mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105558 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 septembre 2021 et 11 juillet 2023, Mme C A, représentée par Me Gillioen, avocat, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui allouer une indemnité globale de 71 813 euros au titre des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité des arrêtés préfectoraux des 23 décembre 2016 et 19 juin 2018 portant à son encontre refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ayant obtenu en France un master en droit, économie et gestion avec mention " économie " et ayant suivi une année de préparation au master " agrofood chain ", elle a souhaité à l'issue de ses études obtenir, dans le cadre d'un changement de statut, une carte de séjour mention " salarié " ; ayant fait une demande de titre le 19 juillet 2016, elle a toutefois fait l'objet d'un refus de séjour par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 23 décembre 2016 ; par un jugement devenu définitif du 17 mai 2017, le tribunal administratif de Toulouse a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation ; par un arrêté du 19 juin 2018, le préfet a pris une nouvelle décision de refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ; cet arrêté a toutefois fait l'objet d'une annulation par un jugement devenu définitif du tribunal administratif de Toulouse du 5 février 2019 ;
- l'illégalité des arrêtés des 23 décembre 2016 et 19 juin 2018 ont été générateurs d'un préjudice direct et certain dont elle est fondée à demander l'indemnisation ;
- entre le premier refus de séjour qui lui a été opposé le 23 décembre 2016 et l'annulation du second refus de séjour par le jugement du tribunal administratif de Toulouse en date du 5 février 2019, elle a été placée dans une situation de grande précarité, étant dans l'impossible de débuter le contrat de travail qui lui avait été proposé par la société V8F et de percevoir des revenus ; alors que le tribunal administratif de Toulouse avait enjoint à l'administration, par son jugement du 17 mai 2017, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, le délai de onze mois que le préfet de la Haute-Garonne a mis pour édicter le second arrêté du 19 juin 2018 a accru la durée de précarité qu'elle a subie ;
- son préjudice financier est constitué par une perte de salaire de 28 000 euros par an sur une période de 22 mois, soit 51 330 euros, une perte de cotisations patronales ouvrant droit aux trimestres et points de retraite à hauteur de 7 391 euros, une perte de cotisation patronales pour la formation professionnelle à hauteur de 282 euros, une perte d'allocation logement à hauteur de 3 894 euros et une perte de prime d'activité à hauteur de 3 916 euros ;
- son préjudice moral, lié à la précarité administrative dans laquelle elle s'est retrouvée et le stress que cette situation a engendré, peut être évalué à 5 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 17 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut à la compétence du préfet de la Haute-Garonne pour défendre dans cette affaire.
Il soutient que :
- par application de l'article R. 431-10 du code de justice administrative, le préfet de la Haute-Garonne est seul compétent pour défendre dans cette affaire ;
- en tout état de cause, les préjudices dont la requérante se prévaut ne sont pas en lien direct et certain avec les décisions préfectorales en cause, dès lors que le titre de séjour sollicité aurait pu être refusé pour d'autres motifs que ceux censurés par le tribunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les préjudices dont la requérante se prévaut ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillour, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante vietnamienne née le 17 août 1986, est entrée sur le territoire français le 8 septembre 2011 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante et a bénéficié d'un titre de séjour en cette même qualité, régulièrement renouvelé entre le 1er octobre 2012 et le 30 septembre 2016. Après avoir obtenu un master en droit, économie et gestion avec mention " économie " ainsi qu'avoir suivi la première année du master " agrofood chain ", l'intéressée a présenté, le 19 juillet 2016, une demande de changement de statut tendant à son admission au séjour en qualité de salariée, en se prévalant d'un contrat de travail établi par la société V8F. Par un arrêté du 23 décembre 2016, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 1700694 du 17 mai 2017, devenu définitif faute d'avoir été frappé d'appel, le tribunal administratif de Toulouse a toutefois annulé cet arrêté et a enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois. Par un arrêté du 19 juin 2018, le préfet de la Haute-Garonne a de nouveau rejeté la demande de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 1803597 du 5 février 2019, également définitif, le tribunal administratif de Toulouse, après avoir constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions de Mme A dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi au regard de la délivrance, le 9 novembre 2018, par le préfet de la Haute-Garonne, d'un récépissé de demande de titre de séjour, a seulement annulé l'arrêté du 19 juin 2018 en tant qu'il portait refus de séjour. Par un courrier du 18 décembre 2018, Mme A a présenté une demande préalable d'indemnisation en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité des arrêtés des 23 décembre 2016 et 19 juin 2018, qui a été rejetée par une décision du préfet de la Haute-Garonne du 17 mars 2021, confirmée, sur recours hiérarchique reçu le 25 mai 2021, par une décision implicite du ministre chargé de l'intérieur du 25 juin 2021. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation de l'Etat à lui allouer une indemnité globale de 71 813 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. L'illégalité d'une décision administrative est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État pour autant qu'elle ait été à l'origine d'un préjudice direct et certain. Un préjudice ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit qu'elle aurait pris la même décision si elle avait fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte.
3. Il résulte de l'instruction que le premier arrêté du 23 décembre 2016 a été annulé par un jugement devenu définitif du tribunal administratif de Toulouse du 17 mai 2017 au motif qu'aucun des deux motifs invoqués par l'administration pour justifier le refus de séjour en qualité de salariée opposée à Mme A, tirés de ce que la société V8F ne pouvait être regardée comme exerçant une activité réelle et de ce qu'il y aurait davantage de demandes que d'offres d'emploi pour le poste envisagé de directrice commerciale, n'était fondé. Il résulte également de l'instruction que le second arrêté du 19 juin 2018 a été annulé par un jugement devenu définitif du tribunal administratif de Toulouse du 5 février 2019 au motif qu'aucun des trois nouveaux motifs invoqués par l'administration pour justifier un refus de séjour mention " salarié " à Mme A, tirés de ce que le salaire ne correspondrait ni à la convention collective ni au niveau d'études de l'intéressée, de ce que l'employeur n'aurait pas effectué de recherches auprès du service public de l'emploi et de la situation de l'emploi, n'était fondé. Le préfet de la Haute-Garonne ne fait état d'aucune autre circonstance, ni d'aucun autre motif qui aurait été de nature à justifier un refus de séjour en qualité de salarié à Mme A. Par suite, celle-ci est fondée à obtenir réparation des préjudices certains et directs que l'illégalité fautive des arrêtés préfectoraux des 23 décembre 2016 et 19 juin 2018 lui a causée.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice économique :
4. L'illégalité des arrêtés préfectoraux des 23 décembre 2016 et 19 juin 2018 a eu pour conséquence directe et certaine d'empêcher Mme A d'exercer immédiatement une activité professionnelle, alors qu'il est constant qu'elle avait signé le 15 juillet 2016 un contrat de travail avec la société V8F en qualité de directrice, avec effet prévu au 1er septembre 2016 et sous la seule " réserve de l'issue positive des démarches administratives à effectuer par les deux parties auprès des autorités françaises ". Il suit de là que la requérante a été privée de ressources équivalant aux salaires nets qu'elle aurait dû percevoir et justifie ainsi de l'existence d'un préjudice économique. Si, à la suite du jugement du 17 mai 2017, Mme A s'est vu délivrer plusieurs autorisations provisoires de séjour, aucune d'entre elles ne lui permettait d'occuper un emploi. Ce n'est qu'à compter de la remise de récépissés de demande de carte de séjour par le préfet de la Haute-Garonne, à partir du 9 novembre 2018, puis de l'obtention d'un titre de séjour en qualité de commerçant à compter du 19 juin 2019, régulièrement renouvelé, et valable en dernier lieu du 1er juin 2021 au 31 mai 2025, que Mme A a eu l'autorisation de travailler. Ainsi, elle peut être regardée comme ayant été privée d'un salaire pendant la période ayant couru du 23 décembre 2016, date du premier refus de titre de séjour, au 9 novembre 2018, date de délivrance d'un récépissé lui donnant droit de travailler. Compte tenu des indications portées sur le contrat de travail conclu avec la société V8F, sa rémunération annuelle se serait élevée à 28 000 euros brut. Après déduction des charges sociales, sa perte de revenus peut faire l'objet d'une juste évaluation en la fixant à la somme de 40 000 euros. En revanche, Mme A ne justifie pas de l'existence d'un préjudice direct et certain en matière de perte de droits à la retraite et à la formation professionnelle, ni n'apporte d'éléments permettant de prouver qu'elle aurait rempli, en l'absence d'édiction des arrêtés litigieux, l'ensemble des conditions pour bénéficier de la prime d'activité et de l'allocation de logement. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice économique subi en allouant à la requérante une somme de 40 000 euros.
5. Il résulte de l'instruction que la précarité de la situation administrative et financière durant la période au cours de laquelle Mme A a été illégalement privée de titre de séjour lui a nécessairement causé un préjudice moral. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'évaluer ce chef de préjudice à la somme de 2 000 euros.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de 42 000 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 42 000 euros.
Article 2 : L'État versera à Mme A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026