vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106261 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2021 et le 20 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Durand, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation des préjudices subis du fait de son défaut de relogement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Il soutient que :
- le préfet n'a pas procédé à son relogement malgré la décision de la commission de médiation du 16 avril 2019 le reconnaissant comme prioritaire devant être logé d'urgence ;
- le préfet n'a pas exécuté les décisions de justice rendues à son profit et a commis une faute engageant sa responsabilité, dès lors que par un jugement du 24 octobre 2019 et une ordonnance du 27 mars 2020, il lui a été enjoint de l'accueillir dans une structure hôtelière ;
- il n'est pas hébergé dans des conditions dignes depuis plus de deux ans alors qu'il est atteint d'une maladie génétique et est épuisé moralement et physiquement par cette situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, et un mémoire non communiqué du 21 décembre 2023 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le requérant ne s'est plus manifesté auprès du 115 depuis 2019 et que sa demande n'est donc pas fondée.
Vu :
- le jugement n° 1903859 du 24 octobre 2019 ;
- l'ordonnance n° 1901624 du 27 mars 2020 ;
- l'ordonnance n° 2001912 du 3 juillet 2020 ;
- l'ordonnance n° 2100848 du 3 mars 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Lequeux, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Saisie par M. C, de nationalité béninoise, la commission de médiation du droit au logement opposable compétente pour le département de la Haute-Garonne l'a reconnu, le 9 avril 2019, comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Par jugement du 24 octobre 2019, considérant que M. C ne bénéficiait toujours pas d'un logement, le tribunal a enjoint au préfet de la Haute-Garonne d'assurer son hébergement dans un délai d'un mois. Par ordonnance du 27 mars 2020, le juge des référés a enjoint au préfet de la Haute-Garonne de l'accueillir dans un délai de 24 heures et sous astreinte de 500 euros par jour de retard dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ou dans l'attente, une mise à l'abri hôtelière. Cette ordonnance a donné lieu, dans le cadre d'une procédure juridictionnelle d'exécution, à la liquidation des astreintes dues sur les périodes du 27 mars 2020 au 3 juillet 2020 puis du 3 juillet 2020 au 3 mars 2021. M. C a saisi le préfet de la Haute-Garonne, par un courrier du 16 juin 2021, d'une demande indemnitaire préalable, en invoquant un manquement de l'Etat à son obligation de logement. Cette demande a été implicitement rejetée. Il demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis à ce titre.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". M. C n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, il ne peut être fait droit à sa demande d'attribution de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " () III.- La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du même code : " II.- Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, () ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte () ". En vertu du premier alinéa de l'article R. 441-18 de ce code : " Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3. Toutefois, si la commission préconise un accueil dans un logement de transition ou dans un logement-foyer, le délai est porté à trois mois. Passé le délai applicable, s'il n'a pas été accueilli dans l'une de ces structures, le demandeur peut exercer le recours contentieux défini au II de l'article L. 441-2-3-1 ".
4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation imparti au préfet pour provoquer une offre de logement.
5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la décision de la commission de médiation du droit au logement opposable du 9 avril 2019, M. C aurait dû se voir proposer un hébergement à compter du 21 mai 2019. Dans l'attente d'une telle proposition et en dépit de l'injonction faite au préfet de la Haute-Garonne par un jugement du 24 octobre 2019, le requérant a été contraint de vivre dans des conditions difficiles avant de trouver un logement en mars 2021, selon ses dires. L'intéressé ayant saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, il a été enjoint au préfet de la Haute-Garonne, par une ordonnance du 27 mars 2020, d'accueillir le requérant dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ou, dans l'attente, une mise à l'abri hôtelière. Le préfet de la Haute-Garonne, qui disposait d'un délai de vingt-quatre heures, n'a proposé aucune solution d'hébergement au requérant. Dès lors, ni la décision de la commission de médiation, ni le jugement du 24 octobre 2019, ni l'ordonnance du 27 mars 2020 du tribunal, ayant donné lieu à deux liquidations d'astreinte dont, en dernier lieu le 3 mars 2021, n'ont été exécutés dans les délais impartis. Cette double carence est constitutive de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
6. Dans ces conditions, eu égard à la durée de la carence de l'Etat, et aux conditions d'existence qui en ont résulté pour le requérant, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par l'intéressé dans ses conditions d'existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 2 000 euros, tous intérêts compris couvrant la période de responsabilité de l'Etat qui a pris fin au 1er août 2023, date à compter de laquelle le requérant a pu bénéficier d'un logement social accordé par l'OPH Toulouse Métropole.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. C la somme de 2 000 euros (deux mille euros), tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) à M. C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
-Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lequeux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.
La rapporteure,
A. LEQUEUX
Le président,
P. GRIMAUDLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026