mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106346 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP BLANCHET - DELORD - RODRIGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 novembre 2021 et 26 août 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Job Médical Conseil, représentée par Me Rodriguez, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires de participation des employeurs à l'effort de construction auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017, 2018 et 2019 pour un montant global de 94 561 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la cotisation de 2 % prévue à l'article L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation constitue une sanction ;
- par voie de conséquence, elle doit être motivée et proportionnée, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, méconnaissant ainsi les dispositions de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen ;
- la remise en cause des abattements de 50 % et 25 % prévus par l'article L. 313-2 du code de la construction et de l'habitation au titre respectivement des années 2017 et 2018 constitue une sanction ;
- le cumul de ces sanctions est disproportionné et méconnaît ainsi les dispositions de l'article 8 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ;
- l'administration fiscale a méconnu la doctrine fiscale BOI-CTX-GCX-10-30-30-60 n°190 du 3 mars 2014.
Par des mémoires en défense enregistrés les 22 mars 2022 et 3 février 2023, le directeur spécialisé de contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SAS Job Médical Conseil ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 4 octobre 1958 ;
- la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- la décision 2010-84 QPC du Conseil constitutionnel du 13 janvier 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarraute,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- et les observations de Me Rodriguez, représentant la SAS Job Médical Conseil.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Job Médical Conseil, créée le 12 mai 2017 et transformée par assemblée générale extraordinaire du 31 mars 2018 en SAS Job Médical Conseil, a pour objet social, selon ses statuts, " le placement privé de personnel, le conseil en recrutement et l'insertion professionnelle ". Elle a fait l'objet du 18 septembre au 16 décembre 2020 d'une vérification de comptabilité portant exclusivement sur la participation des employeurs à l'effort de construction (PEEC) pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. Par une proposition de rectification du 17 décembre 2020, l'administration fiscale a informé la société de son intention de procéder à des cotisations supplémentaires de cette participation au titre des années 2017, 2018 et 2019, pour la somme globale de 83 076 euros en principal, de 8 308 euros au titre de la majoration de 10 % prévue à l'article 1728 du code général des impôts, et de 3 177 euros au titre des intérêts de retard prévus à l'article 1727 du code général des impôts. Après avoir rejeté les observations présentées par la société requérante et maintenu les rectifications après entretien du représentant de cette dernière avec le supérieur hiérarchique, l'administration fiscale a mis ces sommes en recouvrement par un avis du 14 mai 2021. Suite au rejet, par décision du 16 septembre 2021, de sa réclamation préalable formée le 21 juin 2021, la SAS Job Médical Conseil, par la présente requête, demande la décharge des sommes demeurant mises à sa charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article L. 235 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " 1. Les règles concernant la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction sont définies aux articles L. 313-1, L. 313-2 et L. 313-4 à L. 313-6 du code de la construction et de l'habitation () ". Aux termes de l'article L. 313-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " Les employeurs occupant au moins vingt salariés () assujettis à la taxe sur les salaires prévue à l'article 231 du code général des impôts () doivent consacrer des sommes représentant 0,45 % au moins des revenus d'activité versés par eux au cours de l'exercice écoulé, tels qu'ils sont pris en compte pour la détermination de l'assiette des cotisations définie à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale au financement d'actions dans le domaine du logement, en particulier du logement des salariés ". Aux termes de l'article L. 313-2 de ce code, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " Les employeurs qui, en raison de l'accroissement de leur effectif, atteignent ou dépassent l'effectif de vingt salariés sont dispensés pendant trois ans du versement prévu à l'article L. 313-1. Le montant de ce versement est réduit respectivement de 75 %, 50 % et 25 % les première, deuxième et troisième années suivant la dernière année de dispense. Les employeurs ayant dépassé l'effectif de vingt salariés avant le 1er septembre 2005 et qui, en 2005, bénéficiaient d'une dispense ou d'une réduction du montant de leur participation continuent à bénéficier de cette dispense ou de cette réduction dans les conditions antérieures () ". Aux termes de l'article L. 313-4 du même code, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " Les employeurs qui, dans le délai d'un an à compter de la fin de l'année civile écoulée, n'ont pas procédé, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, aux investissements prévus à l'article L. 313-1 sont assujettis à une cotisation de 2 p 100 calculée sur les bases fixées à l'article L. 313-1 () ". Aux termes de l'article L. 313-6 du même code, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " Les agents des administrations compétentes peuvent exiger des employeurs () justification qu'il a été satisfait aux obligations imposées par le présent chapitre () ".
3. Aux termes de l'article 8 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen : " La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée. "
4. Aux termes du troisième alinéa de l'article 62 de la Constitution du 4 octobre 1958 : " Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. "
5. En premier lieu, la SAS Job Médical Conseil soutient que la cotisation de 2 % prévue aux dispositions précitées des articles 235 bis du code général des impôts et L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation constitue une sanction, laquelle d'une part n'a pas été motivée par l'administration fiscale dans sa proposition de rectification, et d'autre part est disproportionnée, violant ainsi les dispositions précitées de l'article 8 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen.
6. Il résulte toutefois de la décision 2010-84 QPC du Conseil constitutionnel du 13 janvier 2011 que la cotisation de 2 % prévue aux dispositions du code général des impôts et du code de la construction et de l'habitation citées au point 2 du présent jugement ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition au sens de l'article 8 de la Déclaration de 1789. Par suite, le moyen tiré de ce que cette cotisation constituerait une sanction devant d'une part être motivée et d'autre part être proportionnée doit être écarté.
7. En second lieu, à supposer qu'elle ait entendu soulever le moyen tiré de ce qu'en remettant en cause, pour établir les cotisations supplémentaires de participation des employeurs à l'effort de construction au titre des années 2017 et 2018, les abattements de 50 % et 25 % prévus par l'article L. 313-2 du code de la construction et de l'habitation auxquels elle pouvait prétendre, l'administration fiscale lui a appliqué une sanction, la SAS Job médical Conseil n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte en tout état de cause de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 17 décembre 2020, que l'administration fiscale n'a pas remis en cause le bénéfice des abattements prévus par l'article L. 313-2 du code de la construction et de l'habitation. Par ailleurs, la SAS Job Médical Conseil ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'elle aurait été effectivement éligible à ces abattements au titre des années en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait remis en cause le bénéfice de ces abattements et lui aurait ainsi appliqué une sanction doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'étant pas fondée à soutenir que l'administration lui a appliqué cumulativement des sanctions et qu'un tel cumul de sanctions conduit à un montant total disproportionné, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de proportionnalité des sanctions doit être écarté.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
10. La SAS Job Médical Conseil se prévaut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du bénéfice de la doctrine fiscale BOI-CTX-GCX-10-30-30-60 § 190 du 3 mars 2014. Il résulte toutefois de l'instruction que cette interprétation administrative, qui se rattache à la procédure contentieuse relative aux demandes gracieuses ou à la procédure de maintien d'une pénalité, ne peut être regardée comme comportant une interprétation formelle de la loi fiscale susceptible d'être opposée à l'administration. Au demeurant, ces commentaires, qui portent exclusivement sur les conditions d'octroi des remises gracieuses régies par l'article L. 247 du livre des procédures fiscales, ne contiennent aucune interprétation formelle des dispositions de l'article L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation et de la cotisation de 2 % qu'elles prévoient. Par suite, la SAS Job Médical Conseil ne peut utilement se prévaloir de ces commentaires.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SAS Job Médical Conseil doivent être rejetées.
En ce qui concerne les intérêts de retard et les pénalités :
12. En premier lieu, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts dans sa version applicable aux années d'imposition en litige : " I. Toute somme, dont l'établissement ou le recouvrement incombe à la direction générale des impôts, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code () ".
13. L'intérêt de retard vise à réparer le préjudice subi par l'Etat en raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales, il ne constitue pas une sanction. Son application est par conséquent indépendante de toute appréciation portée sur le comportement du contribuable et n'a pas à être motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et du caractère disproportionné des intérêts de retard appliqués ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 313-4 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable aux années en litige : " Le versement de cette cotisation est effectué auprès du comptable public compétent accompagné d'un bordereau établi selon un modèle fixé par l'administration comportant les informations relatives à la participation des employeurs à l'effort de construction et déposé au plus tard le 30 avril de la deuxième année qui suit celle du versement des rémunérations mentionnés à l'article L. 313-1. " Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a) 10 % en l'absence de mise en demeure ou, en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
15. Il résulte de l'instruction, d'une part que la SAS Job Médical Conseil n'a pas effectué les versements au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction pour les années 2017 et 2018 et a effectué le versement de cette participation pour l'année 2019 par un virement du 3 février 2020, d'autre part qu'elle n'a pas déposé les bordereaux de versements exigés par les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de la construction et de l'habitation auprès du service des impôts des entreprises dont elle dépend avant les 30 avril 2018, 2019 et 2020. Dans ces conditions, l'administration a fait une exacte application des dispositions précitées du a de l'article 1728 du code général des impôts.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des pénalités présentées par la SAS Job Médical Conseil doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Job Médical Conseil est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Job Médical Conseil et au directeur spécialisé de contrôle fiscal Sud-Pyrénées.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juin 2024.
La rapporteure,
N. SARRAUTELa présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M-E. LATIF
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026