lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107218 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ARAMIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2021, 17 janvier et 25 octobre 2022, la société Beaver-Visitec International Sales Limited, représentée par Me Da Riba, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 39 578 euros au titre du mois de juillet 2021, assortis des intérêts moratoires ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- elle remplit les conditions d'octroi de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée du mois de juillet 2021; elle est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée selon le régime normal réel et elle a enregistré, au titre de la période du mois de juillet 2021, un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible supérieur au montant de taxe sur la valeur ajoutée collectée ; elle a déposé le 13 août 2021 un formulaire n° 3519 faisant état d'une demande de remboursement de son crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 40 220 euros ;
- elle pensait, de bonne foi, qu'elle pouvait envoyer les pièces relatives à la demande de régularisation au titre de la période du mois de juillet 2021, en même temps que celles relatives aux périodes de janvier et février 2021 ; le service, contacté téléphoniquement, lui avait indiqué qu'il lui était possible de déposer de nouvelles déclarations tendant au remboursement de ses crédits de taxe sur la valeur ajoutée pour les mois de janvier, février et juillet 2021 ;
- les documents justificatifs sont joints à la présente requête ;
- elle a rempli une déclaration CA 3 rectificative pour le mois de juillet 2021 en indiquant le montant de son crédit d'impôt sur la ligne 27, comme demandé par le service ;
- elle a transmis la copie de ses comptes de taxe sur la valeur ajoutée du mois de juillet 2021, la copie détaillée de ses comptes " 401 - Fournisseurs ", et la copie des principales factures " BAIS " ;
- le taux de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5% figurant dans la déclaration CA 3 correspond à une vente unique d'implants synthétiques ;
- la société étant établie au Royaume-Uni, les opérations non imposables au titre du mois de juillet 2021, d'un montant de 1 202 206 euros, correspondent à des facturations de ses clients français sans taxe sur la valeur ajoutée, ces derniers devant procéder à l'autoliquidation de cette taxe ;
- elle fournit les dix principales factures de ces opérations non imposables ;
- elle a contacté, sans succès, le service à plusieurs reprises afin de régulariser sa situation ;
- l'encaissement du prix, qui entraine l'exigibilité et la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée, peut intervenir au moyen d'une inscription au crédit d'un compte fournisseur ;
- la facture " WMH Mondial Event " du 20 juillet 2021 qui inclut un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible de 42 568 euros et les factures " Helpevia ", " Cacic Services " et " Cahpp " du 22 juillet 2021, qui incluent un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible respectivement de 583, 39 euros, 166,94 euros et 1 191, 99 euros, correspondent à des prestations de services effectuées au profit de la société et ont toutes été enregistrées au compte " supplier " ;
- la facture " Hyatt Regency " du 26 juillet 2021, qui inclut un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible de 1 049,82 euros a fait l'objet d'un paiement en quatre fois, respectivement les 24 février 2020, 2, 19 et 29 juillet 2021 ; le paiement de l'intégralité de cette facture étant intervenu sur le mois de juillet 2021, elle pouvait opérer la déduction de taxe sur la valeur ajoutée de cette facture sur le mois de juillet 2021 ;
- la déductibilité des dépenses de restauration, de réception et de spectacles s'apprécie depuis le 1er mai 2002 dans les conditions de droit commun sur le seul fondement des dispositions de l'article 271 du code général des impôts (instruction du 15 juillet 2002, 3 D-3-02) ;
- une partie de la taxe sur la valeur ajoutée mentionné sur la facture " Hyatt Regency " du 26 juillet 2021 est relative à des prestations de restaurant et de réception dont les membres de la société ont pu bénéficier au cours du séminaire facturé ; cette fraction de TVA d'un montant de 408, 18 euros, qui est apparente sur la facture donc être considérée a minima comme déductible ;
- elle admet qu'elle a déduit à tort un montant de TVA correspondant à des dépenses d'hébergement pour un montant de 641, 64 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 juin 2022 et 23 février 2023, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne demande la jonction de cette instance avec celle enregistrée sous le n° 2107038 et conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soddu ;
- et les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Beaver-Visitec International Sales Limited, créée le 30 juillet 2010, a son siège social au Royaume-Uni et possède un établissement sur la commune de Toulouse depuis le 1er octobre 2020. Elle exerce une activité de distribution et de vente de matériel médical spécialisé dans la chirurgie oculaire. La société a présenté une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 40 220 euros, au titre du mois de juillet 2021. Par une lettre en date du 1er septembre 2021, le service lui a demandé des informations complémentaires, ainsi que le dépôt d'une déclaration CA3 modificative. Cette demande étant restée sans réponse, par une décision du 12 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne a rejeté sa demande. Par sa requête, la société requérante demande au tribunal de prononcer le remboursement partiel d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 39 578 euros au titre du mois de juillet 2021, assortis des intérêts moratoires.
Sur la demande de jonction présentée par le service :
2. La décision de joindre des requêtes constitue un pouvoir propre du juge. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de joindre la présente requête avec celle enregistrée sous le n° 2107038 introduite par la société Beaver-Visitec International Sales Limited, celle-ci ayant été jugée par une ordonnance du tribunal administratif de Toulouse en date du 9 mai 2023.
Sur les conclusions à fin de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée du mois de juillet 2021 :
En ce qui concerne la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " / 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons et les achats mentionnés aux a et a sexies du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur ; / () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. ()". Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () / IV. La taxe déductible dont l'imputation n'a pu être opérée peut faire l'objet d'un remboursement dans les conditions, selon les modalités et dans les limites fixées par décret en Conseil d'Etat. ()". Aux termes de l'article L.177 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration. () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. ". Enfin, aux termes de l'article 206 de l'annexe II du même code : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / II. - Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. / III. - 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction. () / IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise ; / 2° Lorsque le bien ou le service est relatif à la fourniture à titre gratuit du logement des dirigeants ou du personnel de l'entreprise, à l'exception de celui du personnel de gardiennage, de sécurité ou de surveillance sur les chantiers ou dans les locaux de l'entreprise ; () ".
4. Il résulte de l'instruction que la société requérante a adressé une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) d'un montant de 40 220 euros au titre du mois de juillet 2021, correspondant à de la TVA déductible sur autres biens et services, pour un montant de 48 441 euros. Cette demande a été rejetée le 12 octobre 2021, faute de réception des pièces justificatives demandées le 1er septembre 2021 par le pôle de contrôle et d'expertise de Toulouse Mirail et permettant de vérifier les conditions du remboursement demandé.
5. En premier lieu, la société requérante fournit à l'appui de sa requête, la facture WMH n° 210702278 du 20 juillet 2021 et les factures CACIC n° DM56041-2021, CAHPP n° FA100800 et HELPEVIA n° HE202107-0530 datées du 22 juillet 2021 2021, un extrait des comptes fournisseurs ouverts au nom des sociétés Helpevia, Cacic Services et CAHPP dans ses écritures comptables pour la période concernée par le crédit de taxe sur la valeur ajoutée sollicité. Si la société requérante soutient que l'inscription des sommes en litige au crédit du compte " fournisseurs " doit être regardée comme un encaissement pour les prestataires, toutefois, ces seuls éléments ne suffisent pas, à défaut d'être corroborés par la preuve du règlement effectif de ces factures sur le mois de juillet 2021, à justifier le crédit de taxe sur la valeur ajoutée, son exigibilité et par voie de conséquence la déductibilité de la TVA sur autres biens et services sur la période de juillet 2021, étant entendu au demeurant que les justificatifs fournis prévoit des dates limite de paiement fixées au mois d'août et septembre 2021. Dans ces conditions, l'administration était fondée, en l'absence de productions de justificatifs de paiement, de refuser tout droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée.
6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante a fourni à l'appui de sa requête, la facture Hyatt Regency n° 28493767 du 26 juillet 2021 relative à l'organisation d'un séminaire, comprenant la réservation de trente-deux chambres, la réparation d'une vitre, des frais de taxi, ainsi que des forfaits de journées d'études et des forfaits " vin ", et les justificatifs de paiement de cette facture, lesquels ont été acceptés par le service. Si la société requérante reconnait dans ses écritures qu'elle a déduit à tort un montant de TVA correspondant à des dépenses d'hébergement pour un montant de 641, 64 euros, elle soutient pour autant que, la partie de la TVA relative à des prestations de restaurant et de réception dont ses membres ont pu bénéficier au cours de ce séminaire est déductible. Toutefois, la société requérante ne justifie ni de l'identité des participants, ni de la finalité professionnelle ou non professionnelle des prestations fournies. Dans ces conditions, l'administration était fondée, en l'absence de production des justificatifs, de refuser tout droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée de cette facture.
7. En troisième lieu, si la société requérante soutient qu'elle était de bonne foi et qu'elle a tenté de rentrer en relation avec le service afin de régulariser sa situation, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée sollicité.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :
8. A supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir de la doctrine administrative issue de l'instruction 3 D-3-02 n° 123 publiée au BOI du 15 juillet 2002, celle-ci ne fait pas d'interprétation de la loi différente de celle dont il a été fait application aux points précédents.
9. Il résulte de ce qui précède que, la société Beaver-Visitec International Sales Limited n'est pas fondée à demander le remboursement du crédit de TVA au titre du mois de juillet 2021.
Sur les intérêts moratoires :
10. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable () ".
11. En l'absence de litige né et actuel avec le comptable du Trésor, les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires doivent être rejetées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Beaver-Visitec International Sales Limited doit être rejetée, y compris les conclusions tendant au paiement des intérêts moratoires présentées sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales.
Sur les frais du litige :
13. Les conclusions de la société Beaver-Visitec International Sales Limited présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de la société Beaver-Visitec International Sales Limited est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Beaver-Visitec International Sales Limited et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La rapporteure,
N. SODDU
La présidente,
S. CAROTENUTO La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026