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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106881

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106881

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106881
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Bard, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Rodez à lui verser une somme de 52 324,01 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la faute inexcusable commise par son employeur ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Rodez une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses conditions de travail, déjà difficiles au cours de l'année 2018, se sont dégradées en 2019 en raison de problèmes de désorganisation et de communication, ainsi que d'un absentéisme important au sein du secrétariat de cardiologie ;

- à compter du mois de mai 2019, le secrétariat a fonctionné avec un effectif réduit, aggravant sa charge de travail et celle de ses collègues ; elle a dû absorber le travail de trois collègues absents, en effectuant un minimum d'heures supplémentaires ;

- elle a souffert d'un lumbago aigu et d'un état dépressif en juin 2019, et a été hospitalisée en août 2019 pour des symptômes liés à un " burn-out " ;

- plusieurs attestations médicales et témoignages confirment le lien entre ses conditions de travail et son état de santé ;

- la carence de son employeur pour corriger les dysfonctionnements au sein du service est constitutive d'une faute inexcusable au sens des dispositions de l'article L. 452-1 du code de la sécurité sociale ;

- les préjudices dont il est demandé réparation se décomposent comme suit :

* 30 000 euros au titre des préjudices consécutifs à l'exécution et à la rupture de son contrat de travail ;

* 4 985,68 euros au titre de l'indemnité de licenciement ;

* 17 338,33 euros au titre de rappels de salaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, le centre hospitalier de Rodez, représenté par Me Poudampa, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est portée devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- les moyens soulevés par la requérante en sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rives, rapporteur,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Me Poudampa représentant le centre hospitalier de Rodez.

Considérant ce qui suit :

1.Mme B a été recrutée par le centre hospitalier de Rodez, à compter du 11 avril 2016, sous couvert de contrats à durée déterminés successifs puis, en dernier lieu, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er octobre 2018 en qualité de secrétaire médicale affectée au service de cardiologie. Le 18 juin 2019, elle a déclaré un accident du travail consistant en un lumbago suivi d'une pathologie dépressive, lequel a été reconnu imputable au service. Par sa requête, Mme B demande au tribunal de l'indemniser des préjudices découlant du manquement du centre hospitalier de Rodez à son obligation de sécurité.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2.Aux termes de l'article L. 451-1 du code de la sécurité sociale : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles L. 452-1 à L. 452-5, L. 454-1, L. 455-1, L. 455-1-1 et L. 455-2 aucune action en réparation des accidents et maladies mentionnés par le présent livre ne peut être exercée conformément au droit commun, par la victime ou ses ayants droit ". Aux termes de l'article L. 452-1 du même code : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants ". L'article L. 452-3 du même code, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, prévoit que, dans le cas d'une faute inexcusable de l'employeur, la victime a le droit de demander à l'employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, la réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 452-5 du même code : " Si l'accident est dû à la faute intentionnelle de l'employeur ou de l'un de ses préposés, la victime ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre. (). ".

3.En vertu des dispositions des articles précités du code de la sécurité sociale, un agent contractuel de droit public peut demander au juge administratif la réparation par son employeur du préjudice que lui a causé l'accident du travail dont il a été victime, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du code de la sécurité sociale, lorsque cet accident est dû à la faute intentionnelle de cet employeur ou de l'un de ses préposés. Il peut également exercer une action en réparation de l'ensemble des préjudices résultant de cet accident non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale, contre son employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, en cas de faute inexcusable de ce dernier, ou contre une personne autre que l'employeur ou ses préposés, conformément aux règles du droit commun, lorsque la lésion dont il a été la victime est imputable à ce tiers.

4.En revanche, en dehors des hypothèses dans lesquelles le législateur a entendu instituer un régime de responsabilité particulier, cet agent, dès lors qu'il ne se prévaut pas d'une faute intentionnelle de son employeur ou de l'un des préposés de celui-ci, ne peut exercer contre cet employeur une action en réparation devant les juridictions administratives, conformément aux règles du droit commun, à la suite d'un accident du travail dont il a été la victime.

5.Il résulte des écritures de la requérante que celle-ci doit être regardée comme ayant entendu rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Rodez en se fondant sur sa faute inexcusable, tirée de ses manquements et de son inertie dans la mise en œuvre de son obligation de protection de la santé et de la sécurité de ses agents. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'établissement défendeur, en application des dispositions et principes précités aux points 2 à 4, Mme B, agente publique non titulaire, ne pouvait former une action en réparation des préjudices subis résultant de l'accident de travail déclaré le 18 juin 2019 en excipant d'une faute inexcusable de ce dernier que devant la juridiction judiciaire. Ainsi, l'exception d'incompétence de la juridiction administrative soulevée en défense est fondée. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B sur le fondement d'une faute inexcusable du centre hospitalier de Rodez doivent être rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

6.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CH de Rodez qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme que le centre hospitalier de Rodez sollicite sur le fondement de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Rodez sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Rodez.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Daguerre de Hureaux, premier conseiller,

M. Rives, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

A. RIVES

La présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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