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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107139

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107139

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107139
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantHIRTZLIN-PINÇON OLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2021, Mme F E, représentée par Me Hirtzlin-Pinçon, demande au juge des référés d'ordonner une mesure d'expertise médicale, aux frais avancés du centre hospitalier universitaire de Toulouse, aux fins de décrire la nature et l'importance des séquelles consécutives à sa maladie à caractère professionnel.

Elle soutient que :

- infirmière titulaire dans la fonction publique hospitalière, elle est atteinte d'une maladie professionnelle, à savoir une dépression réactionnelle causée par ses conditions de travail, qu'elle a déclarée le 21 octobre 2016 et dont le centre hospitalier universitaire de Toulouse reconnaîtra l'imputabilité au service le 13 octobre 2017, étant précisé qu'elle a déclaré une rechute dès le 16 novembre 2016 et que si la commission de réforme a constaté une première fois le 21 juin 2018 l'imputabilité de cette rechute, validée à nouveau le 24 janvier 2019 par ladite commission, le centre hospitalier, par une décision du 25 février 2019, n'a pas reconnu l'imputabilité au service de cette rechute et l'a placée en maladie ordinaire jusqu'à sa retraite le 21 novembre 2017 ;

- sachant que cette décision du 25 février 2019 a été annulée par le tribunal et que la responsabilité de l'employeur ne fait aucun doute, elle est fondée, alors que l'étendue des dégâts pour son moral et son mental n'est pas connue, à solliciter la désignation d'un expert psychiatre en vue de déterminer les différents postes de préjudices qu'elle a subis du fait de son travail afin de pouvoir quantifier une demande de réparation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal de céans ayant fait droit par jugement du 4 mars 2021 à la demande d'annulation de la décision du 25 février 2019, il a reconnu par décision du 13 avril 2021, après réexamen ordonné par le tribunal, l'imputabilité au service de la rechute de la maladie professionnelle déclarée le 16 novembre 2016, l'intéressée étant dès lors placée rétroactivement en position de congé pour maladie professionnelle du 16 novembre 2016 au 21 novembre 2017, sachant que forte de cette décision, la requérante a renseigné un dossier d'allocation temporaire d'invalidité donnant lieu à avis favorable de la commission de réforme le 20 janvier 2022, l'avis rendu faisant suite à l'expertise médicale réalisée par le docteur C qui concluait le 7 juin 2021 à la fixation de la date de consolidation au 22 novembre 2017 et déterminait un taux d'IPP de 25 %, étant précisé que l'intéressée n'a pas émis de contestation et sollicité la perception de l'allocation temporaire d'invalidité par courrier du 7 mars 2022 ;

- la requérante ayant été consolidée des séquelles de la maladie professionnelle à la date du 22 novembre 2017, la prescription quadriennale susceptible d'être opposée à une action en indemnisation des séquelles de la maladie professionnelle a donc commencé à courir le 1er janvier 2018 pour s'achever le 31 décembre 2021, sachant qu'à cette date, l'intéressée ne l'avait saisi d'aucune demande préalable d'indemnisation, ni le tribunal d'aucune requête indemnitaire, la mesure sollicitée ne présentant donc plus d'utilité dans la perspective de l'engagement de sa responsabilité ;

- la requérante, qui entend sciemment cacher les expertises médicales dont elle a fait l'objet par deux médecins spécialistes en psychiatrie, verse néanmoins au débat une partie de son dossier médical comprenant notamment les avis de la commission de réforme, des certificats médicaux de son médecin traitant, des ordonnances ainsi qu'une note médicale du service santé au travail, autant d'éléments qui pourront tout à fait permettre dans le cadre d'un litige à naître, d'évaluer les préjudices dont elle s'estime victime.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 1er juillet 2022, Mme E conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, que :

- elle a signalé à l'époque à sa cadre, Mme H, une charge de travail importante provoquant de légers troubles du sommeil mais aucun aménagement n'a été mis en place et son état de santé s'est aggravé avec une charge de travail qui a augmenté au fil du temps ;

- si le docteur G, expert diligenté par la commission de réforme, a retenu l'existence d'un état antérieur dépressif, elle n'a jamais présenté d'état dépressif avent la date du 23 septembre 2016 ;

- c'est au vu de son état de santé après trois semaines de congé que son médecin traitant a pris un certificat de rechute à compter du 16 novembre 2016 et jugé que son état n'était pas compatible avec une reprise du travail ;

- la présente procédure a nécessairement suspendu les délais de prescription car elle a été introduite le 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".

2. Mme E, qui était infirmière titulaire dans les services du centre hospitalier universitaire de Toulouse, s'est vu reconnaître par décision du 13 octobre 2017 le bénéfice des dispositions relatives à la maladie à caractère professionnel à compter du 23 septembre 2016. Mme E demande la désignation d'un expert aux fins de déterminer les conséquences sur son état de santé de l'ensemble des préjudices consécutifs à sa maladie professionnelle, notamment sur le plan psychiatrique. Par suite, la mesure tendant à la détermination des préjudices qu'elle a subis de ce fait entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile alors même que la requérante aurait déjà été examinée par des praticiens agréés. Il y a lieu, par suite, et alors qu'il n'est pas établi que toute action au fond serait irrecevable, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre Mme F E, d'une part et le centre hospitalier universitaire de Toulouse, d'autre part.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner Mme F E et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- d'apprécier, en tous ses éléments, le préjudice corporel de Mme F E qui a résulté pour elle de sa maladie professionnelle reconnue imputable à compter du 23 septembre 2016, en y distinguant la part éventuellement imputable à son état de santé antérieur ;

- de fixer le taux d'invalidité permanente partielle dont elle reste atteinte et de déterminer la répercussion de cette invalidité sur l'activité de l'intéressée et sur ses conditions d'existence, de donner toute précision quant à la durée des éventuelles incapacités temporaires (totale et/ou partielle), d'évaluer l'importance des souffrances subies, du préjudice esthétique et d'agrément de la victime, de donner, plus généralement, toute indication utile à la détermination des différents éléments de son préjudice corporel ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige opposant Mme F E à son administration.

Article 3 : Le docteur B D, domicilié 185 avenue Thiers à Bordeaux (33100), est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F E, au centre hospitalier universitaire de Toulouse et au docteur B D, expert.

Fait à Toulouse, le 12 octobre 202 Le vice-président, juge des référés,

David A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

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