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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105532

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105532

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105532
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET COUDRAY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2105532 et des mémoires, enregistrés les 23 septembre et 20 décembre 2021, 3 mai et 8 août 2022, Mme D B, représentée par le cabinet Coudray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé la prise en charge de ses arrêts maladie au titre du congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 9 décembre 2019, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les arrêtés du 22 octobre 2021 par lesquels le recteur de l'académie de Toulouse l'a placée en congé de longue maladie non imputable au service du 10 décembre 2019 au 9 juin 2020 et a prolongé ledit congé du 10 juin 2020 au 9 décembre 2021 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 du recteur de l'académie de Toulouse portant prolongation du congé de longue maladie non imputable au service du 10 décembre 2021 au 9 décembre 2022 ;

4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de procéder à la régularisation de sa situation administrative et financière à compter du 9 décembre 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 9 773,21 euros au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les arrêtés pris les 22 octobre 2021 et 30 mars 2022 ont la même portée que la décision du 30 mars 2021 ;

- la décision du 30 mars 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle a droit à une indemnisation des frais de psychanalyse et de déplacement à hauteur de 9 773,21 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation des arrêtés pris les 22 octobre 2021 et 30 mars 2022 sont irrecevables au motif qu'elles ont été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- les conclusions à fin d'indemnisation sont des conclusions nouvelles irrecevables ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II. Par une requête n° 2106193 et un mémoire, enregistrés les 25 octobre et 20 décembre 2021, Mme D B, représentée par le cabinet Coudray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé implicitement de retirer les arrêtés prononçant son placement en congé de maladie ordinaire pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mars 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 22 octobre 2021 prononçant son placement en congé de longue maladie entre les 10 décembre 2019 et 9 juin 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés prononçant son placement en congé de maladie ordinaire sont entachés d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- ils sont entachés d'une insuffisance de motivation ;

- il a commis une erreur d'appréciation en considérant que ses arrêts maladie postérieurs au 1er juillet 2020 devaient être pris en charge au titre de la maladie ordinaire ;

- le recteur de l'académie de Toulouse a méconnu les dispositions de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur la requête dès lors que les arrêtés prononçant le placement de Mme B en congé de maladie ordinaire ont été retirés à la suite de l'avis du comité médical de Tarn-et-Garonne en date du 12 octobre 2021, favorable à son placement en congé de longue maladie ;

- ces arrêtés ont été notifiés les 5 et 8 mars 2021 et portent indication des voies et délais de recours, sans que la requérante ait formé un recours contentieux à leur encontre ; ils doivent être regardés comme définitifs faute d'avoir été contestés dans les conditions posées par l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 22 octobre 2021 sont des conclusions nouvelles, présentées après expiration du délai de recours contentieux ; la requérante ne présente aucun moyen à l'encontre de ces arrêtés ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est professeure certifiée titulaire en histoire-géographie. Elle dispense son enseignement dans deux collèges situés à Montauban, à raison de douze heures par semaine au collège " Manuel Azana " et de six heures par semaine au collège " Ingres ". A la sortie du collège " Manuel Azana " le 14 novembre 2017, elle a constaté que sa voiture avait été rayée sur le parking. Elle a été informée, le lendemain, de l'existence d'un groupe Snapchat créé par des élèves afin de lui causer du tort. Par une décision du 29 juin 2018, la rectrice de l'académie de Toulouse a reconnu l'imputabilité au service de cet accident puis a informé Mme B de la prise en charge de ses arrêts maladie entre les 15 novembre 2017 et 15 août 2018 avec rémunération à plein traitement, et de ses soins jusqu'au 15 août 2018. Cette mesure a fait l'objet de prolongations jusqu'au 31 juillet 2019. Par une décision du 7 janvier 2020, la rectrice de l'académie de Toulouse a informé Mme B de son placement en congé d'invalidité temporaire imputable au service avec rémunération à plein traitement entre les 27 septembre et 31 décembre 2019 et de la prise en charge de ses soins jusqu'au 31 décembre 2019. Par une décision du 11 mars 2020, la rectrice de l'académie de Toulouse a informé Mme B de son placement en congé d'invalidité temporaire imputable au service avec rémunération à plein traitement entre les 27 septembre et 29 décembre 2019, de la prise en charge de ses soins postérieurs à la date de consolidation jusqu'au 30 mai 2020 et de la prise en charge des arrêts maladie postérieurs cette même date avec rémunération à plein traitement du 10 décembre 2019 au 31 mars 2020. Par un courrier du 23 avril 2020, Mme B a sollicité le retrait de cette décision. Par un arrêté du 15 juin 2020, Mme B a été placée en congé maladie du 1er juillet au 31 juillet 2020. Cette mesure a été prolongée à huit reprises jusqu'au 31 mars 2021. Tous les arrêtés correspondants ont été transmis à Mme B par des courriels en date des 5 et 8 mars 2021. Par une décision du 19 juin 2020, la rectrice de l'académie de Toulouse a informé Mme B de son placement en congé d'invalidité temporaire imputable au service avec rémunération à plein traitement entre les 27 septembre et 9 décembre 2019, de la prise en charge de ses soins postérieurs à la consolidation jusqu'au 30 juin 2020 et de la prise en charge de ses arrêts maladie postérieurs à cette même date avec rémunération à plein traitement du 31 mars au 30 juin 2020. La commission de réforme de Tarn-et-Garonne, lors de sa séance du 10 mars 2021, a confirmé la date de consolidation fixée par l'expert au 9 décembre 2019, a évalué le taux d'incapacité permanente partielle à 20 %, et a indiqué que les soins et arrêts maladie postérieurs à la date de consolidation doivent être pris en charge au titre de la maladie ordinaire. Le recteur de l'académie a informé Mme B de la date de consolidation et du taux d'incapacité permanente partielle retenus le 30 mars 2021. Par un courrier du 24 juin 2021, Mme B a sollicité le retrait des décisions de placement en congé de maladie ordinaire pour la période comprise entre les 1er juillet 2020 et 31 mars 2021. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Le comité médical de la Haute-Garonne a émis un avis favorable, lors de sa séance du 12 octobre 2021, à l'octroi d'un congé de longue maladie à compter du 9 décembre 2019. Par trois arrêtés du 22 octobre 2021, Mme B a été placée en congé de longue maladie non imputable au service pour la période du 9 décembre 2019 au 9 décembre 2021. Le comité médical de la Haute-Garonne a émis un avis favorable, lors de sa séance du 22 mars 2022, à l'octroi d'un congé de longue maladie entre les 9 décembre 2019 et 8 décembre 2022. Par un arrêté du 30 mars 2022, le recteur de l'académie de Toulouse a prononcé le placement de Mme B en congé de longue maladie non imputable au service du 10 décembre 2021 au 9 décembre 2022.

2. Par les présentes requêtes, Mme B sollicite l'annulation des décisions précitées prises les 30 mars et 22 octobre 2021 et le 30 mars 2022, ainsi que de celle par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a implicitement refusé de retirer les arrêtés prononçant son placement en congé de maladie ordinaire. Elle sollicite également la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 9 773,21 euros au titre du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur la jonction :

3. Les requêtes nos 2105532 et 2106193 sont liées et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 30 mars 2021 :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E A, directrice des personnels d'administration et d'encadrement au rectorat de l'académie de Toulouse, a reçu une délégation par un arrêté du recteur d'académie en date du 16 octobre 2020, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Occitanie (n° R76-2020-196) le 28 octobre 2020, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général d'académie, " tout acte et pièces relatifs aux accidents de service () notamment les congés pour raison de santé, () date de consolidation, taux d'incapacité permanente partielle () liés aux accidents de service () " concernant l'ensemble des catégories de personnels affectés dans l'académie. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision attaquée vise l'article 34-2 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ainsi que le décret du 21 février 2019 relatif au congé d'invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique de l'Etat. Elle indique qu'à la suite de l'expertise réalisée par le Docteur F le 9 septembre 2020 et de l'avis de la commission de réforme compétente réunie le 10 mars 2021, la date de consolidation a été fixée au 9 décembre 2019, et le taux d'incapacité permanente partielle à 20 %. Elle précise également que les soins et arrêts de travail postérieurs à la date de consolidation doivent être pris en charge au titre du régime de la maladie ordinaire. Eu égard à la nature de cette décision et aux exigences relatives au secret médical, elle doit être regardée comme étant suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires applicable à la date de la décision attaquée : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que si deux médecins ont siégé lors de la commission de réforme de Tarn-et-Garonne réunie le 10 mai 2021, aucun psychiatre n'était présent, alors que la pathologie de Mme B relève de la spécialité d'un psychiatre. Or, il ressort également des pièces du dossier que deux rapports d'expertise établis par des psychiatres ont été transmis à la commission de réforme, qui a émis un avis conforme aux conclusions du Docteur F en date du 12 octobre 2020, à ceci près que la commission de réforme a fixé un taux d'incapacité permanente partielle supérieur. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, l'absence d'un médecin spécialiste en psychiatrie au sein de la commission de réforme n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision, prise à la suite de cet avis, et n'a pas privé Mme B d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

10. Mme B soutient que la décision attaquée en date du 30 mars 2021 a retiré l'arrêté du 11 mars 2020. Or, ainsi que le fait valoir le recteur de l'académie de Toulouse, la décision attaquée est consécutive non à l'arrêté du 11 mars 2020 mais à celui du 19 juin 2020. D'une part, l'arrêté du 19 juin 2020 prévoit que la requérante bénéficie d'un congé d'invalidité temporaire imputable au service pour les arrêts de travail du 27 septembre au 9 décembre 2019 ainsi que de la prise en charge des soins et arrêts maladie postérieurs à la consolidation, avec rémunération à plein traitement, jusqu'au 30 juin 2020, et qu'une contre-expertise sera fixée pour avis quant à la date de consolidation, d'autre part, la décision du 30 mars 2021 prévoit que les soins et arrêts maladie postérieurs au 9 décembre 2019 sont pris en charge au titre du régime du congé de maladie ordinaire, compte tenu de la date de consolidation et du terme de la période de congé d'invalidité temporaire imputable au service. Ainsi, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de retirer l'arrêté du 19 juin 2020 et vient simplement fixer une date de fin du congé d'invalidité temporaire imputable au service, après qu'une contre-expertise a été réalisée. Par ailleurs, la circonstance que la décision en litige prévoit une prise en charge des soins et arrêts maladie de Mme B postérieurs à la consolidation, sans comporter une date aussi précise que dans l'arrêté du 19 juin 2020, ne permet pas de considérer que cet arrêté aurait été retiré. Il s'ensuit que la décision du 30 mars 2021 ne saurait être regardée comme retirant une décision créatrice de droits. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

11. En dernier lieu, la date de consolidation de l'état de santé correspond au moment où l'état de santé est stabilisé, ce qui permet d'évaluer l'incapacité permanente en résultant. Elle est donc sans incidence sur la persistance de l'affection dont peut souffrir la victime et, partant, sur l'imputabilité au service des troubles en résultant et qui ont persisté après cette date. Le droit à la prise en charge, au titre de l'accident de service, des arrêts de travail et des frais de soins postérieurs à la consolidation demeure toutefois subordonné au caractère direct et certain, mais non nécessairement exclusif, du lien entre l'affectation et l'accident de service.

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été prise en charge, dès le mois de juin 2018, pour une dépression réactionnelle consécutive à un accident de service survenu le 14 novembre 2017. Mme B invoque deux rapports d'expertise établis par les Docteurs C et Chateaux les 10 décembre 2019 et 6 juin 2021, qui constatent que si l'état de santé de l'intéressée s'est amélioré, des signes d'anxiété importants sont encore constatés, et que cet état de santé est en lien avec l'accident de service du 14 novembre 2017. Le rapport d'expertise établi par le Docteur C fait également état d'une amélioration partielle de la situation médicale de Mme B et indique notamment que la tension anxieuse s'est atténuée et que le contrôle émotionnel s'est amélioré. En outre, le Docteur F, dans son rapport du 12 octobre 2020, se dit " frappé par une certaine discordance entre le retentissement psychologique considéré lors des expertises précédentes comme handicapant, et la gravité très relative de l'agression () qui date maintenant de trois ans ". Il écrit également qu'il a tendance à penser " qu'il existait, avant l'accident de service du 14 novembre 2017, un terrain névrotique préexistant qui a donné à cet accident une résonnance particulière, et qui évolue encore aujourd'hui pour son propre compte alors que la " décompensation anxieuse " directement liée à l'agression peut être considérée comme consolidée ". Le Docteur F note par ailleurs que " le contact " de Mme B " n'est pas celui d'une personne anxieuse " et qu'il n'y a pas de " symptomatologie évocatrice d'un trouble de stress post-traumatique ". Aussi, au vu de ce rapport, les arrêts maladie et soins postérieurs au 9 décembre 2019 ne sauraient être regardés comme étant en relation directe et certaine avec l'accident de service survenu deux ans auparavant. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le recteur de l'académie de Toulouse aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que la dépression réactionnelle pour laquelle elle a été soignée après son accident de service n'était plus imputable au service à compter du 9 décembre 2019, en retenant une date de consolidation au 9 décembre 2019, et en la plaçant en congé de maladie ordinaire à compter de cette même date.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 mars 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne les arrêtés du 22 octobre 2021 :

14. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 22 octobre 2021 plaçant Mme B en congé de longue maladie non imputable au service pour la période du 10 décembre 2019 au 9 juin 2020 doit être regardé comme une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, dès lors que ce congé de longue maladie n'a pas été reconnu comme étant imputable à l'accident de service du 14 novembre 2017. En se bornant à viser les textes applicables et l'avis du comité médical en date du 12 octobre 2020, sans établir que cet avis aurait été joint en annexe, l'arrêté précité, qui ne comporte aucune considération de fait permettant à Mme B de connaître les raisons ayant conduit à la non reconnaissance de l'imputabilité au service de son congé de longue maladie, est insuffisamment motivé et doit être annulé pour ce motif. En revanche, les trois arrêtés pris le même jour, portant prolongement de ce congé de longue maladie non imputable au service, n'entrent dans aucune des catégories d'actes devant être motivés au titre de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en tant qu'il concerne seulement l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel Mme B a été placée en congé longue maladie non imputable au service entre les 10 décembre 2019 au 9 juin 2020.

15. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 22 octobre 2010 par lequel le recteur de l'académie de Toulouse a placé Mme B en congé de maladie ordinaire du 10 décembre 2019 au 9 juin 2020 doit être annulé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, aucun d'eux n'étant de nature à fonder l'annulation.

En ce qui concerne la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a refusé de manière implicite de retirer les arrêtés par lesquels Mme B a été placée en congé maladie ordinaire entre les 1er juillet 2020 et 31 mars 2021 :

16. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ".

17. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que les arrêtés plaçant Mme B en congé maladie ordinaire pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mars 2021, qui mentionnent les voies et délais de recours, ont été notifiés par des courriels en date des 5 et 8 mars 2021. Mme B disposait ainsi d'un délai de recours contentieux de deux mois à compter de ces dates. Or, il ressort également des pièces du dossier que le recours gracieux qu'elle a formé à l'encontre de ces arrêtés date du 24 juin 2021 et que sa requête contentieuse a été enregistrée le 25 octobre 2021. L'exercice, au-delà du délai de recours contentieux contre un acte administratif, d'un recours gracieux tendant au retrait de cet acte ne saurait avoir pour effet de rouvrir le délai de recours. Si Mme B se prévaut de l'application de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes duquel : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration est tenue de procéder, selon le cas, à l'abrogation ou au retrait d'une décision créatrice de droits si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant l'édiction de la décision ", ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet d'ouvrir un délai de recours contentieux de quatre mois. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a implicitement refusé de retirer les arrêtés plaçant Mme B en congé de maladie ordinaire pour la période du 1er juillet 2020 au 31 mars 2021, doit être accueillie, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu à statuer sur ces conclusions, également opposée en défense.

En ce qui concerne la décision du 30 mars 2022 :

18. Les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 mars 2022 ont été enregistrées le 3 mai 2022, soit plus de deux mois après l'enregistrement de la requête n° 2105532. Si Mme B soutient que cette décision aurait retiré la décision du 30 mars 2021 initialement attaquée dans cette requête et aurait la même portée, il ressort toutefois des pièces du dossier que seul l'arrêté du 22 octobre 2021 précité a eu de tels effets, dès lors qu'il a retiré la décision du 30 mars 2021 plaçant Mme B en congé maladie ordinaire pour la placer en congé de longue maladie non imputable au service, et que la décision du 30 mars 2022 ne constitue qu'une décision prolongeant ce congé de longue maladie non imputable au service. Dès lors que les conclusions d'annulation de la décision du 30 mars 2022 sont des conclusions nouvelles, elles sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif ainsi que l'oppose le recteur de l'académie de Toulouse.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

20. L'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2010 par lequel le recteur de l'académie de Toulouse a placé Mme B en congé de maladie ordinaire du 10 décembre 2019 au 9 juin 2020 implique seulement que le recteur de l'académie de Toulouse procède au réexamen de la situation de Mme B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre le recteur d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

21. Mme B sollicite, dans sa requête n° 2105532, l'indemnisation de ses frais de psychanalyse et de déplacement. Or, elle ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité entre l'illégalité externe, fondée sur la seule insuffisance de motivation, entachant l'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel le recteur de l'académie de Toulouse l'a placée en congé de maladie ordinaire entre les 10 décembre 2019 et 9 juin 2020 et les préjudices qu'elle estime avoir subis, étant précisé, ainsi que cela a été dit au point 12, que c'est à tort que Mme B soutient qu'elle aurait dû être placée en congé d'invalidité temporaire imputable au service au titre de cette même période, faisant ainsi obstacle à l'application des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, applicable à la date du litige, aux termes desquelles : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie () / si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; ". Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais des instances :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 octobre 2021 par lequel le recteur de l'académie de Toulouse a placé Mme B en congé de maladie ordinaire du 10 décembre 2019 au 9 juin 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Toulouse de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Une copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2105532, 2106193

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