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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2104285

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2104285

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2104285
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juillet 2021 et 22 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Cardi, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la communauté de communes des Causses à l'Aubrac à lui verser un rappel de supplément familial de traitement au titre des années 2004 à 2016 ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision implicite opposée à sa demande de relèvement de la prescription quadriennale ;

3°) d'enjoindre à la communauté de communes des Causses à l'Aubrac de faire droit à sa demande de relèvement et de lui payer, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, un rappel de supplément familial de traitement au titre des années 2004 à 2016 ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa demande sous la même condition de délai ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes des Causses à l'Aubrac le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a droit à percevoir le supplément familial de traitement au titre des années 2004 à 2016 ;

- la prescription quadriennale ne peut pas lui être opposée au titre de ces années, dès lors qu'elle était dans l'ignorance de sa créance jusqu'en mars 2021 et que le courrier du 12 août 2021 par lequel le président de la communauté de communes des Causses à l'Aubrac l'a informée de ce qu'il serait fait droit à sa demande est une décision créatrice de droits ;

- le refus implicite de la relever de la prescription quadriennale est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier et 23 mai 2022, la communauté de communes des Causses à l'Aubrac, représentée par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose la prescription quadriennale et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Par une ordonnance du 7 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 juin suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frindel,

- et les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a exercé les fonctions d'agent territorial spécialisé des écoles maternelles au sein de la communauté de communes des Pays d'Olt et d'Aubrac devenue, après fusion avec d'autres établissements publics de coopération intercommunale, la communauté de communes des Causses à l'Aubrac (Aveyron), de 2004 à décembre 2017. Le 19 mars 2021, elle a sollicité un rappel de supplément familial de traitement au titre de ces années. Son employeur a fait droit à sa demande s'agissant de l'année 2017, mais, par une décision du 9 avril 2021, a opposé la prescription quadriennale pour les années antérieures. Le 22 avril 2021, Mme B a demandé le versement du supplément familial de traitement pour les années courant de 2004 à 2016 et, subsidiairement, à être relevée de la prescription quadriennale. Le silence gardé par l'administration pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner la communauté de communes des Causses à l'Aubrac à lui verser une somme correspondant à ses droits au supplément familial de traitement pour les années 2004 à 2016.

Sur le versement du supplément familial de traitement et l'exception de prescription quadriennale :

2. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire () ". L'article 10 du décret du 24 octobre 1985 modifié relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation dispose : " Le droit au supplément familial de traitement, au titre des enfants dont ils assument la charge effective et permanente à raison d'un seul droit par enfant, est ouvert aux magistrats, aux fonctionnaires civils, aux militaires à solde mensuelle ainsi qu'aux agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dont la rémunération est fixée par référence aux traitements des fonctionnaires ou évolue en fonction des variations de ces traitements, à l'exclusion des agents rétribués sur un taux horaire ou à la vacation () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Selon l'article 3 de cette même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Enfin, l'article 6 de la même loi dispose : " Les autorités administratives ne peuvent renoncer à opposer la prescription qui découle de la présente loi. / Toutefois, par décision des autorités administratives compétentes, les créanciers de l'Etat peuvent être relevés en tout ou en partie de la prescription, à raison de circonstances particulières et notamment de la situation du créancier. / La même décision peut être prise en faveur des créanciers des départements, des communes et des établissements publics, par délibérations prises respectivement par les conseils départementaux, les conseils municipaux et les conseils ou organes chargés des établissements publics. Ces délibérations doivent être motivées et être approuvées par l'autorité compétente pour approuver le budget de la collectivité intéressée ".

4. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle ils auraient dû être rémunérés.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B, fonctionnaire territoriale dont le conjoint est salarié du secteur privé, est mère de trois enfants, nés avant son recrutement par la communauté de communes des Pays d'Olt et d'Aubrac, devenue la communauté de communes des Causses à l'Aubrac. Elle avait droit dans ces conditions, et conformément aux textes cités au point 2, à percevoir le supplément familial de traitement au titre de ses trois enfants à compter de son recrutement en 2004. Toutefois, alors que son employeur ne lui a jamais spontanément versé les sommes correspondantes, il résulte de l'instruction que Mme B n'a sollicité le versement d'un rappel de supplément familial de traitement au titre des années 2004 à 2017, pour la première fois, que le 19 mars 2021. En outre, la circonstance que son employeur ne l'ait pas informée de son droit à percevoir cet élément de rémunération n'est pas de nature à la faire regarder comme ayant légitimement ignoré l'existence de sa créance au sens des dispositions précitées de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968, dès lors qu'en sa qualité de fonctionnaire, placée, vis-à-vis de l'administration, dans une situation statutaire et réglementaire, elle n'était pas censée ignorer les textes relatifs à son statut. Par ailleurs, la circonstance que par un courrier du 12 août 2021, le président de la communauté de communes des Causses à l'Aubrac a informé Mme B de ce que les sommes par elle réclamées lui seraient versées dans l'hypothèse où son conjoint n'aurait pas lui-même perçu le supplément familial de traitement sur la période en litige, est sans incidence sur la possibilité pour la communauté de communes, dans la présente instance et par l'intermédiaire de son avocat, d'opposer la prescription quadriennale pour les créances nées entre les années 2004 et 2016, dès lors qu'en application de l'article 6 de la loi précitée, elle ne pouvait renoncer à opposer cette prescription. Enfin, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le conseil communautaire se serait préalablement prononcé par une délibération motivée, ce courrier ne saurait en tout état de cause être regardé comme relevant Mme B de la prescription. Il s'ensuit que la communauté de communes des Causses à l'Aubrac est fondée à opposer la prescription quadriennale aux créances revendiquées par la requérante au titre des années 2004 à 2016.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à la condamnation de la communauté de communes des Causses à l'Aubrac à lui verser un rappel de supplément familial de traitement au titre des années 2004 à 2016 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de relèvement de la prescription :

7. Si la décision refusant un relèvement de la prescription quadriennale peut être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir, cette décision ne peut être annulée que si elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'un détournement de pouvoir.

8. En premier lieu, il ressort des écritures en défense que la décision opposée à la demande de Mme B tendant à être relevée de la prescription quadriennale est notamment fondée sur le motif tiré de la prescription des créances revendiquées au titre des années 2004 à 2016. Or, précisément, il n'est possible de demander un relèvement de la prescription en application de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1968 que s'agissant de créances prescrites, de telle sorte que la prescription de ces créances n'est pas au nombre des motifs qui peuvent légalement justifier un refus opposé à une telle demande. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que ce motif est entaché d'une erreur de droit. Toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier des écritures en défense, que la communauté de communes des Causses à l'Aubrac aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur le motif tiré de l'absence de " conséquences disproportionnées sur la situation sociale, financière et familiale " de Mme B.

9. A cet égard, et en second lieu, il ressort des pièces du dossier que pour demander à être relevée de la prescription quadriennale, Mme B ne s'est prévalue, dans sa demande du 22 avril 2021 adressée à son ancien employeur, que de sa rigueur et de son professionnalisme durant les quatorze années de services en litige, de l'absence de sanction disciplinaire, de la circonstance qu'elle a toujours été appréciée de ses collègues, des enseignants et des jeunes enfants qu'elle a accompagnés, et du fait que d'autres agents de la communauté de communes, remplissant les mêmes conditions qu'elle, ont perçu le supplément familial de traitement. Elle se prévaut également, dans sa requête, de la " carence manifeste " de son employeur à lui verser spontanément le complément de rémunération litigieux et de la perte financière conséquente résultant de ce défaut de paiement. Toutefois, aucune de ces circonstances n'est, en l'espèce, de nature à caractériser des circonstances particulières au sens de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1968. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision rejetant sa demande de relèvement de la prescription quadriennale est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite refusant de la relever de la prescription quadriennale. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par voie de conséquence, également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes des Causses à l'Aubrac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la communauté de communes des Causses à l'Aubrac en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes des Causses à l'Aubrac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la communauté de communes des Causses à l'Aubrac.

Délibéré après l'audience du 9 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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