mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103130 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, M. C A, représenté par Me Gasquet, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, pour un montant total de 70 821 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les sommes inscrites au crédit de son compte-courant ont été considérées à tort comme des revenus distribués, dès lors que la situation dégradée de la trésorerie de la société L'Inimitable ne permettait pas le versement des sommes en litige ;
- il n'avait pas connaissance des comptes de la société, notamment des écritures comptables enregistrées par l'expert-comptable, dès lors que la vente de ses parts de société est intervenue le 2 février 2015 ;
- les dettes, dont les montants ont été portées au crédit de son compte courant ouvert à son nom, sont imputables à des erreurs de l'expert-comptable, celles-ci ayant d'ailleurs été soldées par la société ;
- c'est à tort que le service lui a appliqué la majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts, dès lors que le caractère délibéré des manquements reprochés n'est pas établi.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;
- et les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a été nommé en janvier 2014 gérant statutaire de la société à responsabilité limitée L'Inimitable, dont il était également associé à hauteur de 50 %, jusqu'à la cession de ses parts le 2 février 2015. La société L'Inimitable, qui exploite une activité de restauration rapide spécialisée dans la vente de kebabs a fait l'objet, au cours de l'année 2017, d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service a constaté l'existence d'apports injustifiés inscrits au crédit du compte courant ouvert dans les écritures de la société au nom de M. A. Par une proposition de rectification du 19 septembre 2017, le requérant a été informé d'une imposition supplémentaire à l'impôt sur le revenu et sur les prélèvements sociaux pour l'année 2014 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, au titre des revenus distribués en applications du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Les sommes ont été mises en recouvrement le 31 mars 2019. Les réclamations du requérant en date des 15 avril 2019 et 16 décembre 2020, portant sur la somme de 70 821 euros, ont été rejetées par deux décisions des 4 octobre 2019 et 2 avril 2021. Par sa requête, le requérant demande au tribunal de le décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / () ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit du compte courant d'un associé ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
3. Lorsque l'administration entend imposer comme revenus distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts une somme inscrite sur le compte courant d'un associé dans les écritures d'une société, elle est en droit de se fonder sur les écritures de la société, alors même que celles-ci seraient erronées.
4. D'autre part, il résulte des dispositions combinées de l'article 12 et du 3 de l'article 158 du code général des impôts que les sommes à retenir, au titre d'une année déterminée, pour l'assiette de l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sont celles qui, au cours de ladite année, ont été mises à la disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d'inscription à un compte courant sur lequel l'intéressé a opéré, ou aurait pu, en droit ou en fait, opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre de l'année d'imposition.
5. Il résulte de l'instruction que la société à responsabilité limitée L'Inimitable, dont M. A était gérant statutaire jusqu'au 1er janvier 2015 et associé à hauteur de 50 % jusqu'au 2 février 2015, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au cours de l'année 2017 à l'issue de laquelle le service a constaté l'existence d'apports injustifiés inscrits au crédit du compte courant ouvert dans les écritures de la société au nom de M. A. Le service a, en effet constaté l'existence de dettes fournisseurs et salariés réduites ou soldées au 31 décembre 2014, soit à la clôture de l'exercice, par des écritures enregistrées au journal des opérations diverses en contrepartie de crédits portés sur le compte courant d'associé ouvert au nom de M. A, pour un montant global d'apports de 89 119 euros, au terme de la procédure de rectification.
6. D'une part, le requérant soutient que la trésorerie de la société ne lui permettait pas de payer les sommes inscrites sur son compte courant et se prévaut, à ce titre, du bilan de la société et du relevé d'opérations bancaires du 6 décembre 2014 au 5 janvier 2015. Il résulte toutefois de l'instruction que la comptabilité de la société L'inimitable a été déclarée non probante et a été rejetée au terme de la procédure de rectification, et qu'à l'issue de la reconstitution du chiffre d'affaires, le service, dont la position a été confirmée par la commission départementale des impôts directs et taxe sur le chiffre d'affaires dans sa séance du 5 juin 2018, a constaté une omission de recettes dans la comptabilité de la société à hauteur de 109 141 euros au titre de l'exercice clos 2014. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'attestation établie par l'expert-comptable de la société datée du 7 juillet 2015 que celui-ci n'a pas été en mesure d'attester de la cohérence et de la vraisemblance des comptes annuels pris dans leur ensemble compte tenu de l'absence de nombreuses pièces justificatives. En outre, il résulte de l'instruction que le solde du compte bancaire au 31 décembre, versé au dossier, d'un montant de 3 808 euros, ne correspond pas à la réalité, dès lors qu'une partie des recettes réalisées n'a été ni enregistrée en comptabilité, diminuant d'autant le chiffre d'affaires, ni déposée sur le compte bancaire de la société. Dès lors, compte tenu du défaut de force probante de la comptabilité et par conséquent des pièces comptables qui en sont le support, au titre desquelles figure le bilan de la société, le requérant ne justifie, ni ne démontre qu'il n'a pas pu prélever les sommes réputées distribuées.
7. D'autre part, le requérant soutient que, compte tenu de la date d'établissement des comptes de la société L'Inimitable, intervenu le 9 février 2015, il ne pouvait avoir connaissance des écritures portées sur son compte courant, du fait de la cessation de ses fonctions de dirigeant statutaire, le 1er janvier 2015, et de la vente de ses parts, le 2 février 2015. Il résulte toutefois de l'instruction, que la totalité des écritures en litige, notamment les sommes portées au crédit de M. A les 10 décembre et 31 décembre 2014 pour solder ou réduire les comptes fournisseurs ou salariés, et l'écriture de régularisation d'un montant de 83 895, 64 euros, constatée en comptabilité le 31 décembre 2014, sont intervenues au cours de l'année 2014, période durant laquelle le requérant était encore dirigeant statutaire et associé de la société. Dans ces conditions, M. A ne pouvait ignorer, du fait de sa qualité de gérant et d'associé, les écritures comptables en litige et plus généralement la situation comptable de la société.
8. Enfin, si le requérant soutient que l'ensemble des écritures comptables portées au crédit de son compte courant résultent d'erreurs comptables, dès lors que les dettes de la société ont été soldées, il ne résulte pas de l'instruction à défaut de production des justificatifs, que les écritures comptables en litige, et par voie de conséquence les sommes en litige, sont liées à des écritures erronées.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le service a imposé la somme de 70 821 euros en tant que revenus distribués au titre du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
Sur les pénalités :
10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
11. Le juge de l'impôt, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, décide, dans chaque cas, selon les résultats de ce contrôle, soit de maintenir la majoration effectivement encourue au taux prévu par la loi, sans pouvoir moduler celui-ci pour tenir compte de la gravité de la faute commise par le contribuable, soit de ne laisser à la charge du contribuable que les intérêts de retard.
12. Pour appliquer cette majoration, le service a retenu, d'une part, l'importance des montants en litige, et d'autre part, comme il a été dit au point 6, le fait qu'en sa qualité d'associé dirigeant, M. A ne pouvait ignorer la mise à disposition des sommes inscrites sur son compte courant en contrepartie d'écritures de dettes fournisseurs et salariées portées au journal des opérations diverses. Par suite, le service apporte la preuve du caractère délibéré des manquements des requérants.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge, en droit et pénalités, des cotisations d'impôt supplémentaire sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014.
Sur les frais liés au litige :
14. Les conclusions de M. A tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026