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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105501

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105501

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105501
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantGERMAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 septembre 2021 et 12 octobre 2021, Mme E B, représentée par Me Germain, demande au tribunal d'annuler la contrainte émise le 10 juin 2021 et signifiée le 7 septembre 2021 par le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Haute-Garonne, portant recouvrement d'un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 8 349 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 31 juillet 2020, d'un indu de prime d'activité d'un montant de 165,27 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018 et d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant cumulé de 304,90 euros au titre des années 2018 et 2019.

Elle soutient que les sommes versées sur son compte ne proviennent pas d'une activité professionnelle non-déclarée mais d'un tiers ayant abusé de sa confiance contre lequel elle entend porter plainte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la contrainte est régulière dès lors qu'elle a été précédée d'une mise en demeure, puis notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception et signifiée par voie d'huissier à la requérante ;

- la requérante, qui n'a jamais indiqué à la caisse être enregistrée en tant qu'auto-entrepreneur auprès de l'URSSAF, ne démontre pas l'origine des versements non-déclarés perçus sur son compte, lesquels devant dès lors être considérés comme des revenus non-salariés ;

- la non-déclaration de son activité et de ses revenus par la requérante justifie la qualification de fraude, laquelle permet de lever la prescription biennale.

Par décision du 23 mars 2022, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D de Hureaux pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. D de Hureaux a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est bénéficiaire de l'allocation de logement sociale (ALS) depuis le mois de juin 2015. A la suite d'un contrôle de sa situation réalisé en mars 2020, révélant que Mme B était inscrite auprès de l'URSSAF en tant qu'autoentrepreneur et qu'elle avait reçu des versements non-déclarés dont elle ne justifiait pas l'origine, la CAF de la Haute-Garonne a procédé à une régularisation de ses droits. Par courrier en date du 4 août 2020, Mme B s'est vue notifier un indu d'ALS d'un montant de 8 349 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 31 juillet 2020, un indu de prime d'activité d'un montant de 165,27 euros pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018 et deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant cumulé de 304,90 euros au titre des années 2018 et 2019. Après deux mises en demeure, le directeur de la CAF de la Haute-Garonne a émis à l'encontre de Mme B une contrainte pour le recouvrement de ces sommes le 10 juin 2021, signifiée par voie d'huissier à la requérante le 7 septembre 2021. Par la présente, Mme B forme opposition à cette contrainte.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. L'allocation de logement n'est due, au titre de leur résidence principale, qu'aux personnes : 1° payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine () ". L'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, applicable depuis le 17 juillet 2019 reprend les mêmes dispositions : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre :/ 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer () ". L'article R. 842-3 du même code dispose que le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé du bénéficiaire, de son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité et, sous certaines conditions, des enfants et personnes à charge. En application de l'article R. 846-5 du même code, il appartient au bénéficiaire de la prime d'activité de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. / Une seule aide est due par foyer. " L'article 3 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 porte application des mêmes dispositions transposées à l'année 2019. Aux termes de l'article 6 des décrets susvisés : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. ".

5. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / L'huissier de justice avise dans les huit jours l'organisme créancier de la date de signification. / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification. L'opposition doit être motivée ; une copie de la contrainte contestée doit lui être jointe. Le secrétariat du tribunal informe l'organisme créancier dans les huit jours de la réception de l'opposition. / La décision du tribunal, statuant sur opposition, est exécutoire de droit à titre provisoire. "

6. Il résulte de l'instruction que pour mettre à la charge de Mme B les indus en litige, la CAF de la Haute-Garonne a pris en compte les versements non-déclarés perçus sur son compte bancaire et les a considérés comme des revenus d'activité non salariée dès lors que Mme B n'a pas non plus déclaré être enregistrée en tant qu'auto-entrepreneure auprès de l'URSSAF. Mme B allègue qu'elle n'a perçu aucun revenu de son activité et que les opérations bancaires litigieuses ne sont pas de son fait mais de celui d'un tiers, M. C, à qui elle a prêté son compte bancaire et qui en a fait un usage abusif. A cet égard, elle indique vouloir porter plainte auprès du tribunal judiciaire contre M. C. Toutefois, mis à part un témoignage écrit, par ailleurs non accompagné d'une pièce d'identité, Mme B n'apporte aucune précision à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de sa contestation du bien-fondé des indus mis à sa charge, Mme B, qui ne conteste pas la régularité de la contrainte, n'est pas fondée à demander l'annulation de la contrainte du 10 juin 2021.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme E B, à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Garonne, au ministre en charge des solidarités et au ministre en charge du logement.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le magistrat désigné

Alain D de HureauxLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre délégué chargé de la ville et du logement, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2105501

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