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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106920

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106920

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106920
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 1
Avocat requérantTAX TEAM ET CONSEILS SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre 2021 et 5 octobre 2022, la société civile immobilière (SCI) Masabe, représentée par la société d'avocats Tax Team et Conseils, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de la cotisation primitive de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018, à hauteur d'un montant de 2 621 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le local dont l'invariant est le n°820 0932532 a fait l'objet d'une double imposition ;

- la valeur locative du local à l'invariant n°820 0932543 est erronée ;

- l'administration fiscale a commis une erreur dans la détermination de la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 juillet et 18 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SCI Masabe ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme B,

-et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Masabe est propriétaire à Toulouse d'un ensemble commercial composé de 15 lots sis 4 rue Paul Meriel et 12 rue Maurice Fonvieille. Elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018 pour un montant total de 30 622 euros, imposition mise en recouvrement par voie de rôle général le 31 août 2018. Par une réclamation en date du 20 septembre 2019, la SCI Masabe a sollicité la réduction du montant de cette imposition à hauteur de 18 977 euros. Le 18 janvier 2019, l'administration fiscale lui a accordé un dégrèvement partiel d'un montant de 8 938 euros. Par sa requête, la SCI Masabe demande que l'imposition restant en litige soit réduite de 2 621 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 1498 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. /Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. /II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. /Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. /B. - 1. Il est constitué, dans chaque département, un ou plusieurs secteurs d'évaluation qui regroupent les communes ou sections cadastrales de communes qui, dans le département, présentent un marché locatif homogène. (). / 2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés. /A défaut, lorsque les loyers sont en nombre insuffisant ou ne peuvent être retenus, ces tarifs sont déterminés par comparaison avec les tarifs fixés pour les autres catégories de locaux du même sous-groupe du même secteur d'évaluation./ A défaut d'éléments suffisants ou pouvant être retenus au sein du même secteur d'évaluation, ces tarifs sont déterminés par comparaison avec ceux qui sont appliqués pour des propriétés de la même catégorie ou, à défaut, du même sous-groupe dans des secteurs d'évaluation présentant des niveaux de loyers similaires, dans le département ou dans un autre département. /Les tarifs par mètre carré peuvent être majorés de 1,1,1,15,1,2 ou 1,3 ou minorés de 0,7,0,8,0,85 ou 0,9, par application d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation particulière de la parcelle d'assise de la propriété au sein du secteur d'évaluation. /C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives. () ". L'art. 324 Z de l'Annexe III du même code dispose : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. ()/ Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire ".

3. Aux termes de l'article 1518 A quinquies de ce code, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - 1. En vue de l'établissement de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe d'habitation et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, la valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498 est corrigée par un coefficient de neutralisation./Ce coefficient est égal, pour chaque taxe et chaque collectivité territoriale, au rapport entre, d'une part, la somme des valeurs locatives non révisées au 1er janvier 2017 des propriétés bâties mentionnées au même I de l'article 1498 imposables au titre de cette année dans son ressort territorial, à l'exception de celles mentionnées au 2 du présent I, et, d'autre part, la somme des valeurs locatives révisées de ces mêmes propriétés à la date de référence du 1er janvier 2013./ Le coefficient de neutralisation déterminé pour chacune de ces taxes s'applique également pour l'établissement de leurs taxes annexes./ Les coefficients déterminés pour une commune s'appliquent aux bases imposées au profit des établissements publics de coopération intercommunale dont elle est membre. ()/ III. -Pour les impositions dues au titre des années 2017 à 2025 :/1° Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du I est positive, celle-ci est majorée d'un montant égal à la moitié de cette différence ;/2° Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du même I est négative, celle-ci est minorée d'un montant égal à la moitié de cette différence./Le présent III n'est applicable ni aux locaux mentionnés au 2 du I du présent article, ni aux locaux concernés par l'application du I de l'article 1406 après le 1er janvier 2017, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de ces locaux./IV. - Pour la détermination des valeurs locatives non révisées au 1er janvier 2017 mentionnées aux I et III, il est fait application des dispositions prévues par le présent code, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016 ".

4. L'article 1518 E du même code dispose, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " I. - Pour les biens mentionnés au I de l'article 1498 :/1° Des exonérations partielles d'impôts directs locaux sont accordées au titre des années 2017 à 2025 lorsque la différence entre la cotisation établie au titre de l'année 2017 en application du présent code et la cotisation qui aurait été établie au titre de cette même année sans application du A du XVI de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016, est positive./Pour chaque impôt, l'exonération est égale aux neuf dixièmes de la différence définie au premier alinéa du présent 1° pour les impositions établies au titre de l'année 2017, puis réduite chaque année d'un dixième de cette différence./L'exonération cesse d'être accordée à compter de l'année qui suit celle au cours de laquelle la propriété ou fraction de propriété est concernée par l'application du I de l'article 1406, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de la propriété ou fraction de propriété ;/2° Les impôts directs locaux établis au titre des années 2017 à 2025 sont majorés lorsque la différence entre la cotisation qui aurait été établie au titre de l'année 2017 sans application du A du XVI de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 précitée, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016, et la cotisation établie au titre de cette même année est positive./Pour chaque impôt, la majoration est égale aux neuf dixièmes de la différence définie au premier alinéa du présent 2° pour les impositions établies au titre de l'année 2017, puis réduite chaque année d'un dixième de cette différence./Cette majoration est supprimée à compter de l'année qui suit celle au cours de laquelle la propriété ou fraction de propriété est concernée par l'application du I de l'article 1406, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de la propriété ou fraction de propriété./ II. - Pour l'application du I :/1° Les impôts directs locaux s'entendent de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe d'habitation et de leurs taxes annexes ;/2° La différence définie au premier alinéa des 1° et 2° du même I s'apprécie pour chaque impôt en tenant compte de ses taxes annexes et des prélèvements prévus à l'article 1641./Elle s'apprécie par propriété ou fraction de propriété bâtie pour la taxe foncière sur les propriétés bâties ;/3° Selon le cas, le coût de l'exonération ou la majoration est réparti entre les collectivités territoriales et, le cas échéant, les établissements publics de coopération intercommunale, les établissements publics fonciers, les chambres de commerce et d'industrie et les chambres de métiers et de l'artisanat au prorata de leur part dans la somme des variations positives de chaque fraction de cotisation leur revenant. "

5. Enfin, aux termes de l'article 1518 bis dudit code, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans l'intervalle de deux actualisations prévues par l'article 1518, les valeurs locatives foncières, à l'exception de celles des propriétés évaluées dans les conditions prévues à l'article 1498, sont majorées par application de coefficients forfaitaires fixés par la loi de finances en tenant compte des variations des loyers. /Les coefficients prévus au premier alinéa sont fixés : ()/ A compter de 2018, dans l'intervalle de deux actualisations prévues à l'article 1518, les valeurs locatives foncières sont majorées par application d'un coefficient égal à 1 majoré du quotient, lorsque celui-ci est positif, entre, d'une part, la différence de la valeur de l'indice des prix à la consommation harmonisé du mois de novembre de l'année précédente et la valeur du même indice au titre du mois de novembre de l'antépénultième année et, d'autre part, la valeur du même indice au titre du mois de novembre de l'antépénultième année ".

6. En premier lieu, la SCI Masabe soutient que les locaux compris au sein de l'invariant n° 820 0932532, à savoir les locaux nos 340 à 345 sis 4 rue Paul Meriel, ont fait l'objet d'une double imposition. Toutefois, il résulte de l'instruction que le document sur lequel se fonde la société requérante est entaché d'une erreur de plume, le 2nd tableau détaillant la cotisation due à raison de cet invariant correspondant en réalité, ainsi que le démontre la pièce rectificative produite par l'administration fiscale à l'appui de son 2nd mémoire en défense, à l'invariant n° 820 0932543. Dès lors, le moyen tiré de ce que les locaux inclus dans l'invariant n° 820 0932532 ont fait l'objet d'une double imposition doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si la SCI Masabe soutient que la valeur locative retenue par l'administration fiscale pour déterminer la cotisation due à raison du local correspondant à l'invariant n° 820 0932543 est erronée en contestant la somme de 83 259 euros figurant au document initialement produit par l'administration fiscale, il résulte de l'instruction et en particulier de la pièce rectificative produite à l'appui du 2nd mémoire en défense, que ce chiffre n'est pas celui à partir duquel l'administration fiscale a établi le calcul de la cotisation en litige. En revanche, il résulte de la déclaration 6660-REV du 28 décembre 2016 contenant les éléments relatifs à l'invariant n° 820 0932543 que le local qu'il concerne comporte une partie principale de 27 m2 et une partie secondaire couverte de 14 m2. En application des dispositions précitées de l'article 324 Z de l'Annexe III du code général des impôts, la surface constituant l'élément secondaire du local doit se voir appliquer un coefficient de 0,5 de sorte que la surface pondérée du local atteint 34 m2. Il résulte en outre de l'instruction que le tarif au m2 applicable aux locaux relevant de la catégorie " MAG 1 " et situés dans le périmètre du secteur 6 s'élevait à 345,70 euros au cours de l'année 2018 et non à 349,80 euros comme l'a retenu à tort l'administration. Ainsi, en l'absence de précision fournie par l'administration fiscale sur le mode de calcul appliqué, la valeur locative non révisée de ce local s'élevait à 11 753,80 euros et non à 11 893 euros. Par suite, la SCI Masabe est fondée à soutenir que la valeur locative attribuée au local correspondant à l'invariant n°820 0932543 est erronée.

8. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées que la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 utilisée pour lisser les variations de cotisations d'impôts locaux résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels est déterminée conformément aux dispositions du code général des impôts dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016.

9. Il résulte de l'instruction que la cotisation de taxe foncière en litige afférente au local commercial de la SCI Masabe a été établie conformément aux nouvelles règles d'évaluation applicables au 1er janvier 2017 concernant la révision des valeurs locatives des locaux professionnels. Pour la mise en œuvre des dispositifs du planchonnement et du lissage prévus aux dispositions des articles 1518 A III et 1518 E du code général des impôts, l'administration fiscale a tenu compte des déclarations de la société requérante découlant d'une part, des formulaires 66608-REV déposés le 28 décembre 2016 et, d'autre part, du nouvel état descriptif de division de l'immeuble sis 4 rue Paul Meriel du 7 juin 2016 publié le 8 juillet 2016 par lesquels la SCI Masabe a procédé à une reconfiguration des lots de l'ensemble commercial. La société requérante soutient que la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 doit être définie à partir de la valeur retenue pour l'établissement de l'impôt dû en 2016. Toutefois, le principe énoncé au point 8 ne fait pas obstacle à ce que, pour l'établissement de la valeur locative non révisée d'un immeuble, il soit tenu compte des modifications affectant les locaux issues des déclarations effectuées par l'assujetti au cours de l'année 2016. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'administration a commis une erreur dans la fixation de la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la SCI Masabe est seulement fondée à demander la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 en tant qu'elle ne fixe pas la valeur locative attribuée au local correspondant à l'invariant n° 820 0932543 à 11 753,80 euros.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SCI Masabe et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La valeur locative du local commercial n° 349 correspondant à l'invariant n° 820 0932543, appartenant à la SCI Masabe, sis 4 rue Paul Meriel à Toulouse sera fixée, pour la détermination de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2018, à 11 753,80 euros.

Article 2 : La SCI Masabe est déchargée de la différence entre la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018 et celles résultant de l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera à la SCI Masabe la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Masabe et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La magistrate désignée,

S. B

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2106920

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