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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106341

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106341

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106341
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 5
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 450128 du 22 octobre 2021, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par le ministre de l'économie, des finances et de la relance, a annulé les articles 1er et 2 du jugement n° 1800479 du tribunal administratif de Toulouse en date du 31 décembre 2020 et a renvoyé, dans cette mesure, l'affaire devant le même tribunal.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 janvier 2018, le 16 décembre 2021 et le 14 novembre 2022, la société par actions simplifiées (SAS) Cahors Pradis, représentée par la SCP RSG avocats, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016, d'un montant de 58 279 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la communauté d'agglomération du Grand Cahors chacun une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Cahors Pradis doit être regardée comme soutenant que :

- la décharge de l'imposition en cause doit être prononcée du fait de l'illégalité dont sont entachées la décision implicite de rejet de sa demande d'exonération de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2016 et la décision du 30 janvier 2017 du président de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, dès lors que : ces décisions ont été prises par une autorité incompétente ; il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la délibération n° 29 du 31 mars 2016 de la communauté d'agglomération du Grand Cahors fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2016, dès lors que : le taux voté par le conseil communautaire est manifestement disproportionné par rapport au montant des dépenses estimées pour assurer l'enlèvement et le traitement des déchets ménagers ; l'excédent de recettes a été affecté pour partie au subventionnement d'associations.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 août 2018, le 12 novembre 2019 et le 3 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne soutient que :

- à titre principal, les moyens soulevés par la SAS Cahors Pradis ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, il y a lieu, en application du second alinéa du paragraphe III de l'article 1639 A du code général des impôts de substituer le taux litigieux par celui fixé par la délibération antérieure de la communauté d'agglomération du Grand Cahors.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 juin 2019 et le 10 octobre 2022, la communauté d'agglomération du Grand Cahors, représentée par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Cahors Pradis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté d'agglomération du Grand Cahors soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation des décisions de rejet de la demande d'exonération de la société requérante sont irrecevables comme tardives, en application des dispositions de l'article R. 421-2 du code de justice administrative ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 janvier 2017 sont irrecevables, comme étant dirigées contre une décision confirmative insusceptible de recours ;

- les conclusions tendant à ce que le tribunal constate le caractère disproportionné du taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères sont irrecevables, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration ;

- les conclusions tendant à la décharge de l'imposition en cause, par voie de conséquence de l'annulation de la décision de la direction départementale des finances publiques du Lot du 14 décembre 2017 sont irrecevables comme étant fondées sur les dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par la SAS Cahors Pradis ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

-les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

-puis les observations de Me Cazaux, représentant la SAS Cahors Pradis,

- et les observations de Me Herrmann, représentant la communauté d'agglomération du Grand Cahors.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiées (SAS) Cahors Pradis a sollicité la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2016 pour un montant de 58 279 euros, dans les rôles de la commune de Pradines (Lot), à raison de locaux commerciaux dont elle est propriétaire au 5112F, chemin du Moulin de Laberaudie. Par jugement n° 1800479 du 31 décembre 2020, le tribunal administratif de Toulouse a fait droit aux conclusions à fin de décharge de la société Cahors Pradis, a mis à la charge solidaire de l'Etat et de la communauté d'agglomération du Grand Cahors une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête. Par une décision n° 450128 du 22 octobre 2021, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi formé par le ministre de l'économie, des finances et de la relance, a annulé les articles 1er et 2 de ce jugement faisant droit aux conclusions à fin de décharge de la société Cahors Pradis et mettant à la charge solidaire de l'Etat et de la communauté d'agglomération du Grand Cahors une somme de 1500 euros au titre des frais liés au litige, et a renvoyé dans cette mesure devant le même tribunal administratif, l'affaire, qui porte désormais le n° 2106341.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la délibération du 31 mars 2016 :

2. Aux termes de l'article 1520 I du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal () ".

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères susceptible d'être instituée sur le fondement de ces dispositions n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, comprenant notamment les coûts de structure, et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, que la collectivité ait ou non institué la redevance spéciale prévue par l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et quel qu'en soit le produit, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des seuls déchets ménagers, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations, c'est-à-dire n'incluant pas le produit de la redevance spéciale lorsque celle-ci a été instituée. Lorsque le contribuable se prévaut, à l'appui de sa contestation de la légalité de cette délibération, de ce que les éléments retracés dans le compte administratif ou le rapport annuel relatif au service public d'élimination des ordures ménagères établis à l'issue de l'année en litige font apparaître que le produit constaté de la taxe excède manifestement le montant constaté des dépenses d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères non couvertes par des recettes non fiscales, il appartient au juge de rechercher, au besoin en mettant en cause l'administration et en ordonnant un supplément d'instruction, si les données prévisionnelles au vu desquelles la délibération a été prise diffèrent sensiblement de celles, constatées a posteriori, sur lesquelles le requérant fonde son argumentation.

6. Il résulte de l'instruction, notamment du budget primitif de l'année 2016 de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, que le montant estimé de dépenses pour le service de collecte et de traitement des ordures ménagères s'élevait à 6 352 600 euros incluant les dotations aux amortissements à hauteur de la somme de 295 600 euros, pour un montant estimé de recettes de 6 352 600 euros, dont un montant estimé de recettes non fiscales de 359 600 euros et un produit estimé de TEOM de 5 993 000 euros. Ainsi, le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'équilibre avec le coût global de collecte et de traitement des déchets ménagers non couvert par des recettes non fiscales, sans générer d'excédent.

7. Si la société requérante se prévaut de l'adoption en 2013 par la communauté d'agglomération du Grand Cahors d'une délibération instituant la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales et destinée à financer la collecte et le traitement des déchets non ménagers, cette circonstance n'implique pas nécessairement que le produit de cette redevance finance la totalité des dépenses de collecte et de traitement des déchets non ménagers, la TEOM pouvant également pourvoir au financement de ces dépenses, pour leur part non couverte par cette redevance ou d'autres recettes non fiscales. En outre, ainsi qu'il a été dit, le produit attendu de cette redevance spéciale est inclus dans les recettes non fiscales devant être déduites du montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers, pour apprécier le caractère non manifestement disproportionné du taux de TEOM. En outre, compte-tenu du principe tendant au caractère annuel des budgets, la société Cahors Pradis ne peut en utilement se prévaloir du caractère excédentaire des budgets des années antérieures, ni de ce que des subventions auraient été allouées en 2017 à une association sur le budget des ordures ménagères.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la délibération du 31 mars 2016 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'illégalité du rejet de la demande d'exonération de la taxe d'enlèvement sur les ordures ménagères au titre de l'année 2016 :

9. Aux termes de l'article 1521 du code général des impôts : " III. - 1. Les conseils municipaux déterminent annuellement les cas où les locaux à usage industriel ou commercial peuvent être exonérés de la taxe. La liste des établissements exonérés est affichée à la porte de la mairie./ 2. Les conseils municipaux ont également la faculté d'accorder l'exonération de la taxe ou de décider que son montant est réduit d'une fraction n'excédant pas les trois quarts en ce qui concerne les immeubles munis d'un appareil d'incinération d'ordures ménagères répondant aux conditions de fonctionnement fixées par un arrêté du maire ou par le règlement d'hygiène de la commune./ Les immeubles qui bénéficient de cette exonération ou de cette réduction sont désignés par le service des impôts sur la demande du propriétaire adressée au maire. La liste de ces immeubles est affichée à la porte de la mairie. L'exonération ou la réduction est applicable à partir du 1er janvier de l'année suivant celle de la demande./ 2 bis. Les conseils municipaux peuvent exonérer de la taxe les locaux dont disposent les personnes assujetties à la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales. Le maire communique à l'administration fiscale, avant le 1er janvier de l'année d'imposition, la liste des locaux concernés./ 3. Les exonérations visées aux 1 à 2 bis sont décidées par les organes délibérants des groupements de communes lorsque ces derniers sont substitués aux communes pour l'institution de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères. ". L'article 1639 A bis du même code dispose : " () II. - 1. Les délibérations des communes et de leurs établissements publics de coopération intercommunale instituant la taxe d'enlèvement des ordures ménagères conformément à l'article 1520, au VI de l'article 1379-0 bis et à l'article 1609 quater et les décisions visées au III de l'article 1521 et à l'article 1522 doivent être prises avant le 15 octobre d'une année pour être applicables à compter de l'année suivante. Elles sont soumises à la notification prévue à l'article 1639 A au plus tard quinze jours après la date limite prévue pour leur adoption () ".

10. Il résulte des dispositions précitées que pour accorder le bénéfice de l'exonération de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, les délibérations des communes et de leurs établissements publics de coopération intercommunale doivent être prises avant le 15 octobre d'une année, pour être applicables à compter de l'année suivante. Il résulte de l'instruction que la SAS Cahors Pradis a adressé le 16 septembre 2016 à la communauté d'agglomération du Grand Cahors une demande, complétée le 14 octobre 2016, tendant à être exonérée du paiement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre de l'année 2016. Cette demande présentée expressément au titre de l'année 2016 ne pouvait qu'être rejetée, dès lors qu'en application des dispositions précitées de l'article 1639 A bis du code général des impôts, elle ne pouvait porter sur l'année en cours. Il en résulte que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision du 30 janvier 2017 confirmant le rejet de sa demande, et de l'absence d'examen sérieux de cette demande, doivent être écartés comme inopérants.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de la SAS Cahors Pradis doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la communauté d'agglomération du Grand Cahors, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par la SAS Cahors Pradis, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Cahors Pradis la somme demandée par la communauté d'agglomération du Grand Cahors, au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Cahors Pradis est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération du Grand Cahors présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées (SAS) Cahors Pradis, à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La magistrate désignée,

F. A

La greffière,

M. B La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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