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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104065

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104065

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104065
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantREMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2021 et 2 mai 2023, Mme G A, représentée par Me Remy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a mise en demeure de fournir les éléments nécessaires à l'établissement d'un arrêté préfectoral pour encadrer l'exercice d'une activité hydroélectrique au droit d'un moulin fondé en titre, sur le cours d'eau La Garonne, commune de Saint-Béat, dans le département de la Haute-Garonne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- il méconnait la procédure de mise en demeure prévue par l'article L. 171-8 du code de l'environnement ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet de la Haute-Garonne a exigé qu'elle fournisse un dossier complet, une étude de détermination de débit minimum biologique adaptée au tronçon court-circuité pour évaluer le débit réservé à fixer, un dossier de mise en conformité des installations conformément à l'article L. 214-17 du code de l'environnement alors qu'elle bénéficie de la dispense de la mise en conformité au titre des obligations de continuité écologique découlant du classement du cours d'eau la Garonne en liste 2 au regard des dispositions de l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement, et les éléments relatifs à l'occupation du domaine public fluvial en vue de l'établissement d'une autorisation d'occupation temporaire ;

- le droit fondé en titre attaché à un ouvrage hydraulique constitue un droit réel immobilier ;

- la valeur de débit réservé actuellement observée, soit 10% du débit moyen du cours d'eau, est suffisante, à défaut d'étude contraire dont la charge incomberait au préfet de la Haute-Garonne ;

- la circulaire du 5 juillet 2011 relative à l'application de l'article L. 214-18 du code de l'environnement sur les débits réservés à maintenir en cours d'eau, dont se prévaut le préfet, est inopposable ;

- les ouvrages actuels de dévalaison sont suffisants.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à limiter l'étendue des effets du jugement aux seuls éléments irréguliers de l'arrêté préfectoral.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la circulaire du 5 juillet 2011 relative à l'application de l'article L. 214-18 du code de l'environnement sur les débits réservés à maintenir en cours d'eau ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Cadiou substituant Me Rémy, représentant Mme arrago.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G A, gérante de la centrale Ladivert, est propriétaire et exploite les ouvrages et installations dits " moulin de Ladivert ", situés sur la commune de Saint-Béat et dispose d'un droit d'eau fondé en titre reconnu par le préfet de la Haute-Garonne les 17 février et 15 mars 2011. Les 6 avril et 3 décembre 2018, la requérante a présenté un dossier de mise en conformité de ses ouvrages, jugés insuffisants par le préfet de la Haute-Garonne. La requérante n'ayant pas répondu aux dernières sollicitations de la préfecture, son dossier a été rejeté par un courrier du 23 janvier 2020. Par un courrier du 15 février 2020, Mme A a demandé à bénéficier de l'exemption prévue à l'article L. 214.18-1 du code de l'environnement. Par un arrêté du 21 avril 2022 le préfet de la Haute-Garonne a mis en demeure Mme A de fournir les éléments nécessaires à l'établissement d'un arrêté préfectoral pour encadrer l'exercice d'une activité hydroélectrique au droit d'un moulin fondé en titre, sur le cours d'eau la Garonne, commune de Saint-Béat, dans le département de la Haute-Garonne. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement : " Les moulins à eau équipés par leurs propriétaires, par des tiers délégués ou par des collectivités territoriales pour produire de l'électricité, régulièrement installés sur les cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux mentionnés au 2° du I de l'article L. 214-17, ne sont pas soumis aux règles définies par l'autorité administrative mentionnées au même 2°. Le présent article ne s'applique qu'aux moulins existant à la date de publication de la loi n° 2017-227 du 24 février 2017 ratifiant les ordonnances n° 2016-1019 du 27 juillet 2016 relative à l'autoconsommation d'électricité et n° 2016-1059 du 3 août 2016 relative à la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables et visant à adapter certaines dispositions relatives aux réseaux d'électricité et de gaz et aux énergies renouvelables. ".

3. Par deux arrêtés du 7 octobre 2013, publiés au Journal officiel du 9 novembre 2013, le préfet coordonnateur du bassin de l'Adour-Garonne a classé le cours d'eau la Garonne dans les listes des cours d'eau visées par les dispositions des 1° et 2° du I de l'article L. 214-17 du code de l'environnement.

4. Par un arrêté du 22 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a mis en demeure Mme A de fournir, dans un délai de quatre mois à compter de la notification de cet arrêté, les éléments nécessaires à l'établissement d'un arrêté préfectoral pour encadrer l'exercice d'une activité hydroélectrique au droit d'un moulin fondé en titre, sur le cours d'eau la Garonne, commune de Saint-Béat, dans le département de la Haute-Garonne.

5. Mme A se prévaut des dispositions précitées de l'article L. 214-18-1 du code de l'environnement pour soutenir qu'aucune obligation résultant du 2° du I de l'article L. 214-17 du même code ne peut être imposée aux ouvrages hydrauliques dont elle est propriétaire. Toutefois, les dispositions ainsi invoquées, en tant qu'elles exonèrent les moulins à eau existant à la date de publication de la loi du 24 février 2017 des obligations mentionnées au 2° du I de l'article L. 214-17 du code de l'environnement, indépendamment de leur incidence sur la continuité écologique des cours d'eau concernés et de leur capacité à affecter les mouvements migratoires des poissons, méconnaissent les objectifs de la directive du 23 octobre 2000 établissant un cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat dans une décision du 28 juillet 2022, n° 443911. Au demeurant, ces dispositions ont été abrogées par l'article 71 de la loi du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables. Dans ces conditions, Mme A ne peut se prévaloir de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions par l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 214-17 du code de l'environnement : " I.- Après avis des conseils départementaux intéressés, des établissements publics territoriaux de bassin concernés, des comités de bassins et, en Corse, de l'Assemblée de Corse, l'autorité administrative établit, pour chaque bassin ou sous-bassin : / 1° Une liste de cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux parmi ceux qui sont en très bon état écologique ou identifiés par les schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux comme jouant le rôle de réservoir biologique nécessaire au maintien ou à l'atteinte du bon état écologique des cours d'eau d'un bassin versant ou dans lesquels une protection complète des poissons migrateurs vivant alternativement en eau douce et en eau salée est nécessaire, sur lesquels aucune autorisation ou concession ne peut être accordée pour la construction de nouveaux ouvrages s'ils constituent un obstacle à la continuité écologique. / Le renouvellement de la concession ou de l'autorisation des ouvrages existants, régulièrement installés sur ces cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux, est subordonné à des prescriptions permettant de maintenir le très bon état écologique des eaux, de maintenir ou d'atteindre le bon état écologique des cours d'eau d'un bassin versant ou d'assurer la protection des poissons migrateurs vivant alternativement en eau douce et en eau salée ; / 2° Une liste de cours d'eau, parties de cours d'eau ou canaux dans lesquels il est nécessaire d'assurer le transport suffisant des sédiments et la circulation des poissons migrateurs. Tout ouvrage doit y être géré, entretenu et équipé selon des règles définies par l'autorité administrative, en concertation avec le propriétaire ou, à défaut, l'exploitant, sans que puisse être remis en cause son usage actuel ou potentiel, en particulier aux fins de production d'énergie. S'agissant plus particulièrement des moulins à eau, l'entretien, la gestion et l'équipement des ouvrages de retenue sont les seules modalités prévues pour l'accomplissement des obligations relatives au franchissement par les poissons migrateurs et au transport suffisant des sédiments, à l'exclusion de toute autre, notamment de celles portant sur la destruction de ces ouvrages. () / III- Les obligations résultant du I s'appliquent à la date de publication des listes. Celles découlant du 2° du I s'appliquent, à l'issue d'un délai de cinq ans après la publication des listes, aux ouvrages existants régulièrement installés. Lorsque les travaux permettant l'accomplissement des obligations résultant du 2° du I n'ont pu être réalisés dans ce délai, mais que le dossier relatif aux propositions d'aménagement ou de changement de modalités de gestion de l'ouvrage a été déposé auprès des services chargés de la police de l'eau, le propriétaire ou, à défaut, l'exploitant de l'ouvrage dispose d'un délai supplémentaire de cinq ans pour les réaliser. () ". Aux termes de l'article L. 214-18 du même code : " I .-Tout ouvrage à construire dans le lit d'un cours d'eau doit comporter des dispositifs maintenant dans ce lit un débit minimal garantissant en permanence la vie, la circulation et la reproduction des espèces vivant dans les eaux au moment de l'installation de l'ouvrage ainsi que, le cas échéant, des dispositifs empêchant la pénétration du poisson dans les canaux d'amenée et de fuite. Ce débit minimal ne doit pas être inférieur au dixième du module du cours d'eau en aval immédiat ou au droit de l'ouvrage correspondant au débit moyen interannuel, évalué à partir des informations disponibles portant sur une période minimale de cinq années, ou au débit à l'amont immédiat de l'ouvrage, si celui-ci est inférieur. Pour les cours d'eau ou parties de cours d'eau dont le module est supérieur à 80 mètres cubes par seconde, ou pour les ouvrages qui contribuent, par leur capacité de modulation, à la production d'électricité en période de pointe de consommation et dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat pris après avis du Conseil supérieur de l'énergie, ce débit minimal ne doit pas être inférieur au vingtième du module du cours d'eau en aval immédiat ou au droit de l'ouvrage évalué dans les mêmes conditions ou au débit à l'amont immédiat de l'ouvrage, si celui-ci est inférieur. Toutefois, pour les cours d'eau ou sections de cours d'eau présentant un fonctionnement atypique rendant non pertinente la fixation d'un débit minimal dans les conditions prévues ci-dessus, le débit minimal peut être fixé à une valeur inférieure. / II. Les actes d'autorisation ou de concession peuvent fixer des valeurs de débit minimal différentes selon les périodes de l'année, sous réserve que la moyenne annuelle de ces valeurs ne soit pas inférieure aux débits minimaux fixés en application du I. En outre, le débit le plus bas doit rester supérieur à la moitié des débits minimaux précités. Lorsqu'un cours d'eau ou une section de cours d'eau est soumis à un étiage naturel exceptionnel, l'autorité administrative peut fixer, pour cette période d'étiage, des débits minimaux temporaires inférieurs aux débits minimaux prévus au I. / III. L'exploitant de l'ouvrage est tenu d'assurer le fonctionnement et l'entretien des dispositifs garantissant dans le lit du cours d'eau les débits minimaux définis aux alinéas précédents. / IV. Pour les ouvrages existant à la date de promulgation de la loi n° 2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l'eau et les milieux aquatiques, les obligations qu'elle institue sont substituées, dès le renouvellement de leur concession ou autorisation et au plus tard le 1er janvier 2014, aux obligations qui leur étaient précédemment faites. Cette substitution ne donne lieu à indemnité que dans les conditions prévues au III de l'article L. 214-17. V. Le présent article n'est applicable ni au Rhin ni aux parties internationales des cours d'eau partagés. ".

7. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I. Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau () / III. - La gestion équilibrée de la ressource en eau ne fait pas obstacle à la préservation du patrimoine hydraulique, en particulier des moulins hydrauliques et de leurs dépendances, ouvrages aménagés pour l'utilisation de la force hydraulique des cours d'eau () ". Aux termes de l'article L. 214-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant () une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux () ".

8. Aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. () / III. Sauf en cas d'urgence, et à l'exception de la décision prévue au premier alinéa du I du présent article, les mesures mentionnées au présent article sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé ".

9. Aux termes de l'article L.171-8 du même code : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. (). / II.-Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () "

10. Aux termes de l'article L. 171-11 du même code : " Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction ". Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Lorsque l'autorité administrative, dans le cas où des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés irrégulièrement, met en demeure l'intéressé de régulariser sa situation, sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, l'exécution complète des mesures ou formalités prescrites par cette mise en demeure prive d'objet le recours tendant à son annulation, sur lequel il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer.

11. Par ailleurs, lorsque le juge constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, il peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

12. Il résulte de l'instruction que la centrale hydroélectrique de Ladivert située sur la commune de Saint-Béat, rive gauche de la Garonne, dispose d'un droit d'eau fondé en titre reconnu par le préfet de la Haute-Garonne les 17 février et 15 mars 2011, pour une puissance maximale brute de 891,73 Kw, compte tenu d'un débit dérivé de 15, 0 m3/s et d'une hauteur de chute brute de 6, 06 mètres. Par un arrêté du 9 décembre 2015, le préfet de la Haute-Garonne a transféré à Mme A, veuve de M. D F, à M. B F et à Mme E F, l'autorisation accordée à M. D F de disposer de l'énergie hydraulique de la rivière Garonne, pour la mise en jeu de la micro-centrale dite " moulin de Ladivert " destinée à la production hydroélectrique. Par un courrier du 18 mars 2016, le préfet de la Haute-Garonne a informé la requérante que, compte tenu du classement du cours d'eau La Garonne en liste 1 et 2 par un arrêté du 7 octobre 2013, les installations en cause étant concernées par ces classements et les obligations règlementaires qui en découlent, la requérante avait l'obligation de déposer un dossier visant à la mise en conformité de ses ouvrages au titre de la continuité écologique, tant en ce qui concerne les dispositifs de montaison, que de dévalaison. Les 6 avril et 3 décembre 2018, la requérante a présenté un dossier de mise en conformité de ses ouvrages, jugés insuffisants par le préfet de la Haute-Garonne. La requérante n'ayant pas répondu aux dernières sollicitations de la préfecture, son dossier a été rejeté par un courrier du 23 janvier 2020. Par un courrier du 15 février 2020, Mme A a demandé à bénéficier de l'exemption prévue à l'article L. 214.18-1 du code de l'environnement. Par courrier du 21 septembre 2020, le préfet de la Haute-Garonne l'a informée, que ses installations devaient faire l'objet d'un arrêté préfectoral permettant d'encadrer l'activité hydroélectrique créée sur le site, notamment la fixation d'obligation liées à la montaison et à la dévalaison. Dès lors, par l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Garonne a, par l'article 1er, mis en demeure la requérante de fournir, un dossier avec tous les éléments nécessaires à l'établissement de cet arrêté préfectoral, et notamment, un relevé topographique de la cote normale de la retenue, de la cote de crête du barrage et de la cote de la restitution dans la Garonne, les grandes caractéristiques des installations, les modalités de gestion des installations et notamment du droit dérivé, et les éléments graphiques, une étude de détermination de débit minimum biologique adaptée au tronçon court-circuité pour évaluer le débit réservé à fixer, un dossier de mise en conformité des installations conformément à l'article L.214-17 du code de l'environnement, et les éléments relatifs à l'occupation du domaine public fluvial en vue de l'établissement d'une autorisation d'occupation temporaire. Dans ces conditions, eu égard à l'objet même de la mise en demeure, et compte tenu du fait que Mme A était autorisée à exploiter son installation sur le fondement d'un droit d'eau fondé en titre reconnu par le préfet de la Haute-Garonne les 17 février et 15 mars 2011, l'arrêté attaqué doit être regardé comme pris sur le fondement de l'article L. 171-8 du code de l'environnement. Ainsi, il y a lieu de substituer les dispositions de l'article L.171-8 du code de l'environnement, comme fondement légal de la mise en demeure, à l'article L.171-7 du même code, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver la requérante, qui a été mise à même de présenter des observations sur ce point, d'une quelconque garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

13. En troisième lieu, il résulte des dispositions du I de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, que lorsque l'inspecteur des installations classées a constaté, selon la procédure requise par le code de l'environnement, l'inobservation de conditions légalement imposées à l'exploitant d'une installation classée, le préfet, sans procéder à une nouvelle appréciation de la violation constatée, est tenu d'édicter une mise en demeure de satisfaire à ces conditions dans un délai déterminé. Si les dispositions du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement laissent au préfet un choix entre plusieurs catégories de sanctions en cas de non-exécution de son injonction, la mise en demeure qu'il édicte n'emporte pas par elle-même une de ces sanctions. L'option ainsi ouverte en matière de sanctions n'affecte donc pas la compétence liée du préfet pour édicter la mise en demeure.

14. Il résulte de l'instruction, que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir constaté que l'exploitation de la centrale dite de Ladivert n'était pas encadrée par un arrêté préfectoral de type règlement sur l'eau et devait faire l'objet de prescriptions dans le cadre de la continuité écologique, notamment, fixer un débit réservé au droit du barrage correspondant au débit minimum biologique, a, par courrier du 18 mars 2016, demandé au titulaire de l'autorisation, la mise en conformité de ses installations. Le dossier de mise en conformité des 6 avril et 3 décembre 2018 a été rejeté par les services de la direction départementale des territoires de Haute-Garonne, respectivement les 21 juin 2018 et 17 février 2019, ce dernier courrier laissant un délai de trois mois à la requérante pour fournir les informations nécessaires. Il résulte également de l'instruction, que par un courrier du 23 janvier 2020, la direction départementale des territoires (DDT) a informé la requérante du rejet de son dossier, de la non-conformité de ses installations et de l'envoi d'un rapport de manquement. Par un courrier du 21 septembre 2020, la DDT informait la requérante des manquements constatés et de l'envoi prochain d'un arrêté de mise en demeure. Dès lors, il résulte de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne était en situation de compétence liée, et était donc tenu de mettre en demeure la requérante de déposer un dossier de mise en conformité de ses installations, accompagnées des pièces justificatives listées au 1°, 2° et 3° de l'arrêté attaqué, dans un délai déterminé. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A, qui bénéficiait d'un droit fondé en titre, aurait formulé une demande tendant à ce que la puissance maximale de ces installations soit modifiée, ni même que la question de la puissance maximale aurait été discutée lors des échanges entre les services de l'Etat et la requérante. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de mettre en demeure la requérante de transmettre les documents demandés au titre du 4° de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, des vices de procédure, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sont inopérants, seulement en tant qu'ils portent sur les 1°, 2° et 3° de l'arrêté attaqué, et ne peuvent qu'être écartés.

15. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que le préfet de la Haute-Garonne a demandé à la requérante, au titre du 4° de l'arrêté attaqué, les éléments relatifs à l'occupation du domaine public fluvial en vue de l'établissement d'une autorisation d'occupation temporaire, notamment la force motrice de chaque turbine, la surface en pied du barrage et la surface au sol des autres ouvrages. Une telle demande, qui n'a pas pour objet de remettre en cause le droit fondé en titre de la requérante, a seulement pour finalité de permettre au préfet de la Haute-Garonne de s'assurer et de vérifier que la puissance initiale de la centrale Hydroélectrique de Ladivert n'a pas été modifiée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a mise en demeure de fournir les éléments nécessaires à l'établissement d'un arrêté préfectoral pour encadrer l'exercice d'une activité hydroélectrique au droit d'un moulin fondé en titre, sur le cours d'eau La Garonne, commune de Saint-Béat, dans le département de la Haute-Garonne, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse une à Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A et au préfet de la Haute-Garonne.

Copie en sera adressée à la commune de Saint-Béat.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. C

La République mande et ordonne et au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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