mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104522 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique chambre 4 |
| Avocat requérant | SARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet 2021 et 28 février 2022, la société des Assurances du Crédit mutuel, représentée par Me Sardin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 6 725,31 euros, assortie des intérêts à compter du 22 avril 2021 ainsi que de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est régulièrement subrogée dans les droits de son assuré, l'agence CIC Toulouse Camille Pujol ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée en application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- le préjudice subi s'élève à 6 725,31 euros, à raison de 6 305,31 euros de remboursement des travaux de réparation et 420 euros au titre des honoraires du cabinet CET ;
- cette somme doit être assortie des intérêts à compter de la demande indemnitaire préalable et de leurs intérêts capitalisés à compter de cette même demande.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les dommages subis ne sont pas la conséquence d'un attroupement au sens de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ;
- le remboursement des frais d'expertise ne saurait être imputé à l'Etat ;
- la société requérante n'établit pas le versement effectif des sommes pour lesquelles l'assuré indique avoir donné acte de subrogation à son assureur ;
- le calcul des intérêts au taux légal ne peut débuter qu'à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable, le 22 avril 2019.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du principe selon lequel l'administration ne peut pas être condamnée à payer une somme qu'elle ne doit pas, s'agissant de la franchise d'assurance de 987,50 € prévue contractuellement.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal administratif de Toulouse a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des assurances ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Farges, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 mars 2019, une manifestation des " Gilets jaunes " s'est déroulée dans le centre-ville de Toulouse. Le 28 mars 2019, le directeur de l'agence CIC Toulouse Camille Pujol a déposé une plainte au titre des dégradations subies par les locaux de son agence, située 72 avenue Camille Pujol, à Toulouse. A la demande de son assureur, les Assurances du Crédit mutuel (ACM), une expertise a été conduite par le cabinet CET, qui a évalué les dommages subis, dans un premier temps, à la somme de 5 191,56 euros TTC puis, dans un second temps par un rapport rectificatif, à la somme de 6 305,31 euros TTC, avec une franchise de 987,50 euros. A la suite de ce rapport d'expertise, les Assurances du Crédit mutuel a indemnisé l'agence CIC Toulouse Camille Pujol à hauteur de 6 305,31 euros. Par un courrier du 20 avril 2019, reçu le 22 avril 2019, les Assurances du Crédit mutuel, subrogée dans les droits de son assuré, a adressé une demande d'indemnisation des dommages subis au préfet de la Haute-Garonne pour un montant de 6 725,31 euros, à raison de 6 305,31 euros au titre des indemnités versées et de 420 euros au titre des frais d'honoraires de l'expertise. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née le 22 juin 2019. Par la présente requête, les Assurances du Crédit mutuel demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme demandée au titre des préjudices subis.
Sur la responsabilité sans faute de l'Etat :
2. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. " L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés, commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés.
3. Ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels commis sur des biens privés alors qu'ils ne procédaient pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée, organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
4. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal de dépôt de plainte du directeur de l'agence CIC Toulouse Camille Pujol, que cette agence a subi des dégradations le 23 mars 2019 vers 16h34, du fait de deux individus cagoulés qui ont brisé la vitrine donnant sur l'avenue Camille Pujol à l'aide d'un poteau en fer anti-stationnement et dégradé le distributeur à billets avec ce même poteau et des œufs. Il résulte de l'instruction que ces dégradations, dont il est demandé réparation, résultent d'actes commis à force ouverte ou par violence, qui constituent des délits. D'autre part, il résulte d'abord de l'instruction, en particulier du " RESCOM " de la direction départementale de la sécurité publique de la Haute-Garonne, que la manifestation de " Gilets jaunes " qui s'est tenue à Toulouse ce même 23 mars 2019 a été à l'origine de plusieurs incidents et dégradations parmi lesquels, notamment, un feu de barricade sur l'avenue Camille Pujol à 16h39. Si ce même document, qui évoque au demeurant aussi des " jets de projectiles sur le secteur ", sans toutefois de précision géographique, ne mentionne pas expressément les dommages subis par l'agence CIC, toutefois cette seule circonstance ne saurait remettre en cause les allégations du directeur de l'agence étayées par le système de vidéosurveillance. Ensuite, le fait que les auteurs des dommages aient utilisé pour les commettre un poteau anti-stationnement, que le préfet de la Haute-Garonne qualifie lui-même " d'arme par destination ", ainsi que des œufs révèle davantage des violences surgies spontanément dans le prolongement de la manifestation qu'une préméditation du délit, et ce nonobstant le port de cagoules. Enfin, si le " RESCOM " note la présence de nombreux " profils à risque " parmi les manifestants, cette mention peu circonstanciée ne démontre ni que les auteurs du délit feraient partie de ces " profils à risque " ni a fortiori qu'ils auraient prémédité leur action. Dans ces conditions, compte-tenu des dégradations commises au cours de la manifestation des " Gilets jaunes " le 23 mars 2019 sur l'avenue Camille Pujol, et en l'absence d'éléments de nature à exclure le rattachement des dégradations subies par l'agence du CIC à la manifestation, celles-ci sont de nature à engager la responsabilité sans faute de l'Etat sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur l'évaluation des préjudices :
5. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ". Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par ces dispositions de justifier par tout moyen du paiement effectif de l'indemnité à son assuré.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier de la quittance subrogative signée le 20 avril 2021 par le directeur de l'agence du CIC, que l'assuré a été indemnisé des dommages subis par son assureur, les Assurances du Crédit mutuel, et a donné à ce dernier par le même document subrogation dans ses droits et actions contre les tiers qui ont causé le dommage, jusqu'à concurrence de cette indemnité. Par suite, la société requérante est fondée à demander la condamnation de l'Etat à raison du préjudice subi.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport rectificatif du bureau d'expert CET IRD du 28 novembre 2019 ainsi que du contrat d'assurance souscrit par le CIC sud-ouest auprès des Assurances du Crédit mutuel, dont se prévaut la société requérante pour évaluer le montant du préjudice subi, que les dommages doivent être arrêtés à la somme de 6 305,31 euros TTC, de laquelle il convient de retrancher la franchise contractuelle d'un montant de 987,50 euros, soit un total de 5 317,81 euros.
8. En troisième lieu, la société requérante est fondée à demander le remboursement des frais liés au constat d'expert en date du 28 novembre 2019, qui sont en relation directe avec le fait générateur de responsabilité, à hauteur de 420 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par les Assurances du Crédit mutuel en l'évaluant à 5 737,81 euros.
Sur les intérêts :
10. La société des Assurances du Crédit mutuel a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 5 737,81 euros à compter du 22 avril 2021, date de réception de sa demande préalable par le préfet de la Haute-Garonne.
Sur la capitalisation des intérêts :
11. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus pour moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La société requérante a demandé la capitalisation des intérêts le 27 juillet 2021 dans sa requête introductive d'instance. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 22 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les dépens :
12. La société requérante ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais prévus par les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser aux Assurances du Crédit mutuel la somme de 5 737,81 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 22 avril 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société Assurances du Crédit Mutuel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société des Assurances du Crédit mutuel, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le magistrat désigné,
S. A
La greffière,
S. SORABELLA La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026