mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102737 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 1 |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 mai 2021, 21 janvier 2022 et 1er décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Sodexco, représentée par Me Goimier, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la réduction des cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019 à raison de la seule station-service qu'elle exploite à Estancarbon ;
2°) de prononcer la réduction des impositions litigieuses à concurrence de 23 212 euros résultant de l'erreur commise par l'administration dans le calcul du dégrèvement accordé le 30 août 2021 ;
3°) d'ordonner la restitution de la somme de 265 980 euros dont elle s'est acquittée ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la station-service et l'hypermarché situés à Estancarbon constituent deux établissements distincts dès lors, d'une part, qu'ils se situent à deux adresses différentes et, d'autre part, qu'ils auraient dû faire l'objet d'une imposition séparée à la cotisation foncière des entreprises ;
- la majoration de 50% prise en compte pour le calcul des cotisations de taxe sur les surfaces commerciales dues au titre des années 2017 à 2019 est injustifiée dès lors que la station-service d'Estancarbon constitue un établissement distinct de l'hypermarché.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2021, 25 novembre 2022 et 15 décembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer à hauteur du dégrèvement de 23 212 euros accordé le 30 août 2021 au titre des taxes sur les surfaces commerciales des années 2017 à 2019 ;
- les moyens soulevés par la SAS SODEXCO ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n°72-657 du 13 juillet 1972 ;
- le décret n°95-85 du 26 janvier 1995 ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS SODEXCO exploite un hypermarché et une station-service situés dans la ZAC des Landes, avenue du Cagire, à Estancarbon (Haute-Garonne) ainsi qu'une deuxième station-service, installée à Saint-Gaudens (Haute-Garonne). Elle a été assujettie à la taxe sur les surfaces commerciales au titre des années 2017 à 2019, à raison de l'établissement unique constitué de ces trois commerces, pour des montants respectifs de 339 890 euros au titre de l'année 2017, 354 599 euros au titre de l'année 2018 et de 385 598 euros au titre de l'année 2019. En réponse à la réclamation formée le 23 décembre 2019 par la SAS SODEXCO, l'administration fiscale a accordé des dégrèvements à concurrence de 13 936 euros, 15 508 euros et 18 059 euros au titre des trois années concernées, la station-service implantée à Saint-Gaudens étant regardée comme un établissement distinct de l'hypermarché situé à Estancarbon. Par sa requête, la SAS SODEXCO conteste le montant des impositions restant en litige.
Sur la délimitation du litige :
2. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à une seconde réclamation préalable formée par la SAS SODEXCO le 20 avril 2021, l'administration fiscale a procédé, le 30 août 2021, à un nouveau dégrèvement d'un montant total de 23 212 euros correspondant aux dégrèvements, en droits, de 7 003 euros au titre de l'année 2017, 7 689 euros au titre de l'année 2018 et de 8 520 euros au titre de l'année 2020 afin de corriger les erreurs ayant affecté le dégrèvement précédemment accordé, le 18 mars 2019. La SAS SODEXCO soutient que ce dégrèvement procède d'un calcul erroné dès lors qu'il a été établi sans tenir compte de la circonstance que la station-service d'Estancarbon constitue un établissement distinct de l'hypermarché. Toutefois, comme il sera vu ci-après, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que l'hypermarché et la station-service d'Estancarbon, qui forment un ensemble géographiquement cohérent, constituent une unité locale. Dès lors, et ainsi que le soutient l'administration fiscale, il n'y a plus lieu de statuer, à hauteur de la somme de 23 212 euros, sur ces conclusions.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
Sur le terrain de la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite. ()/ La surface de vente des magasins de commerce de détail, prise en compte pour le calcul de la taxe, et celle visée à l'article L. 720-5 du code de commerce, s'entendent des espaces affectés à la circulation de la clientèle pour effectuer ses achats, de ceux affectés à l'exposition des marchandises proposées à la vente, à leur paiement, et de ceux affectés à la circulation du personnel pour présenter les marchandises à la vente ()/ Si ces établissements, (), ont également une activité de vente au détail de carburants, l'assiette de la taxe comprend en outre une surface calculée forfaitairement en fonction du nombre de position de ravitaillement dans la limite de 70 mètres carrés par position de ravitaillement. Le décret prévu à l'article 20 fixe la surface forfaitaire par emplacement à un montant compris entre 35 et 70 mètres carrés. () /Le montant de la taxe calculé selon le présent article et avant application de la modulation prévue au cinquième alinéa du 1.2.4.1 de l'article 77 de la loi n° 2009-1673 du 30 décembre 2009 de finances pour 2010 est majoré de 50 % pour les établissements dont la surface de vente excède 2 500 mètres carrés. ()".
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995 relatif à la taxe sur les surfaces commerciales, pris pour l'application de ces dispositions, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Pour l'application de la loi du 13 juillet 1972 susvisée, l'établissement s'entend de l'unité locale où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise. Lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu comportant une adresse unique ou sont assujettis à une même taxe professionnelle, ils constituent un seul établissement. () ". Constituent une unité locale au sens de ces dispositions les locaux d'une même entreprise formant un ensemble géographiquement cohérent pour l'exercice de tout ou partie de l'activité de cette entreprise, notamment ceux comportant une adresse unique ou assujettis à une même cotisation foncière des entreprises.
5. Il résulte de l'instruction que la SAS SODEXCO a souscrit des déclarations uniques de taxe sur les surfaces commerciales à raison des deux commerces qu'elle exploite sur la commune d'Estancarbon au titre des années 2017 à 2019 avant de solliciter une imposition séparée pour chacune de ces années, en estimant que l'hypermarché et la station-service situés sur le territoire de cette commune doivent être regardés comme une unité locale au sens des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995.
6. En premier lieu, la SAS SODEXCO soutient d'une part que ces deux commerces constituent deux établissements distincts et, d'autre part, que c'est à tort que l'administration fiscale les a communément assujettis à la cotisation foncière des entreprises. Toutefois, il résulte de l'instruction que les locaux de l'hypermarché et de la station-service sont installés à proximité l'un de l'autre, sur des parcelles voisines, à l'intérieur du périmètre d'une même ZAC, desservis par une seule voie de circulation assurant leur liaison, que le site est ceint par une voie routière permettant aux clients d'accéder à ces deux commerces exploités par une même société, sous la même enseigne, et proposant des activités de distribution complémentaires. Si la société requérante se prévaut de l'attribution d'une adresse postale propre à chacun de ces locaux depuis le 4 juin 2019 et de leur installation sur deux parcelles cadastrales différentes, ces circonstances ne sont pas de nature à faire obstacle à la qualification d'unité locale au sens des dispositions précitées. Il résulte également de l'instruction que l'hypermarché et la station-service d'Estancarbon ont fait l'objet d'une imposition commune à la cotisation foncière des entreprises durant les années d'imposition en litige. Outre que la SAS SODEXCO ne démontre pas le caractère injustifié de cette imposition commune, s'agissant de commerces exploités sous la même enseigne et situés dans une même zone commerciale, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la qualification d'unité locale. Ainsi, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que l'hypermarché et la station-service d'Estancarbon, qui forment un ensemble géographiquement cohérent, constituent une unité locale au sens de la loi du 13 juillet 1972.
7. En second lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui vient d'être dit que les deux commerces exploités par la SAS SODEXCO font partie d'une même unité locale, la société requérante ne peut utilement soutenir que la majoration de 50% prévue par les dispositions de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972, applicable lorsque la surface de vente excède 2 500m2 et résultant de l'inclusion de la surface de la station-service d'Estancarbon dans l'assiette de la taxe sur les surfaces commerciales, est injustifiée. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
8. Aux termes du second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".
9. La société requérante invoque le paragraphe n°40 du BOI-TFP-TSC-20150506 du 6 mai 2015 relatif à la taxe sur les surfaces commerciales aux termes duquel : " L'établissement s'entend de l'unité locale, c'est-à-dire du local et des dépendances qui lui soit attenantes, où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise. Lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu comportant une adresse unique ou sont assujettis à une même cotisation foncière des entreprises, ils constituent un seul établissement ". Elle invoque également le paragraphe n°530 du BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013 aux termes duquel : " un groupement topographique s'entend des différentes constructions qui, en raison de leur agencement, forment un ensemble immobilier homogène ".
10. Si la SAS SODEXCO se prévaut de la doctrine exprimée au paragraphe n°530 du BOI-IF-AUT-50-10, faisant référence à la notion de " groupement topographique ", celle-ci n'est toutefois pas applicable à la taxe sur les surfaces commerciales. Ensuite, et en tout état de cause, l'hypermarché et la station-service d'Estancarbon constituent une unité locale, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement. Le moyen doit par suite être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS SODEXCO doit être rejetée dans toutes ses conclusions, en ce compris celles à fin de restitution ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SAS SODEXCO à concurrence du dégrèvement de la cotisation de taxe sur les surfaces commerciales prononcé par le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne, au titre des années 2017 à 2019, pour un montant total de 23 212 euros.
Article 2 : La requête de la SAS SODEXCO est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS SODEXCO et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La magistrate désignée,
S. A
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2102737
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026