mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103705 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique cellule 7 |
| Avocat requérant | SCHOEFFLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2021, Mme C A, représentée par Me Schoeffler, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision de la commission de recours amiable de la caisse des allocations familiales (CAF) de l'Aveyron du 20 mai 2021 par laquelle elle a rejeté son recours en contestation de la régularité des mises en demeure des 1er avril 2021 et 17 mai 2021 d'un indu de prime d'activité d'un montant révisé de 1 283,70 euros pour la période du 1er octobre 2019 au 29 février 2020 ;
2) de lui accorder la remise totale de la dette ;
3) de mettre à la charge de la CAF de l'Aveyron la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au bénéfice de son conseil, sous réserve que Me Schoeffler renonce à l'indemnisation prévue par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- les mises en demeure n'ont pas été précédées de l'avis de la commission de recours amiable ;
- les mises en demeure n'ont pas été signée par l'autorité compétente ;
- les mises en demeure ne comportent pas la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ;
- elle est de bonne foi ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser cette dette.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, la CAF de l'Aveyron conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 700 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 10 décembre 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %.
Par un courrier du 6 juillet 2022, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de relever d'office, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, l'irrecevabilité des conclusions de Mme A dirigées contre la décision par laquelle la commission de recours amiable a rejeté son recours dirigé contre deux mises en demeure des 1er avril 2021 et 17 mai 2021, dès lors que les mises en demeure sont des mesures préparatoires non susceptibles de recours contentieux en raison de leur absence de caractère décisoire, en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative qui dispose que " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
Par un mémoire enregistré le 19 juillet 2022, Mme A soutient que :
- la décision de la commission de recours amiable du 20 mai 2021 comporte les mentions des voies et délais de recours ; cet acte est décisoire et un recours en excès de pouvoir est ouvert à son encontre ; son recours est donc recevable ;
- les deux mises en demeure comportent mention des voies et délais de recours.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. D de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, puis le rapport de M. D de Hureaux a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a bénéficié de la prime d'activité auprès de la CAF de l'Aveyron. A la suite d'un contrôle administratif diligenté le 10 octobre 2019 afin de vérifier la situation familiale de Mme A, un rapport d'enquête établi par un contrôleur assermenté de la CAF a constaté d'une part, que Mme A était bénéficiaire d'une pension de réversion à compter du mois de février 2019 et d'autre part, qu'elle avait volontairement omis de déclarer ses revenus. Après avoir recalculé ses droits à la prime d'activité, la CAF de l'Aveyron a, par courrier du 24 mars 2020, notifié à l'intéressée un indu de prime d'activité d'un montant de 2 567,40 euros pour la période d'avril 2019 à février 2020. Par deux décisions du 10 décembre 2020, la CAF a d'une part, rejeté la demande de remise de dette présentée par la requérante le 10 avril 2020 et d'autre part, notifié une reconnaissance de fraude à Mme A. Après avoir reçu une demande en contestation de fraude présentée par le conseil de Mme A, la CAF a révisé le dossier de Mme A en procédant à une régularisation du montant de l'indu pour la période d'octobre à février 2020. A défaut de remboursement, la CAF a émis deux mises en demeure de payer le solde de l'indu litigieux, d'un montant de 1 283,70 euros. Par une décision du 20 mai 2021, notifiée le 28 mai 2021, la commission de recours amiable a rejeté le recours en contestation des mises en demeure des 1er avril et 17 mai 2021 présenté par la requérante. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision ainsi que la remise totale de la dette.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 20 mai 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 843-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants. ". Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () ". Aux termes de l'article L. 161-1-5 du même code : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée () et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural et de la pêche maritime, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'il constate un indu de prime d'activité, l'organisme chargé du service de la prestation doit prendre une décision de récupération d'indu, motivée et notifiée au bénéficiaire de l'allocation, qui lui réclame le remboursement de la somme due et, le cas échéant, l'informe des modalités selon lesquelles cet indu pourra être récupéré par retenues sur les prestations à venir. Cette décision, qui fait grief, peut être contestée devant le tribunal administratif, après l'exercice, s'agissant d'une prime d'activité, d'un recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 845-2 du code de sécurité sociale. En l'absence de recours dans un délai de deux mois ou en cas de rejet de celui-ci, et sauf à ce que l'indu ait été remboursé, ait été récupéré par retenues sur les prestations à venir ou ait fait l'objet d'un titre exécutoire émis par l'ordonnateur de la personne publique pour le compte de laquelle la prestation est servie, l'organisme peut mettre l'allocataire en demeure de payer dans le délai d'un mois, puis, si cette mise en demeure reste sans effet dans ce délai, décerner une contrainte, laquelle est susceptible d'opposition devant le tribunal administratif dans le délai de quinze jours. Il suit de là qu'une telle mise en demeure, intervenant après la notification de la décision de récupération de l'indu, constitue un acte préparatoire à la contrainte qui pourra être émise si l'allocataire ne rembourse pas la somme due. Si l'allocataire peut utilement se prévaloir, à l'appui d'une opposition à contrainte, de l'irrégularité de la mise en demeure qui lui a été adressée, celle-ci ne présente pas, en revanche, le caractère d'une décision susceptible de recours, peu importe à cet égard que les mises en demeure aient porté la mention des voies et délais de recours ou que la décision prise par la commission de recours amiable rejetant le recours administratif dirigé contre ces mises en demeure ait également comporté de telles mentions.
4. Mme A dirige ses moyens contre les mises en demeures de payer émises par la CAF de l'Aveyron les 1er avril 2021 et 17 mai 2021 pour le paiement de la somme de 1 283,70 euros correspondant au solde d'un indu de prime d'activité pour la période du 1er octobre 2019 au 29 février 2020. Ces mises en demeure sont intervenues après la demande en contestation de fraude présentée par le conseil de Mme A du 11 janvier 2021. De telles mises en demeure, comme il a été dit au point 3 de la présente décision, constituent des actes préparatoires à la contrainte qui pourra être émise en cas d'absence de paiement des sommes dues par l'allocataire. Dès lors, ces mises en demeure ne sont pas des décisions susceptibles de faire l'objet d'une contestation contentieuse devant le tribunal administratif. Par voie de conséquence, la décision de la commission de recours amiable du 20 mai 2021, qui rejette le recours de Mme A contre ces mises en demeure, n'est pas davantage susceptible de recours contentieux.
5. Par suite, les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la décision de la commission de recours amiable du 20 mai 2021 sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
Sur la demande de remise de dette :
6. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. / () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prime d'activité ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
8. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité mis à la charge de Mme A est la conséquence de l'absence de déclaration de la pension de réversion qu'elle a perçu pour la période d'octobre 2019 à février 2020. Pour solliciter la remise gracieuse de sa dette la requérante soutient qu'elle est de bonne foi, que sa situation financière est précaire et qu'elle ne peut rembourser la totalité de l'indu de prime d'activité mis à sa charge. À l'appui de ses prétentions, Mme A soutient qu'elle n'a jamais caché sa situation financière lors de ses déclarations trimestrielles, dès lors qu'elle ne percevait pas ladite pension. Néanmoins, il ressort des pièces versées à la procédure que Mme A n'a déclaré percevoir la pension de réversion qu'à compter de janvier 2020, et non depuis octobre 2019 comme elle le prétend. En outre, la requérante indique qu'elle ne serait pas l'auteur d'une fraude mais simplement d'une négligence. Toutefois, ce n'est qu'après avoir fait l'objet d'un contrôle administratif par les services de la CAF de l'Aveyron en mars 2020, que Mme A a déclaré lesdits revenus, plus précisément le 5 mai 2020. Ainsi, Mme A, qui ne pouvait ignorer l'obligation de déclaration de sa pension de réversion, ne peut être regardée comme de bonne foi et alléguer une négligence. Dans ces conditions, la mauvaise foi de l'intéressée fait obstacle à l'octroi d'une remise de dette.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est, en tout état de cause et à supposer qu'elle ait entendu contester cette décision, pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 décembre 2020 par laquelle la CAF de l'Aveyron a refusé de lui accorder une remise de sa dette, ni à ce qu'une remise totale de sa dette lui soit accordée.
Sur la demande de frais de procès :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du département de l'Aveyron, qui n'est pas partie dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 700 euros que demande la CAF de l'Aveyron sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de l'Aveyron tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A, à la caisse d'allocations familiales de l'Aveyron et au ministre des solidarités.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Alain D de Hureaux La greffière,
Sandrine Furbeyre
La République mande et ordonne au ministre des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026