jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106051 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | FELDMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, la société Tarn Fibre, représentée par Me Feldman, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception d'un montant de 402 400 euros émis à son encontre par le département du Tarn le 23 juillet 2021 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge du département du Tarn, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 1 500 euros.
Elle soutient que :
- le titre de perception en litige a été signé par une autorité incompétente ;
- le département du Tarn a méconnu le 4° des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales au motif que si le prénom, le nom et la qualité de directeur des finances de M. B A figurent sur le titre de perception, il en va différemment de sa signature ; aucun élément n'établit que le bordereau du titre aurait été signé ;
- le titre ne comporte ni pièce jointe, ni mention de la nature de la créance, ni exposé des bases de calcul de la créance ;
- les pénalités mises à sa charge n'ont pas été précédées d'une mise en demeure, en méconnaissance des articles 8 et 8.1 de la convention de délégation de service public ;
- le département du Tarn a méconnu les droits de la défense ;
- le titre de perception en litige est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les pénalités qui lui sont infligées ne sont pas fondées ; le département a entendu prononcer à son encontre une pénalité au titre du retard dans la remise des études avant-projet sommaire, alors que la convention ne prévoit aucun jalon pour la remise de ces études, ni aucune pénalité pour un retard dans leur validation ;
- le titre de perception en litige méconnaît le principe " non bis in idem " car il inflige une sanction déjà prononcée dans un précédent titre ;
- elle s'est trouvée dans l'impossibilité d'exécuter ses obligations contractuelles en raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-2019 ; aucune pénalité de retard ne saurait lui être infligée à compter du 12 mars 2020 ; l'application de pénalités aux obligations dont l'échéance était antérieure au 12 mars 2020 aurait dû faire l'objet d'une suspension entre cette même date et le 23 juin 2020 ; l'application de pénalités aux obligations échues les 19 mars, 19 avril, 19 mai et 19 juin 2020 aurait dû faire l'objet d'un report jusqu'au 30 juillet 2020 ;
- le nombre de jours de retard retenus est inexact ;
- le département du Tarn lui a infligé des pénalités erronées au titre des SRO 81023120, 81023123 et 81027183, les études avant-projet sommaire afférentes ayant été remises de manière conforme et complète les 16 août et 28 novembre 2019 ;
- le montant des pénalités litigieuses doit être minoré sur le fondement des dispositions de l'article 1152 du code civil.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, le département du Tarn, représenté par la société Seban et associés, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la société Tarn Fibre soit condamnée au paiement des intérêts au taux légal résultant du retard de paiement de la pénalité mise à sa charge par le titre de perception contesté à compter du jour où elle a reçu le titre et jusqu'au paiement de la pénalité ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Tarn Fibre, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 5 000 euros.
Il fait valoir que :
- une délégation de signature a été consentie à M. B A ;
- le titre de perception a été signé de manière électronique ;
- il a permis à la société Tarn Fibre de connaître la nature de la créance, soit la pénalité relative à la livraison des études avant-projet sommaire pour les retards constatés au titre du mois de mai 2020 ; il se réfère à un courrier du 8 juin 2020 ;
- la mise en demeure du délégataire constitue une simple faculté du délégant ; les parties ont convenu de manière conjointe que l'application d'une pénalité ne serait pas nécessairement subordonnée à la mise en œuvre préalable d'une formalité ; il n'existe aucune contradiction entre le corps de la convention et son annexe 10.24 ;
- en matière contractuelle, le principe du respect des droits de la défense ne s'applique que dans l'hypothèse de la résiliation prononcée à titre de sanction ;
- le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant dès lors que les titres de perception ne figurent pas dans les catégories mentionnées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les études avant-projet sommaire remises par la société Tarn Fibre ne sont ni conformes ni complètes au regard des stipulations des articles 5.1.2.2 et 5.1.2.3 de la convention ; il résulte des stipulations contractuelles que le délégataire doit fournir des études avant-projet sommaire complètes et conformes vingt-et-un jours avant le terme fixé par le calendrier de déploiement de l'annexe 10.7 et qu'à défaut, les pénalités prévues à l'article 8.2 et à l'annexe 10.24 pourront s'appliquer ;
- le titre de perception en litige annule et remplace un précédent titre portant le numéro 1784 comportant le même objet ;
- les retards de la société Tarn Fibre sont antérieurs et sans lien avec la crise sanitaire ; l'intéressée ne démontre pas l'existence de difficultés d'exécution ; l'article 4 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 n'est pas applicable aux contrats de la commande publique ;
- la société Tarn Fibre n'établit pas qu'elle aurait remis les études APS relatives aux SRO 81023120, 81023123 et 81027183 de manière conforme et complète les 16 août et 28 novembre 2019 ;
- il n'y a pas lieu de minorer le montant de la créance de la société Tarn Fibre dès lors que la pénalité mise à sa charge représente 0,063% de ses recettes prévisionnelles sur la durée contractuelle de 25 ans ; en tout état de cause, le plafond total des pénalités encourues ne dépasse pas 3% des recettes prévisionnelles.
Une note en délibéré, présentée par Me Feldman pour la société Tarn Fibre, a été enregistrée le 26 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2020-209 du 23 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2020-319 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri ;
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public ;
- les observations de Me Feldman, représentant la société Tarn Fibre ;
- et les observations de Me Chazaud, représentant le département du Tarn.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une opération de conception, d'établissement et d'exploitation d'un réseau de communication électronique à très haut débit, le département du Tarn a approuvé la conclusion d'une convention de délégation de service public avec la société SFR, à laquelle s'est substituée la société Tarn Fibre. La convention a été signée le 30 avril 2019 et est entrée en vigueur le 19 juin suivant. Par un courrier du 8 juin 2020, le département du Tarn a informé la société Tarn Fibre que ses manquements à plusieurs obligations contractuelles justifient l'application de pénalités. Un titre de perception n° 10635 d'un montant de 402 400 euros, ayant pour objet " PENALITES CONTRACTUELLES APS MAI 2020 ", a été émis le 23 juillet 2021 à l'encontre de la société Tarn Fibre. Par la présente requête, la société Tarn Fibre demande l'annulation du titre ainsi que la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre de perception :
En ce qui concerne la régularité du titre de perception :
2. Selon l'article L. 3221-3 du code général des collectivités territoriales : " () Le président du conseil départemental est le chef des services du département. Il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, donner délégation de signature en toute matière aux responsables desdits services. ".
3. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 1er juillet 2021, le président du conseil départemental du Tarn a consenti une délégation à M. A, directeur des finances, à l'effet de signer, notamment, " les bordereaux et lettres de transmission de pièces administratives, les ampliations des arrêtés et de leurs annexes ", " les pièces comptables relatives à l'exécution du budget départemental ", et " les autorisations de poursuite délivrées par l'ordonnateur au comptable public pour le recouvrement des recettes. ". Cet arrêté ne peut être regardé comme étant de nature à conférer à M. A la compétence pour signer un titre de perception. Plus particulièrement, un tel acte ne constitue ni un bordereau ou une lettre de transmission, ni une pièce comptable relative à l'exécution du budget départemental ou une autorisation de poursuite délivrée par l'ordonnateur au comptable public pour le recouvrement des recettes. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit par suite être accueilli.
En ce qui concerne le bien-fondé du titre de perception :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 2.9.2.1 de la convention : " Les études de conception du réseau objet de la tranche ferme, dont la maîtrise d'ouvrage relève du délégataire, devront être achevées au plus tard au terme du 30ème mois après la date d'entrée en vigueur de la convention. / () A cet effet, le délégataire s'engage à respecter le calendrier figurant en annexe 10.7. Tout retard par rapport aux échéances prévues dans ce calendrier pourra donner lieu à l'application des pénalités prévues à l'article 8.2 de la présente convention. ". L'article 5.1.2.2 de la convention expose le contenu de l'avant-projet sommaire et, plus précisément, les opérations auxquelles doit procéder le délégataire afin de l'établir ainsi que les éléments qu'il doit fournir. L'avant-projet sommaire doit être validé par le département du Tarn conformément aux stipulations de l'article 5.1.3 de la convention : " Le délégataire réalise les APS et les APD relatifs à l'activation du réseau, selon les règles d'ingénierie, la méthodologie et les livrables indiqués en annexe 10.10. / Le calendrier d'activation du réseau auquel s'engage le délégataire figure en annexe 10.7 de la convention. / Le délégant dispose d'un délai de 21 jours ouvrés pour formuler ses remarques. Passé ce délai, l'avant-projet sommaire ou l'avant-projet détaillé, selon le cas, est réputé validé. La validation de ces études ne dégage pas le délégataire de sa responsabilité en cas d'erreur de conception. En cas de refus de validation de l'APS ou de l'APS par le délégant, le délégataire doit présenter un nouvel APS ou un nouvel APD prenant en compte les indications du délégant, sans préjudice de l'application de pénalités de retard. " Enfin, l'annexe 10.24 de la convention prévoit que le montant unitaire de la pénalité est de 100 euros par jour de retard et que le point de départ de cette pénalité est l'échéance visée au calendrier de l'annexe 10.7.
5. Il résulte de l'instruction, plus précisément de comptes rendus de réunions en date des 13 février, 27 février et 24 mars 2020, que la quasi-totalité des études avant-projet-sommaire n'ont pas été livrées dans les délais impartis par la convention ou n'ont pu être validées, faute d'un niveau de qualité suffisant et en raison de réserves majeures trop nombreuses. Ainsi, à titre d'exemple, il est noté, dans le compte rendu de la réunion qui s'est tenue le 24 mars 2020, que " si le département peut se réjouir de premiers livrables validés, il souhaite que SFR entre très rapidement dans un processus industriel s'agissant de la livraison de documents d'études conformes aux attentes contractuelles. Le département constate, en effet, que peu de livrables peuvent être validés aujourd'hui (à peine 1% s'agissant des APS) et que, par ailleurs, des livrables ont été remis alors que cette livraison ne correspond pas au calendrier contractuel de déploiement FttH. ".
6. La société Tarn Fibre, qui ne conteste pas sérieusement ses retards dans la remise des études avant-projet sommaire, soutient que si la convention prévoit une échéance relative à leur validation, elle ne prévoit ni échéance concernant leur remise avant validation, ni pénalité de retard concernant cette validation. Il résulte en effet de l'annexe 10.7 de la convention que le calendrier de déploiement des études avant-projet sommaire vise uniquement les études avant-projet sommaire validées. Il convient toutefois de combiner ce calendrier et les stipulations des articles 5.1.2.2 et 5.1.3 de la convention, qui prévoient que le délégant dispose d'un délai de vingt-et-un jours ouvrés pour formuler ses remarques et que passé ce délai, l'avant-projet sommaire est réputé validé si aucune remarque n'a été formulée. En outre, l'annexe 10.24 de la convention prévoit expressément que des pénalités s'appliquent en cas de retard constaté dans la remise des études avant-projet sommaire conforme et complète. Ainsi, la date de remise des études avant-projet sommaire correspond à la date fixée par le calendrier de déploiement, à laquelle il faut soustraire vingt-et-un jours de délai de validation par le département du Tarn. La société Tarn Fibre ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'elle aurait remis des études avant-projet sommaire conformes et complètes dans les délais qui lui étaient impartis par la convention, et qui seraient de nature à remettre en cause les constatations faites de manière détaillée dans le courrier du 8 juin 2020. Il résulte plus particulièrement du tableau annexé à ce courrier, dont les mentions ne sont pas contredites par la société requérante, que le suivi de la remise et de la validation des études avant-projet sommaire, effectué par le département du Tarn, a permis de relever un nombre de 4 024 jours de retard au titre du mois de mai 2020. En appliquant le taux contractuel de 100 euros par jour de retard, le total qui en résulte correspond au montant des pénalités infligées à la société Tarn Fibre dans le titre de perception contesté. Le moyen tiré du caractère infondé des pénalités doit ainsi être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'un titre de perception a été émis par le département du Tarn à l'encontre de la société Tarn Fibre le 18 février 2021, pour un montant de 402 400 euros correspondant aux pénalités relatives aux avant-projet sommaires pour le mois de mai 2020. Le département du Tarn produit en défense un bordereau d'annulation démontrant que ce titre a fait l'objet d'une annulation le 23 juillet 2021. Dans ces conditions, la société Tarn Fibre n'est pas fondée à soutenir que la pénalité de 402 400 euros lui a été infligée deux fois et que le principe " non bis in idem " aurait en conséquence été méconnu.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de Covid-19 : " I. - Dans les conditions prévues à l'article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à prendre par ordonnances, dans un délai de trois mois à compter de la publication de la présente loi, toute mesure, pouvant entrer en vigueur, si nécessaire, à compter du 12 mars 2020, relevant du domaine de la loi () : / 1° Afin de faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 () et notamment afin de prévenir et limiter la cessation d'activité des personnes physiques et morales exerçant une activité économique () en prenant toute mesure : / () f) Adaptant les règles de passation, de délais de paiement, d'exécution et de résiliation, notamment celles relatives aux pénalités contractuelles, prévues par le code de la commande publique ainsi que les stipulations des contrats publics ayant un tel objet ; ". Sur le fondement de ces dispositions, l'article 6 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique et des contrats publics qui n'en relèvent pas pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19 prévoit que : " En cas de difficultés d'exécution du contrat, les dispositions suivantes s'appliquent, nonobstant toute stipulation contraire, à l'exception des stipulations qui se trouveraient être plus favorables au titulaire du contrat : / 1° Lorsque le titulaire ne peut pas respecter le délai d'exécution d'une ou plusieurs obligations du contrat ou que cette exécution en temps et en heure nécessiterait des moyens dont la mobilisation ferait peser sur le titulaire une charge manifestement excessive, ce délai est prolongé d'une durée au moins équivalente à celle mentionnée à l'article 1er, sur la demande du titulaire avant l'expiration du délai contractuel ; / 2° Lorsque le titulaire est dans l'impossibilité d'exécuter tout ou partie d'un bon de commande ou d'un contrat, notamment lorsqu'il démontre qu'il ne dispose pas des moyens suffisants ou que leur mobilisation ferait peser sur lui une charge manifestement excessive : / a) Le titulaire ne peut pas être sanctionné, ni se voir appliquer les pénalités contractuelles, ni voir sa responsabilité contractuelle engagée pour ce motif ; ".
9. Il résulte de l'instruction que la société Tarn Fibre n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions citées au point précédent dès lors que si certaines de ses échéances sont arrivées à terme les 19 mars, 19 avril et 19 mai 2020, soit pendant la période visée par ces dispositions, ses autres échéances sont arrivées à expiration avant la pandémie de Covid-19, étant précisé que des retards ont été constatés avant le début de cette crise sanitaire. La société requérante n'apporte en outre aucun élément de nature à démontrer concrètement les difficultés auxquelles elle aurait été confrontée du fait de cette crise, plus particulièrement qu'elle n'aurait pas disposé des moyens suffisants ou que leur mobilisation aurait fait peser une charge manifestement excessive. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer une exonération des pénalités de retard mises à sa charge en se fondant sur les dispositions de l'article 6 de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique et des contrats publics qui n'en relèvent pas pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19.
10. En quatrième lieu, si la société Tarn Fibre invoque l'article 4 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, aux termes duquel les " astreintes, les clauses pénales, les clauses résolutoires ainsi que les clauses prévoyant une déchéance, lorsqu'elles ont pour objet de sanctionner l'inexécution d'une obligation dans un délai déterminé, sont réputées n'avoir pas pris cours ou produit effet, si ce délai a expiré pendant la période définie au I de l'article 1er. ", ces dernières dispositions ne sont toutefois pas applicables à sa situation, au vu des dispositions de l'article 1 de cette ordonnance : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire déclaré dans les conditions de l'article 4 de la loi du 22 mars 2020 susvisée. / II. ' Les dispositions du présent titre ne sont pas applicables : / () 5° Aux délais et mesures ayant fait l'objet d'autres adaptations particulières par la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 ou en application de celle-ci. ". Il résulte ainsi de qui a été dit au point 8 que les délais et mesures applicables en matière de contrats publics ont fait l'objet d'adaptations particulières prévues par l'ordonnance du 25 mars 2020 portant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique et des contrats publics qui n'en relèvent pas pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19, seules susceptibles de s'appliquer en l'espèce. Il n'y a dès lors pas lieu de prononcer une exonération des pénalités de retard mises à la charge de la société Tarn Fibre en se fondant sur les dispositions de l'article 4 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période.
11. En cinquième lieu, la société Tarn Fibre soutient que le nombre de jours de retard retenu par le département du Tarn doit être minoré, au motif qu'il faudrait tenir compte de la date à laquelle les études avant-projet sommaire ont été réellement remises. Or, ainsi que cela a été exposé au point 6, la date à prendre en compte pour calculer le nombre de jours de retard est celle à laquelle les études avant-projet sommaire ont été validées, non celle à laquelle elles ont été remises. Si la requérante soutient en outre que les études avant-projet sommaire des SRO 81023120, 81023123 et 81027183 ont été remises de manière conforme et complète les 16 août et 28 novembre 2019, elle ne produit aucune pièce de nature à démontrer la réalité de cette allégation. Par suite, la société Tarn Fibre n'est pas fondée à remettre en cause le nombre de jours de retard retenu par le département du Tarn dans le cadre de l'application de pénalités de retard concernant la remise des études avant-projet sommaire au titre du mois d'avril 2020.
12. En dernier lieu, selon l'article 1231-5 du code civil : " Lorsque le contrat stipule que celui qui manquera de l'exécuter paiera une certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l'autre partie une somme plus forte ni moindre. / Néanmoins, le juge peut, même d'office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. ".
13. Il est loisible au juge administratif, saisi de conclusions en ce sens, de modérer ou d'augmenter les pénalités de retard résultant du contrat, par application des principes dont s'inspire l'article 1235-1 du code civil, si ces pénalités atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire eu égard au montant du marché ou aux recettes prévisionnelles de la concession, et compte tenu de l'inexécution constatée.
14. Aux termes de l'article 7.1 de la convention : " Le délégataire finance, conçoit, établit et exploite le réseau de communications électroniques à ses frais, risques et périls durant toute la durée d'exécution de la présente convention. / La rémunération du délégataire est constituée des recettes liées à la fourniture de services aux opérateurs et utilisateurs de réseaux indépendants () / Les recettes prévisionnelles tirées de l'exploitation du réseau de communications électroniques sont réputées permettre au délégataire d'assurer son équilibre économique, sur la base du plan d'affaires prévisionnel joint en annexe 10.18. Dans un délai de trois mois suivant l'entrée en vigueur de la convention, le délégataire produira une version du plan d'affaires prévisionnel recalé en années civiles. ".
15. Il résulte de l'instruction que le montant des recettes prévisionnelles de la société Tarn Fibre s'élève à la somme de 633 948 000 euros et que les pénalités mises à sa charge dans le titre de perception en litige ne représentent que 0,063% de ces recettes. A supposer qu'il faille tenir compte, ainsi qu'elle le demande, de la somme de 17 898 650 euros correspondant, selon elle, au montant total des titres de perception émis à son encontre par le département du Tarn, les pénalités représenteraient 2,8 % de ces mêmes recettes. Aussi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il n'est pas établi que les pénalités infligées à la société requérante atteindraient un montant manifestement excessif.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la société Tarn Fibre est seulement fondée à demander l'annulation du titre de perception en litige en raison d'une irrégularité de forme.
Sur les conclusions à fin de décharge :
17. Le présent jugement, qui prononce l'annulation du titre de perception n° 10635 pour un motif de forme, n'implique pas, compte tenu de la possibilité de régularisation dont dispose l'administration, de prononcer la décharge de la somme demande. Par suite, les conclusions à fin de décharge présentées par la société Tarn Fibre doivent être rejetées.
Sur les intérêts demandés reconventionnellement par le département du Tarn :
18. Il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le département du Tarn tendant à ce que la société Tarn Fibre soit condamnée au paiement des intérêts au taux légal résultant du retard de paiement de la pénalité mise à sa charge par le titre de perception contesté, dès lors que ce titre, qui rend la créance exigible, est annulé.
Sur les frais de l'instance :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la société Tarn Fibre et par le département du Tarn au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de perception n° 10635 d'un montant de 402 400 euros, émis le 23 juillet 2021 par le département du Tarn à l'encontre de la société Tarn Fibre, est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Tarn Fibre et au département du Tarn.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTO
La greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026