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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107130

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107130

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107130
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, M. A D, représenté par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de condamner le département le département de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 1 690 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité du département de la Haute-Garonne est engagée, dès lors que le préjudice né du refus opposé par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions de lui allouer l'indemnité de 1 617, 30 euros à laquelle il a droit découle de l'absence d'indemnisation du fonds par le département à raison d'une dette de 1 690 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2022, le département de la Haute-Garonne, représenté par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

A titre principal :

- le requérant n'a pas intérêt à agir ;

- les conclusions tendant au versement de la somme de 1 690 euros, correspondant à l'indemnité versée par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions à la victime d'une agression commise par le fils du requérant, sont irrecevables au titre de l'exception de recours parallèle et dès lors que M. D n'apporte pas la preuve qu'il n'aurait pas été indemnisé depuis le 1er août 2018 ;

A titre subsidiaire :

- l'action est prescrite ;

A titre plus subsidiaire :

- le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de procédure pénale ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Douteaud, rapporteure,

-et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 décembre 2012, M. C D, alors mineur, a soustrait frauduleusement un téléphone portable, une carte bancaire et deux billets de 10 euros au préjudice d'une personne tierce. Par jugement du 10 juin 2014 du tribunal pour enfants de E, l'intéressé a été reconnu coupable de vol en réunion et, sur le plan de l'action civile, a été condamné à indemniser la victime de ses préjudices moral et matériel. Cette dernière a été indemnisée par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions à hauteur de la somme de 1 690 euros. Le 18 mai 2015, M. D a été victime d'actes de violences. A la suite du jugement du tribunal de police de E du 8 septembre 2015 reconnaissant l'auteur de cette agression coupable de violences volontaires ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, M. D a saisi la commission d'indemnisation des victimes d'infractions, laquelle lui a alloué le 28 juin 2018 une indemnité de 1 617,30 euros. L'intéressé a alors saisi le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions en vue de percevoir cette indemnité. Par décision du 1er août 2018, le fonds s'est opposé à la demande de M. D estimant celui-ci débiteur à son égard de la somme de 1 690 euros correspondant au montant de l'indemnité versée pour le compte de son fils. Le 31 mai 2021, M. D a formé une demande préalable auprès du département de la Haute-Garonne en sollicitant de sa part le versement à son profit de la somme de 1 690 euros. Sa demande a été implicitement rejetée. Par sa requête, M. D demande au tribunal de condamner le département de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 1 690 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le département de la Haute-Garonne :

2. Aux termes de l'article 1346-4 du code civil : " La subrogation transmet à son bénéficiaire, dans la limite de ce qu'il a payé, la créance et ses accessoires, à l'exception des droits exclusivement attachés à la personne du créancier () ". L'article 706-3 du code de procédure pénale dispose : " Toute personne, y compris tout agent public ou tout militaire, ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une infraction peut obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne, lorsque sont réunies les conditions suivantes :/ 1° Ces atteintes n'entrent pas dans le champ d'application de l'article 53 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 (n° 2000-1257 du 23 décembre 2000) ni de l'article L. 126-1 du code des assurances ni du chapitre Ier de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation et n'ont pas pour origine un acte de chasse ou de destruction des animaux susceptibles d'occasionner des dégâts ;/ 2° Ces faits : soit ont entraîné la mort, une incapacité permanente ou une incapacité totale de travail personnel égale ou supérieure à un mois ;/ soit sont prévus et réprimés par les articles 222-22 à 222-30, 224-1 A à 224-1 C, 225-4-1 à 225-4-5, 225-5 à 225-10, 225-14-1 et 225-14-2 et 227-25 à 227-27 du code pénal ;/ 3° La personne lésée est de nationalité française ou les faits ont été commis sur le territoire national. La réparation peut être refusée ou son montant réduit à raison de la faute de la victime. " L'article 706-14 de ce code dispose : " Toute personne qui, victime d'un vol, d'une escroquerie, d'un abus de confiance, d'une extorsion de fonds ou d'une destruction, d'une dégradation ou d'une détérioration d'un bien lui appartenant, ne peut obtenir à un titre quelconque une réparation ou une indemnisation effective et suffisante de son préjudice, et se trouve de ce fait dans une situation matérielle ou psychologique grave, peut obtenir une indemnité dans les conditions prévues par les articles 706-3 (3° et dernier alinéa) à 706-12, lorsque ses ressources sont inférieures au plafond prévu par l'article 4 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique pour bénéficier de l'aide juridictionnelle partielle, compte tenu, le cas échéant, de ses charges de famille./ L'indemnité est au maximum égale au triple du montant mensuel de ce plafond de ressources./ Ces dispositions sont aussi applicables aux personnes mentionnées à l'article 706-3 qui, victimes d'une atteinte à la personne prévue par cet article, ne peuvent à ce titre prétendre à la réparation intégrale de leur préjudice, les faits générateurs de celui-ci ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure à un mois. " Aux termes de l'article 706-4 du même code : " L'indemnité est allouée par une commission instituée dans le ressort de chaque tribunal judiciaire. Cette commission a le caractère d'une juridiction civile qui se prononce en premier ressort. " L'article 706-5-1 dudit code dispose : " La demande d'indemnité, accompagnée des pièces justificatives, est transmise sans délai par le greffe de la commission d'indemnisation au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et autres infractions. " Aux termes de l'article L. 706-11 du même code : " Le fonds est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes. Le recours du fonds ne peut s'exercer contre l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués./ Le fonds peut exercer ses droits par toutes voies utiles () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, lorsqu'il a indemnisé un dommage causé par une infraction, est subrogé dans les droits de la victime à l'encontre non seulement de l'auteur de l'infraction mais également de toute personne tenue de réparer le dommage, notamment parce qu'elle y a concouru dans des conditions de nature à engager sa responsabilité.

4. En application de ces dispositions, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, subrogé dans les droits de la victime par l'effet du paiement de l'indemnité, dispose de la plénitude des droits et actions que la victime, subrogeant qu'il a dédommagé, aurait été admise à exercer à l'encontre de toute personne responsable, à quelque titre que ce soit, du dommage ayant donné lieu au paiement de l'indemnité. La subrogation a lieu dans la mesure de ce qui a été payé et dans la limite de la créance détenue par la victime contre le responsable En outre, en conséquence de la subrogation, le fonds de garantie a seul qualité pour agir et obtenir, s'il l'estime opportun, la réparation du préjudice qu'il a indemnisé.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du jugement du 10 juin 2014 du tribunal pour enfants de E condamnant le fils de M. D à indemniser la victime du vol commis en décembre 2012, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions a versé à sa victime une indemnité de 1 690 euros, en lieu et place de M. D. Dès lors, en application des dispositions et principes qui viennent d'être être exposés, le fonds de garantie est subrogé dans les droits de la victime du fait du versement de l'indemnité qu'il a effectué à son profit. Dans ces conditions, M. D n'avait plus, à la date d'enregistrement de sa requête, intérêt pour demander la condamnation du département de Haute-Garonne à lui verser la somme de 1 690 euros correspondant au montant de l'indemnité versée par le fonds en conséquence de la condamnation de son fils en juin 2014 par le juge judiciaire. Dès lors, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir opposées par le département de la Haute-Garonne, que les conclusions présentées par M. D doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 font en tout état de cause obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui, au demeurant, n'a pas la qualité de partie à la présente instance, la somme demandée à ce titre par le requérant. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le département de la Haute-Garonne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département de la Haute-Garonne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Cazanave et au département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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