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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2103414

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2103414

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2103414
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALRAN PERES RENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2021, la Société le Grand Buffet, représentée par Me Renier demande au tribunal d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge la somme de 7 300 euros au titre de la contribution spéciale et la somme de 2 553 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, ensemble la décision du 10 mai 2021 rejetant sa demande de recours gracieux.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle conteste avoir eu connaissance de la véritable identité du salarié qui lui avait présenté une carte nationale d'identité française au nom de M. A B, qu'elle ignorait qu'il y avait usurpation d'identité et qu'elle a procédé aux formalités préalables à l'embauche ;

- le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait pas légalement mettre à sa charge les contributions litigieuses dès lors que le tribunal correctionnel de Castres a prononcé la relaxe pour les faits litigieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2023 par une ordonnance du 19 juin précédent.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 septembre 2020, les services de police ont procédé au contrôle du restaurant "Le Grand Buffet" situé à Castres (81), exploité par la SARL Le Grand Buffet. Ils ont constaté en situation de travail M. D B A alias M. C, ressortissant malien dépourvu de titre l'autorisant à travailler et à séjourner en France. Le procès-verbal d'infraction a été transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par une décision du 16 mars 2021, reçue le 19 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a notifié à la SARL Le Grand Buffet sa décision de lui appliquer la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 300 euros et la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 553 euros, pour l'emploi irrégulier de l'étranger en cause. La SARL Le Grand Buffet a formé un recours gracieux le 26 mars 2021 auquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a répondu le 10 mai 2021. Par la présente requête, la SARL Le Grand Buffet demande au tribunal d'annuler les décisions du 16 mars et du 10 mai 2021.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre de travail, une contribution spéciale ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ". Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre la décision d'appliquer les contributions prévues par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'exercer son plein contrôle sur les faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique en statuant en fonction de la valeur des éléments produits par l'administration pour établir l'infraction, et de ceux produits par le requérant. Il lui appartient ensuite de décider, selon le résultat de ce contrôle, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 8256-2 du code du travail : " Le fait pour toute personne, directement ou par personne interposée, d'embaucher, de conserver à son service ou d'employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France, en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1, est puni d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 15 000 euros. () / Le premier alinéa n'est pas applicable à l'employeur qui, sur la base d'un titre frauduleux ou présenté frauduleusement par un étranger salarié, a procédé sans intention de participer à la fraude et sans connaissance de celle-ci à la déclaration auprès des organismes de sécurité sociale prévue à l'article L. 1221-10, à la déclaration unique d'embauche et à la vérification auprès des administrations territorialement compétentes du titre autorisant cet étranger à exercer une activité salariée en France ".

4. En premier lieu, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2 que la procédure de mise en œuvre de la contribution est indépendante des poursuites judiciaires et de la procédure pénale pouvant être diligentées à l'encontre de l'employeur. La circonstance que la procédure pénale initiée à l'encontre du requérant a fait l'objet d'un classement sans suite ne peut donc pas à cet égard suffire à remettre en cause le caractère irrégulier de l'emploi du salarié. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction administrative.

5. Il résulte de l'instruction que M. C employé par la SARL Le Grand Buffet était en situation de travail alors qu'il ne disposait pas de titre l'autorisant à travailler et que la société requérante reconnaît ces faits dès lors qu'elle n'a pas contesté la procédure initiée par l'URSSAF. Au vu de ces éléments, la matérialité des faits reprochés à la société requérante est établie. Et en tout état de cause, il résulte du jugement du tribunal correctionnel de Castres du 16 mars 2021 que la relaxe dont se prévaut la société requérante concerne le fait de soumettre une personne à des conditions d'hébergement incompatible avec la dignité humaine et donc qu'elle est sans rapport avec le présent litige.

6. En deuxième lieu, les contributions prévues par les dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français et / ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

7. En l'espèce, la société requérante fait valoir que lors de son embauche, M. C lui a présenté une carte nationale d'identité, qu'elle est de bonne foi et qu'il ne lui était pas possible de constater que la pièce d'identité française présentée était manifestement usurpée. Toutefois, il résulte du procès-verbal d'audition de l'intéressé reconnaît avoir utilisé la pièce d'identité de M. D B A. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et notamment de la comparaison des photographies du titre de M. C et de la carte nationale d'identité de M. D B A, qu'il était manifeste que les documents présentés par M. C procédaient d'une usurpation d'identité et que les chèques remis à l'intéressé pour le versement de ses salaires ne comportaient aucun ordre. Ces éléments sont de nature à établir que l'employeur pouvait soupçonner l'existence d'une fraude ou d'une usurpation d'identité, circonstance qui aurait dû le conduire à effectuer les vérifications nécessaires pour établir la nationalité de M. C auprès des services compétents. Par suite, la SARL Le Grand Buffet n'est donc pas fondée à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne pouvait la sanctionner à raison de l'emploi de bonne foi de ce salarié.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Le Grand Buffet n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Le Grand Buffet est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Le Grand Buffet et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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