lundi 2 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2103988 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CAMILLE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 juillet et 13 septembre 2021, la SAS (société par actions simplifiée) Les Chamanes, représentée par Me Gasquet, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le directeur départemental des finances publiques de Tarn-et-Garonne lui a refusé, pour les mois de janvier, février et mars 2021, le bénéfice de l'aide financière prévue par le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité destiné aux entreprises touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19 ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de Tarn-et-Garonne le versement des sommes de 100 134 euros, 121 726 euros et 113 752 euros correspondant aux aides financières qu'elle a demandées au titre des mois de janvier, février et mars 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que l'administration a retenu que son chiffre d'affaires de référence ne pouvait pas prendre en compte son propre chiffre d'affaires de référence ainsi que celui de la société Chamanes France, dont elle était l'associée unique et qu'elle a absorbée le 16 novembre 2020, réalisé sur la même période ;
- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 1844-5 du code civil dès lors qu'elle est devenue propriétaire de l'universalité du patrimoine de la société Chamanes France absorbée, notamment des droits à subvention ;
- le document du 17 décembre 2020, repris dans une " foire aux questions ", propose une ligne de conduite logique en considérant que pour apprécier le chiffre d'affaires de référence, il convient, pour la détermination de la perte de chiffre d'affaires ouvrant droit à l'aide, de prendre en compte, en cas de transmission du patrimoine d'une société à une autre, le chiffre d'affaires réalisé par les deux sociétés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête de SAS Les Chamanes.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 novembre 2022 à 12 h 00.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS (société par actions simplifiée) Les Chamanes exerce une activité de commerce de gros d'autres biens domestiques à Montauban (Tarn-et-Garonne). Elle était associée unique de la SAS Chamanes France jusqu'au 16 novembre 2020, date à laquelle elle a prononcé la dissolution par anticipation de cette dernière, ce qui a entraîné la transmission universelle du patrimoine à son profit. Elle a déposé, les 10 mars, 6 et 22 avril 2021, des demandes d'aide au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, pour les mois de janvier, février et mars 2021. Le directeur départemental des finances publiques de Tarn-et-Garonne a rejeté ses demandes par décisions des 10 mars, 6 et 22 avril 2022, au motif d'une incohérence entre le chiffre d'affaires de référence déclaré et les informations détenues par les services. Par la présente requête, la SAS Les Chamanes demande au tribunal d'annuler ces décisions lui refusant le bénéfice de l'aide précitée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa version applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2012, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. Sa durée d'intervention peut être prolongée par décret pour une durée d'au plus trois mois. " Aux termes de l'article 3 de ladite ordonnance : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ". En outre, le décret du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation dans sa rédaction applicable aux aides sollicitées à compter du mois de décembre 2020 indique que " les aides financières prévues à l'article 3 prennent la forme de subventions attribuées par décision du ministre de l'action et des comptes publics aux entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret qui remplissent les conditions suivantes " et fixe les conditions qui doivent être remplies pour que l'entreprise soit éligible à l'aide en cause.
3. Il ressort des dispositions du décret du 30 mars 2020, notamment de ses articles 3-19, 3-22 et 3-24 applicables pour les mois de janvier, février et mars 2021, que les subventions sont destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours de ces périodes par les entreprises, cette perte étant définie comme la différence entre le chiffre d'affaires au cours du mois concerné et le chiffre d'affaires de référence. Aucune disposition du décret ne prévoit que le chiffre d'affaires de référence pourrait additionner celui que l'entreprise a réalisé et celui d'une autre entreprise dont le patrimoine lui aurait été transmis postérieurement à la période de référence. Ainsi, la SAS Les Chamanes n'est pas fondée à soutenir que le chiffre d'affaires de référence doit prendre en compte tant son chiffre d'affaires réalisé à elle seule pendant la période de référence que celui de la société qu'elle a absorbée entre l'année 2019 et l'année 2021 dès lors que les dispositions du décret ne prévoient pas d'additionner au chiffre d'affaires de la société absorbante celui de la société absorbée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1844-5 du code civil : " () En cas de dissolution, celle-ci entraîne la transmission universelle du patrimoine de la société à l'associé unique, sans qu'il y ait lieu à liquidation. Les créanciers peuvent faire opposition à la dissolution dans le délai de trente jours à compter de la publication de celle-ci. Une décision de justice rejette l'opposition ou ordonne soit le remboursement des créances, soit la constitution de garanties si la société en offre et si elles sont jugées suffisantes. La transmission du patrimoine n'est réalisée et il n'y a disparition de la personne morale qu'à l'issue du délai d'opposition ou, le cas échéant, lorsque l'opposition a été rejetée en première instance ou que le remboursement des créances a été effectué ou les garanties constituées () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la dissolution anticipée de la société Chamanes France a eu lieu le 16 novembre 2020, entraînant la transmission universelle de son patrimoine à la société Les Chamanes, conformément aux dispositions de l'article 1844-5 du code civil, à une date postérieure. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société absorbée Chamanes France détenait dans son patrimoine un actif correspondant à un droit à percevoir des subventions de l'Etat au titre du fonds de solidarité, au moment où la transmission universelle de patrimoine est devenue effective, dont pourrait se prévaloir la société requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, si la SAS Les Chamanes se prévaut d'informations de l'administration contenues dans le document " Mesures de soutien économiques " du 17 décembre 2020, disponible sur le site internet du Gouvernement, il ressort de ce document, produit à l'appui de la requête, que ces informations sont relatives au chiffre d'affaires à prendre en compte pour le comparer au chiffre d'affaires du mois d'octobre 2020 et ne concernent donc pas la situation d'espèce. En tout état de cause, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle peut opposer ce document à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, lequel ne s'applique pas dans la présente instance, le présent litige ne portant pas sur un rehaussement d'imposition.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SAS Les Chamanes doivent être rejetées. Par voie de conséquence, la société Les Chamanes n'est pas fondée à demander qu'il soit enjoint à l'Etat de verser les aides demandées au titre du fonds de solidarité destiné aux entreprises touchées par les conséquences de l'épidémie de Covid-19.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. () ".
9. L'Etat n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions de la SAS Les Chamanes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Les Chamanes est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Les Chamanes et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. Déderen, premier conseiller,
M. Zabka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
J-C. TRUILHÉ
L'assesseur le plus ancien,
G. DÉDEREN
La greffière,
M. A B
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2103988
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026