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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103043

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103043

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103043
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLUPO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 mai 2021, 12 octobre et 15 novembre 2022, l'association www.viapay.fr demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercices clos en 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016, pour un montant total de 61 269 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'agissant de son activité, elle effectue des opérations financières au nom et pour le compte de tiers ; elle n'a pas proposé une offre centralisée pour les paiements au moyen de carte bancaire, mais a seulement agi comme mandataire financier effectuant des opérations de paiement pour le compte d'autres associations de façon similaire à un établissement de paiement ; les activités décrites sur son site internet n'ont jamais été exercées ;

- la procédure de vérification est entachée d'irrégularité dès lors que le service vérificateur ne lui a pas proposé de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- elle ne peut pas être regardée comme ayant un activité lucrative : sa gestion est effectuée bénévolement et elle n'a pas d'activité économique ; elle n'a pas dégagé de bénéfices ; son activité n'est pas exercée dans des conditions identiques à celles du secteur concurrentiel ; elle ne propose pas de produit ; elle n'a pas pratiqué de publicité autour de son activité ; son site internet n'a pas été modifié depuis 2012 ; son référencement sur les pages jaunes ne relève pas de son initiative ; aucun numéro de téléphone ou tarif n'est présent ;

- l'application de la méthode des " 4 P " conduit à retenir que l'association n'a pas d'activité concurrentielle ;

- les encaissement réalisés ne peuvent être regardés comme le résultat d'un chiffre d'affaires ; il s'agit d'encaissements réalisés pour le compte des membres usagers de l'association à titre gratuit ;

- s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée, à supposer qu'elle ait exercé une activité d'encaissement, la TVA doit être calculée sur les commissions et non sur les sommes encaissées ; les commissions qui auraient été perçues se situent en-deçà du plafond de la franchise en base de TVA ; l'administration fiscale a commis une erreur d'appréciation en reconstituant le montant dû sur un taux de TVA à 20% ;

- s'agissant de l'impôt sur les sociétés, elle ne peut y être assujettie, en application des dispositions de l'article 206 du code général des impôts dès lors que son activité ne présente pas un caractère lucratif ; les charges déductibles retenues ne pouvaient correspondre à celles des sociétés exerçant une activité de programmation de logiciels, son code NACE délivré par l'INSEE ne correspondant pas à la réalité de son activité ; le produit reconstitué est erroné dès lors qu'il correspond au montant total des encaissements réalisés et non aux honoraires perçus ;

- s'agissant de la cotisation foncière des entreprises, elle ne peut y être assujettie en l'absence de caractère lucratif de son activité ;

- aucun revenu n'a été distribué.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier, 27 octobre et 7 décembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la direction régionale des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est prématurée dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'expiration du délai de six mois qui lui est imparti pour statuer sur la réclamation de l'association ;

- l'administration fiscale n'était pas tenue d'informer l'association de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;

- en l'absence de tenue de comptabilité et de justificatifs relatifs aux sommes encaissées, la charge de la preuve incombe à l'association ;

- l'association réalise des opérations commerciales de promotion, développement et gestion de commerce électronique conformément à son objet ;

- l'association ne comporte que deux membres actifs et adhérents ;

- s'agissant de l'activité de l'association, le site internet de l'association décrit précisément les prestations proposées notamment l'accès à des services bancaires ; l'association ne justifie pas des partenariats allégués avec des associations qui seraient adhérentes et utilisatrices du service, et ne justifie pas davantage de l'origine des sommes prélevées ou encaissées ni de leur destination ; des sociétés proposant des services similaires ont été identifiées ;

- s'agissant de l'absence de caractère lucratif, l'association se livre à une activité commerciale ; les bénéfices de cette activité ne sont pas consacrés au développement d'activités non lucratives ;

- il résulte de l'application de la méthode des " 4P " que l'association exerce une activité dans des conditions identiques à celles du secteur concurrentiel et que, en conséquence, elle doit être soumise à la TVA, à l'impôt sur les sociétés et à la cotisation foncière des entreprises ;

- en l'absence de présentation de document comptable, le résultat imposable a été reconstitué sur la base des relevés de comptes de l'association tandis que les charges déductibles ont été déterminées à un taux de charge moyen sur la base d'un échantillon composé de sociétés comparables et non sur la base d'une activité d'agence immobilière ; à cet égard, si la proposition de rectification du 11 mars 2019 mentionne en page 12 l'activité d'agence immobilière, il s'agit d'une erreur de plume qui a été corrigée dans la réponse aux observations de l'association datée du 4 juin 2019 ;

- des revenus ont été distribués au maître de l'affaire qui dispose du pouvoir de signature sur les comptes bancaires de l'association.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association www.viapay.fr, qui a été déclarée en préfecture le 7 avril 2006 et dont le siège est situé à Toulouse, a pour objet la promotion, le développement et la gestion de commerce électronique. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Les 17 décembre 2018 et 11 mars 2019, l'administration fiscale a adressé à l'association deux propositions de rectification en matière d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2016 et de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016. Les 3 mai et 8 novembre 2019, l'association a présenté des observations. Le 4 juin 2019, l'administration fiscale a répondu aux observations et maintenu l'intégralité des rectifications. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 16 août 2019. Le 19 janvier 2021, l'association a présenté une réclamation qui a été rejetée le 23 juillet 2021. Par la présente requête, l'association demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercices clos en 2016 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016, pour un montant total de 61 269 euros.

S'agissant l'assujettissement de l'association requérante aux impôts commerciaux :

2. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " 1. () sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, () toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif. / 1 bis. Toutefois, ne sont pas passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 les associations régies par la loi du 1er juillet 1901, () dont la gestion est désintéressée, lorsque leurs activités non lucratives restent significativement prépondérantes et le montant de leurs recettes d'exploitation encaissées au cours de l'année civile au titre de leurs activités lucratives n'excède pas 62 250 euros. Cette limite est indexée, chaque année, sur la prévision de l'indice des prix à la consommation, hors tabac, retenue dans le projet de loi de finances de l'année. () / Les organismes mentionnés au premier alinéa deviennent passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 à compter du 1er janvier de l'année au cours de laquelle l'une des trois conditions prévues à l'alinéa précité n'est plus remplie. / Les organismes mentionnés au premier alinéa sont assujettis à l'impôt sur les sociétés prévu au 1 en raison des résultats de leurs activités financières lucratives et de leurs participations. ". Aux termes de l'article 261 du même code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / () 7. 1° a. les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée. / () b. les opérations faites au bénéfice de toutes personnes par des œuvres sans but lucratif qui présentent un caractère social ou philanthropique et dont la gestion est désintéressée, lorsque les prix pratiqués ont été homologués par l'autorité publique ou que des opérations analogues ne sont pas couramment réalisées à des prix comparables par des entreprises commerciales, en raison notamment du concours désintéressé des membres de ces organismes ou des contributions publiques ou privées dont ils bénéficient. () d. le caractère désintéressé de la gestion résulte de la réunion des conditions ci-après : / l'organisme doit, en principe, être géré et administré à titre bénévole par des personnes n'ayant elles-mêmes, ou par personne interposée, aucun intérêt direct ou indirect dans les résultats de l'exploitation. / () l'organisme ne doit procéder à aucune distribution directe ou indirecte de bénéfice, sous quelque forme que ce soit ; / les membres de l'organisme et leurs ayants droit ne doivent pas pouvoir être déclarés attributaires d'une part quelconque de l'actif, sous réserve du droit de reprise des apports ".

3. Il résulte de ces dispositions que les associations ne sont exonérées de l'impôt sur les sociétés, de la taxe sur la valeur ajoutée et de la cotisation foncière des entreprises que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé, et que, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où l'association intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, elle reste exclue du champ des impôts commerciaux si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération.

5. Il résulte de l'instruction que l'association www.viapay.fr a pour objet, conformément à ses statuts et à la déclaration en préfecture de la Haute-Garonne, la " promotion, développement et gestion du commerce électronique " et est composée des deux seuls membres fondateurs M. C A, son président, et M. B A, son secrétaire. L'administration a considéré que cette activité présentait un caractère lucratif au motif que les prestations en cause étaient offertes en concurrence avec celles proposées au public par des entreprises commerciales ou des organismes lucratifs exerçant une activité identique en ligne sur internet.

6. Si l'association www.viapay.fr soutient que son activité n'est pas comparable à celle des prestataires de service du secteur commercial offrant un service de paiement en ligne sécurisé au motif que d'une part, les prestations qu'elle fournit ne correspondent pas à son objet social faute d'avoir pu mettre en place les logiciels requis et, d'autre part, qu'elle se cantonne à une activité de mandataire financier pour les seules associations adhérentes, il résulte de l'instruction et notamment des éléments fournis par les services fiscaux que des entreprises commerciales ou des organismes lucratifs proposent des services de paiements sécurisés similaires. A cet égard, il résulte de la proposition de rectification adressée le 17 décembre 2018 à l'association requérante qu'en appliquant les critères dits des " 4 P " pour déterminer la situation d'une association sur le marché concurrentiel que l'association propose des services d'encaissement des paiements, qu'elle ne propose pas de tarif particulier réservé à un public sensible, que le public visé est composé de professionnels désireux de disposer d'une solution personnalisée pour gérer le paiements de leurs clients et enfin que la publicité est assurée par son site internet et le référencement de l'association dans les pages jaunes. En outre, si l'association soutient que ce service n'est proposé qu'aux seules associations adhérentes, il résulte de l'instruction qu'elle n'a pas été en mesure d'en fournir la liste et ne perçoit pas de cotisations pour les adhésions. Par suite, l'activité principale de l'association www.viapay.fr est la promotion, le développement et la gestion du commerce électronique à destination de professionnels, à un tarif non inférieur à celui du marché concurrentiel et au bénéfice exclusif des deux seuls membres de l'association. L'activité étant ainsi exercée dans des conditions identiques à celles du secteur concurrentiel, l'association vwww.viapay.fr est dès lors soumise à l'ensemble des impôts commerciaux.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

7. Aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales dans sa version alors applicable : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts, soit de la Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du même code, soit de la commission départementale de conciliation prévue à l'article 667 du même code. / Les commissions peuvent également être saisies à l'initiative de l'administration ". Aux termes de l'article 59 A du même livre : " I. - La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ; / () / II. - Dans les domaines mentionnés au I, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut, sans trancher une question de droit, se prononcer sur les faits susceptibles d'être pris en compte pour l'examen de cette question de droit. / () ". Aux termes de l'article L. 59 C du même livre : " La Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du code général des impôts intervient pour les entreprises qui exercent une activité industrielle et commerciale sur les désaccords en matière de bénéfices industriels et commerciaux et de taxes sur le chiffre d'affaires dans les mêmes conditions que celles définies à l'article L. 59 A ".

8. Aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'administration de faire mention ni dans la proposition de rectification prévue par l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, ni dans la réponse aux observations du contribuable, de la possibilité qu'a celui-ci de saisir la commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ou la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. La garantie d'information du contribuable, telle que prévue par la Charte du contribuable vérifié, rendue opposable par l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, implique seulement que le contribuable soit mis en mesure de demander la saisine de l'une ou l'autre de ces commissions, et non que sa demande, que l'administration doit en principe satisfaire, soit réorientée vers la commission compétente. Par suite, l'association www.viapay.fr ne peut utilement soutenir que la procédure est entachée d'irrégularité.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

Sur la charge de la preuve :

9. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R.* 193-1 du livre des procédures fiscales : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a procédé à la taxation d'office des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, en application des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, en raison de l'absence de dépôt des déclarations de taxe pour l'année 2016. Par suite, l'association requérante supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des rappels de TVA.

10. D'autre part aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscale : " () la charge de la preuve incombe () également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69. ". Il résulte de l'instruction que l'association www.viapay.fr n'a ni tenu, ni présenté aucune comptabilité pour la période vérifiée. En outre, aucun justificatif des sommes encaissées sur les cinq comptes bancaires de l'association ainsi que des charges n'a été présenté pour la période soumise à vérification. Dès lors, l'association www.viapay.fr supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés

S'agissant de la méthode de reconstitution :

11. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de l'association, qui a pour activité la promotion, le développement et la gestion de commerce électronique, le service s'est fondé, en l'absence de toute comptabilité, sur les relevés des cinq comptes bancaires dont est titulaire l'association, qui lui ont été communiqués en vertu des dispositions de l'article L. 81 du livre des procédures fiscales et sur lesquels figurent les encaissements des paiements effectués sur ces comptes qui sont réputés constituer son chiffre d'affaires, et dont il a déduit les versements identifiés comme non représentatifs du chiffre d'affaires, à savoir les virements de compte à compte, les rejets de chèque et les remises de frais bancaires. Par ailleurs, les remises de frais bancaires ont été extournés. Ainsi, le chiffre d'affaires reconstitué s'est élevé à 165 536 euros hors taxe pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016.

12. Pour critiquer la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires, mise en œuvre par l'administration fiscale, l'association requérante se borne à faire valoir que cette méthode aboutirait à des résultats excessifs, dès lors que les encaissements figurant sur ses comptes bancaires sont réalisés pour le compte des membres usagers de l'association, à titre gratuit et, à supposer qu'elle ait exercé cette activité à titre lucratif, seuls les honoraires perçus à cet effet auraient dû être pris en compte au titre du chiffres d'affaires. Toutefois, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, alors qu'elle supporte la charge de la preuve ainsi qu'il vient d'être dit. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à remettre en cause la méthode retenue par le service vérificateur.

S'agissant des charges déductibles :

13. Pour contester cette reconstitution des charges déductibles, l'association requérante soutient que le résultat imposable reconstitué ne saurait correspondre au montant des encaissements réalisés pour le compte des membres usagers de l'association et que son activité ne peut être assimilée ni à l'édition de logiciels ni à celle d'une agence immobilière. A titre subsidiaire, elle soutient qu'en tant que mandataire financier, le chiffre d'affaires aurait dû être calculé sur la base des honoraires. Toutefois, il résulte des propositions de rectification adressées les 17 décembre 2018 et 11 mars 2019 que le service vérificateur a retenu, d'après un échantillon de trois entreprises exerçant une activité comparable à celle de l'association www.viapay.fr, un pourcentage de charges d'exploitation égal à 74% du chiffre d'affaires hors taxe reconstitué soit 116 637 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et 72% du chiffre d'affaires hors taxe reconstitué soit 119 186 euros au titre de l'exercice clos en 2016, soit un résultat imposable reconstitué de 40 981 euros et 46 350 euros au titre des exercices clos en 2015 et 2016. En outre, si le service vérificateur a fait mention dans les deux propositions de rectification d'une activité d'agence immobilière pour les prestations de services, cette seule mention est sans influence sur la méthode de reconstitution appliquée, dès lors que les entreprises de l'échantillon exercent une activité de paiement en ligne. Enfin, si l'association www.viapay.fr se prévaut, à titre subsidiaire de la qualité de mandataire financier, elle ne l'établit pas en s'abstenant de produire un mandatement financier. Par suite, l'association requérante ne peut être regardée comme démontrant que les rectifications contestées seraient exagérées.

S'agissant de la TVA :

14. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. " Aux termes de l'article 269 du même code, dans la version applicable aux années en litige : " 1. Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué () / 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons et les achats visés au a du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ; ".

15. Il résulte de la proposition de rectification notifiée le 11 mars 2019 que l'administration fiscale a reconstitué le chiffre d'affaires d'un montant de 198 643,35 euros TTC au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, ce chiffre d'affaires dépassant le second seuil prévu à l'article 293-B-I-1° du code général des impôts soit 34 900 euros. Dans ces conditions, l'association ne pouvant bénéficier du régime de la franchise en base, elle était redevable de la TVA selon un régime réel à compter du 1er jour du mois où son chiffre d'affaires a dépassé le seuil de 34 900 euros, soit le 1er mars 2015.

16. Pour contester les montants retenus par l'administration fiscale, l'association www.viapay.fr soutient que, à supposer qu'elle ait exercé une activité d'encaissement, la TVA aurait dû être calculée sur les commissions perçues et non sur les sommes encaissées et, à ce titre, que les commissions perçues se situent en-deçà du plafond de la franchise en base de TVA. Elle soutient par ailleurs que l'administration ne pouvait pas retenir un taux de 20% de TVA. Toutefois, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, alors qu'elle supporte la charge de la preuve ainsi qu'il vient d'être dit. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à remettre en cause le montant de la TVA auquel elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016.

S'agissant des revenus distribués par l'association www.viapay.fr :

17. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". M. C A ayant contesté les rectifications qui lui ont été notifiées, il appartient à l'administration d'apporter la preuve tant de l'existence et du montant des revenus distribués, que de leur appréhension par les intéressés. Toutefois, le contribuable, qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit en outre à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes étant sans incidence à cet égard.

18. D'une part, l'association www.viapay.fr, ayant été à bon droit assujettie à l'impôt sur les sociétés, l'administration est fondée à estimer que ses résultats imposables au cours de l'exercice clos en 2016 sont constitutifs de revenus distribués. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de l'association, aucune comptabilité n'a été remise au vérificateur. Ce dernier a reconstitué le chiffre d'affaires de l'association à partir des relevés des cinq comptes bancaires ouverts à son nom, obtenus en usant de son droit à communication. L'administration a ainsi déterminé le résultat imposable de l'association à hauteur de 198 643,35 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Si l'association soutient que M. A n'a perçu aucun revenu distribué, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation.

19. D'autre part, l'administration a relevé que M. C A dispose de la signature sur les comptes bancaires de l'association et dispose de deux cartes de crédit rattachées aux comptes de l'association. L'association requérante n'apporte aucun élément de nature à contredire ces faits. Dans ces conditions, l'administration a ainsi pu regarder à bon droit M. C A comme maître de l'affaire. Elle apporte, par suite, la preuve de l'appréhension par l'intéressé des revenus distribués par l'association www.viapay.fr et était fondée à imposer entre ses mains les sommes en litige sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin de décharge présentées par l'association www.viapay.fr doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent, en tout état de cause, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association www.viapay.fr est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association www.viapay.fr et à la direction régionale des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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