jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104521 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet 2021 et 26 septembre 2022, la société d'assurances du Crédit mutuel Iard, représentée par Me Sardin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat, sur le fondement de la responsabilité sans faute de l'Etat prévue par les dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, à lui verser une somme de 30 182,73 euros assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'Etat fondée sur l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure doit être engagée ; les préjudices subis ont été causés au cours d'une manifestation par usage de la force ouverte, et les faits sont délictuels ;
- elle a droit à une indemnisation à hauteur de 2 621,36 euros et 27 561,37 euros au titre des frais de réparation et d'expertise respectifs des agences bancaires CIC " Toulouse Carnot " et CCM " Toulouse Dupuy ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à la date du 26 janvier 2019, la France avait déjà connu deux mois de violence liée aux manifestations des " gilets jaunes " ; les dégradations commises dans le cadre du présent litige ne sauraient dès lors être regardées comme revêtant un caractère spontané ; l'attroupement n'est pas constitué dès lors que ce sont des casseurs qui sont à l'origine des dommages ;
- les frais d'expertise ne sauraient être mis à la charge de l'Etat dès lors qu'il ne s'agissait pas d'une formalité nécessaire, les seules factures de réparation pouvant suffire à démontrer la réalité du préjudice ; les factures relatives à l'installation d'un capot de protection au niveau des distributeurs automatiques de billet sont sans lien avec la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019 ; l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot " n'a fait que mettre en place un système de protection lié aux violences commises depuis le mois de novembre 2018 pendant les manifestations de " gilets jaunes " ; les montants indiqués dans les rapports d'expertise ne sont étayés par aucune pièce justificative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri ;
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public ;
- et les observations de Me Thellyere, représentant la société d'assurances du Crédit mutuel Iard.
Considérant ce qui suit :
1. Une manifestation de " gilets jaunes " s'est déroulée le 26 janvier 2019 au centre-ville de Toulouse. Une plainte a été déposée par les directeurs des agences bancaires CIC " Toulouse Carnot " et CCM " Toulouse Dupuy " en raison des dégradations subies par les locaux de ces agences, assurés par la société d'assurances du Crédit mutuel Iard, en marge de la manifestation précitée. Deux rapports d'expertise ont été réalisés les 26 novembre et 16 décembre 2019 et ont conduit au versement d'indemnités par la société requérante au titre des préjudices subis par les agences bancaires CIC " Toulouse Carnot " et CCM " Toulouse Dupuy ", à hauteur respective de 26 891,39 euros et 2 311,36 euros. La société d'assurances du Crédit mutuel Iard a formé un recours indemnitaire préalable par un courrier du 14 avril 2021 adressé au préfet de la Haute-Garonne. Le silence conservé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société d'assurances requérante sollicite la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 30 182,73 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité sans faute de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. En outre, ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels ne procédant pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée et organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Il résulte de l'instruction, plus précisément des procès-verbaux de dépôt de plainte et des rapports d'expertise produits par la société d'assurances requérante, que des dégradations ont été commises au niveau des locaux des agences bancaires CIC " Toulouse Carnot " et CCM " Toulouse Dupuy " concomitamment à la manifestation des " gilets jaunes " qui s'est déroulée le 26 janvier 2019. Il est constant que ces dégradations constituent des délits commis à force ouverte et par violence, comme en témoignent les procès-verbaux de dépôt de plainte décrivant notamment des bris de vitrines ainsi que des destructions de distributeurs automatiques de billets et de caméras. Il résulte également de l'instruction que de nombreux incidents se sont produits lors de la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019 dans le secteur où se situent les locaux dégradés. Si le préfet de la Haute-Garonne se prévaut de ce que les faits litigieux ne relèvent pas de l'application des dispositions de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure, en particulier du " RESCOM " de la direction départementale de la sécurité publique, qui mentionne l'interpellation d'un individu dans une agence bancaire CIC, de la circonstance que cet individu a été identifié, d'articles de presse indiquant qu'un groupe de casseurs a dégradé l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot ", d'images montrant au milieu de manifestants " gilets jaunes " des individus masqués dépourvus de gilets jaunes, ou encore de la circonstance que l'individu identifié par le directeur de l'agence bancaire CCM " Toulouse Dupuy " était masqué, ces éléments ne sont toutefois pas de nature à démontrer de manière suffisamment précise et circonstanciée que les dégâts précités auraient été commis de façon préméditée par un groupe organisé dans le seul but de commettre des délits. Il résulte plus particulièrement du procès-verbal d'interpellation de l'individu ayant dégradé l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot " que ce dernier, s'il ne portait pas de gilet jaune, se trouvait au milieu de plusieurs gilets jaunes réunis dans le cadre d'une manifestation. Les dommages litigieux doivent par suite être regardés comme ayant été causés par les participants à cette manifestation, sans qu'il résulte de l'instruction qu'ils auraient été animés par la seule intention de commettre des délits. Dans ces conditions, la responsabilité sans faute de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure doit être engagée.
Sur les préjudices :
4. En premier lieu, l'article L. 121-12 du code des assurances prévoit que : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. ". Il résulte de ces dispositions que la subrogation légale de l'assureur dans les droits de l'assuré ainsi instituée est subordonnée au seul paiement à l'assuré de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance et ce, dans la limite de la somme versée. L'assureur qui demande à en bénéficier peut justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré.
En ce qui concerne l'agence bancaire CCM " Toulouse Dupuy " :
5. Il résulte de l'instruction qu'une quittance subrogative a été signée entre la société d'assurances du Crédit mutuel Iard et la directrice de l'agence bancaire CCM " Toulouse Dupuy " le 18 février 2021, pour un montant de 26 981,39 euros, correspondant à l'indemnité consécutive aux dégradations commises durant la manifestation des " gilets jaunes " en date du 26 janvier 2019, telle qu'évaluée par le rapport d'expertise du 16 décembre 2019. Dès lors que la société d'assurances du Crédit mutuel Iard établit le versement à son assurée de la somme de 26 981,39 euros, elle est fondée à en solliciter le remboursement au titre de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
6. Il résulte en outre de l'instruction que la société d'assurances du Crédit mutuel Iard a engagé des frais d'expertise, en ce qui concerne l'évaluation des dommages subis par l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot ", à hauteur de 579,98 euros. Dès lors que ces frais sont en lien direct avec le fait générateur de responsabilité et qu'ils ont été utiles pour déterminer la nature et le coût des travaux à réaliser, la société requérante est fondée à demander leur remboursement par l'Etat.
7. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à la société requérante la somme de 27 561,37 euros au titre des dommages subis par l'agence bancaire CCM " Toulouse Dupuy " à la date du 26 janvier 2019 et des frais d'expertise.
En ce qui concerne l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot " :
8. Il résulte de l'instruction qu'une quittance subrogative a été signée entre la société d'assurances du Crédit mutuel Iard et un représentant de l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot " le 5 juin 2020, pour un montant de 2 311,36 euros, au titre de l'indemnité consécutive aux dégradations commises durant la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019, telle qu'évaluée par le rapport d'expertise du 26 novembre 2019. Dès lors que la société d'assurances du Crédit mutuel Iard démontre avoir versé la somme de 2 311,36 euros à son assurée, elle a droit au remboursement de cette somme au titre de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
9. Il résulte en outre de l'instruction que la société d'assurances du Crédit mutuel Iard a engagé des frais d'expertise, en ce qui concerne l'évaluation des dommages subis par l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot ", à hauteur de 310 euros. Dès lors que ces frais sont en lien direct avec le fait générateur de responsabilité, la société requérante est fondée à demander leur remboursement par l'Etat.
10. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à la société requérante la somme de 2 621,36 euros au titre des dommages subis par l'agence bancaire CIC " Toulouse Carnot " à la date du 26 janvier 2019 et des frais d'expertise.
11. A supposer que le préfet de la Haute-Garonne ait entendu faire valoir que la mise en place de dispositifs de protection des agences bancaires en présence, chaque samedi, serait sans lien avec la manifestation du 26 janvier 2019, il résulte des rapports d'expertise précités que ces protections ont été installées consécutivement à ladite manifestation et qu'en tout état de cause, elles s'inscrivent dans la continuité d'événements qui se déroulaient tous les samedis depuis le mois de novembre 2018.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
12. La société d'assurances du Crédit mutuel Iard, qui a demandé les intérêts au taux légal, y a droit à compter du 19 avril 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par l'administration. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation à compter du 19 avril 2022, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de la société d'assurances du Crédit Mutuel Iard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en revanche, de rejeter les conclusions présentées par la requérante relatives aux entiers dépens, dès lors qu'elle ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais prévus par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard une somme de 30 182,73 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2021 et de leur capitalisation à compter du 19 avril 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date jusqu'au paiement de la somme due.
Article 2 : L'Etat versera à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Leymarie, conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026