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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103023

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103023

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103023
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantLEONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mai 2021 et des mémoires enregistrés les 11 juin 2021, 22 décembre 2021, Mme B C, représentée initialement par Me Léoni, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Tarn a mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 6 494,78 euros, ramené à 6 009,39 euros pour la période de juin 2019 à août 2020 ;

2) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Tarn a rejeté son recours administratif préalable tendant d'une part à l'annulation d'une dette de revenu de solidarité active d'un montant de 6 009,39 euros pour la période de juin 2019 à août 2020 ;

3) d'annuler la décision du 7 mai 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Tarn a rejeté sa demande de remise gracieuse d'une dette de revenu de solidarité active d'un montant de 6 009,39 euros pour la période de juin 2019 à août 2020 ;

4) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le département du Tarn lui a accordé une remise de dette à hauteur de 90 %, en tant qu'il ne lui a pas accordé la remise totale de sa dette.

Elle soutient que :

- sa situation précaire justifie une remise de dette totale ;

- elle a fait l'objet d'un contrôle de la CAF en octobre 2018 et a constaté que le versement du RSA avait été interrompu ; aucune décision de suspension du versement du RSA ne lui a été notifiée ; par courrier du 21 février 2019, le département du Tarn lui a demandé de s'inscrire à Pôle emploi et définir un projet d'insertion, ce qu'elle a fait ; il lui a été également demandé de communiquer les comptes bancaires de sa grand-mère qui a refusé de les communiquer ; elle était alors enceinte et s'occupait de sa grand-mère mourante qui est décédée en mai 2019 ;

- en juin 2019, la CAF lui a demandé de présenter une nouvelle demande de RSA ; elle a reçu en octobre 2019 un courrier de la CAF l'informant que sa demande de septembre 2019 avait été acceptée ; le 3 septembre 2020, elle a reçu un courrier de la CAF lui notifiant un indu et a exercé un recours administratif après du département ; le 10 mars 2021, le département a rejeté sa demande en invoquant une décision du 27 mars 2019 de ne pas rouvrir ses droits, dont elle n'a pas eu connaissance ; elle a été privée de la possibilité d'exercer un recours contre cette décision ;

- la procédure précédant la radiation, dont elle n'a pas été informée, est irrégulière alors qu'elle a deux enfants et qu'elle était enceinte du troisième ; la CAF a commis une erreur en lui indiquant que sa demande avait été acceptée alors que le département du Tarn l'a refusée ;

- la somme laissée à sa charge après la remise de dette de 90 % accordée par le département du Tarn reste trop importante compte tenu de sa situation et elle ne reconnaît pas cette dette d'autant qu'on lui demande de rembourser en outre l'aide exceptionnelle de fin d'année et la prime de solidarité.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 novembre 2021 et 29 septembre 2022, le département du Tarn conclut au rejet de la requête et subsidiairement au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- à titre principal, le recours est irrecevable pour tardiveté dès lors que Mme C a contesté la notification d'indu du 3 septembre 2020 le 29 juin 2021, sept mois plus tard ; en outre, sa décision du 10 mars 2021 s'est substituée à celle du 3 septembre 2020 ;

- Mme C s'est vue notifier un premier indu de RSA de 5 243,96 euros le 8 octobre 2018 dès lors qu'elle avait régulièrement perçue des sommes de sa grand-mère ; une fin de droit a alors été prononcée en raison de ressources supérieures au plafond ; par courrier du 28 décembre 2018, Mme C a informé la CAF qu'elle ne percevait plus d'argent de la part de sa grand-mère ; le 1er février 2019, la CAF a demandé au département de prendre une décision d'opportunité de rouvrir les droits au RSA de l'intéressée à qui il a demandé de fournir les relevés de compte de sa grand-mère, afin de vérifier sa situation ;

- Mme C a déclaré, lors de sa nouvelle demande du 21 juin 2019, être inscrite comme demandeuse d'emploi non indemnisée, être locataire et vivre seule avec ses trois enfants ; elle a précisé être propriétaire d'un bien immobilier, détenir une épargne de 19 000 euros et percevoir mensuellement 180 euros au titre de pension alimentaire pour deux de ses enfants ;

- un droit au RSA a été ouvert par la CAF à compter de juin 2019 ; un indu de 6 494,78 euros lui a été notifié par la CAF le 3 septembre 2020 ; le département lui a adressé un courrier de proposition de remise de dette le 10 mars 2021, mais Mme C n'a pas fourni les éléments demandés ; le 7 mai 2021, une décision de rejet a été notifiée à Mme C ;

- une nouvelle instruction a été faite et une remise de dette à hauteur de 90 % a été notifiée à l'intéressée par courrier du 30 septembre 2021, retirant la décision du 7 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, puis le rapport de M. D de Hureaux a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a demandé et a obtenu le bénéfice du dispositif du RSA à compter de juillet 2013. A la suite d'un contrôle, un premier indu d'un montant de 5 243,96 euros lui a été notifié le 8 octobre 2018 et il a été mis fin à son droit au RSA, en raison de la perception régulière de sommes d'argent de sa grand-mère, qui décèdera en mai 2019. Mme C a formé une nouvelle demande de RSA le 21 juin 2019 et un droit au RSA lui a été ouvert par la CAF du Tarn à compter du 1er juin 2019. Le 1er septembre 2020, le département du Tarn a demandé à la CAF d'interrompre les versements et de récupérer l'indu, Mme C n'ayant pas fourni les relevés bancaires de sa grand-mère nécessaires à l'étude de son dossier. Un indu de RSA de 6 494,78 euros pour la période de juin 2019 à août 2020 a été implanté par décision de la CAF du 3 septembre 2020. Mme C a formé un recours préalable relatif au bien-fondé de l'indu, rejeté par une décision du 10 mars 2021, laquelle s'est substituée à la décision de la CAF du 3 septembre 2020. Par une nouvelle décision du 7 mai 2021, le département du Tarn a rejeté sa demande de remise gracieuse. En cours d'instance, par une décision du 30 septembre 2021, le département du Tarn a retiré sa décision du 7 mai 2021 et accordé à Mme C une remise de sa dette à hauteur de 90 %. Mme C doit donc être regardée comme demandant au tribunal d'annuler d'une part la décision du 10 mars 2021 relative au bien-fondé de l'indu, et d'autre part, d'annuler la décision du 30 septembre 2021, en tant que cette décision ne lui a pas accordé une remise totale de sa dette.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le département du Tarn oppose un non-lieu à statuer sur la demande de Mme C au motif qu'il a accordé, par décision du 30 septembre 2021, une remise gracieuse de 90 % de sa dette à l'intéressée et retiré sa décision du 7 mai 2021. Toutefois, Mme C avait demandé la remise gracieuse totale de sa dette dont le solde n'est pas nul. Par suite, l'objet du litige n'ayant pas disparu, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le département du Tarn doit être écartée.

Sur le bien-fondé de l'indu :

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article L. 262-18 du même code : " Sous réserve du respect des conditions fixées à la présente section, le revenu de solidarité active est ouvert à compter de la date de dépôt de la demande. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-33 de ce code : " Sans préjudice des dispositions particulières prévues aux articles L. 262-37 et L. 262-38, l'allocation est due à compter du premier jour du mois civil au cours duquel la demande a été déposée auprès d'un des organismes mentionnés à l'article D. 262-26. ".

5. Pour rejeter, par sa décision du 10 mars 2021, le recours de Mme C à l'encontre de l'indu de RSA en litige portant sur la période de juin 2019 à août 2020, le département du Tarn fait valoir que Mme C ne lui a pas communiqué les pièces nécessaires et notamment les relevés bancaires de sa grand-mère, lors de l'instruction de sa demande. Toutefois, il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la grand-mère de l'intéressée est décédée en mai 2019, antérieurement à la demande de RSA du 21 juin 2019. Le département ne soutient pas que l'intéressée, qui ne pouvait plus à cette date percevoir de pensions alimentaires de la part de sa grand-mère compte tenu de son décès, n'aurait pas eu droit au RSA à compter du 1er juin 2019, compte tenu de ses ressources. Dans ces conditions, la seule circonstance que Mme C n'a pas communiqué les comptes bancaires de sa grand-mère, auxquels elle n'avait pas accès, ne saurait justifier le refus qui lui a été opposé. Par suite, Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2021 maintenant à sa charge l'indu de RSA en litige.

Sur la demande de remise gracieuse totale :

6. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'indu en litige doit être annulé, Mme C ayant droit au RSA à compter du 1er juin 2019. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives à la décision du 30 septembre 2021, en tant que celle-ci limite à 90 % la remise de dette accordée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental du Tarn du 10 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C tendant à la remise gracieuse totale de l'indu de RSA laissé à sa charge par la décision du 10 mars 2021.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, au département du Tarn.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Tarn.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

Le magistrat désigné,

Alain D de HureauxLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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