit in fine 26 528,50 euros TTC, et celui de la mission santé protection sécurité (SPS), estimé à 1% de ce coût, soit in fine 20 216,81 euros.
32. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que l'université doit également être remboursée de ses frais de déménagement, ce qui n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté. Si l'université évalue ce coût à 23 636 euros, il en sera fait une juste appréciation, au regard notamment du rapport de l'expert, en le fixant à 19 696,67 euros.
En ce qui concerne les frais exposés :
33. En premier lieu, si l'université demande le remboursement des frais engagés pour la reprise de l'étanchéité de la toiture, pour un montant de 1 530 euros TTC, toutefois elle ne justifie du montant engagé par aucune pièce. Par suite, ce préjudice, dont le montant n'est pas établi, ne peut être indemnisé.
34. En deuxième lieu, si l'université soutient qu'elle doit être remboursée des frais engagés auprès de l'économiste de la construction Laurent Taillandier, pour un montant de 3 840 euros, toutefois il ne résulte pas de l'instruction qu'elle était tenue d'engager de tels frais, alors même qu'il est constant que l'expert judiciaire a procédé au chiffrage de ses préjudices, qui plus est de manière contradictoire et étayée. Par suite, elle n'est pas fondée à demander le remboursement de cette somme.
35. En troisième lieu, si les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative permettent au juge de mettre à la charge des parties perdantes une somme correspondant aux frais d'instance, en revanche aucune disposition n'impose que les frais engagés par une partie auprès de son conseil soient inclus dans son préjudice financier. En outre, si l'université soutient avoir versé 108 211,61 euros TTC à son conseil, elle ne démontre pas que les factures mentionnées, qui ne sont pas fournies, concernaient toutes la présente instance, non plus qu'elle n'explique ce montant substantiel. Par suite, elle n'est pas fondée à en demander le remboursement.
36. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP doivent être condamnées in solidum à verser à l'université Toulouse-III la somme de 2'163'508,77 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
37. L'université Toulouse-III a droit, ainsi qu'elle le demande, aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 2'163'508,77 euros prévue au point précédent, à compter de la date d'introduction de la présente requête, le 7 mai 2021. En outre, ces intérêts produiront eux-mêmes des intérêts à compter du 7 mai 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
38. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que les désordres affectant la maçonnerie et la structure sont principalement dus à une mauvaise exécution du lot n° 2, attribué à la société THBI, notamment dans la pose des prédalles et des dalles alvéolées, dans l'édification des murs et dans le défaut d'enduit entre les briques monomurs. Ensuite, il en résulte également que les maîtres d'œuvre, Projet 310 et Edeis, ont manqué de vigilance dans le suivi et la bonne réalisation de ces travaux, alors qu'il s'agissait de missions qui leur étaient confiées dans le cadre de leur marché, et en application des cahiers des clauses administratives générales et particulières applicables.
39. En second lieu, pour les raisons exposées au point 21, il résulte de l'instruction que les fissures et les pliages affectant la maçonnerie et la structure sont les seuls désordres qui ne peuvent pas être repris, et qui nécessitent par suite d'engager la construction d'un nouveau bâtiment. Si ces désordres ne sont pas imputables à la société ETP, toutefois il résulte de l'instruction que cette dernière doit être considérée comme responsable à hauteur de 38% des désordres qui ont affecté la plâtrerie, lesquels auraient nécessité des travaux de reprise d'un montant de 9 000 euros, dont 3 450 euros auraient ainsi été à sa charge. Dans ces circonstances, il convient de fixer sa part de responsabilité pour l'ensemble des travaux de reprise à 0,15 %, soit un montant équivalent. De la même manière, si les désordres de la maçonnerie et de la structure ne sont pas imputables à la société Batignolles Malet, il résulte de l'instruction qu'elle est responsable à 100 % du désordre affectant le revêtement du sol de l'aire de jeux, dont la reprise est estimée à 21 186 euros. Par suite, pour les mêmes raisons, il y a lieu de fixer sa part de responsabilité pour l'ensemble des travaux de reprise à 1 %, soit un montant équivalent.
40. Il résulte de ce qui précède que la part de responsabilité de la société THBI doit être fixée à 68,85 %, celle de la société Projet 310 à 15%, celle de la société Edeis à 15%, celle de la société Batignolles Malet à 1 % et celle de la société ETP à 0,15 %.
41. La société Projet 310 sera garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par la société THBI, 15% par la société Edeis, 1 % par la société Batignolles Malet et 0,15 % par la société ETP.
42. La société Edeis sera garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par la société THBI, 15% par la société Projet 310, 1 % par la société Batignolles Malet et 0,15 % par la société ETP.
43. La société THBI sera garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 15 % par la société Projet 310, 15% par la société Edeis, 1 % par la société Batignolles Malet et 0,15 % par la société ETP.
44. La société Malet sera garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par la société THBI, 15% par la société Projet 310 et 15 % par la société Edeis.
45. La société ETP sera garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par THBI, 15 % par Projet 310, et 15 % par Edeis.
Sur les dépens :
46. Il y a lieu de mettre les frais et honoraires de l'expertise ordonnée en référé, taxés et liquidés à hauteur de la somme de 52 862,19 euros par l'ordonnance susvisée du 15 octobre 2020, à la charge définitive et solidaire des sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
47. Sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, premièrement, de mettre à la charge de l'université Toulouse-III une somme de 1 500 euros à verser à la société SNEI. Deuxièmement, il y a lieu de mettre à la charge de l'Université Toulouse-III une somme de 1 500 euros à verser à la société Apave Sudeurope. Troisièmement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP une somme de 4 000 euros à verser à l'Université Toulouse-III. Quatrièmement, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce même fondement par les sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP.
D E C I D E :
Article 1er : Les sociétés SNEI et Apave Sudeurope sont mises hors de cause.
Article 2 : Les sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP sont condamnées in solidum à verser à l'Université Toulouse-III la somme de 2 163 508,77 euros au titre de la réparation des préjudices subis, assortie des intérêts à compter du 7 mai 2021 et de leur capitalisation à compter du 7 mai 2022.
Article 3 : Les dépens de l'instance, taxés et liquidés à la somme de 52 862,19 euros sont mis à la charge définitive des sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP.
Article 4 : La société Projet 310 est garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par la société THBI, 15% par la société Edeis, 1 % par la société Batignolles Malet et 0,15 % par la société ETP.
Article 5 : La société Edeis est garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par la société THBI, 15 % par la société Projet 310, 1 % par la société Batignolles Malet et 0,15 % par la société ETP.
Article 6 : La société THBI est garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 15 % par la société Projet 310, 15 % par la société Edeis, 1% par la société Batignolles Malet et 0,15 % par la société ETP.
Article 7 : La société Batignolles Malet est garantie des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 68,85 % par la société THBI, 15 % par la société Projet 310, et 15 % par la société Edeis.
Article 8 : La société ETP est garantie de la condamnation prononcée à son encontre à hauteur de 68,85 % par THBI, 15 % par Projet 310, et 15 % par Edeis.
Article 9 : L'université Toulouse-III versera une somme de 1 500 euros à la société Apave Sudeurope en application des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Article 10 : L'université Toulouse-III versera une somme de 1 500 euros à la société SNEI en application des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Article 11 : Les sociétés Projet 310, Edeis, THBI, Batignolles Malet et ETP verseront une somme globale de 4 000 euros à l'université Toulouse-III en application des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Article 12 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 13 : Le présent jugement sera notifié à l'Université Toulouse-III Paul Sabatier, et aux sociétés SARL Projet 310, venant aux droits de l'atelier Christophe Balas, SAS Edeis, anciennement SNC-Lavalin venant aux droits de la société Laumond-Faure Ingénierie, SAS Apave Sudeurope, SAS Travaux d'habitation et bâtiment industriel, SA SPIE Batignolles Malet, SA Entreprise Travaux Plâtrerie et SAS SNEI.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026