mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2102897 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ADVANCE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai 2021 et 4 novembre 2022, la SAS Picardo Shannon, représentée par Me Vaucheret, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la restitution des droits de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qu'elle a acquittés pour des montants respectifs de 22 484 euros en 2017, 124 328 euros en 2018 et 75 683 euros en 2019, assortis des intérêts moratoires à compter du 31 décembre 2019 ;
2°) d'ordonner la capitalisation des intérêts dus en application des dispositions de l'article 1343-2 du code civil ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ensemble de ses conclusions relève de la compétence du tribunal administratif de Toulouse, son établissement principal étant installé à Toulouse, le transfert de son siège social à Paris le 30 janvier 2019 n'ayant pu avoir pour effet de modifier le lieu d'imposition ;
- les prestations qu'elle fournit entrent dans le champ de la TVA à taux réduit dès lors qu'elles doivent être regardées comme des prestations de livraison de livres au sens du 3° du A) de l'article 278-0 bis du code général des impôts ;
- les principes d'égalité devant l'impôt et de concurrence loyale entre les entreprises ont été méconnus.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 janvier et 20 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions portant sur la taxe sur la valeur ajoutée des mois de février à décembre 2019 sont irrecevables comme étant portées devant une juridiction territorialement incompétente ;
- les conclusions tendant à la restitution des droits de taxe sur la valeur ajoutée acquittés au titre de la période du 1er février au 30 septembre 2019 sont tardives ;
- les conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par la SAS Picardo Shannon ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Picardo Shannon exerce une activité de prestations de services liées à la formation et au soutien scolaire par internet. Au titre de la période allant du 1er janvier 2017 au 30 septembre 2019, elle a déposé des déclarations de TVA correspondant à des prestations qu'elle a soumises au taux normal de 20 %. Estimant que le taux réduit de 5,5 % devait lui être appliqué, la SAS Picardo Shannon a présenté une réclamation préalable le 31 décembre 2019, rejetée par deux décisions, l'une du 10 juin 2020, émanant de la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, l'autre du 18 mars 2021, prise par la direction régionale des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne. Par sa requête, la SAS Picardo Shannon demande la restitution des droits TVA qu'elle a acquittés à concurrence de la somme totale de 222 495 euros au titre de la période du 1er janvier 2017 au 30 septembre 2019.
Sur l'exception d'incompétence territoriale opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. " L'article R. 342-1 du même code énonce : " Le tribunal administratif saisi d'une demande relevant de sa compétence territoriale est également compétent pour connaître d'une demande connexe à la précédente et relevant normalement de la compétence territoriale d'un autre tribunal administratif. "
3. Eu égard au lien de connexité entre les décisions du 10 juin 2020 et du 18 mars 2021 émanant de deux services de deux départements différents, rejetant une réclamation unique, portant sur le même impôt, procédant d'une même activité et sur une période continue, le tribunal administratif de Toulouse est compétent pour statuer sur l'ensemble de la requête, en application des dispositions précitées de l'article R. 342-1 du code de justice administrative. Par suite, l'exception d'incompétence territoriale opposée en défense doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin de décharge :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 278 du code général des impôts : " Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 % ". Aux termes de l'article 278-0 bis du même code : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 5,5 % en ce qui concerne : / A. - Les livraisons portant sur : / ()/ 3° Les livres, y compris leur location. Le présent 3° s'applique aux livres sur tout type de support physique et à ceux qui sont fournis par téléchargement, y compris les livres audio () ".
5. D'autre part, il résulte des dispositions de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, que lorsqu'une opération économique soumise à la taxe sur la valeur ajoutée est constituée par un faisceau d'éléments et d'actes, il y a lieu de prendre en compte toutes les circonstances dans lesquelles elle se déroule aux fins de déterminer si l'on se trouve en présence de plusieurs prestations ou livraisons distinctes ou d'une prestation ou livraison complexe unique. Chaque prestation ou livraison doit en principe être regardée comme distincte et indépendante. Toutefois, l'opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dans certaines circonstances, plusieurs opérations formellement distinctes, qui pourraient être fournies et taxées séparément, doivent être regardées comme une opération unique lorsqu'elles ne sont pas indépendantes. Tel est le cas lorsque, au sein des éléments caractéristiques de l'opération en cause, certains éléments constituent la prestation principale, tandis que les autres, dès lors qu'ils ne constituent pas pour les clients une fin en soi mais le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale, doivent être regardés comme des prestations accessoires partageant le sort fiscal de celle-ci. Tel est le cas, également, lorsque plusieurs éléments fournis par l'assujetti au consommateur, envisagé comme un consommateur moyen, sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule opération économique indissociable, le sort fiscal de celle-ci étant alors déterminé par celui de la prestation prédominante au sein de cette opération.
6. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable () ". En l'espèce, la SAS Picardo Shannon a été assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée d'après les déclarations modèle CA3 souscrites au titre de la période de janvier 2017 à septembre 2019 et faisant état du taux de 20 %. Elle a ainsi la charge de la preuve de l'exagération de ses bases d'imposition.
7. Il résulte de l'instruction que les services proposés par la SAS Picardo Shannon sont répartis entre plusieurs formules. La première d'entre elles, gratuite et accessible sur simple inscription de l'utilisateur, lui permet de bénéficier d'une part, d'une consultation illimitée à certains supports pédagogiques écrits tels que des cours en ligne, des questions à choix multiples, des exercices ainsi qu'à des capsules et d'autre part, de la consultation de vidéos, de synthèses, d'exercices interactifs et d'une encyclopédie ainsi que du téléchargement de l'ensemble des supports pédagogiques, dans la limite des crédits offerts par le prestataire lors de l'inscription de l'utilisateur. Les deux autres formules commercialisées par la SAS Picardo Shannon, payantes, offrent un accès illimité à l'intégralité des supports pédagogiques de toute nature sans que les abonnés puissent renoncer à l'un des formats proposés, qu'il s'agisse de supports pédagogiques écrits ou vidéos. Dans ces conditions, le service de soutien scolaire proposé par la SAS Picardo Shannon doit être regardé, au sens dispositions de la directive 2006/112/CE relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, comme une opération unique complexe.
8. Pour prétendre à l'application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % pour l'ensemble de ses activités, la SAS Picardo Shannon soutient que la prestation principale de cette opération consiste dans la livraison de livres numériques. L'administration fiscale admet que certains des supports pédagogiques contenus dans les offres de la société peuvent être regardés comme des livres au sens du 3° du A) de l'article 278-0 bis du code général des impôts. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'à la différence de la formule gratuite, qui régule strictement la consultation et le téléchargement des supports pédagogiques vidéos, les abonnements commercialisés offrent un accès illimité à ces supports. La formule proposée au tarif le plus élevé comprend un produit inédit permettant au client d'échanger avec un professeur sur un " tchat en ligne ". Ainsi, les services facturés par la société requérante sont principalement destinés à l'accompagnement scolaire individualisé du client. En se bornant à soutenir que la proportion de supports écrits disponibles dans son catalogue excède celle des supports vidéos et que les vidéos ainsi que le " tchat " sont seulement destinés à optimiser les supports pédagogiques écrits, la SAS Picardo Shannon n'établit pas que la livraison de supports écrits constitue la prestation principale de l'opération de vente de services de soutien scolaire. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que ses activités relèvent du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % en application de l'article 278-0 bis du code général des impôts.
9. En second lieu, la société ne peut utilement se prévaloir de la situation d'autres contribuables pour soutenir que ses activités relèveraient du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5 % en application de l'article 278-0 bis du code général des impôts. En outre, en se bornant à soutenir que ses concurrents déclarent à taux réduit des prestations identiques à celles qu'elle propose à sa clientèle, la SAS Picardo Shannon, outre qu'elle n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations, n'établit pas que l'administration aurait méconnu le principe de concurrence loyale entre entreprises. Par conséquent, les moyens tirés de la violation du principe d'égalité devant l'impôt et du principe de concurrence loyale entre entreprises doivent en tout état de cause être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de la SAS Picardo Shannon doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la SAS Picardo Shannon demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
Sur les dépens :
12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la SAS Picardo Shannon présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Picardo Shannon est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Picardo Shannon, au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
S. DOUTEAUDLa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026