jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104114 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ACCARIES |
Vu les procédures suivantes :
I. A. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2104114, le 8 juillet 2021, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) d'annuler la mise en demeure tenant lieu de commandement de payer émise le 9 mars 2021 ;
2°) d'annuler les titres exécutoires émis les 4 octobre 2019, 3 mars 2020 et 19 octobre 2020, ainsi que les actes subséquents ;
3°) de condamner solidairement l'Etat et la commune d'Espalion aux entiers dépens et à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des titres exécutoires :
- la commune d'Espalion ne les lui a pas régulièrement notifiés ;
- ils ne sont pas fondés ;
S'agissant de la mise en demeure de payer :
- elle est illégale du fait de l'absence de notification des trois titres exécutoires auxquels elle fait référence ;
- elle ne comporte ni les visas des textes qui fondent la créance, ni l'objet et les bases de la liquidation de la créance, ni la formule exécutoire, ni la signature de l'ordonnateur ;
- elle n'est pas fondée dès lors que sa dette est éteinte en raison du non-respect par la commune d'Espalion de son obligation d'obtenir tous les cinq ans le classement trois étoiles pour le camping du Roc de l'Arche.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, la commune d'Espalion, prise en la personne de M. A, son maire, et représentée par Me Accaries, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions de la requête ;
2° de condamner la société requérante à lui verser la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête dirigée contre les titres exécutoires est tardive ;
- les moyens présentés par la société requérante ne sont pas fondés.
B. Par un mémoire enregistré le 3 juin 2022, la SAS Roc de l'Arche demande au tribunal :
1°) de constater son désistement d'instance dirigée contre la mise en demeure valant commandement de payer émise le 9 mars 2021, ainsi que contre les titres du 4 octobre 2019, du 3 mars 2020 et du 19 octobre 2020, tous émis par le comptable public d'Espalion ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare se désister purement et simplement de cette instance à la suite du protocole d'accord signé le 26 mai 2022 avec la commune d'Espalion, dont elle sollicite l'homologation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la commune d'Espalion, prise en la personne de son maire et représentée par Me Accaries, demande au tribunal :
1°) de constater le désistement de la SAS Roc de l'Arche dans cette instance ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare qu'elle ne s'oppose pas au désistement demandé par la SAS Roc de l'Arche.
II. A. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2104470, le 26 juillet 2021, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable qu'elle a formée auprès du maire de la commune d'Espalion le 26 mars 2021 ;
2°) de résilier le contrat d'exploitation qui la liait à la commune d'Espalion à compter du 24 juillet 2017 ;
3°) de condamner la commune à lui payer des pénalités de retard à hauteur de 115 euros par jour, à compter du 24 juillet 2017 et jusqu'au renouvellement du classement " trois étoiles " du camping ;
4°) de condamner la commune à lui verser la somme de 155 000 euros au titre de la perte d'exploitation subie depuis 2017 en raison du déclassement du camping exploité, dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'assortir l'ensemble de ces sommes des intérêts moratoires à compter de la demande indemnitaire préalable formée, ainsi que de la capitalisation de ces intérêts ;
6°) de condamner la commune aux entiers dépens et à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune a manqué à ses obligations contractuelles en n'obtenant pas le prolongement du classement " trois étoiles " du camping ; ce manquement justifie la résiliation judiciaire du contrat ;
- cette perte de classement justifie les pénalités financières demandées, sur le fondement des articles 6.1 et 32 du contrat ;
- elle a également subi un préjudice financier du fait de sa perte d'exploitation à la suite de l'absence de renouvellement de ce classement ; ce préjudice est évalué à 155 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré les 22 avril 2022, la commune d'Espalion, prise en la personne de M. A, son maire, et représentée par Me Accaries, demande au tribunal :
1°) de rejeter les conclusions de la requête ;
2° de condamner la société requérante à lui verser la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
B. Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2022, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) de constater son désistement d'instance dirigée contre la décision implicite du maire de la commune d'Espalion, en date du 29 mai 2021, de refus de la demande préalable valant mise en demeure de la SAS Roc de l'Arche, en date du 26 mars 2021, de résiliation du contrat d'exploitation du 19 octobre 2011 et attribution de pénalités de retard ou indemnisation de perte ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare se désister purement et simplement de cette instance à la suite du protocole d'accord signé le 26 mai 2022 avec la commune d'Espalion, dont elle sollicite l'homologation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la commune d'Espalion, prise en la personne de M. A, son maire, et représentée par Me Accaries, demande au tribunal :
1°) de constater le désistement de la SAS Roc de l'Arche dans cette instance ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare qu'elle ne s'oppose pas au désistement demandé par la SAS Roc de l'Arche.
III. A. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2106415, le 5 novembre 2021, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) d'annuler la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 7 septembre 2021 ;
2°) d'annuler les titres exécutoires émis les 4 octobre 2019, 3 mars 2020, 19 octobre 2020 et 1er mars 2021, ainsi que les actes subséquents ;
3°) de condamner solidairement l'Etat et la commune d'Espalion aux entiers dépens et à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des titres exécutoires :
- la commune d'Espalion ne les lui a pas régulièrement notifiés ;
- ils ne sont pas fondés ;
S'agissant de la saisie administrative à tiers détenteur :
- elle est illégale du fait de l'absence de notification des titres exécutoires auxquels elle fait référence ;
- elle est entachée d'un vice de forme en l'absence d'accusé de réception de la banque ;
- elle ne comporte ni les visas des textes qui fondent la créance, ni l'objet et les bases de la liquidation de la créance, ni la formule exécutoire, ni la signature de l'ordonnateur ;
- elle n'est pas fondée dès lors que sa dette est éteinte en raison du non-respect par la commune d'Espalion de son obligation d'obtenir tous les cinq ans le classement trois étoiles pour le camping du Roc de l'Arche.
B. Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2022, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) de constater son désistement d'instance dirigée contre la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 7 septembre 2021, ainsi que contre les titres du 4 octobre 2019, du 3 mars 2020, du 19 octobre 2020 et du 1er mars 2021, tous émis par le comptable public d'Espalion ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare se désister purement et simplement de cette instance à la suite du protocole d'accord signé le 26 mai 2022 avec la commune d'Espalion, dont elle sollicite l'homologation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, la commune d'Espalion, prise en la personne de M. A, son maire, et représentée par Me Accaries, demande au tribunal :
1°) de constater le désistement de la SAS Roc de l'Arche dans cette instance ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare qu'elle ne s'oppose pas au désistement demandé par la SAS Roc de l'Arche.
IV. A. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2202101, le 12 avril 2022, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) d'annuler la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 14 février 2022 ;
2°) d'annuler le titre exécutoire émis le 5 octobre 2021, ainsi que les actes subséquents ;
3°) de condamner solidairement l'Etat et la commune d'Espalion aux entiers dépens et à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du titre exécutoire :
- la commune d'Espalion ne le lui a pas régulièrement notifié ;
- il n'est pas fondé ;
S'agissant de la saisie administrative à tiers détenteur :
- la mise en demeure contestée est illégale du fait de l'absence de notification du titre exécutoires auquel elle fait référence ;
- elle ne comporte ni les visas des textes qui fondent la créance, ni l'objet et les bases de la liquidation de la créance, ni la formule exécutoire, ni la signature de l'ordonnateur ;
- elle n'est pas fondée dès lors que sa dette est éteinte en raison du non-respect par la commune d'Espalion de son obligation d'obtenir tous les cinq ans le classement trois étoiles pour le camping du Roc de l'Arche.
B. Par un mémoire, enregistré le 3 juin 2022, la SAS Roc de l'Arche, représentée par Me Saules, demande au tribunal :
1°) de constater son désistement d'instance dirigée contre la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 14 février 2022 et contre le titre du 5 octobre 2021, tous deux émis par le comptable public d'Espalion ;
2°) d'homologuer le protocole d'accord signé par les parties le 26 mai 2022.
Elle déclare se désister purement et simplement de cette instance à la suite du protocole d'accord signé le 26 mai 2022 avec la commune d'Espalion, dont elle sollicite l'homologation.
Par une ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.
La commune d'Espalion, à qui la requête a été régulièrement communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.
Par un courrier du 5 février 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer émise le 9 mars 2021 et les saisies administratives à tiers détenteur des 7 septembre 2021 et 14 février 2022, l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relevant de la compétence du juge de l'exécution.
Vu :
- le jugement n° 2203456 rendu par le tribunal le 9 novembre 2023 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la commande publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du tourisme ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hecht, rapporteur,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes d'un contrat de délégation de service public conclu le 19 octobre 2011 avec la commune d'Espalion (Aveyron), la SAS Roc de l'Arche est devenue l'exploitant du camping municipal Roc de l'Arche, du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2022. L'article 16 de ce contrat fixe le montant de la redevance annuelle à hauteur de 25 000 euros à compter de l'année 2012. Par une première requête, en date du 27 novembre 2019, enregistrée sous le numéro 1926770 puis sous le numéro 2203456, la SAS Roc de l'Arche a initialement demandé l'annulation de la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 28 septembre 2019, ainsi que des quatre titres exécutoires émis par le comptable public d'Espalion, respectivement en date du 3 octobre 2017, du 13 mars 2018, du 4 octobre 2018 et du 11 mars 2019. Par une deuxième requête, enregistrée le 6 juillet 2021 sous le numéro 2104114, la SAS Roc de l'Arche a initialement demandé l'annulation de la mise en demeure valant commandement de payer émise le 9 mars 2021, ainsi que des titres exécutoires émis par le comptable public d'Espalion en date du 4 octobre 2019, du 3 mars 2020 et du 19 octobre 2020. Par une troisième requête, enregistrée le 26 juillet 2021 sous le numéro 2104470, la SAS Roc de l'Arche a initialement demandé l'annulation de la décision implicite du maire de la commune d'Espalion, en date du 29 mai 2021, de refus de la demande préalable valant mise en demeure de résiliation du contrat d'exploitation et d'attribution de pénalités de retard ou d'indemnisation de pertes. Par une quatrième requête, enregistrée le 5 novembre 2021 sous le numéro 2106415, la SAS Roc de l'Arche a initialement demandé l'annulation de la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 7 septembre 2021, ainsi que des titres émis par le comptable public d'Espalion en date du 4 octobre 2019, du 3 mars 2020, du 19 octobre 2020 et du 1er mars 2021. Par une cinquième requête, en date du 12 avril 2022, enregistrée sous le numéro 2202101, la SAS Roc de l'Arche a initialement demandé l'annulation de la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 14 février 2022 et du titre du 5 octobre 2021, tous deux émis par le comptable public d'Espalion. Par une ordonnance du 7 mars 2022, le tribunal a désigné l'association " Médiateurs Ad Hoc " comme médiateur dans le litige qui oppose les deux parties. Les deux parties ont conclu un protocole d'accord signé le 26 mai 2022. Elles demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de prononcer le désistement de la société Roc de l'Arche dans l'ensemble de ces requêtes et d'homologuer ce protocole d'accord.
2. Par le jugement susvisé n° 2203456, en date du 9 novembre 2023, le tribunal a, notamment, annulé le protocole transactionnel conclu entre les parties.
3. La société requérante a demandé au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'abord de constater son désistement des quatre instances susvisées, puis d'homologuer le protocole transactionnel conclu avec la commune d'Espalion, dans lequel elle s'engageait notamment à se désister de ces quatre instances, sans maintenir ses conclusions initiales. Cependant, et pour regrettable que soit la formulation de ces conclusions, la société requérante doit être regardée comme demandant d'abord l'homologation de ce protocole puis, sous réserve de cette dernière, son désistement des quatre instances susvisées ou bien, à défaut, le maintien de ses conclusions initiales. Par suite, l'annulation de ce protocole implique d'examiner les conclusions que la société avait présentées dans l'état précédent de ses écritures, pour les quatre requêtes susvisées, ainsi que celles présentées par la commune au même stade de l'instruction.
Sur la jonction :
4. Il y a lieu de joindre les instances susvisées, enregistrées sous les numéros 2104114, 2104470, 2106415 et 2202101, qui concernent les mêmes parties et ont fait l'objet d'une instruction commune.
Sur la requête n° 2104470 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet de la demande indemnitaire préalable :
5. La décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable formée par la société requérante auprès de la commune d'Espalion le 26 mars 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande indemnitaire, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux. Au regard d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin de résiliation du contrat :
6. D'une part, le cocontractant lié à une personne publique par un contrat administratif est tenu d'en assurer l'exécution, sauf en cas de force majeure, et ne peut notamment pas se prévaloir des manquements ou défaillances de l'administration pour se soustraire à ses propres obligations contractuelles ou prendre l'initiative de résilier unilatéralement le contrat. Le cocontractant ne peut que saisir le juge du contrat de conclusions aux fins de résiliation du contrat et éventuellement aux fins indemnitaires, mais doit, dans l'attente du jugement, poursuivre l'exécution du contrat.
7. D'autre part aux termes de l'article D. 332-2 du code du tourisme : " L'exploitant qui souhaite obtenir le classement transmet par voie électronique à l'organisme mentionné à l'article L. 141-2 sa demande accompagnée du certificat de visite délivré par un organisme évaluateur de type A ou C accrédité pour le contrôle des terrains de camping et de caravanage par le Comité français d'accréditation (COFRAC) ou tout organisme européen équivalent conformément à l'article L. 321-1. Cette demande précise le nombre total d'emplacements et, le cas échéant, pour les terrains de camping classés dans une des catégories désignées par un nombre d'étoiles croissant, leur répartition suivant leur mode de location " tourisme " ou " loisirs " au sens de l'article D. 332-1-1. " Aux termes de l'article D. 332-4 de ce code : " Dans le mois qui suit la réception du dossier complet de demande de classement, l'organisme mentionné à l'article L. 141-2 prend la décision de classement dans la catégorie pour laquelle l'organisme évaluateur prévu à l'article D. 332-2 a émis un avis favorable. La décision de classement précise le nombre d'emplacements exploités. / Le classement est prononcé pour une durée de cinq ans. / Dès lors qu'avant le terme de la durée de cinq ans prévue au précédent alinéa, l'exploitant a accompli les formalités nécessaires à la visite de son établissement par un organisme évaluateur conformément à l'article D. 332-3, son classement est maintenu à titre temporaire jusqu'à la notification de la décision relative à ce classement. En cas de non réalisation de la visite, l'organisme évaluateur en informe sans délai l'organisme mentionné à l'article L. 141-2 qui notifie par tout moyen à l'exploitant que la durée de validité du classement a expiré. () ".
8. La société requérante demande la résiliation du contrat d'exploitation conclu avec la commune d'Espalion au motif que cette collectivité n'aurait pas exécuté l'obligation contractuelle de renouveler le classement " trois étoiles " du camping qui lui incombait. Toutefois, il résulte des dispositions précitées du code du tourisme que cette demande de classement incombe à l'exploitant, à savoir la société requérante, et non à la collectivité délégataire. En outre, si l'article 6.1 du contrat d'exploitation prévoit notamment que " La commune s'engage sous peine d'application de pénalités à compter de l'année 2011 à engager un programme d'investissement consistant à : () renouveler et obtenir tous les 5 ans la validation nécessaire au classement 3 étoiles. ", toutefois ni ces stipulations, ni aucune autre, ne met à la charge de la commune l'obligation d'obtenir la reconduction du classement " trois étoiles ", qui aurait au demeurant méconnu les dispositions précitées du code du tourisme.
9. Par suite, les conclusions à fin de résiliation du contrat d'exploitation ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne la condamnation de la commune au versement de pénalités de retard :
10. D'une part, ainsi qu'il a été exposé au point 8, il résulte de l'instruction que l'obligation d'obtenir la reconduction du classement " trois étoiles " du camping n'incombait pas à la commune d'Espalion. D'autre part, le contrat d'exploitation, s'il mentionne des pénalités à la charge de la commune en l'absence de réalisation du programme d'investissement prévu par son article 6.1, ne définit toutefois pas ces pénalités, ainsi que le reconnaît d'ailleurs la société requérante. Dans ces conditions, la demande de condamnation de la commune au versement de pénalités de retard jusqu'au renouvellement du classement " trois étoiles " ne peut qu'être rejetée, en toutes hypothèses.
En ce qui concerne l'indemnisation du préjudice allégué du fait de la perte d'exploitation :
11. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été exposé au point 8, que l'obligation d'obtenir la reconduction du classement " trois étoiles " du camping n'incombait pas à la commune d'Espalion. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à rechercher sa responsabilité sur ce fondement. Au surplus, si elle allègue avoir subi un préjudice de 155 000 euros, elle ne le justifie pas. Par suite, ces conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées, en toutes hypothèses.
Sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans les requêtes 2104114, 2106415 et 2202101 :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les titres exécutoires :
12. En premier lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale () pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. "
13. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "
14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune d'Espalion aurait régulièrement notifié les titres exécutoires en litige. Toutefois, ce défaut de notification, s'il a eu pour effet de prolonger le délai de recours contentieux ouvert à la société Roc de l'Arche, est en revanche sans incidence sur la légalité de ces titres.
15. En second lieu, l'article 16 du contrat de concession signé par les parties stipule que : " L'Exploitant est tenu de verser à la Commune une redevance d'affermage en contrepartie de l'exploitation du service public. () Cette devance sera de 25 000 € par an à partir de l'année 2012. "
16. Il ressort des pièces du dossier que les titres contestés, respectivement en date du 4 octobre 2019, du 3 mars 2020, du 19 octobre 2020, du 1er mars 2021 et du 5 octobre 2021 correspondent aux redevances dues pour les deux semestres de l'année 2019, les deux semestres de l'année 2020 et le premier semestre de l'année 2021, tandis qu'il est constant que la société Roc de l'Arche a cessé de verser à la commune d'Espalion cette redevance d'affermage à compter du premier semestre 2017. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester le bien-fondé de ces quatre titres, à supposer qu'elle ait entendu soulever ce moyen.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des cinq titres exécutoires en litige doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer et les saisies administratives à tiers détenteur :
18. Aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version alors en vigueur : " 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".
19. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "
20. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
21. Par suite, s'agissant d'une créance non fiscale des collectivités territoriales, en application des dispositions précitées, seul le juge de l'exécution était compétent pour connaître des conclusions dirigées contre la mise en demeure de payer émise le 9 mars 2021 et les saisies à tiers détenteur des 7 septembre 2021 et 14 février 2022.
22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre ces actes ressortissent au contentieux du recouvrement doivent être rejetées comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les dépens :
23. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
24. La SAS Roc de l'Arche, qui ne justifie pas avoir engagé de frais compris dans les dépens, et qui est au demeurant la partie perdante dans la présente instance, n'est pas fondée à demander à ce que les dépens soient mis à la charge de la commune d'Espalion.
Sur les frais d'instance :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Espalion, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la société Roc de l'Arche la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Roc de l'Arche la somme demandée par la commune sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par la SAS Roc de l'Arche tendant à l'annulation de la mise en demeure de payer émise le 9 mars 2021 et des saisies à tiers détenteur des 7 septembre 2021 et 14 février 2022 sont rejetées comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties dans les quatre requêtes susvisées est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Roc de l'Arche et à la commune d'Espalion.
Une copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Aveyron.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le rapporteur,
S. HECHT
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
2, 2104470, 2106415, 2202101
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026