jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106826 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SALON GEORGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 novembre 2021, 24 février et 28 avril 2023, la société JCDecaux France, représentée par Me Salon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 50 370,65 euros toutes taxes comprises en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la responsabilité de l'Etat doit être engagée au titre de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ; les dégradations ont été commises à force ouverte ou par violence et trouvent leur cause directe et certaine dans des agissements susceptibles d'être qualifiés de délit ; elles ont été commises dans le prolongement de la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019 ;
- vingt-cinq de ses mobiliers urbains et trois mobiliers urbains appartenant à la société Médiakiosk ont été dégradés ; elle a eu recours à son stock de pièces détachées pour effectuer les travaux de réparation nécessaires ainsi qu'à un sous-traitant, la société Cassini, pour l'exécution matérielle des travaux ; son préjudice doit être évalué à la somme globale de 50 370,65 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril 2022 et 27 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les faits délictuels à l'origine des dégâts commis le 26 janvier 2019 sur le mobilier urbain exploité par la société requérante n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure en raison du mode d'organisation et de la préméditation de leurs auteurs, ainsi que de la réitération de ces faits tous les samedis ; aucun lien entre les dégâts subis par la société JCDecaux France et un éventuel attroupement n'est établi, l'intéressée ne pouvant déterminer l'heure des dégradations ;
- le coût de la main d'œuvre ne saurait être pris en compte dans le calcul du préjudice dès lors que la société JCDecaux France a fait réaliser les travaux de réparation en interne ; la note de débit interne n'est pas probante ; la société JCDecaux France n'établit ni le montant initial des pièces détachées, ni qu'elle aurait remplacé le mobilier urbain dégradé après les incidents de la manifestation des " gilets jaunes " du 19 janvier 2019 ; la facture émise par la société Cassini comporte des imprécisions et des incohérences.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pétri,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Roll, représentant la société JCDecaux France.
Considérant ce qui suit :
1. Des dégradations ont été commises sur du mobilier urbain exploité par les sociétés JCDecaux France et Médiakiosk lors de la manifestation des " gilets jaunes " qui s'est déroulée au centre-ville de Toulouse le 26 janvier 2019. Les sociétés Médiakiosk et JCDecaux France ont déposé une plainte, respectivement, les 4 et 7 février 2019. La société JCDecaux France s'est substituée à la société Médiakiosk à la suite d'une opération de fusion-absorption intervenue au cours de l'année 2020. Par un courrier du 11 mars 2020, elle a formé un recours indemnitaire préalable auprès du préfet de la Haute-Garonne. Le silence conservé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la société JCDecaux France demande l'engagement de la responsabilité de l'Etat au titre de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure ainsi que le versement d'une somme de 50 370,75 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté le recours indemnitaire préalable formé par la société JCDecaux France le 11 mars 2020 a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet d'une telle demande, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux et qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de la société requérante à percevoir la somme qu'elle réclame. Aussi, il résulte de ce qui vient d'être dit que les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
3. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. ". L'application de ces dispositions est subordonnée à la condition que les dommages dont l'indemnisation est demandée résultent de manière directe et certaine de crimes ou de délits déterminés commis par des rassemblements ou attroupements précisément identifiés. En outre, ne peuvent être regardés comme étant le fait d'un attroupement ou rassemblement au sens de ces dispositions les actes délictuels ne procédant pas d'une action spontanée dans le cadre ou le prolongement d'un attroupement ou rassemblement mais d'une action préméditée et organisée par un groupe structuré à seule fin de les commettre.
4. Il résulte de l'instruction, notamment des procès-verbaux des plaintes déposées par des représentants des sociétés JCDecaux France et Médiakiosk, que plusieurs dégâts ont été commis sur vingt-huit mobiliers urbains exploités par ces sociétés concomitamment à la manifestation des " gilets jaunes " qui a eu lieu au centre-ville de Toulouse le 26 janvier 2019. Il est constant que ces dégradations résultent d'actes délictueux commis à force ouverte ou par violence, ainsi qu'en témoignent les procès-verbaux des plaintes précités, qui font état notamment, de dégâts au niveau d'abribus, d'abris pour affiches, de kiosques à journaux et de bornes à vélo. Il résulte également de l'instruction que des incidents ont eu lieu lors de la manifestation sur les lieux où se situent les mobiliers urbains dégradés, ainsi que cela ressort du " RESCOM " du 26 janvier 2019 et de la cartographie de l'implantation de mobilier urbain produite par la société requérante, en particulier dans les quartiers Jean Jaurès et Arnaud Bernard ainsi que sur les boulevards situés aux alentours (les boulevards Lazare Carnot et Lascrosse notamment). Il résulte par ailleurs d'un communiqué de presse rédigé par la préfecture de la Haute-Garonne que du mobilier urbain a été dégradé lors de la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019. Si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que les dégradations en cause résultent d'actions délictueuses commises par des casseurs ayant prémédité leur action et se prévaut, à ce titre, du " RESCOM " et d'articles de presse, qui relèvent, respectivement, la présence de groupe hostiles et de casseurs, ces éléments ne sont pas suffisamment précis et circonstanciés pour établir que les dommages en cause résulteraient d'actions préméditées par un groupe organisé seulement pour commettre des délits. En particulier, si le préfet se prévaut de ce qu'il résulte de photographies prises le jour de la manifestation que des individus vêtus de noir se trouvaient parmi les manifestants, cet élément est peu probant, alors en outre qu'il résulte de ces mêmes photographies que des " gilets jaunes " se trouvaient à proximité immédiate dans la foule. Les dommages en litige doivent par suite être regardés comme ayant été causés par les participants à la manifestation. Aussi, au vu de ce qui vient d'être dit, la responsabilité sans faute de l'Etat doit être engagée sur le fondement de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne la main d'œuvre :
5. La société JCDecaux France sollicite une indemnisation à hauteur de 6 213 euros au titre de la main d'œuvre qui a exécuté matériellement les travaux de réparation consécutifs aux dégâts occasionnés par la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019. Toutefois, une telle somme, si elle est justifiée par une note de débit interne, ne correspond pas au montant hors taxe de de la facture émise par la société Cassini que la société JCDecaux France produit à l'instance, et cette incohérence n'est nullement expliquée de façon claire dans les écritures de la société requérante. Dans ces conditions, il ne saurait être fait droit à la demande d'indemnisation présentée par la société JCDecaux France au titre de la main d'œuvre qui a procédé aux travaux de réparation.
En ce qui concerne les travaux de réparation :
6. Il résulte d'une note de débit interne que la société JCDecaux France démontre avoir eu recours à son propre stock de pièces détachées afin d'effectuer les travaux de réparation consécutifs aux dégâts occasionnés par la manifestation des " gilets jaunes " du 26 janvier 2019, à hauteur de 35 762,54 euros hors taxe. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation à hauteur de cette somme, étant précisé que l'intéressée ne saurait solliciter une indemnisation toutes taxes comprises, dès lors que le versement d'une indemnité accordée par une décision de justice a pour seul objet de réparer le préjudice subi par le créancier du fait du débiteur et n'est pas soumis à la taxe sur la valeur ajoutée. Si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir qu'il n'est pas démontré que la société JCDecaux France aurait procédé à des travaux de réparation après la manifestation des " gilets jaunes " qui s'est déroulée le samedi précédent le samedi 26 janvier 2019, la société requérante produit toutefois une facture émise par la société Cassini relative à la réparation des dégâts commis lors de cette manifestation datée du 25 janvier 2019, soit la veille de la manifestation en cause dans la présente instance.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
7. La société JCDecaux France, qui a demandé les intérêts au taux légal, y a droit à compter du 11 mars 2020, date à laquelle l'administration a accusé réception de sa demande indemnitaire préalable. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts à compter du 24 novembre 2021, date à laquelle a été enregistrée auprès du tribunal la demande de capitalisation des intérêts, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 000 euros au bénéfice de la société JCDecaux France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société JCDecaux France une somme de 35 762,54 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal à partir du 11 mars 2020 et de la capitalisation des intérêts à compter du 24 novembre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date jusqu'au paiement de la somme due.
Article 2 : L'Etat versera à la société JCDecaux France une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société JCDecaux France et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTO
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026