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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105161

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105161

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105161
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET FLEURENTDIDIER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 septembre 2021 et 15 septembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) A.V.I.E Diffusion, représentée par Me Attali-Balensi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des amendes prévues au I de l'article 1737 du code général des impôts, pour un montant total de 117 135 euros, qui lui ont été réclamées par un avis de mise en recouvrement du 30 avril 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les amendes de 50 % prévues aux 1° et 2° du I de l'article 1737 du code général des impôts :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- l'amende fondée sur l'émission de factures fictives est injustifiée, en l'absence d'intention de fraude ou d'enrichissement du gérant de la société ;

- elle est disproportionnée ;

- l'amende fondée sur l'émission de factures erronées est injustifiée, la correction du taux de TVA appliqué n'ayant affecté que la copie de la facture client inscrite en comptabilité et non la facture client elle-même, de sorte que cette modification ne peut être regardée comme le travestissement d'une mention obligatoire au sens du 1) du I de l'article 1737 du code général des impôts ;

En ce qui concerne le cumul des amendes :

- ce cumul des amendes prévues aux 1° et 2° du I de l'articles 1737 du code général des impôts est disproportionné.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars et 15 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL A.V.I.E Diffusion ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL A.V.I.E Diffusion exerce une activité de commerce en détail et autres équipements. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 2 juillet au 11 décembre 2018, portant sur la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2017, étendue jusqu'au 30 avril 2018 pour la seule taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Par une proposition de rectification du 12 décembre 2018, l'administration fiscale a informé la société A.V.I.E Diffusion des conséquences financières de la vérification en lui notifiant des rappels de TVA pour un montant de 29 963 euros, assortis des pénalités pour manœuvres frauduleuses prévues au c) de l'article 1729 du code général des impôts, des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés pour un montant de 8 021 euros ainsi que des amendes pour infraction aux règles de la facturation d'un montant total de 117 135 euros. Le 6 février 2019, la société A.V.I.E Diffusion a accepté les rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de TVA et a formulé des observations concernant les amendes. En réponse à ces observations, l'administration fiscale a maintenu l'intégralité des amendes prononcées en vertu de l'article 1737 I du code général des impôts. Par un avis du 30 avril 2019, elle a mis en recouvrement les sommes résultant de cette procédure. Le 12 juillet 2021, l'administration fiscale a rejeté la réclamation présentée le 31 mai 2019 par la SARL A.V.I.E Diffusion portant sur les amendes prononcées en application du I de l'article 1737 du code général des impôts. Par la présente requête, la société A.V.I.E Diffusion demande la décharge des amende mises à sa charge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". L'article R. 57 du même code dispose : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

3. D'autre part, aux termes du 1er alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts : " Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : /1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom () ".

4. Il résulte de l'instruction et en particulier de la proposition de rectification du 12 décembre 2018, qu'après avoir cité les dispositions du 1er alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts, l'administration fiscale a informé la société requérante des amendes encourues en raison de la falsification du taux de TVA mentionné sur les factures inscrites en comptabilité. Cette proposition rappelle que les factures concernées ne correspondent pas à celles adressées au client de la société à raison des mêmes prestations, ainsi que le reconnaît son gérant d'après lequel cette pratique s'est développée afin de minorer le montant de la TVA collectée. Il ressort également des termes de cette proposition de rectification que l'administration fiscale a distingué, selon les périodes, l'application de l'amende fiscale prévue par le 1er alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts, réprimant les factures falsifiées émises par la société A.V.I.E Diffusion et celle prévue par le 2nd alinéa de cette même disposition visant à réprimer les fausses factures adressées à deux de ses fournisseurs. Pour chacune des périodes au cours desquelles le vérificateur a relevé des infractions aux règles de la facturation, la proposition de rectification répertorie, sous la forme d'un tableau, la liste des factures erronées. Enfin, la subdivision du document détaillant les amendes prononcées renvoie expressément aux paragraphes consacrés d'une part, à la comptabilité, qui expose la qualification retenue pour regarder les factures erronées comme telles et, d'autre part, à la TVA, qui détaille les motifs au vu desquels le service a rectifié la TVA inscrite en comptabilité à un taux réduit pour lui substituer le taux normal. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la proposition de rectification serait insuffisamment motivée s'agissant de l'amende prononcée en application du 1er alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne les amendes de 50 % prévues aux 1° et 2° du I de l'article 1737 du code général des impôts :

5. En premier lieu, aux termes du 2nd alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts : " Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant :/ De la facture, le fait de délivrer une facture ne correspondant pas à une livraison ou à une prestation de service réelle () ".

6. Il résulte de l'instruction qu'au cours des opérations de vérification, l'administration fiscale a constaté que la SARL A.V.I.E Diffusion a émis 93 factures au nom du fournisseur Rhodes Iceland, encaissées sur le compte de son gérant pour 89 370,40 euros et une facture émise au nom de la société Contactelec, d'un montant de 1 699,99 euros alors que cette société, interrogée dans le cadre de l'exercice du droit de communication, prévu aux articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales, a affirmé n'avoir jamais facturé de prestations à la SARL A.V.I.E Diffusion. Ces fausses facturations ont été reconnues par le gérant de la société au cours de la phase précontentieuse et ne font l'objet d'aucune contestation dans le cadre de la présente instance.

7. La SARL A.V.I.E Diffusion soutient tout d'abord s'être trouvée contrainte d'établir ces fausses factures, sa pérennité économique étant compromise par les problèmes de santé de son gérant, gravement malade, hospitalisé durant quatre mois au cours de l'année 2015 et reconnu atteint d'une incapacité de travail de 66 % depuis le 1er novembre 2018. Elle soutient également que son gérant n'était animé d'aucune volonté de frauder et qu'il n'a pas eu l'intention de s'enrichir. Nonobstant les difficultés de santé de son gérant, la circonstance que celui-ci aurait été dépourvu d'intention frauduleuse est sans incidence sur le bien-fondé de l'amende prononcée, la mise en œuvre des dispositions précitées du 2nd alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts n'étant pas subordonnée à la preuve de l'existence d'un élément intentionnel. Dès lors que le service vérificateur a mis en évidence l'existence de fausses factures, que le gérant reconnaît d'ailleurs avoir émises, la circonstance, au demeurant non établie, qu'elles l'auraient été dans l'unique but de sauver l'entreprise n'est pas davantage de nature à caractériser la méconnaissance des dispositions précitées. Ainsi, c'est sans erreur de droit que l'administration fiscale a prononcé l'amende prévue au 2nd alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts.

8. La société requérante soutient ensuite que cette amende présente un caractère disproportionné au regard " du contexte " et du montant de l'impôt recouvré. D'une part, à supposer que la société ait entendu se prévaloir de la fragilité de sa situation économique, outre qu'elle ne l'établit pas, cette circonstance est indifférente, comme il a été dit précédemment. D'autre part, le Conseil Constitutionnel a jugé dans sa décision n° 97-395 DC du 30 décembre 1997 que l'amende pour facture fictive n'était pas manifestement disproportionnée par rapport au manquement que constitue l'établissement de factures qui ne correspondent pas à une livraison ou à une prestation de service réelle. La SARL A.V.I.E Diffusion ne peut ainsi utilement se fonder sur le montant des droits rappelés au soutien de son argumentation. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère disproportionné de cette amende doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du 1er alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts que l'administration fiscale est fondée à infliger à une société ayant travesti les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B du code général des impôts une amende dont le montant atteint 50 % des sommes versées. Aux termes du II de l'article 289 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée. " Enfin, le I de l'article 242 nonies A de l'annexe II du code général des impôts dispose : " Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : ()/11° Le montant de la taxe à payer et, par taux d'imposition, le total hors taxe et la taxe correspondante mentionnés distinctement () ".

10. Il résulte de l'instruction qu'au cours des opérations de vérification, l'administration fiscale a mis en évidence que la SARL A.V.I.E Diffusion a falsifié 36 factures enregistrées en comptabilité en minorant le taux de TVA appliqué aux prestations correspondantes, facturées à ses clients au taux normal. Ces factures erronées ont été reconnues par le gérant de la société au cours de la phase précontentieuse et ne font l'objet d'aucune contestation dans le cadre de la présente instance.

11. La société requérante soutient tout d'abord que l'amende prononcée en application des dispositions précitées est injustifiée dès lors que seules les factures comptabilisées ont été modifiées, à l'exclusion des factures clients dont les mentions sont exactes. Toutefois il ne ressort d'aucune disposition du code général des impôts que le champ d'application de l'amende réprimant l'émission de factures falsifiées serait limité aux seules factures remises aux clients alors, d'ailleurs, que selon la décision n° 2021-942 QPC du Conseil Constitutionnel du 21 octobre 2021, en instituant cette amende, le législateur a entendu lutter contre la fraude fiscale. Si la société requérante soutient ensuite que les prestations correspondant aux factures falsifiées ont bien été délivrées, cette circonstance, au demeurant non contestée par l'administration fiscale, est dépourvue d'incidence, l'amende litigieuse n'étant pas fondée sur le 2nd alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts. Par suite, la SARL A.V.I.E Diffusion n'est pas fondée à soutenir que l'amende prononcée en application du 1er alinéa du I de l'article 1737 du code général des impôts serait injustifiée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des amendes prévue aux 1er et 2nd alinéas du I de l'article 1737 du code général des impôts doivent être rejetées.

En ce qui concerne le cumul des amendes :

13. La SARL A.V.I.E Diffusion soutient que le cumul des amendes prévues à l'article 1737 du code général des impôts est disproportionné au regard tant du but recherché par le législateur que " des éléments de fait et le contexte ", leur montant, de 117 135 euros, étant très supérieur à celui des rappels de droits dus, qui s'élève à 35 373 euros.

14. D'une part, en soutenant que les amendes qui lui ont été infligées sont disproportionnées au regard du but recherché par le législateur, la société requérante ne critique pas utilement la pénalité en litige alors, au demeurant, qu'aux termes des décisions du Conseil Constitutionnel n° 97-395 DC du 30 décembre 1997 et n° 2021-942 QPC du 21 octobre 2021, en instituant l'amende prévue aux 1er et 2nd alinéas du I de l'article 1737 du code général des impôts, le législateur a précisément entendu lutter contre la fraude fiscale.

15. D'autre part, en se bornant à soutenir que les amendes qu'a émises l'administration fiscale sont disproportionnées " au regard des éléments de fait et le contexte ", la SARL A.V.I.E Diffusion n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, le Conseil Constitutionnel a jugé dans ses décisions n° 97-395 DC et n° 2021 942 QPC que les amendes en litige ne sont pas manifestement disproportionnées par rapport aux manquements qu'elles répriment. Dès lors, le moyen tiré du caractère disproportionné du cumul des amendes prononcées doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la SARL A.V.I.E Diffusion doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL A.V.I.E Diffusion demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL A.V.I.E Diffusion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL A.V.I.E Diffusion et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 avril 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUDLa présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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