jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105014 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | INCHAUSPE REMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 août 2021 et 18 mai 2022, M. D E et l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " (CRI), représentés par Me Inchauspé, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la région Occitanie à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'ils estiment avoir subi ;
2°) de mettre à la charge de la région Occitanie le paiement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable, M. E ayant un intérêt à agir et l'association également, au regard de son objet social ; elle est, de surcroît, régulièrement représentée par son président ;
- la décision de la présidente de la région Occitanie de diffuser des caricatures issues du journal " Charlie Hebdo " sur les façades des hôtels de région méconnaît le principe de laïcité posé à l'article 1er de la Constitution, ainsi que le principe d'égalité devant la loi des citoyens, croyants ou non-croyants ;
- elle méconnaît l'article 28 de la loi du 9 décembre 1905 en apposant des emblèmes religieux sur les murs de bâtiments publics ;
- elle méconnaît les articles 9 et 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la conviction religieuse ; elle viole le principe de neutralité de la puissance publique en critiquant des religions ;
- elle porte atteinte à la liberté de conscience et à la liberté de conviction religieuse ;
- elle a été prise par une autorité incompétente au regard des articles L. 4211-1, L. 4221-1 à L. 4221-6 et L. 4231-1 à L. 4231-9 du code général des collectivités territoriales ;
- la faute ainsi commise engage la responsabilité de la collectivité publique et leur a causé un préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, la région Occitanie représentée par Me Constant conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le paiement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que M. E ne fait état d'aucun intérêt à agir pas plus que l'association CRI au regard de son objet social ; de plus cette dernière n'est pas régulièrement autorisée à ester en justice ;
- les moyens de la requête ne sont en tout état de cause pas fondés, la collectivité n'ayant commis aucune faute.
Vu :
- la décision par laquelle l'affaire a été renvoyée en formation collégiale, en application du deuxième alinéa de l'article R. 222-19 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,
- les observations de Me Inchauspé représentant les requérants et celles de Me Constans représentant la région Occitanie.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de l'assassinat d'un enseignant d'histoire-géographie, M. C A, le 16 octobre 2020, après qu'il avait présenté des caricatures parues dans la presse au cours de l'un de ses enseignements sur la laïcité, la présidente de la région Occitanie a, via un communiqué de presse, décidé de s'associer à l'hommage national prévu le 21 octobre 2020, en faisant projeter sur les murs des deux Hôtels de Région, à Toulouse et Montpellier, la veille au soir, entre 17h et 21h, des caricatures des dessinateurs du journal satirique " Charlie Hebdo ". Estimant que cette diffusion portait atteinte à leurs convictions et aux principes notamment de laïcité, de neutralité de la puissance publique ou de la liberté de conviction religieuse, M. E et l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " ont sollicité de la région Occitanie l'indemnisation du préjudice moral qu'ils estimaient avoir subi à raison de l'illégalité de cette décision. Par la présente requête, les requérants demandent la condamnation de la région Occitanie à leur verser une indemnité de dix mille euros à ce titre.
Sur la responsabilité :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4221-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil régional règle par ses délibérations les affaires de la région dans les domaines de compétences que la loi lui attribue () ". Selon l'article L. 4231-1 du même code : " Le président du conseil régional est l'organe exécutif de la région () ". L'article L. 4231-4 dudit code ajoute : " Le président du conseil régional gère le domaine de la région ". Et selon l'article L. 1111-2 du même code : " Les communes, les départements et les régions règlent par leurs délibérations les affaires de leur compétence. / Dans les conditions prévues par la loi, ils disposent d'un pouvoir réglementaire pour l'exercice de leurs compétences. / Ils concourent avec l'Etat à l'administration et à l'aménagement du territoire, au développement économique, social, sanitaire, culturel et scientifique, à la promotion de la santé, à la lutte contre les discriminations, à la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes () "
3. Si les requérants semblent soutenir que la décision de diffuser sur les murs des Hôtels de Région des dessins de presse ne ressortirait pas de la compétence de la présidente du conseil régional de la région Occitanie, il ne ressort d'aucune disposition légale ou réglementaire qu'elle serait intervenue dans un champ de compétence réservé à l'organe délibérant de ladite collectivité territoriale, s'agissant de la communication régionale. De plus, il résulte des dispositions précitées que le président de région est notamment chargé de la gestion du domaine de la région, ce qui comprend les bâtiments des hôtels de région, et que, par ailleurs, cette collectivité décentralisée dispose de compétences propres en matière culturelle ou encore de lutte contre les discriminations. Par suite, le moyen excipé de l'incompétence alléguée de la présidente de la région Occitanie ne peut qu'être écarté, en tout état de cause.
4. En deuxième lieu, le principe de laïcité figure au nombre des droits et libertés que la Constitution garantit. Notamment, il en résulte la neutralité de l'État, le respect de toutes les croyances et l'égalité de tous les citoyens devant la loi sans distinction de religion. Le principe de laïcité et la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat créent, pour les personnes publiques, des obligations, en leur imposant notamment, d'une part, d'assurer la liberté de conscience et de garantir le libre exercice des cultes, d'autre part, de veiller à la neutralité des agents publics et des services publics à l'égard des cultes, en particulier en n'en reconnaissant ni n'en subventionnant aucun.
5. Tout d'abord, la décision révélée par le communiqué de presse du 20 octobre 2020 de la présidente de la région Occitanie, visant à s'associer à l'hommage national à Samuel A en projetant ce même jour, de 17h à 21h, sur les murs des Hôtels de Région des caricatures issues de dessins extraits du journal " Charlie Hebdo ", ne porte en elle-même aucune atteinte à la liberté de conscience ou au libre exercice des cultes. Par ailleurs, en se bornant à exposer six dessins à caractère satirique parus dans un organe de presse dont la diffusion est dûment autorisée, la présidente de la région Occitanie n'a pas davantage porté atteinte aux principes de neutralité ou de laïcité des services publics dès lors que cette diffusion et les dessins en cause ne comportaient aucune stigmatisation d'une conviction idéologique ou religieuse en particulier, ni une prise de position à leur égard de la part de l'autorité publique mais visaient simplement à relayer le message tenant aux principes à valeur constitutionnelle de laïcité, de liberté d'expression et de liberté de conscience, ainsi que l'expose le communiqué de presse précité. Pour les mêmes motifs, cette décision n'a pas davantage porté atteinte au principe d'égalité devant la loi des citoyens.
6. En troisième lieu, les dispositions de l'article 28 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat, qui ont pour objet d'assurer la neutralité des personnes publiques à l'égard des cultes, s'opposent à l'installation par celles-ci, dans un emplacement public, d'un signe ou emblème manifestant la reconnaissance d'un culte ou marquant une préférence religieuse, sous réserve des exceptions qu'elles ménagent. Ainsi, est notamment réservée la possibilité pour les personnes publiques d'apposer de tels signes ou emblèmes dans un emplacement public à titre d'exposition.
7. Il résulte de l'instruction que la projection sur les murs des Hôtels de Région à Toulouse et Montpellier, pendant quelques heures le 20 octobre 2020, de dessins de presse satiriques ou caricaturaux sans exclusive ni parti pris, et qui correspondaient d'ailleurs à certains de ceux présentés par l'enseignant assassiné pendant ses propres cours, ne saurait, en aucune façon, constituer une installation d'emblèmes ou de signes à caractère religieux et pourrait, en toute hypothèse, être regardée comme une simple exposition de dessins de presse à caractère satirique. Dans ces conditions, cette projection ne saurait constituer une méconnaissance des dispositions de l'article 28 de la loi du 9 décembre 1905.
8. En dernier lieu, si les articles 9 et 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissent respectivement la liberté de pensée, de conscience et de religion ainsi que la liberté d'expression, il résulte de tout ce qui a été précédemment exposé que la décision en litige de la présidente de la région Occitanie n'a porté atteinte à aucun de ces droits et libertés fondamentaux garantis tant par la Constitution que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, la décision de la présidente de la région Occitanie n'étant entachée d'aucune illégalité fautive et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions de la requête de M. E et de l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " tendant à l'engagement de la responsabilité de la région Occitanie doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la région Occitanie verse aux requérants une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E et de l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " le paiement à la région Occitanie de la somme de 1 500 euros sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E et de l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " est rejetée.
Article 2 : M. E et l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " verseront la somme de 1 500 euros à la région Occitanie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à l'association " Coordination contre le racisme et l'islamophobie " et à la région Occitanie.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023 à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le président- rapporteur,
T. B
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026