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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106370

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106370

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106370
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2021, M. B A , représenté par Me Guyon, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Mostuéjouls à lui verser la somme de 84 925,40 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'édification d'un mur de soutènement aux abords de son garage ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat ou la commune de Mostuéjouls la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en l'empêchant, d'une part d'accéder à son garage avec un véhicule et, d'autre part, en emportant une perte de valeur vénale de son bien, la décision d'édifier un mur de soutènement a porté atteinte à son droit de propriété, en méconnaissance des dispositions de l'article 17 de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, de l'article 544 du code civil, ainsi que des stipulations de l'article 1er du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de cette décision constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune à son égard ; est également fautive l'abstention de la commune à procéder à l'abrogation de cette décision illégale ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de la commune peut être engagée sur le fondement des dommages de travaux publics causés aux tiers ;

- ses préjudices se décomposent comme suit :

* troubles de jouissance : 10 000 euros ;

* perte de valeur vénale de son bien : 70 925,40 euros ;

* préjudice moral : 2 500 euros ;

* préjudice d'adaptation : 1 500 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, la commune de Mostuéjouls, représenté par Me Maillot, conclut au rejet de la requête, à titre principal, en raison de son irrecevabilité et, à titre subsidiaire, comme non fondée et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- au stade de la demande préalable, M. A n'a pas précisé la cause juridique sur laquelle il entendait fonder ses prétentions indemnitaires ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 octobre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2022 à 12h00.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958, et notamment son préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rives,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me X, représentant Y, et de Me Z, représentant W.

Considérant ce qui suit :

1.M. A est propriétaire d'une maison et d'un garage jouxtant la place principale du village de Liaucous, situé sur le territoire de la commune de Mostuéjouls. Au cours du mois de mai 2019, la commune a remis en état un mur de soutènement, aux abords de son garage, servant de parapet afin d'éviter les chutes en contrebas. Par un courrier du 21 juin 2021, réceptionné le 10 août suivant, M. A a sollicité auprès du maire de Mostéjouls le versement d'une indemnité d'un montant de 84 925,40 en réparation des conséquences dommageables ayant résulté de la remise en état de ce mur. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune de Mostéjouls à lui verser la somme indiquée dans sa demande indemnitaire préalable, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

2.En premier lieu, la responsabilité qui peut incomber aux personnes morales de droit public ne peut être régie par le principe énoncé par les dispositions de l'article 544 du code civil, établis uniquement pour les rapports de particulier à particulier. Par suite, l'action exercée par M. A tendant à voir engager la responsabilité pour faute de la commune de Mostuéjouls sur le fondement de ces principes, ne peut être accueillie.

3.En second lieu, aux termes de l'article 1er du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété ". Aux termes de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité ".

4.En se bornant à faire valoir que la décision d'engager les travaux de réfection du mur de soutènement litigieux " est illégale dès lors qu'elle méconnaît le droit de propriété ", en méconnaissance des stipulations citées au point précédent, M. A n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, ledit mûr, bâti sur le domaine public communal, n'a pas pour eu effet de porter atteinte au droit de propriété du requérant sur son garage dès lors que, ainsi qu'il sera dit au point 6, il ne l'empêche pas d'y accéder librement.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute :

5.Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Dans le cas d'un dommage causé à un immeuble, la fragilité ou la vulnérabilité de celui-ci ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître de l'ouvrage, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime. En dehors de cette hypothèse, de tels éléments ne peuvent être retenus que pour évaluer le montant du préjudice indemnisable.

6M. A soutient que la remise en état du mur de soutènement litigieux par la commune de Mostuéjouls, dans le cadre de la réalisation du projet réhabilitation du " cœur de village " dans le centre-bourg de Liaucous, l'a privé de la possibilité d'accéder à son garage avec un véhicule. Il invoque à ce titre, d'une part, un trouble de jouissance dans l'exercice de son droit de propriété et, d'autre part, une perte de valeur vénale de son bien. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier des planches photographiques qu'il produit, que le mur litigieux l'empêcherait d'accéder à son garage avec un véhicule, a fortiori depuis le 13 juillet 2020, date à laquelle la commune a procédé à la démolition d'une partie de ce mur sur une longueur de deux mètres linéaires. Il suit de là que M. A ne démontre pas la réalité du dommage qu'il prétend subir. Il n'est, dès lors, pas fondé à se prévaloir d'un préjudice anormal et spécial, lui ouvrant droit à indemnisation.

7.Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête présentée par M. A doit être rejetée, en ce inclus les conclusions relatives aux frais d'instance.

Sur les frais liés au litige :

8.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Mostuéjouls, qui n'est pas la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de M. A le versement à la commune de Mostuéjouls d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 1 500 euros à la commune de Mostuéjouls en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Mostuéjouls.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023 , à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

A. RIVES

Le président,

S. CHERRIER

Le greffier,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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