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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105143

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105143

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105143
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 2 septembre 2021, sous le n°2105143, M. A C et Mme B C, représentés par Me Sérée de Roch, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 pour un montant total de 57 594 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- l'administration ne rapportant pas la preuve de l'appréhension de fonds sociaux par M. C, elle ne peut l'imposer sur le fondement des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts ;

En ce qui concerne les pénalités :

- les pénalités sont insuffisamment motivées ; l'administration n'apporte pas la preuve de l'appréhension des sommes correspondant aux factures de fournisseurs ; ce faisant, elle n'établit pas le caractère fictif des factures et le détournement de fonds ;

- l'administration fiscale ne peut se prévaloir de la qualité de gérant de M. C au titre de revenus de l'année 2017, dès lors qu'il a cessé d'assurer ces fonctions le 19 juin 2016 ;

- le principe de personnalité des peines fait obstacle à ce que M. C, en sa qualité de dirigeant de la société Habitat déco investissement avec laquelle la société Capa travaux a conclu des contrats de sous-traitance, se voit infliger des pénalités alors qu'il a agi au nom de la société et non en son nom propre ;

- l'article 1758 A du code général des impôts fait échec à ce que la majoration de 10 % propre à l'impôt sur le revenu soit appliquée dès lors que l'administration a fait application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, le directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 11 février 2022, sous le n°2200800, M. A C et Mme B C, représentés par Me Sérée de Roch, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2018 pour un montant total de 31 912 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- la proposition de rectification ne précise pas les modalités de détermination des bases d'imposition, et des prélèvements sociaux ; l'administration n'a pas joint les propositions de rectification adressées à la société Capa Travaux ; en application de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales, elle doit être déchargée de toute imposition mise à sa charge ;

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- l'administration ne rapportant pas la preuve de l'appréhension de fonds sociaux par M. C, elle ne peut l'imposer sur le fondement des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts ; si M. C a été le représentant légal de D entre le 23 février 2015 et le 19 juin 2016, il ne peut être regardé comme étant le maître de l'affaire ; il avait cessé ses fonctions au titre de la période rectifiée ;

- s'agissant des indemnités kilométriques, dès lors qu'elles ont été comptabilisées dans des conditions permettant d'identifier leur bénéficiaire, elles ne peuvent être qualifiées d'avantages occultes ;

- s'agissant de la somme de 29 826 euros, l'administration ne démontre pas que les charges litigieuses aient été comptabilisées par la société Capa Travaux sans mentionner l'identité du bénéficiaire ; elle n'a pas transmis les documents obtenus auprès des fournisseurs et de l'établissement bancaire ;

- au surplus, l'administration ne peut appliquer le droit de suite dès lors que M. C a cédé ses parts le 24 septembre 2018 ;

En ce qui concerne les pénalités :

- elles sont insuffisamment motivées ; l'administration fiscale n'apporte pas la preuve de l'appréhension des paiements par M. C des sommes mises à sa disposition représentant 79 % du revenu global qui aurait dû être déclaré ;

- l'article 1758 A du code général des impôts fait échec à ce que la majoration de 10 % propre à l'impôt sur le revenu soit appliquée dès lors que l'administration a fait application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le directeur régional des finances publique d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et demande une substitution de base légale, l'article 109-1 du code général des impôts devant substituer le c. de l'article 111 du même code.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C détenait 10 % des parts sociales de D, dont il a assuré la gérance du 23 février 2015 au 19 juin 2016. Cette société a fait l'objet, en 2019, d'une vérification de comptabilité portant sur la période courant du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, puis en 2020 concernant la période allant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019. Suite à ces opérations de contrôle, des rehaussements ont été notifiés à la société les 15 novembre et 2 décembre 2019. Les 25 novembre 2019 et 27 janvier 2020, des propositions de rectification ont été adressées à M. et Mme C concernant l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux au titre des années 2016, 2017 et 2018. Le 24 janvier 2020, M. C a présenté des observations. Les 1er mars et 15 juin 2021, M. C a présenté une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement qui a été implicitement rejetée par l'administration. Par leurs requêtes n° 2105143 et n° 2200800 M. et Mme C demandent au tribunal de les décharger des cotisations supplémentaires de 57 594 euros et de 31 912 euros mises à leur charge au titre des années 2016, 2017 et 2018.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2105143 et 2200800 présentées par les mêmes requérants, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur les conclusions de la requête n° 2105143 :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions au titre des années 2016 et 2017 :

3. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé.

4. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 25 novembre 2019 adressée à M. et Mme C, que l'administration fiscale a imposé à l'impôt sur le revenu entre ses mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts, une somme de 50 688,52 euros au titre de l'année 2016 et de 43 350 euros au titre de l'année 2017, correspondant à des charges fictives comptabilisées au profit de M. C. Pour mettre à la charge de M. et Mme C les charges comptabilisées, regardées comme des revenus distribués par D au titre des années des impositions en litige, le service vérificateur a relevé, après mise en œuvre de son droit de communication auprès de l'établissement bancaire détenteur des comptes de D et auprès des fournisseurs de cette société, que cette dernière avait comptabilisé des factures fictives et procédé à leur paiement auprès de tierces personnes dont M. C. L'appréhension de ces sommes est établie par les copies de chèques et les virements émis par la société CAPA travaux, que l'administration fiscale a obtenus dans le cadre de son droit de communication. Par suite, l'administration fiscale a rapporté la preuve de l'appréhension des sommes en litige par M. C.

En ce qui concerne les pénalités :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ". Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir un tel manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

6. Tout d'abord, si les requérants soutiennent que les pénalités sont insuffisamment motivées dès lors que l'administration n'apporte pas la preuve de l'appréhension, par des tiers, des paiements des factures de fournisseurs et n'établit pas le caractère fictif des factures et le détournement de fonds, toutefois le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs.

7. Ensuite, pour justifier la majoration pour manquement délibéré prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts soit mise à la charge de M. et Mme C, l'administration fait valoir d'une part, que M. C était associé de la société Capa Travaux et en a assuré la gérance du 23 février 2015 au 19 juin 2016, période durant laquelle sa signature était enregistrée sur les cartons de signature du compte bancaire de la société et, d'autre part, que M. C était gérant de la société Habitat déco investissement avec laquelle la société Capa travaux a conclu deux contrats de sous-traitance et lui a permis de se voir verser les sommes de 35 501 euros et 43 350 euros en 2016 et 2017 représentant près de 75 % de ses revenus bruts au titre des années 2016 et 2017. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment de la proposition de rectification, que l'administration se soit fondée uniquement sur la qualité de gérant de la société Capa travaux pour opérer les rectifications concernant les impositions litigieuses. En outre, la circonstance que M. C n'était plus le gérant de la société CAPA travaux à compter du 19 juin 2016 n'est pas de nature à établir qu'il n'aurait pas appréhendé ces sommes. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que l'administration fiscale se prévaut, pour justifier la majoration pour manquement délibéré, de la signature de M. C sur les cartons de signature du compte bancaire de D, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette allégation puisse être regardée comme établie. En se fondant sur ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, de l'intention délibérée de l'intéressé d'éluder l'impôt. Par suite, le moyen tiré du caractère non justifié de l'application de la majoration en cause doit être écarté.

8. Enfin, tant le principe de responsabilité personnelle que le principe de personnalité des peines s'opposent à ce que des pénalités fiscales, qui présentent le caractère d'une punition tendant à empêcher la réitération des agissements qu'elles visent, puissent être prononcées à l'encontre de contribuables, personnes physiques, lorsque ceux-ci n'ont pas participé aux agissements que ces pénalités répriment. Il résulte de l'instruction que la société Habitat déco a conclu avec la société Capa Travaux deux contrats de sous-traitance dont le montant a représenté 50 689 euros en 2016 et 43 350 euros en 2017. M. C, eu égard aux fonctions qu'il a exercés tant au sein de la société distributrice que celle au nom de laquelle les factures fictives ont été émises, ne pouvait ignorer les conséquences sur les cotisations d'impôts sur le revenu.

9. En second lieu, aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. "

10. Si M. et Mme C soutiennent que l'administration ne pouvait pas leur infliger une pénalité de 10 % cumulativement avec celle de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts, il résulte de l'instruction et notamment de la réponse aux observations du contribuable du 24 février 2020 que le service a renoncé à appliquer la majoration de 10 %.

Sur les conclusions de la requête n° 2200800 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition au titre de l'année 2018 :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 54 B du livre des procédures fiscales : " La notification d'une proposition de rectification doit mentionner, sous peine de nullité, que le contribuable a la faculté de se faire assister d'un conseil de son choix pour discuter la proposition de rectification ou pour y répondre. ". Aux termes de l'article L. 57 du même livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / (). ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / () ".

12. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. Par ailleurs, l'administration n'est pas tenue de répondre à tous les arguments du contribuable formulés sur les redressements notifiés. En cas de motivation par référence, l'administration doit, en principe, annexer les documents auxquels elle se réfère dans la proposition de rectification ou en reprendre la teneur.

13. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 27 janvier 2020, adressée à M. et Mme C, comporte l'identité complète du signataire, désigne l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018 auquel elle se rapporte, précise la catégorie de revenus faisant l'objet des rectifications proposées, mentionne les motifs de droit et de fait en constituant le fondement, ainsi que les montants des rectifications envisagées. Si les requérants soutiennent que la proposition de rectification n'expose pas les bases d'imposition en matière de prélèvements sociaux, toutefois l'administration n'est pas tenue de réitérer, pour les prélèvements sociaux, les explications apportées concernant le redressement de l'assiette de l'impôt sur le revenu, les prélèvements sociaux reposant sur la même base rectifiée que l'impôt sur le revenu. Ensuite, si les requérants soutiennent que le service aurait procédé par affirmations et aurait omis d'expliquer l'origine et les modalités du contrôle effectué, il résulte cependant de l'instruction que la proposition de rectification indique précisément que l'imposition supplémentaire litigieuse fait suite aux renseignements recueillis dans le cadre de la communication prévue par l'article L. 101 du livre des procédures fiscales notamment auprès de certains fournisseurs de D et de l'établissement détenteur de ses comptes bancaires. Enfin, si M. et Mme C soutiennent également que la proposition de rectification adressée à D n'a pas été jointe à la proposition de rectification qui leur a été personnellement adressée le 27 janvier 2020, ni que cette dernière indique reprendre les motifs de droit et de fait ayant fondé les rehaussements notifiés à cette société, il résulte toutefois de l'instruction que la proposition de rectification adressée à M. et Mme C ne comporte aucune référence à la proposition de rectification adressée à la société Capa travaux. En outre, la proposition de rectification mentionne explicitement la possibilité pour les requérants de se faire assister par un conseil de leur choix, conformément aux dispositions de l'article L. 54 B du livre des procédures fiscales, précité. Compte tenu de ces éléments, au demeurant dépourvus d'ambigüité et ayant permis à M. et Mme C le 26 mars 2020 de former utilement leurs observations par l'intermédiaire de leur conseil, la rectification litigieuse n'a privé les requérants d'aucune garantie au regard des exigences des dispositions précitées des articles L. 54 B, L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doivent être écartés.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

14. En premier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes () ". En cas de refus des rehaussements par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire des sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé.

S'agissant des sommes de 44 666 euros et 29 826 euros au titre de l'année 2018 :

15. Il résulte de l'instruction et notamment de la proposition de rectification du 25 novembre 2019 adressée à M. et Mme C, que l'administration fiscale a imposé à l'impôt sur le revenu entre leurs mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts, une somme de 74 492 euros au titre de l'année 2018 correspondant à des charges fictives comptabilisées au profit de M. C. Pour mettre à la charge de M. et Mme C les charges comptabilisées regardées comme des revenus distribués par D au titre des années des impositions en litige, le service vérificateur a relevé, d'une part, que les sommes versées correspondent à des charges fictives de paiement de fournisseurs en réalité versées à M. C et, d'autre part, que l'appréhension des fonds est établie par les copies des chèques et virements, obtenus à la suite de la mise en œuvre du droit à communication auprès de la banque CIC, établissement bancaire de la société Capa travaux, desquels il ressort que M. C a apposé sa signature sur les cartons de souche bancaire. En outre, M. et Mme C soutiennent que les charges litigieuses comptabilisées par la société Capa travaux ne sauraient être regardées comme des avantages occultes dès lors que son bénéficiaire, M. C, était désigné. Toutefois, la prise en charge par une société d'une dépense, sans que la comptabilisation de cette opération ne révèle par elle-même l'octroi d'un avantage, peut être qualifiée d'avantage occulte au sens des dispositions du c. de l'article 111, alors même que l'opération est portée en comptabilité assortie de la désignation du bénéficiaire. Enfin, si les requérants soutiennent que M. C a assuré la gérance de la société Capa travaux seulement jusqu'au 19 juin 2016, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir qu'il n'était pas bénéficiaire de ses distributions. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a imposé les sommes litigieuses en tant qu'avantages occultes entre les mains de M. et Mme C sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

S'agissant des indemnités kilométriques correspondant à un montant de 922 euros au titre de l'année 2018 :

16. Il résulte de l'instruction que D a enregistré en charges des indemnités kilométriques au titre de l'exercice clos en 2018. L'administration fiscale ayant considéré qu'elles n'étaient pas justifiées dans leur totalité, la somme de 922 euros a été qualifiée d'avantage occulte sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts et a été imposée à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

17. Dans son mémoire en défense, l'administration, qui est en droit à tout moment de la procédure, de donner à des impositions contestées une nouvelle base légale qui les justifie dès lors que cette substitution peut être faite sans priver le contribuable des garanties qui lui sont reconnues en matière de procédure d'imposition, demande à ce que ces revenus de capitaux mobiliers soient imposés sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. et Mme C soutiennent que les indemnités kilométriques ont été comptabilisés dans des conditions permettant l'identification du bénéficiaire, ils ne justifient pas, par les pièces produites, de ce que cette somme serait en lien avec l'activité professionnelle de M. C. Dès lors, ces remboursements d'indemnités kilométriques peuvent être regardés comme un revenu distribué. l y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale, dès lors qu'elle ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi et que l'administration invoque, au soutien de cette demande, les mêmes faits qu'elle avait retenus pour motiver les rehaussements en litige.

18. En dernier lieu, si M. et Mme C soutiennent, à titre subsidiaire, que l'administration fiscale ne pouvait faire usage du droit de suite dès lors que M. C a cédé ses parts de la société Capa travaux le 24 septembre 2018, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration ait fait usage de ce droit. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les pénalités :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ". Il résulte de ces dispositions que l'administration a l'obligation, au moins trente jours avant la mise en recouvrement de pénalités visées par le second alinéa de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, d'adresser au contribuable un document comportant la motivation des pénalités qu'elle envisage de lui appliquer, et indiquant qu'il dispose d'un délai de trente jours pour présenter ses observations.

20. Il résulte de la proposition de rectification du 27 janvier 2020 adressée à M. et Mme C que les suppléments d'impôt sur le revenu et les contributions sociales sont assortis d'une majoration de 40 % en application de l'article 1729 du code général des impôts, compte tenu de l'importance des sommes mises à la disposition de M. C, ayant représenté 79 % de ses revenus bruts au titre de l'année 2018, du caractère réitéré de la distribution. Par suite, le service a suffisamment motivé l'application de la majoration en cause au regard des exigences posées par l'article L. 80 D précité du livre des procédures fiscales.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".

22. Pour établir l'existence d'un manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Cette intention se déduit notamment de la connaissance qu'il avait, compte tenu de ses activités, de ses obligations déclaratives et des conséquences fiscales de ses opérations.

23. Il résulte de l'instruction que M. C était le gérant de la société Habitat déco investissement qui a conclu des contrats de sous-traitance avec la société CAPA travaux. Or, sous couvert de factures de sous-traitance relatives à la société Habitat déco investissement, la société CAPA travaux a versé à M. C un montant total de 21 000 euros en 2018. En outre, les sommes versées à M. C par la société CAPA travaux, d'un montant total de 74 492 euros, représentent près de cinq fois le montant des revenus déclarés par le requérant au titre de l'année 2018. Dans ces conditions, l'administration fiscale a pu considérer, à bon droit, que l'intention d'éluder l'impôt de M. C était établie.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue. "

25. Si M. et Mme C soutiennent que l'administration ne pouvait pas leur infliger une pénalité de 10 % cumulativement avec celle de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts, il résulte de l'instruction et notamment des réponses aux observations du contribuable des 24 février et 7 octobre 2020 que le service a renoncé à appliquer la majoration de 10 %.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, des majorations et intérêts de retard mises à leur charge au titre des années 2016, 2017 et 2018.

Sur les frais liés aux litiges :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme C, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2105143 et 2200800 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme B C et

au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2014, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2, 2200800

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