jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107245 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2021 et 20 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Lapuelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 l'affectant au collège Toulouse Lautrec à Toulouse ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de l'affecter dans un établissement situé à proximité de son domicile ;
3°) d'annuler la décision du 29 août 2021 refusant de lui accorder une dispense partielle de la formation à l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE), ensemble la décision implicite née le 8 novembre 2021 rejetant son recours gracieux du 7 septembre 2021 ;
4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de lui accorder une dispense partielle de formation INSPE compte tenu des modules qu'il a déjà validés et de sa formation antérieure ;
5°) d'annuler la décision implicite née le 11 décembre 2021 rejetant sa demande d'autorisation spéciale d'absence, en sa qualité de personnel vulnérable ;
6°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de lui accorder l'autorisation spéciale d'absence sollicitée ;
7°) de condamner le recteur de l'académie de Toulouse à lui verser la somme de 33 894 euros en indemnisation des préjudices subis ;
8°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions successives l'affectant dans des établissements éloignés de son domicile sont insuffisamment motivées ;
-elles sont illégales et constitutives d'une faute dès lors que, d'une part, elles traduisent un refus de prendre en compte son état de santé et sa situation de travailleur handicapé, en méconnaissance de la priorité d'affectation à laquelle il a droit en vertu de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 et, d'autre part, elles ont été prises en méconnaissance de l'obligation de l'administration d'organiser une consultation avec le médecin de prévention et de tenir compte de ses préconisations relatives aux conditions de travail, en méconnaissance des dispositions du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique ;
-la décision refusant de lui accorder une dispense partielle des enseignements déjà validés à l'INSPE méconnaît l'arrêté du 18 juin 2014 du ministre de l'éducation nationale relatif aux modalités de formation initiales ;
-la décision refusant de lui accorder le bénéfice d'une autorisation spéciale d'absence est entachée d'illégalité et constitutive d'une faute dès lors qu'il avait droit à être placé en position d'activité partielle compte tenu de son état de santé et de sa vulnérabilité à la covid-19 ;
-l'illégalité des décisions contestées, le retard pris dans la gestion de sa demande de congé de grave maladie et l'atteinte à sa santé physique et mentale ainsi qu'à son avenir professionnel sont constitutifs d'une situation de harcèlement moral et partant d'une faute de l'administration ;
-l'Etat a commis une faute en méconnaissant son droit d'accomplir un stage dans des conditions propres à acquérir une expérience professionnelle et à ce que ses compétences et qualités puissent être évaluées ;
-l'Etat a commis une faute en méconnaissant son obligation de protection de la santé et de l'intégrité physique de ses agents et dès lors qu'il a été exposé à des risques psychosociaux ;
-il a subi divers préjudices d'ordres matériel et moral, une perte de chance sérieuse et un préjudice de carrière ainsi que dans ses conditions d'existence.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 octobre 2022 et 6 février 2023, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
-les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint d'affecter M. A dans un établissement à proximité de son domicile sont irrecevables dès lors que, ne constituant pas une mesure d'exécution d'un jugement, elles ne relèvent pas de l'office du juge administratif ;
-les conclusions à fin d'annulation de la décision d'affecter M. A au collège Toulouse-Lautrec de Toulouse sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;
-les créances que M. A estime détenir sur l'administration pour les années 2015 et 2016 sont prescrites ;
-la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée concernant la période antérieure à la rencontre du 11 février 2020 entre M. A et le médecin de prévention ;
-l'Etat n'a commis aucun manquement constitutif d'une faute et de nature à engager sa responsabilité ;
-les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 février 2023 à 12 heures.
Par son mémoire du 20 janvier 2023, M. A déclare se désister de ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction afférentes et maintenir le surplus de ses conclusions.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Constitution ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 95-979 du 25 août 1995 ;
- l'arrêté du 18 juin 2014 fixant les modalités initiales de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement public stagiaires ;
- la circulaire du 9 septembre 2021 relative à l'identification et aux modalités de protection des agents publics civils reconnus vulnérables à la Covid-19 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lejeune,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- et les observations de Me Foucard, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, enseignant de lettres modernes, a été recruté, le 17 juillet 2015, par le recteur de l'académie de Toulouse en tant que contractuel bénéficiaire de l'obligation d'emploi prévue à l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 et le décret du 25 août 1995 relatif au recrutement des travailleurs handicapés dans la fonction publique. Ce contrat a été conclu pour une durée initiale d'un an à compter du 1er septembre 2015. A l'issue de cette période, la commission administrative paritaire académique a déclaré l'ajournement de M. A, faisant ainsi obstacle à sa titularisation. L'intéressé a néanmoins bénéficié d'un renouvellement de son contrat avec le rectorat pour une durée d'un an, couvrant l'année scolaire 2016/2017. Toutefois, compte-tenu de son état de santé et de ses absences réitérées, M. A n'a pu faire l'objet d'une évaluation de ses aptitudes professionnelles. Son contrat a donc été régulièrement renouvelé sous forme de prolongations d'un an supplémentaire, au titre des années scolaires 2017/2018, 2018/2019, 2019/2020 puis 2020/2021.
2. Par courrier du 6 septembre 2020, M. A a sollicité un aménagement de sa scolarité au sein de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation de Toulouse, que le recteur de l'académie de Toulouse a expressément refusé par courrier du 20 octobre 2020. Le 7 septembre 2021, M. A a adressé au recteur un courrier portant réclamation préalable indemnitaire et recours gracieux. Enfin, le 11 octobre 2021, il a demandé au recteur de bénéficier d'une autorisation spéciale d'absence, en qualité de personne vulnérable à la Covid-19.
Sur l'étendue du litige :
3. Dans le dernier état de ses écritures, résultant de son mémoire enregistré le 20 janvier 2023, M. A demande la condamnation du recteur de l'académie de Toulouse à lui verser la somme de 33 894 euros en indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis et que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
4. Par conséquent, si, dans sa requête, M. A avait présenté des conclusions à fin d'annulation et des conclusions tendant à ce que soient prononcées les injonctions y afférentes, l'intéressé a, dans un mémoire enregistré le 20 janvier 2023, expressément abandonné ces conclusions. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de ne statuer que sur les conclusions présentées à fin d'indemnisation des préjudices que M. A estime avoir subis ainsi que des frais exposés pour les besoins de l'instance mais non compris dans les dépens.
Sur les fautes tirées de l'illégalité des décisions contestées :
En ce qui concerne les affectations successives :
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 5212-13 du code du travail, dans sa rédaction applicable du 8 juin 2009 au 1er janvier 2017 : " Bénéficient de l'obligation d'emploi instituée par l'article L. 5212-2 : / 1° Les travailleurs reconnus handicapés par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnées à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles ; / () ". En vertu de l'article 19 de la loi du 11 janvier 1984 portant titre II du statut général des fonctionnaires, les fonctionnaires sont en principe recrutés par la voie du concours. Par dérogation à ce principe, et aux termes du II de l'article 27 de cette loi, dans sa rédaction applicable du 12 février 2005 au 8 août 2019 : " Les personnes mentionnées [au] 1° () de l'article L. 5212-13 du code du travail peuvent être recrutées en qualité d'agent contractuel dans les emplois de catégorie A, B, et C pendant une période correspondant à la durée de stage prévue par le statut particulier du corps dans lequel elles ont vocation à être titularisées. Le contrat est renouvelable, pour une durée qui ne peut excéder la durée initiale du contrat. A l'issue de cette période, les intéressés sont titularisés sous réserve qu'ils remplissent les conditions d'aptitude pour l'exercice de la fonction. ". En vertu de l'article 1er du décret du 25 août 1995, dans sa rédaction en vigueur du 20 janvier 2005 au 20 mars 2017, les bénéficiaires de l'obligation d'emploi susmentionnée peuvent être recrutés en qualité d'agents contractuels lorsque leur handicap a été jugé compatible avec l'emploi postulé par un comité médical départemental. Aux termes de l'article 4 de ce décret, dans sa rédaction applicable au litige : " Les candidats qui remplissent les conditions fixées aux articles ci-dessus peuvent être recrutés par contrat pour la période prévue à l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / () ". Aux termes de l'article 8 du même décret, dans sa rédaction applicable : " A l'issue du contrat, l'appréciation de l'aptitude professionnelle de l'agent par l'autorité disposant du pouvoir de nomination est effectuée au vu du dossier de l'intéressé et après un entretien de celui-ci avec un jury organisé par l'administration chargée du recrutement. / I. - Si l'agent est déclaré apte à exercer les fonctions, l'autorité administrative ayant pouvoir de nomination procède à sa titularisation après avis de la commission administrative paritaire du corps concerné. / () / Lors de la titularisation, l'agent est affecté dans l'emploi pour lequel il a été recruté comme agent non titulaire. / II. - Si l'agent, sans s'être révélé inapte à exercer ses fonctions, n'a pas fait la preuve de capacités professionnelles suffisantes, l'autorité administrative ayant pouvoir de nomination prononce le renouvellement du contrat pour la période prévue à l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, après avis de la commission administrative paritaire du corps au sein duquel l'agent a vocation à être titularisé. / Une évaluation des compétences de l'intéressé est effectuée de façon à favoriser son intégration professionnelle. / Si l'appréciation de l'aptitude de l'agent ne permet pas d'envisager qu'il puisse faire preuve de capacités professionnelles suffisantes dans le corps dans lequel il a vocation à être titularisé, le renouvellement du contrat peut être prononcé, après avis de la commission administrative paritaire de ce corps, en vue d'une titularisation éventuelle dans un corps de niveau hiérarchique inférieur. / III. - Si l'appréciation de l'aptitude de l'agent ne permet pas d'envisager qu'il puisse faire preuve de capacités professionnelles suffisantes, le contrat n'est pas renouvelé, après avis de la commission administrative paritaire du corps concerné. L'intéressé peut bénéficier des allocations d'assurance chômage en application de l'article L. 351-12 du code du travail. / () ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'agent recruté sur le fondement de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 a le statut d'agent contractuel de droit public, et non de fonctionnaire titulaire ou de fonctionnaire stagiaire, bien que le contrat soit conclu pour une durée équivalente à celle du stage auxquels sont soumis les agents recrutés par la voie du concours.
7. Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, pris en son troisième alinéa : " Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service, les affectations prononcées doivent tenir compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée () aux fonctionnaires handicapés relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail (). " Toutefois, en vertu de l'article 2 de cette même loi, les dispositions du titre II du statut général des fonctionnaires ne s'appliquent qu' " aux personnes qui, régies par les dispositions du titre Ier su statut général, ont été nommées dans un emploi permanent à temps complet et titularisés dans un grade de la hiérarchie des administrations centrales de l'Etat, des services déconcentrés en dépendant ou des établissements publics de l'Etat ".
8. En l'espèce, M. A, a été recruté sur le fondement de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 en la qualité d'agent contractuel de droit public bénéficiaire de l'obligation d'emploi. Par suite, il ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984, qui n'est applicable qu'au personnel titulaire de l'Etat. La circonstance que M. A ait été recruté sur le fondement de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984, qui constitue une voie dérogatoire au principe du recrutement par la voie du concours, n'est pas de nature à le faire entrer dans le champ d'application des autres dispositions de cette loi. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de la priorité d'affectation des fonctionnaires en situation de handicap doit être écarté comme inopérant.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que le recteur et les services du rectorat de l'académie de Toulouse ont commis une faute en méconnaissant un droit à une priorité d'affectation.
En ce qui concerne le respect des préconisations du médecin de prévention :
10. Aux termes de l'article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique, dans sa rédaction en vigueur du 1er juillet 2011 au 30 mai 2020 : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placé sous leur autorité ". Aux termes de l'article 10 de ce décret : " Un service de médecine de prévention, dont les modalités d'organisation sont fixées à l'article 11, est créé dans les administrations et établissements publics de l'Etat soumis aux dispositions du présent décret. / Le service de médecine de prévention a pour rôle de prévenir toute altération de la santé des agents du fait de leur travail. Il conduit les actions de santé au travail, dans le but de préserver la santé physique et mentale des travailleurs tout au long de leur parcours professionnel. / Afin d'assurer la mise en œuvre des compétences médicales, techniques et organisationnelles nécessaires à la prévention des risques professionnels et à l'amélioration des conditions de travail, le service de médecine de prévention fait appel en tant que de besoin, aux côtés du médecin de prévention, des infirmiers et le cas échéant des secrétaires médicaux, à des personnes ou des organismes possédant des compétences dans ces domaines. / L'équipe pluridisciplinaire ainsi constituée est placée sous la responsabilité du chef de service et est coordonnée par le médecin de prévention. / () ".
11. En vertu de l'article 11 du décret du 28 mai 1982, les missions du service de médecine de prévention sont assurées par un ou plusieurs médecins qui prennent le nom de médecin de prévention. Aux termes de l'article 11-1 de ce décret : " Le médecin de prévention exerce son activité médicale, en toute indépendance et dans le respect des dispositions du code de déontologie médicale (). Il agit dans l'intérêt exclusif de la santé et de la sécurité des agents dont il a la surveillance médicale. () / Sans préjudice des missions des médecins chargés des visites d'aptitude physique, le médecin de prévention peut formuler un avis ou émettre des propositions lors de l'affectation de l'agent au poste de travail au vu des particularités de ce dernier et au regard de l'état de santé de l'agent. / Dans ce cas, les rôles respectifs du médecin de prévention et du médecin agréé s'exercent de façon complémentaire : le médecin agréé vérifie l'aptitude à l'exercice d'un emploi public ; le médecin de prévention vérifie la compatibilité de l'état de santé de l'agent avec les conditions de travail liées au poste occupé par l'agent. / Le médecin de prévention reçoit de l'autorité administrative à laquelle il est rattaché une lettre de mission précisant les services et établissements pour lesquels il est compétent, les objectifs de ses fonctions ainsi que les volumes de vacations horaire à accomplir. " Aux termes de l'article 15 du même décret : " Le médecin de prévention exerce son activité médicale, en toute indépendance et dans le respect des dispositions du code de déontologie médicale (). Il agit dans l'intérêt exclusif de la santé et de la sécurité des agents dont il a la surveillance médicale. () / Sans préjudice des missions des médecins chargés des visites d'aptitude physique, le médecin de prévention peut formuler un avis ou émettre des propositions lors de l'affectation de l'agent au poste de travail au vu des particularités de ce dernier et au regard de l'état de santé de l'agent. / Dans ce cas, les rôles respectifs du médecin de prévention et du médecin agréé s'exercent de façon complémentaire : le médecin agréé vérifie l'aptitude à l'exercice d'un emploi public ; le médecin de prévention vérifie la compatibilité de l'état de santé de l'agent avec les conditions de travail liées au poste occupé par l'agent. / Le médecin de prévention reçoit de l'autorité administrative à laquelle il est rattaché une lettre de mission précisant les services et établissements pour lesquels il est compétent, les objectifs de ses fonctions ainsi que les volumes de vacations horaire à accomplir. "
12. Les dispositions précitées définissent le rôle du médecin de prévention au sein des administrations de la fonction publique de l'Etat et rappellent les compétences respectives du médecin de prévention et du médecin agréé. En effet, si le médecin agréé intervient lors du recrutement de l'agent afin de vérifier son aptitude à l'exercice d'un emploi public, le médecin de prévention assure le suivi régulier des agents qui ont déjà été nommés dans leurs fonctions afin de vérifier la compatibilité de leur état de santé avec les conditions de travail liées au poste qu'ils occupent.
13. Aux termes de l'article 22 du décret du 28 mai 1982 : " Les administrations sont tenues d'organiser un examen médical annuel pour les agents qui souhaitent en bénéficier ". En vertu de l'article 24 de ce décret, le médecin de prévention exerce une surveillance médicale particulière à l'égard des agents en situation de handicap et définit la fréquence et la nature du suivi que comporte cette surveillance médicale. Aux termes de l'article 26 du même décret : " Le médecin de prévention est habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / () Lorsque ces propositions ne sont pas agréées par l'administration, celle-ci doit motiver son refus et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail doit en être tenu informé. "
14. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, sont tenues d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 26 du décret du 28 mai 1982 précité, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiées par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine de prévention sont seuls habilités à émettre.
15. Toutefois, ni ces dispositions ni celles du décret du 25 août 1995 pris pour l'application de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 n'imposent aux autorités administratives d'organiser d'office une consultation du médecin de prévention par l'agent bénéficiaire d'une obligation d'emploi en vertu du 1° de l'article L. 5212-13 du code du travail. L'autorité administrative n'y est tenue que lorsque l'agent en fait la demande.
16. En l'espèce, M. A a été recruté au sein du corps des enseignants du second degré par contrat du 17 juillet 2015 sur le fondement de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 et du décret du 25 août 1995. Le requérant soutient que l'administration a commis une faute en n'organisant pas de consultation du médecin de prévention depuis son recrutement, ce qui n'a pas permis au médecin de prévention de formuler des préconisations sur son cas.
17. En premier lieu, M. A ne saurait utilement invoquer l'application d'une " fiche technique " du 16 mars 2015 établie par la mission d'insertion des personnes handicapées de la direction générale des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale prise pour l'application du décret précité du 25 août 1995. En effet, et ainsi qu'il ressort clairement de son contenu, cette fiche se rapporte à la procédure de recrutement des personnels prévue par ce décret et impose à l'autorité administrative d'organiser la consultation d'un médecin agréé afin qu'il établisse un certificat d'aptitude et de compatibilité du handicap du candidat avec la fonction envisagée. Or, et conformément à l'article 15 du décret du 28 juin 1982 précité, l'établissement d'un tel certificat ne relève pas de la compétence du médecin de prévention, seulement habilité à émettre des avis et des préconisations sur les conditions de travail d'un agent déjà recruté et en poste.
18. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A n'a demandé à rencontrer le médecin de prévention que par courrier du 9 janvier 2020. Ainsi, avant cette date, et ainsi qu'il a été exposé au point 14 du présent jugement, le rectorat n'était pas, tenu, en l'absence de demande de l'intéressé d'organiser d'office une telle consultation. A la suite de cette demande, le rectorat de l'académie de Toulouse a organisé une consultation qui s'est tenue le 11 février 2020, au terme de laquelle le médecin de prévention a formulé des préconisations quant aux conditions de travail de M. A.
19. En dernier lieu, M. A soutient que l'administration a commis une faute en ne tenant pas compte des préconisations émises par le médecin de prévention en l'affectant dans des établissements scolaires éloignés de son domicile le contraignant ainsi à effectuer de longs trajets en voiture pour se rendre au travail et sur son lieu de formation initiale. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, un tel moyen ne saurait être utilement invoqué par M. A que pour la période postérieure à l'avis du 11 février 2020 du médecin de prévention.
20. Il résulte de l'instruction qu'à compter de la rentrée scolaire 2020, M. A a été affecté dans des établissements situés à Toulouse. Par ailleurs, le centre de formation de l'INSPE au sein duquel M. A devait accomplir sa formation initiale est également situé à Toulouse. Or, depuis un déménagement volontaire de sa part, M. A réside à Lugan, dans le département du Tarn. Il en a informé les services du rectorat de l'académie de Toulouse par courriel du 12 juillet 2018 qui comportait également la liste de ses vœux d'affectation. Toutefois, en se bornant à produire l'avis médical émis par le médecin de prévention le 11 février 2020 préconisant de " limiter du mieux que possible les déplacements en voiture " le requérant ne justifie pas de ses contraintes quotidiennes, des itinéraires qu'il emprunte, ni de ses souhaits d'affectation actualisés au regard de l'avis du médecin de prévention. La seule circonstance que ces affectations ne se situent pas dans le département de résidence de M. A ne suffit pas à les regarder comme trop éloignées et comme ne tenant pas compte des besoins et contraintes de l'intéressé. Ainsi, en l'absence d'éléments supplémentaires, ces affectations dans des collèges situés à Toulouse, et par ailleurs rapprochés du centre de formation de l'INSPE auquel M. A est inscrit, ne sont pas inadaptées, ni inopportunes. Il n'y a, dès lors, pas lieu de retenir l'existence d'une faute de la part de l'administration sur ce point.
En ce qui concerne les demandes d'aménagements de sa formation initiale :
21. Aux termes de l'article 6 du décret du 25 août 1995 pris pour l'application de l'article 27 de la loi du 11 janvier 1984 : " Les agents bénéficient d'une formation au cours du contrat, dont les modalités et les conditions sont fixées par chaque administration. / Ils font en outre l'objet d'un suivi personnalisé visant à faciliter leur insertion professionnelle. / () ". En vertu de l'article 8 du même décret, précité, la titularisation de l'agent contractuel bénéficiaire de l'obligation d'emploi ne peut intervenir qu'à l'issue du contrat et après une appréciation favorable de l'aptitude professionnelle de l'agent par l'autorité disposant du pouvoir de nomination, effectuée au vu du dossier de l'intéressé et après un entretien de celui-ci avec un jury organisé par l'administration chargée du recrutement.
22. Ainsi, les modalités et conditions de suivi de la formation initiale de même que d'évaluation des aptitudes professionnelles de l'agent bénéficiaire de l'obligation d'emploi sont fixées par l'administration dans laquelle il a été contractuellement recruté. Par suite, le requérant ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'arrêté du 18 juin 2014 du ministre de l'éducation nationale fixant les modalités de formation initiale de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement public stagiaires, dont le champ d'application n'inclut pas les agents contractuels recrutés sur le fondement du décret du 25 août 1995.
23. Par ailleurs, M. A a effectivement demandé à bénéficier d'une dispense de l'obligation d'assister aux enseignements qu'il aurait déjà suivis et validés, tout en se bornant à invoquer les temps de trajet le séparant de son lieu de formation, l'inutilité de sa présence aux enseignements et une différence de traitement entre les fonctionnaires et les contractuels bénéficiaires de l'obligation d'emploi. Toutefois, le recteur de l'académie de Toulouse a pu légalement faire valoir que, malgré plusieurs années de formation initiale, les aptitudes professionnelles de M. A n'avaient toujours pas pu être évaluées de sorte que sa présence aux enseignements du centre de formation demeurait obligatoire. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait commis une faute en refusant de dispenser M. A de suivre certains enseignements à l'INSPE de Toulouse.
En ce qui concerne le refus d'autorisation spéciale d'absence pour Covid-19 :
24. Aux termes de l'article 13 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, dans sa rédaction en vigueur du 24 mars 2014 au 14 mars 2022 : " L'agent non titulaire en activité et comptant au moins trois années de service, atteint d'une affection dûment constatée, le mettant dans l'impossibilité d'exercer son activité, nécessitant un traitement et des soins prolongés et présentant un caractère invalidant et de gravité confirmée bénéficie d'un congé de grave maladie pendant une période maximale de trois ans. / Dans cette situation, l'intéressé conserve l'intégralité de son traitement pendant une durée de douze mois. Le traitement est réduit de moitié pendant les vingt-quatre mois suivants. / En vue de l'octroi de ce congé, l'intéressé est soumis à l'examen d'un spécialiste agréé compétent pour l'affection en cause. La décision d'octroi est prise par le chef de service sur avis émis par le comité médical saisi du dossier. / La composition du comité médical et la procédure suivie sont celles prévues par la réglementation en vigueur pour les fonctionnaires titulaires. / Le congé pour grave maladie peut être accordé par période de trois à six mois. L'agent qui a épuisé un congé de grave maladie ne peut bénéficier d'un autre congé de cette nature s'il n'a repris auparavant l'exercice de ses fonctions pendant un an. "
25. En vertu de la circulaire du 9 septembre 2021 relative à l'identification et aux modalités de protection des agents publics civils reconnus vulnérables à la Covid-19, les agents vulnérables sévèrement immunodéprimés pouvaient être placés en autorisation spéciale d'absence s'ils le demandaient et à condition de présenter un certificat médical attestant qu'ils se trouvent dans l'une des situations énumérées par cette circulaire. Ce dispositif avait pour objectif, lorsque la mise en place d'un régime de télétravail n'était pas possible, d'éloigner les agents publics les plus vulnérables à la Covid-19 du foyer infectieux que pouvait constituer leur lieu de travail.
26. Il résulte de l'instruction, et en particulier des récapitulatifs des périodes de congés produits en défense, que M. A a été placé en congé de maladie ordinaire pendant une longue période, y compris celle couvrant l'année scolaire 2020/2021. Par courrier du 17 mars 2021, M. A a sollicité son placement en congé de grave maladie. Cette demande est demeurée sans réponse explicite pendant plus d'un an. Par courrier du 11 octobre 2021, M. A a demandé à bénéficier d'une autorisation spéciale d'absence sur le fondement de la circulaire du 9 septembre 2021 en tant que personne vulnérable à la Covid-19. Par courrier du 7 mars 2022, le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté cette demande d'autorisation spéciale d'absence, au motif que M. A n'était pas en position d'activité pendant la période considérée. Par arrêtés du 11 mai 2022, le recteur de l'académie de Toulouse a rétroactivement placé M. A en congé de grave maladie à compter du 6 janvier 2020 et jusqu'au 31 août 2022.
27. M. A soutient que ce refus de lui accorder le bénéfice d'une autorisation spéciale d'absence sur le fondement de la circulaire du 9 septembre 2021 est constitutif d'une faute de la part de l'administration. Toutefois, le recteur de l'académie de Toulouse a pu, à bon droit, décliner la demande de M. A au motif qu'il n'était pas en position d'activité lorsqu'il a sollicité le bénéficie d'une autorisation spéciale d'absence. En outre, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la circonstance que le placement en congé de grave maladie a provoqué une diminution de sa rémunération au terme de la première année d'arrêt de travail, ce que n'aurait pas causé une autorisation spéciale d'absence, dès lors que, comme le rappellent les dispositions citées au point 25 du présent jugement, un congé de grave maladie a pour objectif de permettre à l'agent qui en demande le bénéfice de soigner l'affection dont il souffre. A l'inverse, une autorisation spéciale d'absence prise sur le fondement de la circulaire du 9 septembre 2021 vise à éloigner un agent vulnérable de son lieu de travail lorsque le télétravail n'est pas possible, afin d'éviter une contamination, et ne saurait se substituer à un congé de maladie ordinaire ou, en l'espèce, à un congé de grave maladie.
28. Il en résulte que le recteur de l'académie de Toulouse n'a pas commis de faute en refusant de placer M. A en autorisation spéciale d'absence sur le fondement de la circulaire du 9 septembre 2021.
Sur la faute tirée de l'existence d'une situation de harcèlement moral :
29. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.
30. M. A soutient que les agissements du recteur de l'académie de Toulouse et de ses services ont été constitutifs d'une situation de harcèlement moral. M. A fait état de plusieurs faits démontrant selon lui l'existence d'une telle situation.
31. En premier lieu, M. A invoque l'illégalité du refus de le dispenser d'une partie de la formation initiale à l'INSPE. Toutefois, ainsi qu'il a été établi précédemment, il ne résulte pas de l'instruction que ce refus, motivé par l'absence d'évaluation des aptitudes professionnelles de M. A jusqu'alors, aurait été entaché d'illégalité et aurait constitué une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration. Le moyen n'est donc pas fondé.
32. En deuxième lieu, le requérant soutient que le refus opposé à sa demande de réaffectation et l'illégalité de la décision du 20 juillet 2021 l'affectant au sein du collège Toulouse Lautrec situé à Toulouse ont contribué à la situation de harcèlement moral qu'il a subie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A ne relève pas du champ d'application de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 et ne bénéficie pas d'une priorité d'affectation par rapport à ses collègues. De plus, il ne résulte pas de l'instruction que les décisions successives d'affectation de M. A auraient été inadaptées par rapport à sa situation et à ses choix et par suite illégales en méconnaissant les contraintes et besoins inhérents à son handicap. Il en résulte que le moyen n'est pas fondé.
33. En troisième lieu, M. A qualifie le retard pris par les services du rectorat dans l'instruction de sa demande de congé de grave maladie de preuve d'une volonté délibérée d'obstruction. Certes, malgré une demande de M. A du 17 mars 2021, aucune réponse explicite n'est intervenue avant le 11 mai 2022, date à laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a placé M. A en congé de grave maladie de façon rétroactive à compter du 6 janvier 2021 et jusqu'au 31 août 2022. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense que le délai de traitement de la demande de M. A est lié à la saisine le 16 juin 2021 par le rectorat du comité médical départemental de la Haute-Garonne afin qu'il se prononce sur l'aptitude de M. A à exercer ses fonctions. Or, le dossier concernant M. A n'a pu être présenté qu'à la séance du comité du mois d'avril 2022 en raison des délais d'instruction, circonstance indépendante de la volonté du rectorat. Par un avis du 6 avril 2022, le comité médical départemental de la Haute-Garonne a déclaré M. A apte à ses fonctions et comme devant bénéficier d'aménagements de poste et d'un congé de grave maladie à compter du 6 janvier 2020. Cet avis a été rapidement suivi des arrêtés du recteur du 11 mai 2022 susmentionnés. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les services du rectorat auraient délibérément retardé le traitement de la demande de congé de grave maladie de M. A. Par suite, le moyen n'est pas fondé.
34. En quatrième lieu, M. A soutient que l'illégalité du refus de le placer en autorisation spéciale d'absence sur le fondement de la circulaire du 9 septembre 2021 participe à la situation de harcèlement moral qu'il a subie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, ce refus n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen n'est pas fondé.
35. En dernier lieu, M. A soutient que le comportement de l'administration a porté une atteinte à sa santé physique et mentale ainsi qu'à son avenir professionnel. Le requérant fait valoir que le défaut de prise en compte de son état de santé et des préconisations du médecin de prévention a un impact direct sur son état de santé et a engendré un trouble dépressif sévère. La volonté alléguée de l'administration de rechercher son inaptitude à ses fonctions aurait eu pour but de faire échec à sa titularisation et de le faire abandonner son projet professionnel. Toutefois, il résulte de l'instruction que le renouvellement du contrat de M. A en 2016 est lié à son ajournement réitéré à l'évaluation finale de ses aptitudes professionnelles. Par la suite, les prolongations de contrat d'une durée d'un an supplémentaire, entre les années 2017 et 2022 sont liées à l'impossibilité pour les services académiques d'évaluer les compétences de M. A. En effet, le requérant a accumulé de très nombreuses et longues absences depuis son recrutement en 2015. Si certains rapports reconnaissent que l'intéressé disposerait des capacités d'accomplir ses missions d'enseignement, tous font état d'un absentéisme récurrent et de difficultés à pouvoir le contacter. Ainsi, l'état actuel de la situation professionnelle de M. A n'est pas lié à une volonté de lui nuire de la part des services du rectorat mais aux difficultés que son état de santé pose pour la réussite de son projet professionnel. En effet, la titularisation de M. A dans le corps des enseignants du second degré ne pourra avoir lieu qu'après une évaluation favorable de ses aptitudes professionnelles par l'autorité disposant du pouvoir de nomination. Par suite, le moyen n'est pas fondé.
36. Il résulte de tout ce qui précède que M. A ne produit pas d'éléments de fait graves et répétés susceptibles de faire présumer l'existence du harcèlement moral qu'il invoque. Au contraire, les éléments produits par l'administration établissent que les faits reprochés par M. A sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'existence d'une situation de harcèlement moral ouvrant droit à réparation sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'administration.
Sur la faute alléguée tirée de l'impossibilité pour M. A de faire ses preuves :
37. En vertu de l'article 7-1 du décret du 25 août 1995, lorsque le contrat conclu entre l'administration et le bénéficiaire de l'obligation d'emploi a été interrompu par les congés de maladie de l'agent, il est prolongé dans les conditions prévues à l'article 27 du décret du 7 octobre 1994, et l'évaluation prévue à l'article 8 du décret du 25 août 1995 intervient à l'issue de cette prolongation. Aux termes de l'article 27 du décret du 7 octobre 1994, dans sa rédaction en vigueur depuis le 12 octobre 1994 : " Quand, du fait des congés successifs de toute nature, autres que le congé annuel, le stage a été interrompu pendant moins de trois ans, l'intéressé doit, à l'issue du dernier congé, recommencer la totalité du stage qui est prévu par le statut particulier en vigueur. / Si l'interruption a duré moins de trois ans, l'intéressé ne peut être titularisé avant d'avoir accompli la période complémentaire de stage qui est nécessaire pour atteindre la durée normale du stage prévu par le statut particulier en vigueur. "
38. En l'espèce, M. A soutient que les multiples prolongations de son contrat traduisent une décision de l'administration de ne pas le titulariser alors qu'elle devait mettre en œuvre des mesures renforcées pour favoriser son intégration dans le corps des enseignants du second degré. Le requérant se prévaut du principe selon lequel, et sous réserve d'un licenciement intervenant en cours de stage et motivé par ses insuffisances ou manquements professionnels, tout fonctionnaire stagiaire a le droit d'accomplir son stage dans des conditions lui permettant d'acquérir une expérience professionnelle et de faire la preuve de ses capacités pour les fonctions auxquelles il est destiné.
39. Toutefois, les prolongations du contrat de M. A intervenues en 2017, 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022 sont fondées, ainsi qu'il a déjà été dit, sur les nombreuses absences de M. A et l'impossibilité pour les services académiques de l'évaluer. En outre, l'intéressé ne s'est pas rendu à un entretien organisé le 28 mai 2020 devant le jury de l'académie de Toulouse en vue de sa titularisation, se prévalant de son placement en congé maladie ordinaire. Ainsi, il ne résulte aucunement de l'instruction que les prolongations de contrat dont M. A a fait l'objet seraient liés à une décision de l'administration de ne pas le titulariser dans le corps des enseignants du second degré. De plus, aucune des décisions de l'administration n'a eu pour but et pour objet de dégrader les conditions de travail et de formation de M. A afin de l'empêcher de démontrer ses aptitudes professionnelles. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le recteur d'académie aurait commis une faute en faisant obstacle à son expérience professionnelle et à la démonstration de ses capacités professionnelles.
Sur la faute tirée de l'exposition à des risques psychosociaux :
40. Ainsi qu'il a été démontré, l'illégalité des décisions contestées n'est pas établie, ni même l'illégalité fautive du comportement du rectorat de l'académie de Toulouse à l'encontre de M. A. L'assertion de ce dernier selon laquelle l'administration l'aurait, par ses décisions et son comportement, exposé à des risques psychosociaux de nature à dégrader son état de santé physique et mentale, n'est pas établie au dossier. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait commis une telle faute sur ce point.
41. Il résulte de tout ce qui précède que M. A ne démontre pas l'existence d'une quelconque faute commise par le rectorat de l'académie de Toulouse, ni d'une situation de harcèlement moral à son égard. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation présentées sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente affaire, il n'y a pas non plus lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. A présentées aux fins d'annulations et d'injonction.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
A. LEJEUNE
Le président,
H. CLENLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026