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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107404

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107404

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107404
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CAMILLE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 décembre 2021 et 4 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Gasquet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017 en droits, intérêts et pénalités, pour un montant total de 92 650 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la somme de 200 000 euros versée à la suite de la condamnation au paiement du passif social de la SAS Sports Plaisirs Montauban doit être déduite de son revenu global afférent à l'année 2017, en application des dispositions de l'article 156-I du code général des impôts ;

- la majoration pour manquement délibéré n'est pas justifiée, dès lors d'une part que c'est de bonne foi qu'il ne s'est pas estimé tenu de déclarer la plus-value imposable résultant de la cession des titres qu'il détenait dans le capital de la SCI Grand By en raison de sa compensation avec la déduction de la somme acquittée pour couvrir le passif de la SAS Sports Plaisirs Montauban et, d'autre part, qu'il a finalement souscrit une déclaration.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 mai et 22 novembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déclaré ses revenus perçus en 2017 dans le délai de déclaration. Il a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel le service vérificateur a constaté une omission déclarative relative à une plus-value réalisée dans le cadre de la cession de parts sociales intervenue le 11 mai 2017. Par une proposition de rectification du 9 décembre 2020, l'administration fiscale lui a notifié les rehaussements correspondants. En réponse aux observations présentées par M. C le 8 janvier 2021, l'administration fiscale a partiellement maintenu les rehaussements litigieux. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ont été mises en recouvrement le 30 avril 2021. Par une réclamation préalable du 7 juin 2021 rejetée le 28 octobre 2021, M. C a contesté ces impositions. Par sa requête, M. C demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2017.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 13 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu./ 2. Le revenu global net annuel servant de base à l'impôt sur le revenu est déterminé en totalisant les bénéfices ou revenus nets visés aux I à VII bis et au 1 du VII ter de la 1re sous-section de la présente section ainsi que les plus-values et créances mentionnées à l'article 167 bis, compte tenu, le cas échéant, du montant des déficits visés aux I et I bis de l'article 156, des charges énumérées au II dudit article et de l'abattement prévu à l'article 157 bis () ". Aux termes de l'article 156 du même code : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction :/ I - du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus ; si le revenu global n'est pas suffisant pour que l'imputation puisse être intégralement opérée, l'excédent du déficit est reporté successivement sur le revenu global des années suivantes jusqu'à la sixième année inclusivement ". L'article 83 dudit code énonce : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : /()3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales () ".

3. Pour soutenir que la somme de 200 000 euros dont il s'est acquitté pour participer au comblement du passif de la SAS Sports Plaisirs Montauban en exécution du jugement du tribunal de commerce de Montauban du 13 mars 2013 serait déductible de son revenu global de l'année 2017, M. C se prévaut des constatations du juge judiciaire lesquelles, si elles lui imputent des fautes de gestion commises en sa qualité de président de la société, excluent toute volonté de favoriser un tiers à l'entreprise et toute tentative de s'enrichir personnellement.

4. Il résulte de l'instruction que le tribunal de commerce de Montauban a estimé que M. C a commis plusieurs fautes de gestion contribuant à l'augmentation de l'insuffisance d'actif de la SAS Sports Plaisirs Montauban. Il ressort tout d'abord des termes de ce jugement que le requérant s'est rendu responsable d'omissions ayant aggravé l'insuffisance d'actif de la société en s'abstenant de procéder à la déclaration de cessation des paiements dans le délai de quarante-cinq jours alors que, président de la société, il était informé de la situation financière de l'entreprise, et en ne remettant pas au liquidateur les renseignements qu'il était pourtant tenu de lui communiquer. Il ressort également du même jugement que la comptabilité produite n'a pas permis de justifier les mouvements suspects enregistrés dans le compte courant de M. C. Ce jugement relève enfin que lors de l'arrêté du plan de redressement, le requérant a pris l'engagement, qu'il n'a pas honoré, d'apporter 200 000 euros en fonds propres, alors même qu'il savait que la société chargée d'apporter les fonds était déficitaire de 42 036 euros et qu'il a dès lors retardé le jugement de liquidation. Il résulte ainsi de l'instruction que M. C a contribué à accroître l'insuffisance d'actif entre l'ouverture de la procédure de sauvegarde et la liquidation de la SAS Sports Plaisirs Montauban d'environ 387 847 euros et a agi d'une manière qu'il savait contraire à l'intérêt de la société. Compte tenu de ces circonstances, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que la somme de 200 000 euros versée au liquidateur judiciaire de la SAS Sports Plaisirs Montauban en exécution du jugement du tribunal de commerce n'était pas déductible de son revenu global de l'année 2017.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017.

En ce qui concerne les pénalités :

6. D'une part, aux termes de l'article 150-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - 1. Sous réserve des dispositions propres aux bénéfices industriels et commerciaux, aux bénéfices non commerciaux et aux bénéfices agricoles ainsi que des articles 150 UB et 150 UC, les gains nets retirés des cessions à titre onéreux, effectuées directement, par personne interposée ou par l'intermédiaire d'une fiducie, de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres mentionnés au 1° de l'article 118 et aux 6° et 7° de l'article 120, de droits portant sur ces valeurs, droits ou titres ou de titres représentatifs des mêmes valeurs, droits ou titres, sont soumis à l'impôt sur le revenu () ". L'article 170 dudit code dispose, dans sa rédaction applicable : " 1. En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, toute personne imposable audit impôt est tenue de souscrire et de faire parvenir à l'administration une déclaration détaillée de ses revenus et bénéfices, de ses charges de famille et des autres éléments nécessaires au calcul de l'impôt sur le revenu, dont notamment ceux qui servent à la détermination du plafonnement des avantages fiscaux prévu à l'article 200-0 A () ". Aux termes de l'article 175 de ce code dans sa rédaction applicable : " Les déclarations doivent parvenir à l'administration au plus tard le 1er mars. Toutefois, les déclarations souscrites par voie électronique en application de l'article 1649 quater B ter doivent parvenir à l'administration au plus tard le 20 mars, selon un calendrier et des modalités fixés par arrêté. Le délai du 1er mars est prolongé au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai en ce qui concerne les commerçants et industriels, les exploitants agricoles placés sous un régime réel d'imposition et les personnes exerçant une activité non commerciale, placées sous le régime de la déclaration contrôlée () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de :/ a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

8. Il résulte de l'instruction que par acte notarié du 11 mai 2017, M. C a cédé 20 parts sociales de la SCI Grand By, réalisant une plus-value de 251 600 euros. Le 22 mai 2017, l'acte enregistré au service de la publicité foncière et de l'enregistrement de Rodez mentionnait que le cédant, après avoir connaissance du régime d'imposition des plus-values, s'engageait à déposer une déclaration comportant le montant de la plus-value réalisée au cours de cette opération auprès de l'administration fiscale. Il est constant que M. C ne s'est pas conformé à cette obligation déclarative dans le délai de déclaration de l'impôt sur le revenu 2017, ouvert jusqu'au 29 mai 2018. Le 5 décembre 2020, en réponse à une mise en demeure de procéder à cette déclaration du 4 novembre 2020, M. C communiquait le montant de la plus-value réalisée à l'occasion de la vente de ses parts par la remise d'un formulaire 2074.

9. Si M. C soutient tout d'abord qu'aucune omission déclarative ne peut lui être reprochée dès lors qu'il s'est conformé à la mise en demeure de déposer une déclaration 2074 dans le délai de trente jours suivant sa réception, il résulte de l'instruction, comme il vient d'être dit, qu'il n'a pas déclaré le montant de la plus-value réalisée le 11 mai 2017 durant le délai de déclaration initial, soit avant le 29 mai 2018, mais seulement plus de deux ans après l'expiration de ce délai. Au surplus, sa déclaration 2074 du 5 décembre 2020 était accompagnée d'un formulaire 2042 indiquant un montant de 88 060 euros, inférieur à la plus-value réalisée.

10. Par ailleurs, M. C ne peut sérieusement se prévaloir de sa bonne foi en soutenant qu'il estimait pouvoir imputer la somme de 200 000 euros, versée en condamnation du jugement du tribunal de commerce précédemment évoqué, qu'il a mentionnée a sur sa déclaration afin de la déduire de son revenu 2017, de la somme correspondant au montant de la plus-value alors qui ne l'a pas reportée dans sa déclaration. En outre, par l'acte de cession enregistré le 22 mai 2017, M. C a déclaré avoir pris connaissance tant du caractère imposable de cette plus-value que des obligations de déclarations y afférentes. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré de cette omission.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter la décharge des majorations mises à sa charge en application de l'article 1729 du code général des impôts.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en ce compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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