mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103481 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | NASSIET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 juin 2021 et 25 août 2022, Mme E F veuve de M. D F, M. C F et M. A F, agissant en qualité d'ayants droit de M. D F, décédé, représentés par Me Nassiet, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, pour un montant total de 7 580 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la société Etpe Construcoes Lda ne dispose pas en France d'un établissement stable ni d'installations permanentes susceptibles de constituer le siège social effectif de l'activité en France, dès lors, que les chantiers de construction ne dépassent pas douze mois conformément à la convention fiscale entre la France et le Portugal du 14 janvier 1971, que les moyens matériels et humains se situent au Portugal, et que l'essentiel du chiffre d'affaires de la société Etpe est réalisé au Portugal.
Par une lettre, enregistrée le 16 septembre 2022, Mme E F veuve de M. D F, M. C F et M. A F, représentés par Me Nassiet, déclarent reprendre l'instance engagée par M. F décédé le 26 août 2021.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 février et 16 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention fiscale conclue entre la France et le Portugal du 14 janvier 1971 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Nassiet, représentant M. et Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. M. D F est, depuis le 19 juin 2014, l'associé unique de la société à responsabilité limitée de droit portugais Etpe Construcoes LDA, dont le siège social est situé au Portugal, qui exerce l'activité de construction en bâtiments. L'établissement de cette société, situé en France, a fait l'objet d''une vérification de comptabilité sur les exercices clos 2014, 2015 et 2016 en matière de bénéfice industriel et commercial et de taxe sur la valeur ajoutée. Aux termes de la procédure de rectification, le service a conclu que la société disposait d'un établissement stable en France pour lequel il a été constaté l'existence d'une activité occulte de travaux immobiliers. Par une proposition de rectification du 21 septembre 2017, les requérants ont été informés d'une imposition supplémentaire à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus industriels et commerciaux au titre des années 2015 et 2016. Les réclamations des requérants en date des 7 janvier 2020 et 22 janvier 2021, portant sur la somme globale de 7 580 euros, ont été rejetées par deux décisions des 3 septembre 2020 et 12 avril 2021. Par leur requête, les requérants demandent au tribunal de les décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office, si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 1 A du code général des impôts : " Il est établi un impôt annuel unique sur le revenu des personnes physiques désigné sous le nom d'impôt sur le revenu. Cet impôt frappe le revenu net global du contribuable déterminé conformément aux dispositions des articles 156 à 168. () ". Aux termes de l'article 4 A du même code : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. () ". Aux termes de l'article 8 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société./ Il en est de même, sous les mêmes conditions : / 4° De l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique ; () ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les bénéfices réalisés en France par une société à responsabilité limitée ayant un unique associé et n'ayant pas opté pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés sont, sauf stipulation conventionnelle contraire, imposables à l'impôt sur le revenu au nom de cet associé.
5. Un établissement ne peut être utilement regardé, par dérogation au critère prioritaire du siège, comme lieu des prestations de services d'un assujetti, que s'il présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées.
6. Il résulte de l'instruction que le service a considéré que la société à responsabilité limité de droit portugais Etpe Construcoes LDA disposait en France d'un établissement stable pour lequel elle a constaté l'existence d'une activité occulte de travaux immobiliers. Les requérants soutiennent, d'une part, qu'ils ne disposent pas d'un siège effectif de direction en France, que les moyens matériels et humains se situent au Portugal, que la majorité du chiffre d'affaires de la société Etpe est réalisé au Portugal, que les travaux en France sont couverts par une garantie décennale portugaise, que les matériaux et le matériel sont stockés sur les chantiers du fait de l'absence de local en France, et d'autre part, que l'existence d'un établissement stable n'est pas caractérisée, en application de la convention fiscale signée entre la France et le Portugal le 14 janvier 19171, car les chantiers de construction ne dépassent pas douze mois. Il résulte cependant de l'instruction que les requérants n'apportent aucun élément de preuve à l'appui de leurs allégations. Il résulte également de l'instruction que M. F est le dirigeant et l'unique associé de la société à responsabilité limité de droit portugais Etpe Construcoes Lda, que le domicile fiscal de M. F, à partir duquel il assurait la direction effective de la société, est situé en France, qu'il disposait des pleins pouvoirs pour administrer et gérer la société, qu'il était le seul habilité à conclure les contrats et qu'au titre de la période contrôlée, cette société avait fait exécuter en France, par la société à responsabilité limitée Europeen concept, dont M. F est également le gérant statutaire, des travaux immobiliers au titre de deux programmes de lotissement pour lesquels aucun contrat de sous-traitance n'a été établi entre les deux entités Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les prestations réalisées par la société Etpe Construcoes Lda, notamment des travaux de voierie , de terrassement, structures des chaussées, trottoir et bordures, ne correspondent pas à une activité préparatoire, auxiliaire, ou prolongeant un chantier réalisé sur le territoire du Portugal, mais constituent un cycle complet d'opérations détachables de son activité au Portugal. Dans ces conditions, M. F doit être regardé comme ayant disposé en France d'un centre de décision autonome et distinct du siège social à partir duquel était déployée l'activité de construction en bâtiment de la société. Par suite, c'est à bon droit que le service a établi l'existence en France d'un établissement stable.
En ce qui concerne l'application de la convention fiscale franco-portugaise :
7. Aux termes de l'article 2 de la convention fiscale du 14 janvier 1971 conclue entre la France et le Portugal : " La présente Convention s'applique aux personnes qui sont des résidents d'un Etat contractant ou de chacun des deux Etats () ". Aux termes de l'article 5 de cette même convention : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires où l'entreprise exerce tout ou partie de son activité. 2. L'expression " établissement stable " comprend notamment : a) Un siège de direction ; b) Une succursale ; c) Un bureau ; / g) Un chantier de construction ou de montage dont la durée dépasse douze mois. / 4. Une personne agissant dans un Etat contractant pour le compte d'une entreprise de l'autre Etat contractant, autre qu'un agent jouissant d'un statut indépendant, visé au paragraphe 6, est considérée comme " établissement stable " dans le premier Etat si elle dispose dans cet Etat de pouvoirs qu'elle y exerce habituellement lui permettant de conclure des contrats au nom de l'entreprise, à moins que l'activité de cette personne ne soit limitée à l'achat de marchandises pour l'entreprise. / 6. On ne considère pas qu'une entreprise d'un Etat contractant a un établissement stable dans l'autre Etat contractant du seul fait qu'elle y exerce son activité par l'entremise d'un courtier, d'un commissionnaire général ou de tout autre intermédiaire jouissant d'un statut indépendant, à condition que ces personnes agissent dans le cadre ordinaire de leur activité. 7. Le fait qu'une société qui est un résident d'un Etat contractant contrôle ou soit contrôlée par une société qui est un résident de l'autre Etat contractant ou qui y exerce son activité (que ce soit par l'intermédiaire d'un établissement stable ou non) ne suffit pas, en lui-même, à faire de l'une quelconque de ces sociétés un établissement stable de l'autre. ". Aux termes de l'article 7 de cette même convention : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un État contractant ne sont imposables que dans cet État, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre État contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre État, mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables audit établissement stable. / 2. Lorsqu'une entreprise d'un État contractant exerce son activité dans l'autre État contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé, il est imputé, dans chaque État contractant, à cet établissement stable, les bénéfices qu'il aurait pu réaliser s'il avait constitué une entreprise distincte et séparée exerçant des activités identiques ou analogues dans des conditions identiques ou analogues et traitant en toute indépendance avec l'entreprise dont il constitue un établissement stable ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'élément exigeant une interprétation différente, les bénéfices auxquels fait référence l'article 7 de la convention sont ceux déterminés selon les règles fixées par le code général des impôts. Constituent notamment des " établissements stables ", un siège de direction, une succursale, un bureau, une usine, un atelier, une mine, carrière ou autre lieu d'extraction de ressources naturelles, un chantier de construction ou de montage dont la durée dépasse douze mois.
9. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit au point 6, que l'activité de la société Etpe Construcoes Lda doit être regardée comme ayant disposé, au domicile de M. F, pour l'exercice de son activité économique de construction en bâtiment, d'un établissement stable en France. Cette société de droit portugais est une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, assimilable à une société à responsabilité limitée, dont M. F est l'unique associé. Dans ces conditions, et en l'absence de toute stipulation conventionnelle contraire, les résultats de l'établissement stable français de la société doivent, en application du 4° de l'article 8 du code général des impôts, être imposés, en l'absence d'option, au nom du requérant dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. Par suite, le service a pu, à bon droit, estimer que les bénéfices réalisés en France étaient, au titre de la période vérifiée, imposables en France et non au Portugal en application des stipulations précitées de la convention fiscale franco-portugaise susvisée.
10. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme F ne sont pas fondés à demander la décharge de la cotisation d'impôt supplémentaire sur le revenu, à laquelle ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.
Sur les frais liés au litige :
11. Les conclusions de M. et Mme F tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. et Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Copie en sera adressée à M. C F et à M. A F, agissant en qualité d'ayants droit de leur père.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
B. MOLINA-ANDREO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026