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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107452

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107452

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107452
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantBOMSTAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2021, Mme J D, représentée par Me Foucard, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, en application de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise médicale qui sera confiée à un expert spécialiste en psychiatrie choisi parmi la liste des médecins experts agréés près la cour administrative d'appel de Bordeaux, au contradictoire de la communauté de communes Tarn Agout, avec mission pour l'expert de procéder à son examen médical, de décrire son état de santé sur le plan psychiatrique et de dire si son état de santé actuel et les arrêts de travail délivrés à compter du 2 novembre 2020 sont en lien direct et certain avec sa situation professionnelle et, en particulier, s'ils sont imputables à l'altercation survenue le 2 novembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Tarn Agout la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- adjoint administratif territorial à la communauté de communes Tarn Agout (Ccta) depuis 2007 affectée au service des finances sous la responsabilité de Mme L avec laquelle elle entretenait de bonnes relations, l'arrivée au mois de février 2017 dans ce service de Mme H a été à l'origine d'une dégradation des conditions de travail, étant précisé que cette dernière, ayant été nommée au mois de mars 2020 responsable du service en remplacement de Mme L, a imposé un mode de fonctionnement diamétralement opposé, son autonomie acquise en contrepartie du travail de qualité effectué depuis 12 ans étant totalement remise en cause au profit d'un contrôle accru de Mme H, sans parler des intrusions quotidiennes intempestives et sans motif dans son bureau et des nombreuses injonctions contradictoires de cette dernière ;

- alors qu'au cours de son entretien du mois d'avril 2020 elle a sollicité sans succès son changement d'affectation, elle s'est effondrée psychologiquement le 2 novembre 2020 après une énième altercation avec Mme H, sachant qu'incapable de rester en poste, elle a quitté son bureau et est rentrée à son domicile puis s'est rendue chez son médecin traitant qui a diagnostiqué un burn out et une dépression et lui a prescrit un arrêt de travail, étant précisé que la Ccat a, pendant son arrêt de travail, mandaté un médecin agréé qui s'est rendu à son domicile le 15 janvier 2021 pour réaliser une visite de contrôle, celui-ci ayant réalisé un contrôle à charge, lui tenant des propos humiliants et lui assénant des leçons de morale, sachant que ces propos ayant été d'une telle violence qu'un signalement a été fait l'ordre des médecins ;

- son médecin traitant ayant constaté le 18 janvier 2021 une aggravation de son état de santé psychologique, elle a signalé sa situation au médecin et au psychologue du CDG 81 et en a informé en parallèle le président de la Ccta par courrier du 19 janvier 2021 et auquel elle a adressé le 1er avril 2021 une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service (Citis), demande réitérée le 9 avril 2021 ;

- la Ccta l'ayant informée le 7 mai 2021 de la saisine de la commission de réforme, elle a été examinée le 30 juillet 2021 par le docteur A, médecin psychiatre agréé, qui dans son rapport remis le 27 août 2021, a diagnostiqué un épisode anxio-dépressif réactionnel à une situation décrite comme une souffrance au travail tout en tempérant l'origine des souffrances, considérant que cet épisode évoluait sur une personnalité émotionnellement labile et sensible et a conclu que sa pathologie ne justifiait pas la prise en charge au titre d'un Citis, les arrêts de travail et de soins devant être pris en charge au titre de la maladie ordinaire et la reprise de l'activité professionnelle étant impossible ;

- sur la base de cet avis, la commission de réforme réunie le 11 octobre 2021 a émis un avis défavorable à l'imputabilité au service de l'accident du 2 novembre 2020 et à son placement en Citis à compter de cette même date, étant précisé que par arrêté du 18 octobre 2021, le président de la Ccta a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi le 2 novembre 2020, retiré la décision la plaçant en congé pour invalidité temporaire imputable au service accordée à titre provisoire et l'a replacée en congé de maladie ordinaire à compter du 2 novembre 2020 au 1er novembre 2021 ;

- ayant, à la lecture du compte rendu d'expertise qui lui a été transmis à sa demande le 29 novembre 2021, découvert que le docteur A avait commis plusieurs erreurs notamment concernant sa vie personnelle et confondu plusieurs dossiers médicaux, elle a contesté par requête du 16 décembre 2021 l'arrêté du 18 octobre 2021 :

- dans ces conditions, elle est fondée à solliciter la mise en œuvre d'une expertise contradictoire en vue d'obtenir l'avis d'un expert judiciaire sur l'imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter du 2 novembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la communauté de communes Tarn-Agout (Ccta), représentée par Me Bomstain, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, s'il était fait droit à la demande d'expertise, à ce qu'il soit donné acte de ses protestations et réserves d'usage sur l'expertise sollicitée qui sera confiée à un médecin spécialiste en psychiatrie, inscrit sur les listes de la cour administrative d'appel de Bordeaux ou de Marseille ayant un établissement professionnel ou une résidence dans le ressort de la cour administrative d'appel de Toulouse ;

3°) en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- si la requérante a dû être recadrée en 2018 par sa supérieure hiérarchique sur son comportement, elle n'a pas vu ses principales missions changer lors de la réorganisation de la Ccta, pas plus que ses conditions de travail et elle n'a, à aucun moment, manifesté un quelconque mal-être ou des difficultés auprès de sa hiérarchie et elle n'a jamais fait part, à l'occasion des entretiens professionnels annuels, de difficultés dans la réalisation des tâches qui lui étaient confiées, indiquant même à l'occasion d'une réunion interservices du 12 octobre 2020 préférer poursuivre ses missions sur site au siège de la Ccta plutôt qu'en télétravail, étant en outre précisé qu'à l'occasion de la visite périodique du 22 octobre 2020 auprès du service de médecine préventive, elle n'a fait état d'aucune situation de détresse, le médecin du travail précisant qu'elle était à revoir dans 24 mois ;

- le docteur F, médecin contrôleur, qui s'est rendu à son domicile le 15 janvier 2021 s'est inscrit en faux des arguties soutenues à son encontre et elle n'a jamais reçu les correspondances des 19 janvier 2021 et 1er avril 2021 dont fait état la requérante ;

- les erreurs sur la situation familiale de l'intéressée n'ont pas eu d'influence dans l'avis rendu par le docteur A qui ne s'est fondé que sur les constatations au jour de l'expertise, les prescriptions du médecin traitant et le récit de l'intéressée ;

- elle a été expertisée à plusieurs reprises, d'abord par le docteur G F le 15 janvier 2021 lors de la contre-visite médicale, qui a conclu à la justification de la prolongation de son arrêt de travail, puis par le docteur K I le 11 juin 2021 qui a conclu à la prolongation en maladie ordinaire au-delà de six mois et, enfin, par le docteur A le 30 juillet 2021 qui, dans le cadre de l'expertise en vue de la commission de réforme, a conclu à la prise en charge au titre de la maladie ordinaire, sachant que dans le cadre de la saisine du comité médical, elle a de nouveau été expertisée le 26 novembre 2021 par le docteur A qui a conclu que son état de santé n'était pas compatible avec une reprise d'activité professionnelle, ce qui a conduit le comité médical départemental à émettre à l'occasion de sa séance du 10 janvier 2022 un avis d'inaptitude temporaire sur la situation de l'intéressée ;

- la mesure d'expertise sollicitée est inutile dès lors que l'intéressée a fait l'objet de plusieurs expertises et avis médicaux allant tous dans le sens de la non imputabilité au service du prétendu accident du 2 novembre 2020 et de l'existence d'une pathologie ne relevant pas du Citis mais d'un autre régime du congé longue maladie ;

- la déclaration d'accident de travail de l'intéressée a été transmise plus de cinq mois après les faits du 2 novembre 2020 et non dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".

2. La demande d'expertise présentée par Mme J D, à qui une décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'événement survenu le 2 novembre 2020 a été opposée le 18 octobre 2021 et qui tend à ce qu'un homme de l'art se prononce sur le lien existant entre son état de santé et cet accident survenu le 2 novembre 2020, n'est, alors même que la requérante aurait déjà été examinée par des praticiens agréés et compte tenu de l'avis émis par la commission de réforme le 11 octobre 2021, nullement dépourvue d'utilité et entre ainsi dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, et alors qu'il n'est pas établi que la requête au fond présentée par l'intéressée le 16 décembre 2021 sous le n° 2107268 serait irrecevable, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre Mme J D, d'une part et la communauté de communes Tarn-Agout (Ccta), d'autre part.

Article 2 : L'expert aura pour mission :

- d'examiner Mme J D et prendre connaissance de son entier dossier médical ;

- de rechercher l'origine et les causes des troubles, notamment psychiatriques, dont elle se plaint et de fournir toutes indications permettant d'en apprécier l'imputabilité respective, notamment au regard de l'événement survenu le 2 novembre 2020 ;

- d'apprécier, notamment, s'ils sont en lien direct et dans quelle mesure avec les arrêts de travail dont elle a fait l'objet depuis le 2 novembre 2020 ;

- d'apprécier, en tous ses éléments, le préjudice corporel de Mme J D qui a résulté pour elle de l'accident dont elle a été victime le 2 novembre 2020, en y distinguant la part éventuellement imputable à son état de santé antérieur ou à d'autres causes ;

- d'indiquer si et dans quelle mesure ces troubles sont compatibles avec une reprise du service et plus généralement à l'exercice d'une activité professionnelle ;

- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond saisi du litige opposant Mme J D à son administration.

Article 3 : Le docteur C E, domicilié 185 avenue Thiers à Bordeaux (33100), est désigné pour procéder à l'expertise.

Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme J D, à la communauté de communes Tarn-Agout (Ccta) et au docteur C E, expert.

Fait à Toulouse, le 12 octobre 202 Le vice-président, juge des référés,

David B

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme :

Le greffier,

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