jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2104709 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SARDIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 août 2021, 21 février 2022 et 2 mars 2023, la société d'assurances du Crédit mutuel Iard, représentée par Me Sardin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à lui verser une somme de 21 092,63 euros assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'Etat fondée sur l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure doit être engagée ; les préjudices subis ont été causés au cours d'une manifestation par usage de la force ouverte, et les faits sont délictuels ;
- l'indemnité qu'elle a versée à l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien " doit lui être remboursée à hauteur de 20 512,63 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 octobre 2021 et 3 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les faits délictuels à l'origine des présents dégâts excluent que la responsabilité de l'Etat soit engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure en raison du mode d'organisation des auteurs, du caractère prémédité de leurs actes et de la réitération de ces actes tous les samedis ; le lien de causalité entre le préjudice subi par la requérante et le délit commis à force ouverte au cours d'un attroupement n'est pas établi ;
- le montant du total des factures produites par la société requérante est égal à 24 539,34 euros alors que cette dernière sollicite une indemnisation de 21 092,63 euros ; l'assureur ne peut solliciter un préjudice supérieur au montant de la quittance subrogative fournie ;
- les factures de pose et de dépose de panneaux protecteurs de vitrines, chaque week-end entre les 28 janvier et 31 mai 2019, ainsi que de gardiennage de l'agence, sont sans lien avec la manifestation des " gilets jaunes " du 8 décembre 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri,
- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Une manifestation de " gilets jaunes " a eu lieu le 8 décembre 2018 au centre-ville de Toulouse. A la suite du constat de dégradations commises à l'encontre des locaux de l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien ", assurés par la société d'assurances du Crédit mutuel Iard, le directeur de cette agence a déposé plainte. Un rapport d'expertise réalisé le 8 juillet 2019 a donné lieu à l'indemnisation, par la société d'assurances requérante, des préjudices subis par l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien " à hauteur de 20 512,73 euros. La société d'assurances du Crédit Mutuel Iard a adressé au préfet de la Haute-Garonne une demande indemnitaire préalable par un courrier du 14 avril 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, la société d'assurances du Crédit mutuel Iard demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 21 092,63 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité sans faute de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. En outre, ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels ne procédant pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée et organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
3. Il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal de dépôt de plainte effectué par le directeur de l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien ", que plusieurs dégradations ont été commises au niveau des locaux de cette agence concomitamment à la manifestation des " gilets jaunes " qui s'est déroulée le 8 décembre 2018. Il est constant que ces dégradations résultent de délits commis à force ouverte ou par violence, comme en témoigne le procès-verbal de dépôt de plainte, qui décrit notamment la destruction de toutes les vitrines du rez-de-chaussée ainsi que d'un distributeur de billets. Il résulte également de l'instruction que des incidents se sont produits lors de la manifestation, en particulier dans le quartier et dans la rue où se situe l'agence bancaire, le quartier Saint-Cyprien et, plus précisément, la rue Etienne Billières. Si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que les dégradations résultent d'actions délictueuses commises par des casseurs ayant prémédité leur action et se prévaut à cet égard d'articles de presse et d'un communiqué de presse de la préfecture de la Haute-Garonne mettant en cause directement l'action de casseurs, ces éléments ne sont toutefois pas suffisamment précis et circonstanciés pour démontrer que les dégradations commises sur l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien " résulteraient d'actes prémédités par un groupe organisé uniquement afin de commettre des actes délictueux. Par suite, les dommages en litige doivent être regardés comme ayant été causés par les participants à la manifestation des " gilets jaunes ". Aussi, au vu de tout ce qui précède, la responsabilité sans faute de l'Etat doit être engagée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur les préjudices :
4. En premier lieu, l'article L. 121-12 du code des assurances prévoit que : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur. ". Il résulte de ces dispositions que la subrogation légale de l'assureur dans les droits de l'assuré ainsi instituée est subordonnée au seul paiement à l'assuré de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance et ce, dans la limite de la somme versée. L'assureur qui demande à en bénéficier peut justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré.
5. La société d'assurances du Crédit mutuel Iard demande le remboursement de la somme versée à l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien " au titre des frais de réparation pour un montant de 20 512,63 euros. Il résulte de deux quittances subrogatives en date des 25 juin 2019 et 21 janvier 2021 que la requérante a versé à son assuré une indemnité de 20 512,63 euros consécutive aux dégradations commises durant la manifestation des " gilets jaunes " qui s'est déroulée le 8 décembre 2018, telle qu'évaluée par le rapport d'expertise du 8 juillet 2019. Par suite, la société d'assurances du Crédit mutuel Iard a droit au remboursement de cette somme sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
6. S'agissant des frais de protection de vitrine, le préfet de la Haute-Garonne fait valoir qu'ils ne sauraient être mis à la charge de l'Etat dès lors qu'ils correspondent à des frais engagés chaque week-end entre les 28 janvier et 31 mai 2019. Or, il résulte de l'instruction que ces frais n'ont pas été pris en compte par l'expert dans son rapport, l'intéressé ayant simplement intégré des mesures provisoires en lien avec la manifestation du 8 décembre 2018, comme en attestent les factures AD2 émises les 10 et 11 décembre 2019.
7. Le préfet de la Haute-Garonne conteste également les frais de gardiennage. Il résulte toutefois de l'instruction que deux commandes de gardiennage ont été effectuées le 8 décembre 2018, l'une en raison des dégradations commises, l'autre en raison d'une anomalie survenue à l'arrivée des convoyeurs. Dès lors que ces frais sont concomitants à la manifestation en litige et qu'il n'est pas démontré qu'ils seraient sans lien avec cette manifestation, la société requérante est fondée à en demander le remboursement.
8. Il résulte, en outre, de l'instruction que la société d'assurances du Crédit mutuel Iard a engagé des frais d'expertise à hauteur de 580 euros afin que les dommages subis par l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien " soient évalués. Dès lors que ces frais d'expertise sont en lien direct avec le fait générateur de responsabilité, la société d'assurances du Crédit mutuel Iard est fondée à en solliciter le remboursement par l'Etat.
9. Il résulte de ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard la somme de 21 092,63 euros au titre des dégradations subies par l'agence bancaire CIC " Toulouse Saint-Cyprien " et des frais d'expertise.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
10. La société d'assurances du Crédit mutuel Iard, qui a demandé les intérêts au taux légal, y a droit à compter du 19 avril 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par l'administration. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation à compter du 19 avril 2022, date à laquelle était due pour la première fois une année d'intérêts, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au bénéfice de la société d'assurances du Crédit Mutuel Iard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a en revanche lieu de rejeter la demande présentée par la requérante relative au paiement des dépens du procès dès lors qu'elle n'en démontre pas l'existence.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard une somme de 21 092,63 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2021 et de leur capitalisation à compter du 19 avril 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date jusqu'au paiement de la somme due.
Article 2 : L'Etat versera à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société d'assurances du Crédit mutuel Iard et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTO
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026