mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200008 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SCP GEORGES DAUMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2022, M. J H, représenté par la Selarl Levi-Egea-Levi, aux écritures de Me Levi, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner une mesure d'expertise médicale qui sera confiée à tel expert spécialiste en chirurgie digestive, au contradictoire du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie de Tarn-et-Garonne, aux fins de déterminer le préjudice qui a résulté pour lui de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 4 février 2020 dans les services du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ayant présenté dans la soirée du 3 février 2020 des douleurs très vives de la fosse iliaque droite, il s'est rendu au service des urgences du centre hospitalier de Moissac où le docteur F A, après observation médicale et examens paracliniques, a diagnostiqué une colopathie fonctionnelle sur constipation et lui a prescrit un traitement, sachant que s'il a regagné son domicile pour se coucher, il a été pris le soir même de vives douleurs abdominales et qu'il a été transporté à 1h du matin au centre hospitalier de Montauban où a été diagnostiquée, par le biais d'un scanner abdominopelvien, une appendicite aigüe compliquée d'une perforation digestive et d'un discret épanchement péritonéal ;
- le docteur K, chirurgien au centre hospitalier de Montauban a donc pratiqué en urgence une appendicectomie par voie coelique ainsi qu'un drainage, sachant qu'il a été hospitalisé jusqu'au 11 février 2020 et qu'il n'a pas été en mesure de prendre en raison de l'infection son traitement par Methotrexate prescrit depuis 2018 dans le cadre de son affection de longue durée (polymyosite associée à une pneumopathie interstitielle et une neuropathie trigéminale), étant précisé que dans le courant du mois de mars 2020, il a présenté une toux, une dyspnée ainsi qu'une dégradation fonctionnelle causées par le sevrage du Cortancyl depuis le mois de janvier 2020 et par les suites de l'intervention pour la péritonite ;
- il a été à nouveau hospitalisé du 28 mars au 5 avril 2020 au centre hospitalier de Montauban pour un syndrome occlusif grêlique où, compte tenu de l'échec du traitement médical, le docteur G I, chirurgien viscéral, a pratiqué une section d'une bride sous coelioscopie, sachant qu'il a quitté le service de chirurgie digestive avec un traitement antalgique et anti thrombotique d'une semaine et qu'au mois d'août 2020, il a consulté le docteur E à l'hôpital Rangueil de Toulouse qui a remplacé le Methotrexate par le Cellcept associé à une corticothérapie consécutivement à une rechute de la polymyosite associée à la pneumopathie interstitielle ainsi qu'à la neuropathie trigéminale ;
- par la suite, ayant déclaré son sinistre à sa protection juridique, celle-ci a mandaté le docteur L C qui l'a convoqué à une expertise non contradictoire le 11 septembre 2020, sachant qu'il ressort du rapport déposé le 29 novembre 2020 par cet expert d'assurance que le centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac avait commis une faute médicale ;
- alors que le centre hospitalier n'a pas répondu à sa mise en demeure du 17 février 2021 d'effectuer une déclaration de sinistre auprès de son assureur, il est fondé dans ces conditions à solliciter la mise en œuvre d'une expertise aux fins de déterminer si le centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac a commis une faute et les préjudices qui en ont résulté le concernant.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 janvier 2022 et le 9 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn :
1°) précise qu'elle entend intervenir dans l'instance mais qu'elle n'est pas en mesure de chiffrer sa créance définitive dès lors que son dossier est en cours de constitution et sollicite la réserve de ses droits dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise et déclare s'en remettre à justice quant à la mesure d'expertise sollicitée qui sera ordonnée aux frais avancés du requérant ;
2°) conclut au rejet de la demande du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac tendant à différer le démarrage des opérations d'expertise jusqu'à la communication par le tiers payeur d'un décompte des débours imputables au fait dommageable.
Elle soutient que :
- il n'appartient pas à une caisse de sécurité sociale de rechercher a priori avant le commencement de l'expertise quels peuvent être ses débours imputables au fait dommageable, la charge de la preuve incombant à la victime demanderesse et l'appréciation des causes des complications médicales comme des préjudices y afférents relevant de la mission de l'expert judiciaire ;
- dès lors que le rapport d'expertise judiciaire aura été déposé, elle le transmettra au praticien conseil du service médical en charge de suivre le recours contre les tiers et celui-ci déterminera alors les débours imputables au fait dommageable selon les considérations de l'expert ;
- elle ne dispose pas elle-même de ses propres médecins pour assister aux nombreuses opérations d'expertise judiciaire ou amiables contradictoires concernant quotidiennement ses assurés, étant précisé qu'elle bénéficie seulement, dans le cadre des missions de service public qui lui sont dévolues par l'Etat, du conseil des praticiens du service médical qui est autonome des caisses de sécurité sociale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac, représenté par la Scp G. Daumas, conclut :
1°) à ce qu'il soit donné acte que s'il conteste toute responsabilité dans les éventuels préjudices susceptibles d'avoir été subis par M. H en l'absence de preuve d'une faute médicale ou d'un défaut d'organisation du service hospitalier, il ne s'oppose pas, sous les plus expresses protestations et réserves, à la mesure d'expertise sollicitée qu'il souhaite aux frais avancés du requérant et propose de compléter la mission à confier à l'expert qui déposera un pré-rapport ;
2°) à ce que l'organisme de sécurité sociale produise un relevé détaillé de ses débours afin de permettre l'ouverture des opérations d'expertise et à ce que l'expert ne devra pas convoquer les parties tant que ce relevé ne lui aura pas été communiqué et diffusé contradictoirement ;
3°) au rejet de la demande du requérant présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision en date du 1er septembre 2021 par laquelle la présidente du Tribunal administratif a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. Les demandes présentées en application du présent chapitre sont dispensées du ministère d'avocat si elles se rattachent à des litiges dispensés de ce ministère. ".
2. La demande d'expertise présentée par M. H entre dans le champ d'application des dispositions précitées et présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à cette demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 ci-après de la présente ordonnance.
Sur les conclusions du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac à fin d'injonction :
3. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'adresser des injonctions aux parties. Par suite, les conclusions du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac tendant, d'une part, à ce que le juge des référés enjoigne à l'organisme de sécurité sociale en cause de produire sa créance et, d'autre part, à ce que l'expert diffère les opérations d'expertise dans l'attente de la production par l'organisme social du requérant d'un relevé détaillé de ses débours, doivent être rejetées.
Sur le dépôt d'un pré-rapport :
4. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'avance des frais d'expertise :
5. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. () ".
6. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Il suit de là que les conclusions du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac et de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn relatives à la prise en charge des frais d'expertise par le requérant ne peuvent en l'état qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il sera procédé à une expertise contradictoire entre M. J H, d'une part, et le centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac, d'autre part, en présence de la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn.
Article 2 : L'expert aura pour mission :
- d'examiner M. J H et prendre connaissance de son entier dossier médical ;
- de décrire l'état de santé de M. J H antérieurement à sa prise en charge le 3 février 2020 par le service des urgences du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac ;
- de décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge le 3 février 2020 par le service des urgences du centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac ;
- de fournir tous éléments permettant d'apprécier si, en l'état des données acquises de la science, des techniques et des règles de l'art, des fautes, omissions, négligences ou erreurs ont été commises lors des actes médicaux dont il a fait l'objet à cette occasion ;
- de faire connaître, en particulier, si le diagnostic de son état a été correctement et complètement posé à cette occasion ;
- de faire connaître les lésions, affections et séquelles imputables à d'éventuels manquements dans l'établissement du diagnostic de son état ;
- d'en préciser, le cas échéant, la nature et le degré de gravité et de dire si, à son avis, et dans quelle mesure, ces fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives sont à l'origine du préjudice dont il se plaint ;
- d'évaluer, s'il y a lieu, la perte de chance pour M. J H d'éviter une aggravation de son état de santé ou d'obtenir une amélioration de ce dernier résultant d'un éventuel manquement aux règles de l'art ou d'un éventuel aléa thérapeutique ;
- de retracer l'évolution de l'état de santé de M. J H et, notamment, de fixer, le cas échéant, la date de consolidation ;
- d'indiquer, dans l'hypothèse où son état ne serait pas consolidé, s'il est susceptible d'évoluer en aggravation ou en amélioration. Dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
- d'indiquer, en tous ses éléments, la nature et l'étendue du préjudice corporel subi par M. J H en distinguant la part imputable à son état de santé antérieur de celle imputable aux éventuelles fautes, omissions, négligences ou erreurs fautives ;
- de fournir, plus généralement, tous éléments susceptibles de permettre d'éclairer le juge du fond éventuellement saisi du litige.
Article 3 : Le docteur M D, domicilié clinique de la Croix du Sud BAL 502 52 bis chemin de Ribaute à Quint Fonsegrives (31130), est désigné pour procéder à l'expertise.
Article 4 : L'expert, qui pourra déposer un pré-rapport s'il le juge utile, accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 5 : L'expert notifiera son rapport aux parties dans les conditions prévues par l'article R. 621-9 du code de justice administrative et déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du Tribunal dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. J H, au centre hospitalier intercommunal Castelsarrasin Moissac, à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn et au docteur M D, expert.
Fait à Toulouse, le 12 octobre 2022
Le vice-président, juge des référés,
David B
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme :
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026