mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102774 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 5 |
| Avocat requérant | HERRMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mai 2021 et le 14 novembre 2022, la société par actions simplifiées (SAS) Cahors Pradis, représentée par la SCP RSG avocats, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020, d'un montant respectif de 57 755 euros et de 57 280 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la communauté d'agglomération du Grand Cahors chacun une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS Cahors Pradis soutient que la décharge des impositions en cause doit être prononcée du fait de l'illégalité dont sont entachées les délibérations du 28 mars 2019 et du 2 juillet 2020 de la communauté d'agglomération du Grand Cahors fixant respectivement le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 et pour l'année 2020 dès lors que : le taux voté par le conseil communautaire est manifestement disproportionné par rapport au montant des dépenses estimées pour assurer l'enlèvement et le traitement des déchets ménagers ; l'excédent de recettes, constaté chaque année depuis 2015, a été affecté pour partie au subventionnement d'associations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, le moyen soulevé par la SAS Cahors Pradis n'est pas fondé ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu, en application du second alinéa du paragraphe III de l'article 1639 A du code général des impôts de substituer le taux litigieux par celui fixé par la délibération antérieure de la communauté d'agglomération du Grand Cahors.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, la communauté d'agglomération du Grand Cahors, représentée par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Cahors Pradis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le moyen soulevé par la SAS Cahors Pradis n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme A,
-les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
-puis les observations de Me Cazaux, représentant la SAS Cahors Pradis,
- et les observations de Me Herrmann, représentant la communauté d'agglomération du Grand Cahors.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiées (SAS) Cahors Pradis est propriétaire de locaux commerciaux situés 5112 F, chemin du Moulin de Laberaudie sur le territoire de la commune de Pradines (Lot), à raison desquels elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) pour des montants respectifs de 57 755 euros au titre de l'année 2019 et de 57 280 euros au titre de l'année 2020. Ses réclamations préalables formées le 30 décembre 2020 pour l'année 2019 et le 19 janvier 2021 pour l'année 2021 ont été rejetées par une décision du 19 mars 2021.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. La SAS Cahors Pradis soulève, par voie d'exception, l'illégalité de la délibération du 28 mars 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Grand Cahors a fixé le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019, et l'illégalité de la délibération du 2 juillet 2020 du même conseil communautaire fixant le taux de cette taxe pour l'année 2020, en soutenant que chacun de ces taux présente un caractère manifestement disproportionné.
3. Aux termes de l'article 1520 I du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ".
4. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.
5. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, comprenant notamment les coûts de structure, et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, que la collectivité ait ou non institué la redevance spéciale prévue par l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et quel qu'en soit le produit, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des seuls déchets ménagers, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, c'est-à-dire n'incluant pas le produit de la redevance spéciale lorsque celle-ci a été instituée. Lorsque le contribuable se prévaut, à l'appui de sa contestation de la légalité de cette délibération, de ce que les éléments retracés dans le compte administratif ou le rapport annuel relatif au service public d'élimination des ordures ménagères établis à l'issue de l'année en litige font apparaître que le produit constaté de la taxe excède manifestement le montant constaté des dépenses d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères non couvertes par des recettes non fiscales, il appartient au juge de rechercher, au besoin en mettant en cause l'administration et en ordonnant un supplément d'instruction, si les données prévisionnelles au vu desquelles la délibération a été prise diffèrent sensiblement de celles, constatées a posteriori, sur lesquelles le requérant fonde son argumentation.
7. Il résulte de l'instruction, notamment du budget primitif de l'année 2019 de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, que le montant estimé de dépenses pour le service de collecte et de traitement des ordures ménagères s'élevait à 6 443 171 euros incluant les dotations aux amortissements à hauteur de la somme de 343 790 euros, pour un montant estimé de recettes de 6 698 184 euros, dont un montant estimé de recettes non fiscales de 330 270 euros et un produit estimé de TEOM de 6 367 914 euros. Le montant de TEOM excède donc de 255 013 euros, soit 4,17 % le montant des dépenses budgétées non couvertes par les recettes non fiscales. Cet écart ne présente pas un caractère manifestement disproportionné.
9. S'agissant de l'année 2020, il résulte de l'instruction, notamment du budget primitif de l'année 2020 de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, que le montant estimé de dépenses pour le service de collecte et de traitement des ordures ménagères s'élevait à 7 163 500 euros incluant les dotations aux amortissements à hauteur de la somme de 365 000 euros, pour un montant estimé de recettes de 7 884 559 euros, dont un montant estimé de recettes non fiscales de 1 416 676 euros et un produit estimé de TEOM de 6 467 888 euros. Le montant de TEOM excède donc de 721 059 euros, soit 12,55 % le montant des dépenses budgétées non couvertes par les recettes non fiscales. Cet écart ne présente pas non plus un caractère manifestement disproportionné.
10. Compte-tenu du principe tenant au caractère annuel des budgets, la société requérante ne peut se prévaloir utilement du caractère excédentaire des budgets des années antérieures, ni de ce que des subventions auraient été allouées en 2017 à une association sur le budget des ordures ménagères, ni de l'affectation d'excédents en 2017 et 2018.
11. Si la société requérante se prévaut de l'adoption en 2013 par la communauté d'agglomération du Grand Cahors d'une délibération instituant la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et destinée à financer la collecte et le traitement des déchets non ménagers, cette circonstance n'implique pas nécessairement que le produit de cette redevance finance la totalité des dépenses de collecte et de traitement des déchets non ménagers, la TEOM pouvant également pourvoir au financement de ces dépenses, pour leur part non couverte par cette redevance ou d'autres recettes non fiscales. En outre, ainsi qu'il a été dit, le produit attendu de cette redevance spéciale est inclus dans les recettes non fiscales devant être déduites du montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers, pour apprécier le caractère non manifestement disproportionné du taux de TEOM.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS Cahors Pradis n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité des délibérations du 28 mars 2019 et du 2 juillet 2020 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères respectivement au titre de l'année 2019 et au titre de l'année 2020, pour demander la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de ces deux années. Dès lors, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par la SAS Cahors Pradis, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Cahors Pradis la somme demandée par la communauté d'agglomération du Grand Cahors, au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Cahors Pradis est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération du Grand Cahors présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées (SAS) Cahors Pradis, à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La magistrate désignée,
F. A
La greffière,
M. B La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026