mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103316 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 juin 2021, 13 décembre 2022 et 5 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Lecarpentier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 23 459,74 euros, somme à parfaire eu égard aux charges sociales, en réparation du préjudice anormal et spécial que lui aurait causé son reclassement en application de la loi de programmation et de réforme de la justice :
2°) de mettre à la charge de de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'application des dispositions de la loi du 23 mars 2009 de programmation et de réforme pour la justice et du décret du 30 août 2019 modifiant l'organisation judiciaire lui cause un préjudice anormal et spécial ;
- le nouveau poste occupé depuis le 1er janvier 2020, en suite de la mise en œuvre de la réforme pour la justice, lui cause un manque à gagner ;
- cette réforme engendre des conséquences défavorables sur le déroulé de la fin de sa carrière ; elle n'a plus de perspective de carrière eu égard à son ancienneté ;
- la suppression du poste de greffier fonctionnel relevant du groupe 1 du tribunal d'instance de Rodez lui cause une perte de salaires sur la période comprise entre le 1er janvier 2020 et le 20 avril 2021, date de son détachement sur l'emploi de greffier fonctionnel relevant du groupe 1 qu'elle évalue à 278,32 euros bruts et un manque à gagner sur le montant de sa pension de retraite de 502,20 euros nets et la perte de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) à compter du 1er janvier 2022 qu'elle évalue à 5 388,90 euros bruts ; cette perte C impacte également ses droits à pension qu'elle évalue à 2 200,32 euros brut ;
- le principe de confiance légitime a été méconnu ;
- la perspective d'ouverture d'un poste de greffier fonctionnel relevant du groupe 1 est hypothétique ;
- cette situation lui cause un préjudice moral qu'elle évalue à 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- Mme A ne justifie pas subir un préjudice anormal et spécial dès lors qu'elle a été nommée, en suite d'un détachement, sur un emploi de greffier fonctionnel du 1er groupe ;
- Mme A n'exerçant plus de fonctions ouvrant droit au bénéfice C elle ne saurait être regardée comme subissant un préjudice anormal et spécial.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n°2019-222 du 23 mars 2019 ;
- le décret n°93-522 du 26 mars 1993 ;
- le décret n°2019-1397 du 18 décembre 2019 ;
- le décret n°2019-1481 du 27 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lecarpentier, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A occupait depuis le 1er mars 2013 les fonctions de greffière, cheffe de greffe au conseil des prud'hommes de Rodez. A compter du 1er janvier 2020, suite à la mise en œuvre de la loi du 23 mars 2019 portant programmation 2018-2022 et réforme de la justice conduisant à la fusion des tribunaux de grande instance et des tribunaux d'instance ainsi que des greffes des conseils des prud'hommes, elle a été détachée sur l'emploi fonctionnel de cheffe de service au tribunal judiciaire de Rodez pour une durée de quatre ans, renouvelable. Par un courrier du 3 février 2021, réceptionné le 8 février suivant, Mme A a présenté une demande indemnitaire afin d'obtenir la réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi à l'occasion de l'entrée en vigueur de la loi de programmation et de réforme de la justice. Le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 23 459,74 euros en réparation du préjudice financier et moral qu'elle estime avoir subi.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'Etat tirée du reclassement de Mme A dans un emploi de greffière fonctionnelle du 2ème groupe :
2. La responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.
3. L'article 95 de la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice a, d'une part, fusionné les tribunaux de grande instance avec les tribunaux d'instance au 1er janvier 2020 et, d'autre part, intégré le greffe des conseils des prud'hommes au greffe des tribunaux judiciaires lorsque le conseil avait son siège dans la même commune que le siège d'un tribunal judiciaire ou de l'une de ses chambres de proximité. L'article 6 du décret du 27 décembre 2019 modifiant les statuts particuliers des directeurs des services de greffe judiciaire et des greffiers des services judiciaires ainsi que les statuts d'emplois de directeur fonctionnel et de greffier fonctionnel précise qu': " Au 1er janvier 2020, les agents détachés dans un emploi de greffier fonctionnel, chef de greffe d'un tribunal d'instance ou d'un conseil de prud'hommes situé dans la même commune qu'un tribunal de grande instance, régi par le décret n° 2015-1276 du 13 octobre 2015 susvisé dans sa rédaction antérieurement applicable, sont, sur leur demande, nommés et détachés dans un emploi fonctionnel de chef de service au tribunal judiciaire dans le ressort duquel ils exercent leurs fonctions, régi par ce même décret dans sa nouvelle rédaction. ".
4. En premier lieu, Mme A, qui a été reclassée sur les fonctions de greffière fonctionnelle de 2ème groupe avec un indice majoré de 569, soutient que l'application des dispositions précitées lui causerait un préjudice financier dès lors qu'elle n'a plus de perspective d'avancement à l'ancienneté en atteignant le dernier indice de sa grille de rémunération. Cette situation lui causerait un manque à gagner sur la période du 8 novembre 2020 au 1er novembre 2025 correspondant à 4 610,70 euros bruts, et aurait un impact sur sa retraite.
5. Il résulte toutefois de l'instruction tout d'abord que, par un arrêté du 6 août 2021, Mme A a été détachée sur le poste de greffière fonctionnelle du 1er groupe au tribunal judiciaire de Rodez à compter du 20 avril 2021, avec un indice majoré de 598. Si Mme A, à la suite de l'édiction de cet arrêté, a maintenu ses prétentions indemnitaires en chiffrant son manque à gagner sur la période du 8 novembre 2020 au 20 avril 2021 à 278,32 euros bruts, il n'est pas établi, eu égard aux garanties et sujétions attachées à la qualité de fonctionnaire et alors au demeurant que l'intéressée a obtenu un avancement, que le préjudice allégué présenterait un caractère anormal et spécial susceptible d'engager la responsabilité sans faute de l'Etat à raison d'une rupture d'égalité devant les charges publiques.
6. En deuxième lieu, Mme A soutient que son reclassement impacterait financièrement ses droits à pension lors de son départ à la retraite qu'elle évalue à 502,20 euros. Toutefois, ce préjudice financier repose seulement sur une projection et ne présente pas, dès lors, un caractère certain.
7. En troisième lieu, en se bornant à faire état de l'absence d'explications relatives à la mise en œuvre de la loi de programmation 2018-2022 par l'administration et de ses conséquences sur sa situation individuelle, des erreurs figurant sur ses arrêtés de reclassement et de la saisine du juge administratif pour faire valoir ses droits, Mme A, n'établit pas la réalité du préjudice moral dont elle se prévaut.
8. En dernier lieu, le principe de confiance légitime, qui fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne, ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par ce droit. Aucun texte du droit de l'Union européenne n'a pour objet de régir les modalités d'avancement et de reclassement dans la fonction publique. Dès lors, Mme A ne saurait se prévaloir de ce que l'Etat aurait méconnu ce principe.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi, eu égard aux garanties et sujétions attachées à la qualité de fonctionnaire que les préjudices allégués par la requérante présenteraient un caractère anormal et spécial susceptible de permettre l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat à raison d'une rupture d'égalité devant les charges publiques.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de l'Etat tirée de la suppression de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) :
10. Aux termes de l'article 1er du décret n° 93-522 du 26 mars 1993 : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit " et aux termes de l'article 1er du décret n° 2019-1397 du 18 décembre 2019 : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux directeurs des services de greffe judiciaires et aux fonctionnaires nommés dans un emploi de directeur fonctionnel des services de greffe judiciaires exerçant les fonctions de directeur de greffe, ainsi qu'aux greffiers des services judiciaires et aux fonctionnaires nommés dans un emploi de greffier fonctionnel des services judiciaires exerçant les fonctions de chef de greffe ". Le premier alinéa de l'article 2 de ce décret dispose que : " Les fonctionnaires mentionnés à l'article 1er qui percevaient, au 31 décembre 2019, une nouvelle bonification indiciaire au titre des fonctions de directeur de greffe ou de chef de greffe d'un tribunal d'instance ou d'un conseil de prud'hommes dans les conditions prévues par les décrets du 14 octobre 1991 et du 30 octobre 2006 susvisés et qui, du fait de la fusion des tribunaux de grande instance et des tribunaux d'instance ainsi que de la fusion de certains greffes de conseils de prud'hommes en application de l'article 95 de la loi du 23 mars 2019 susvisée, ne peuvent plus en bénéficier, conservent cet avantage, à titre personnel, s'ils y ont intérêt, jusqu'à leur prochaine mutation et, au plus tard, jusqu'au 31 décembre 2021 ".
11. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le bénéfice C n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des agents mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois.
12. Le pouvoir réglementaire peut limiter le versement C aux agents occupant les emplois qu'il détermine, comportant une responsabilité ou une technicité particulières. Il est loisible à l'administration, lorsqu'elle établit la liste des emplois ouvrant droit à cette bonification, de prendre en considération des raisons budgétaires et des orientations de politique de gestion des personnels. L'administration peut, sous le contrôle du juge, supprimer un emploi de cette liste en se fondant sur les mêmes motifs, l'agent occupant cet emploi n'ayant aucun droit au maintien de la bonification. Dans tous les cas, l'administration doit, conformément au principe d'égalité, traiter de la même manière tous les agents occupant les emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à la bonification ou n'y ouvrant plus droit et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières. Lorsqu'un emploi a été légalement supprimé de la liste des emplois ouvrant droit à la NBI, l'administration est tenue de mettre fin au versement C à l'agent concerné.
13. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 26 novembre 2021, le garde des sceaux ministre de la justice a mis fin, en application des dispositions précitées, à l'attribution au bénéfice de Mme A C dès lors qu'elle n'occupait plus les fonctions de greffière, cheffe de greffe, au conseil des prud'hommes de Rodez. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que le bénéfice C est lié à la nature des fonctions attachées aux emplois et aucun texte ne prévoit de droit acquis au maintien de ces fonctions pour les agents les ayant exercées. Par suite, Mme A n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat à raison de la suppression C.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat sur le fondement de la responsabilité sans faute. Par voie de conséquence, ses conclusions sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026