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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105308

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105308

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105308
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 septembre 2021 et 23 août 2022, l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec, représentée par Me Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la somme de 1 300 euros due au titre de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, de la prise de position formelle prise par l'administration fiscale dans sa lettre du 20 décembre 2017 et dans sa décision motivée de dégrèvement du 20 mars 2020 ;

- cette prise de position formelle inclut nécessairement la cotisation minimum à la cotisation foncière des entreprises ;

- l'administration fiscale ne peut lui opposer un droit à compensation, dès lors qu'elle ne lui avait pas précisé antérieurement que cette compensation ou le dégrèvement serait effectué sous réserve de l'application de la cotisation minimum à la cotisation financière des entreprises.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 février et 5 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry, présidente-rapporteure,

-les conclusions de M. Luc, rapporteur public,

-et les observations de Me Rodriguez, représentant l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec.

Considérant ce qui suit :

1. L'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec est propriétaire sur le territoire de la commune de Toulouse d'une centrale hydroélectrique située 9 allée Charles Malpel, dont elle a confié l'exploitation par convention de gérance du 31 juillet 2015 à la SAS Société d'Exploitation de l'Usine du Martinet (S.E.U.M). Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur le contrôle des éléments des années 2014 à 2017 servant à la détermination de l'assiette de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe foncière et de l'imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau. Par lettre du 20 décembre 2017, l'administration fiscale, après avoir relevé que l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec s'était acquittée de la somme de 7 733 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2016, lui a indiqué que la SAS S.E.U.M, qui exploitait la centrale hydroélectrique au 1er janvier de l'année 2016, était redevable de cette imposition au titre de l'année en cause et que la cotisation foncière des entreprises acquittée à tort par l'indivision sera compensée ou à défaut dégrevée. Le 20 mars 2020, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement de 6 433 euros en faveur de l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec. La réclamation formée le 5 août 2020 par l'indivision et tendant à la décharge de la somme de 1 300 euros a été rejetée par décision du 12 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. / Pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises, les activités de location ou de sous-location d'immeubles, autres que les activités de location ou sous-location d'immeubles nus à usage d'habitation, sont réputées exercées à titre professionnel () ". Aux termes de l'article 1467 de ce code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle () / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée selon les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. / Pour le calcul de l'impôt, la valeur locative des immobilisations industrielles définie à l'article 1499 est diminuée de 30 % () ". L'article 1476 du même code dispose : " I. - La cotisation foncière des entreprises est établie au nom des personnes qui exercent l'activité imposable () ". Aux termes de l'article 1647 D du même code, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - 1. Les redevables de la cotisation foncière des entreprises sont assujettis à une cotisation minimum établie au lieu de leur principal établissement ; cette cotisation est établie à partir d'une base dont le montant est fixé par le conseil municipal () ".

3. Il résulte de l'instruction que par convention du 31 juillet 2015, l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec a confié la gestion et l'exploitation du fonds industriel composant la centrale hydroélectrique dont elle est propriétaire à la SAS société d'exploitation de l'usine du Martinet, comprenant les éléments incorporels, l'immobilier par nature ou par destination, le mobilier et le matériel servant à son exploitation, l'usage des lieux dans lesquels le fonds est exploité, le droit d'user des droits d'eau appartenant aux bailleurs indivisaires et le droit à l'usage des lignes téléphoniques existantes et de l'accès internet. Cette convention a été conclue pour une durée de cinq ans renouvelable par tacite reconduction, moyennant le versement par la SAS S.E.U.M d'une redevance composée, d'une part, d'une partie constante de 96 000 euros hors taxes par an, indexée sur la variation du prix du kilowatt/heure, et d'autre part, d'une partie variable formant intéressement et quote-part à l'activité industrielle du fonds et à ses résultats d'exploitation. Ainsi, l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec, qui n'était pas au 1er janvier 2016 l'exploitant de la centrale hydroélectrique, n'était pas redevable, à ce titre, de la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2016. Toutefois, en application des dispositions visées ci-dessus de l'article 1447 du code général des impôts, elle était redevable de cette imposition en raison de son activité de location d'immeubles. Par suite, c'est par une exacte application de ces dispositions que l'administration fiscale, après avoir prononcé en faveur de l'indivision un dégrèvement de 6 433 euros, a laissé à sa charge la somme de 1 300 euros correspondant à la cotisation minimum à la cotisation foncière des entreprises, à raison de son activité de location d'immeubles.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". L'article L. 80 B du même code dispose : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

5. Contrairement à ce que soutient l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec, l'administration fiscale, en lui indiquant dans sa lettre du 20 décembre 2017 que, " pour la période 2016, l'entité qui exploite la centrale hydroélectrique au 1er janvier de l'année est la SAS société d'exploitation de l'Usine du Martinet (S.E.U.M) " et " que cette dernière est redevable de la CFE 2016. La CFE acquittée à tort par l'indivision sera compensée ou à défaut dégrevée ", ne s'est pas prononcée sur l'assujettissement de l'indivision à la cotisation foncière des entreprises au regard de son activité de location. Il en est de même de la décision de dégrèvement du 20 mars 2020, non motivée. Par suite, l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec ne peut, en tout état de cause, se prévaloir d'une prise de position formelle de l'administration fiscale.

En ce qui concerne la compensation :

6. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande. "

7. Il résulte de ces dispositions que l'administration est fondée à invoquer des insuffisances ou omissions de toute nature pendant l'instruction de la demande, laquelle doit s'entendre comme prenant effet au plus tôt à compter de l'examen de la réclamation du contribuable par l'administration et se poursuivant pendant toute la durée du contentieux devant le juge administratif statuant au fond sur le litige. L'administration peut prendre en compte l'ensemble des éléments à sa disposition au cours de cette période qui révèleraient une omission ou une insuffisance dans l'assiette ou le calcul de l'imposition, y compris ceux qu'elle aurait recueillis à l'occasion d'une procédure de contrôle diligentée après la réception de la réclamation.

8. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec, l'administration fiscale lui a indiqué par lettre du 20 décembre 2017 qu'elle n'était pas redevable de la cotisation foncière des entreprises à raison de l'activité d'exploitation de la centrale hydroélectrique du Martinet au titre de l'année 2016 et que la contribution acquittée à tort par l'indivision sera compensée ou à défaut dégrevée. Par sa réclamation préalable du 5 août 2020, l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec a sollicité la décharge de la somme de 1 300 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises acquittée au titre de l'année 2016 restant à sa charge après le dégrèvement prononcé le 20 mars 2020. La décision du 12 juillet 2021 rejetant cette réclamation préalable mentionne que l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec était redevable de la somme de 1 300 euros, correspondant à la cotisation minimum à la cotisation foncière des entreprises, imposable au titre de son activité de loueur de fonds. L'administration fiscale ne saurait ainsi être regardée comme ayant effectué une compensation sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'administration, en ne prononçant pas le dégrèvement total des sommes dues au titre de la cotisation foncière des entreprises pour l'année 2016, se serait volontairement abstenue de remédier à une insuffisance constatée au cours de la procédure de vérification de comptabilité avant la réclamation formée par l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'indivision AR.A. Hydro-électrique et Ratery Hydroelec et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

N. SARRAUTE

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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