jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107413 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | THEVENOT MAYS BOSSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 13 février 2023, M. B E et Mme F D, ainsi que M. C A, représentés par Me Foucard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 16 novembre 2021 du silence gardé par la commune de Toulouse sur leur réclamation préalable indemnitaire du 15 septembre 2021, reçue le 16 septembre 2021 ;
2°) de déclarer la commune de Toulouse responsable des préjudices qu'ils subissent depuis la réouverture du city stade au mois d'août 2019 ;
3°) de condamner la commune de Toulouse à verser à M. E et à Mme D la somme de 70 089,44 euros, à parfaire au jour du jugement à intervenir, en réparation des troubles de voisinage occasionnés par le city stade, évalués au 31 décembre 2021, assortie des intérêts échus à compter de la réception de leur demande préalable, ainsi que de leur capitalisation ;
4°) de condamner la commune de Toulouse à verser à M. A la somme de 64 750 euros, à parfaire au jour du jugement à intervenir, en réparation des troubles de voisinage occasionnés par le city stade, évalués au 31 décembre 2021, assortie des intérêts échus à compter de la réception de leur demande préalable, ainsi que de leur capitalisation ;
5°) d'enjoindre à la commune de Toulouse de fermer définitivement le city stade et, à titre subsidiaire, de modifier l'ouvrage litigieux, à titre infiniment subsidiaire, d'adopter la réglementation nécessaire à son utilisation sans nuisances et d'y consacrer effectivement les moyens destinés à en assurer le respect ;
6°) de condamner la commune de Toulouse aux entiers dépens, en ce compris la somme de 369,20 euros au titre d'un constat établi par un commissaire de justice, et de mettre à sa charge la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de la commune de Toulouse est engagée en raison de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police, en méconnaissance des dispositions des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
- la responsabilité pour faute de la commune est engagée en raison de l'incapacité du maire à faire respecter la règlementation applicable relative aux nuisances sonores en application de l'article R. 1334-31 du code de la santé publique, ainsi que les horaires d'ouverture de l'équipement, et en ce qu'aucune mesure concrète n'a été adoptée pour assurer le respect de la règlementation de police, ni pour prévenir la survenance des nuisances sonores et éviter l'intrusion de joueurs ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité sans faute de la commune de Toulouse est engagée en sa qualité de gestionnaire de l'ouvrage public constitué du city stade, en ce qu'ils subissent des troubles de voisinage anormaux et spéciaux résultant de son implantation et de son fonctionnement à proximité de leur habitation, une dégradation de leurs conditions d'habitation en raison de nuisances causés par les utilisateurs de l'équipement en dehors des heures d'ouverture, rendant difficile la pratique du télétravail et générant une anxiété, des troubles du sommeil et un état d'hypervigilance ;
- la circonstance que la réouverture du city stade ait été précédée d'une consultation citoyenne n'est pas de nature à dégager la commune de Toulouse de sa responsabilité ;
- le lien de causalité entre le fondement de responsabilité et leurs préjudices est démontré ;
- il sera fait une juste indemnisation de leur préjudice de jouissance en leur allouant respectivement une somme de 500 euros par mois à compter du 25 septembre 2019, date de l'inauguration du city stade, soit une somme totale de 19 750 euros chacun au 15 février 2023 ;
- il sera fait une juste indemnisation de la perte de la valeur vénale de leurs propriétés, évaluée par un agent immobilier, en leur allouant une somme de 50 000 euros chacun ;
- les travaux de bardage destinés à rehausser leur clôture s'élèvent à la somme de 339,44 euros, dont M. E et Mme D demandent le remboursement ;
- il sera fait une juste évaluation de leur préjudice moral par le versement d'une somme de 5 000 euros pour chacun ;
- les frais d'établissement du constat du commissaire de justice à hauteur de 369,20 euros doivent être remboursés à M. E.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 septembre 2022 et 13 avril 2023, la commune de Toulouse, représentée par Me Thevenot, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de chaque requérant de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les demandes des requérants ne sont pas fondées.
Par une ordonnance du 14 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2023.
En application des dispositions du troisième alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, M. E a été désigné comme étant représentant unique des signataires de la requête n° 2107413.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code général des collectivités territoriales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Quessette, rapporteur,
- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,
- les observations de Me Foucard, représentant les requérants,
- et celles de Me Huguet, substituant Me Thevenot, représentant la commune de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Toulouse a rouvert, le 25 septembre 2019, une aire sportive dénommée " city stade ", situé à proximité de l'habitation de M. E et de Mme D, 18, rue de l'Obélisque, et de celle de M. A, 10, rue Albert Mamy, à Toulouse. Ces propriétaires ont adressé au maire de la commune de Toulouse une réclamation préalable indemnitaire le 15 septembre 2021, en réparation des préjudices subis du fait des nuisances sonores causées par l'utilisation du city stade, ainsi qu'une demande de mesures correctives. Par une décision implicite du 16 novembre 2021, le maire de la commune a rejeté leur réclamation. M. E et Mme D demandent la condamnation de la commune de Toulouse à leur verser une indemnité de 70 089,44 euros, et à M. A la somme de 64 750 euros, en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subi du fait des nuisances résultant de l'utilisation de cet équipement depuis sa réouverture.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision par laquelle le maire de la commune de Toulouse a implicitement rejeté le recours indemnitaire préalable formé par M. E, Mme D et M. A le 15 septembre 2021 a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet d'une telle demande, qui s'inscrit dans le cadre d'un recours de plein contentieux, et qui conduit le juge à se prononcer sur le droit des requérants à percevoir la somme qu'ils réclament. Aussi, les vices propres dont serait entachée la décision portant liaison du contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; () ". Aux termes de l'article L. 2214-4 du même code : " Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique, tel qu'il est défini au 2° de l'article L. 2212-2 et mis par cet article en règle générale à la charge du maire, incombe à l'Etat seul dans les communes où la police est étatisée, sauf en ce qui concerne les troubles de voisinage. () ". Aux termes de l'article R. 2214-1 de ce code : " Les communes chefs-lieux de département sont placées sous le régime de la police d'Etat ". Il résulte de ces dispositions que, dans les communes où la police est étatisée, le maire est compétent pour réprimer les atteintes à la tranquillité publique en ce qui concerne les troubles de voisinage.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 1336-4 du code de la santé publique : " Les dispositions des articles R. 1336-5 à R. 1336-11 s'appliquent à tous les bruits de voisinage () ". Aux termes de l'article R. 1336-5 du même code : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité ". Aux termes de l'article R. 1336-6 de ce code : " Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1336-5 a pour origine une activité professionnelle autre que l'une de celles mentionnées à l'article R. 1336-10 ou une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1336-7, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. () / Toutefois, l'émergence globale et, le cas échéant, l'émergence spectrale ne sont recherchées que lorsque le niveau de bruit ambiant mesuré, comportant le bruit particulier, est supérieur à 25 décibels pondérés A si la mesure est effectuée à l'intérieur des pièces principales d'un logement d'habitation, fenêtres ouvertes ou fermées, ou à 30 décibels pondérés A dans les autres cas ". Aux termes de l'article R. 1336-7 de ce code : " L'émergence globale dans un lieu donné est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau du bruit résiduel constitué par l'ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l'occupation normale des locaux et au fonctionnement habituel des équipements, en l'absence du bruit particulier en cause. / Les valeurs limites de l'émergence sont de 5 décibels pondérés A en période diurne (de 7 heures à 22 heures) et de 3 décibels pondérés A en période nocturne (de 22 heures à 7 heures), valeurs auxquelles s'ajoute un terme correctif en décibels pondérés A, fonction de la durée cumulée d'apparition du bruit particulier : / 1° Six pour une durée inférieure ou égale à 1 minute, la durée de mesure du niveau de bruit ambiant étant étendue à 10 secondes lorsque la durée cumulée d'apparition du bruit particulier est inférieure à 10 secondes ; / 2° Cinq pour une durée supérieure à 1 minute et inférieure ou égale à 5 minutes ; / 3° Quatre pour une durée supérieure à 5 minutes et inférieure ou égale à 20 minutes ; / 4° Trois pour une durée supérieure à 20 minutes et inférieure ou égale à 2 heures ; / 5° Deux pour une durée supérieure à 2 heures et inférieure ou égale à 4 heures ; / 6° Un pour une durée supérieure à 4 heures et inférieure ou égale à 8 heures ; / 7° Zéro pour une durée supérieure à 8 heures ". Aux termes de l'article R. 1336-8 de ce code : " L'émergence spectrale est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant dans une bande d'octave normalisée, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau de bruit résiduel dans la même bande d'octave, constitué par l'ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l'occupation normale des locaux mentionnés au deuxième alinéa de l'article R. 1336-6, en l'absence du bruit particulier en cause. / Les valeurs limites de l'émergence spectrale sont de 7 décibels dans les bandes d'octave normalisées centrées sur 125 Hz et 250 Hz et de 5 décibels dans les bandes d'octave normalisées centrées sur 500 Hz, 1 000 Hz, 2 000 Hz et 4 000 Hz ". Enfin, aux termes de son article R. 1336-9 : " Les mesures de bruit mentionnées à l'article R. 1336-6 sont effectuées selon les modalités définies par arrêté des ministres chargés de la santé, de l'écologie et du logement ". Il revient à l'arrêté du 5 décembre 2006 de préciser les modalités de mesurage des bruits de voisinage.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que le city stade en litige a été fermé par la commune de Toulouse en 2017. Ensuite, consécutivement à une pétition de riverains favorables à l'installation d'un terrain de jeu et de sport pour les enfants et à une consultation citoyenne, l'équipement a été inauguré le 25 septembre 2019. Par courriel du 30 août 2019, M. E et Mme D, qui ont accepté le projet contesté dans sa version ouverte, ont saisi la commune en raison de troubles de voisinage. Le 20 septembre 2019, l'adjointe au maire en charge de la lutte contre la pollution sonore les a invités notamment à contacter le service " Allô Toulouse ", plateforme de signalement des nuisances et conflits de voisinage. Par courriel du 26 mai 2020, M. E a ensuite saisi le maire de quartier qui lui a proposé un entretien téléphonique le 28 mai 2020. Le 16 juin 2020, les requérants ont rencontré les référents de quartier La clôture du city stade a été prolongée, ainsi qu'en atteste une facture établie le 28 février 2022, par la pose d'un poteau et d'un grillage à la suite d'une demande de la commune du 18 juin 2020. Le 12 octobre 2020, la commune a demandé la pose d'une réhausse sur le pourtour du city stade pour éviter des intrusions, ces travaux réalisés figurent d'ailleurs sur une facture du 28 février 2022.
6. D'autre part, par un arrêté du 7 janvier 2021, le maire de la commune de Toulouse a réglementé et affiché les horaires d'accès du city stade de 9h00 à 19h00. Par courriel du 4 février 2021 adressé à M. E, la nouvelle maire de quartier a proposé aux requérants qu'un agent des espaces verts, à titre expérimental et pour une durée d'un an, ferme l'accès au city stade à un horaire plus tardif que celui fixé dans l'arrêté pour que son intervention coïncide avec sa tournée. Toutefois, le 5 février 2021, M. E a refusé la modification envisagée de l'horaire de fermeture. En tout état de cause, l'arrêté réglementant les horaires d'accès au city stade du 7 janvier 2021, soit un an et demi après sa réouverture officielle, ne revêt pas un caractère tardif, eu égard aux travaux réalisés sur cet équipement et au suivi régulier par les élus de l'exécutif communal des demandes formulées par les requérants, dans un contexte de confinement sanitaire du 17 mars au 11 mai 2020 et du 30 octobre au 15 décembre 2020. Par suite, en l'absence de carence fautive du maire de Toulouse, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commune de Toulouse a méconnu les obligations que lui imposent les articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.
7. Enfin, il résulte de l'instruction que les requérants justifient de captures vidéo, authentifiées par un procès-verbal de constat établi par un commissaire de justice le 16 novembre 2020, pour tenter de démontrer l'incapacité du maire de la commune à faire respecter la règlementation applicable relative aux nuisances sonores édictée par l'article R. 1334-31 du code de la santé publique. Certes, six enregistrements ont été effectués pendant les horaires d'ouverture du city stade. Toutefois, treize autres enregistrements ont été réalisés après l'horaire de fermeture de l'équipement : quatre avant 20 heures, trois avant 21 heures et six de 21 heures 09 à 22 heures 32. Par ailleurs, le tableau recensant les nuisances produit par les requérants ne relève pas de nuisances du 20 juillet 2020 au 23 octobre 2020 et du 27 octobre au 30 mars 2021. Par ailleurs, selon le relevé des évènements de main courante, vingt-neuf interventions de la police municipale consécutives aux appels des requérants sur la plateforme " Allô Toulouse " se sont produites avec, à l'arrivée sur site de l'équipage l'absence, la plupart du temps, des contrevenants éventuels. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que des nuisances sonores habituelles de la part des usagers du city stade contreviendraient aux dispositions précitées du code de la santé publique. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité pour faute de la commune est engagée en raison de l'incapacité du maire à faire respecter la règlementation relative aux nuisances sonores relevant de l'article R. 1334-31 précité du code de la santé publique.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la commune au titre de dommages permanents de travaux publics :
8. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Un terrain multisports aménagé par une commune constitue un ouvrage public dont la présence est susceptible d'engager envers les tiers la responsabilité de la personne publique, même en l'absence de faute. Il appartient toutefois aux tiers d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégués et du lien entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et lesdits préjudices. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.
9. Il résulte de l'instruction que le city stade en cause est implanté, ainsi qu'il a été dit au point 1, à proximité des propriétés des requérants. Il est constant que M. E et Mme D sont propriétaires depuis le 19 février 2016 et M. A depuis le 18 août 1989. M. E et Mme D ne pouvaient donc ignorer, à la date de leur emménagement, les inconvénients résultant de la proximité immédiate d'un stade sportif préexistant. M. E et Mme D justifient d'intrusions dans leur jardin à la suite de jets de ballons. Toutefois, compte tenu du nombre limité sur la période considérée des incidents de jets de ballons subis par les requérants, la gêne occasionnée par l'utilisation du terrain litigieux, n'excède pas en l'espèce les inconvénients normaux du voisinage d'un tel ouvrage. En outre, certains des incidents relevés ne sont pas par eux-mêmes nécessairement liés au fonctionnement du city-stade mais au comportement de certains utilisateurs. Enfin, en l'absence de justification du dépassement des seuils fixés dans le code de la santé publique, les requérants n'apportent pas d'éléments prouvant que la jouissance quotidienne de leur lieu de résidence est perturbée, les contraignant à vivre les fenêtres fermées, les empêchant de profiter en toute tranquillité de leurs jardins et/ou balcons les soirs et les fins de semaine, rendant difficile la pratique du télétravail et générant une anxiété, des troubles du sommeil et un état d'hypervigilance. Dans ces conditions, la gêne occasionnée par l'utilisation du terrain litigieux n'excède pas en l'espèce les inconvénients normaux du voisinage d'un tel ouvrage. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité sans faute de la commune de Toulouse au titre des dommages permanents de travaux publics liés à l'existence et au fonctionnement même de cet équipement.
10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de responsabilité pour faute et sans faute de la commune de Toulouse, les conclusions indemnitaires présentées par M. E et Mme D, et par M. A sont rejetées.
Sur les conclusions en injonction :
11. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions en injonction présentées par les requérants sont rejetées.
Sur les dépens :
12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
13. En application des dispositions précitées de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, M. E et Mme D, et M. A, sont les parties perdantes dans la présente instance et il n'y a pas lieu de mettre la somme de 369,20 euros à la charge définitive de la commune de Toulouse.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
15. Il résulte des dispositions précitées que les conclusions présentées par les requérants, parties perdantes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Toulouse au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E et de Mme D, et de M. A, est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Toulouse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et Mme F D, à M. C A et à la commune de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Clen, président,
M. Quessette, premier conseiller,
Mme Lejeune, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
Le rapporteur,
L. QUESSETTE
Le président,
H. CLEN La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
No 2107413
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026