jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200168 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | THEVENOT MAYS BOSSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 janvier 2022 et le 31 janvier 2023, M. et Mme A, représentés par Me Colliou, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le maire de la commune de Saint-Orens de Gameville et le président de Toulouse Métropole ont rejeté leur réclamation préalable et refusé leur demande d'abattage d'arbre ;
2°) de condamner la commune de Saint-Orens de Gameville et le président de Toulouse Métropole à leur verser une somme totale de 16 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison des désordres affectant les dalles constituant l'allée menant à leur garage, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de leur réclamation préalable ;
3°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Orens de Gameville et à Toulouse Métropole de prendre les mesures nécessaires ou d'accomplir les travaux nécessaires dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Orens de Gameville et du président de Toulouse Métropole la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les mémoires produits en défense sont irrecevables, faute de production des délibérations habilitant les exécutifs de ces collectivités à ester en justice ;
- la responsabilité sans faute de la commune et de Toulouse Métropole est engagée dès lors que les racines du pin parasol implanté sur le trottoir ont endommagé le dallage de l'allée menant à leur garage ; le lien de causalité entre les dommages et le développement racinaire est établi ; le dommage qu'ils subissent est anormal et spécial ;
- la responsabilité pour faute de la commune et de Toulouse Métropole est engagée dès lors que ce pin est implanté irrégulièrement et que ces collectivités ont refusé de le faire abattre ; la commune a manqué à ses obligations de sécurité qu'elle détient de son pouvoir de police générale ;
- le montant total de l'ensemble des préjudices qu'ils estiment avoir subis résultant du développement racinaire du pin parasol s'élève à un montant total de 16 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 21 juillet 2022 et le 28 février 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Toulouse Métropole, représentée par Me Thevenot, conclut au rejet de la requête de M. et Mme A, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de chacun des époux au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2022 et le 17 février 2023, la commune de Saint Orens de Gameville, représentée par Me Dunyach, conclut à titre principal à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, au rejet de la requête de M. et Mme A, et en toute état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 1er février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Péan,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,
- et les observations de Me Abadie-Maupeou, représentant la commune de Saint-Orens de Gameville, et Me Huguet, représentant Toulouse Métropole.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires et occupants, depuis 2008, d'une maison d'habitation située à Saint-Orens de Gameville, 15 rue des Myrtilles, et bordée par l'allée des Pins. Dans le silence gardé par la commune de Saint-Orens de Gameville et Toulouse Métropole à leur réclamation préalable, ils demandent au tribunal de condamner ces collectivités à leur verser la somme totale de 16 000 euros en réparation du préjudice moral, du préjudice financier et des troubles dans les conditions d'existence résultant des dommages occasionnés au dallage de l'allée menant à leur garage par les racines d'un pin parasol implanté sur le trottoir de l'allée des Pins, au droit de la clôture de leur terrain, et de leur enjoindre de prendre les mesures nécessaires ou d'accomplir les travaux nécessaires.
Sur la recevabilité des écritures en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2132-1 du même code : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ". Enfin, aux termes de l'article L. 2132-2 de ce code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ".
3. Il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Saint-Orens de Gameville avait qualité, en vertu d'une délibération du conseil municipal du 7 juillet 2022, pour présenter un mémoire en défense au nom de la commune dans le cadre de toute action en justice, y compris devant l'ordre administratif.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales : " Le président est l'organe exécutif de l'établissement public de coopération intercommunale. () Il représente en justice l'établissement public de coopération intercommunale. () ".
5. En l'espèce, les requérants font valoir que le mémoire en défense produit par Toulouse métropole ne mentionne ni ne joint aucune délégation habilitant le président de cette collectivité à ester en justice au nom de cette dernière, dans le cadre de la présente instance. Toutefois, et dès lors que les dispositions précitées de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales disposent expressément que le président de ladite collectivité représente celle-ci en justice, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet sa demande préalable :
6. Les décisions implicites par lesquelles la commune de Saint-Orens de Gameville et Toulouse Métropole ont rejeté les demandes préalables de M. et Mme A ont eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de leurs demandes, les intéressés, en formulant des conclusions tendant à la réparation de leurs préjudices, ayant donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
7. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
8. Lorsqu'il est soutenu qu'une partie s'est exposée en connaissance de cause au risque dont la réalisation a causé les dommages dont elle demande réparation au titre de la présence ou du fonctionnement d'un ouvrage public, il appartient au juge d'apprécier s'il résulte de l'instruction, d'une part, que des éléments révélant l'existence d'un tel risque existaient à la date à laquelle cette partie est réputée s'y être exposée et, d'autre part, que la partie en cause avait connaissance de ces éléments et était à cette date en mesure d'en déduire qu'elle s'exposait à un tel risque, lié à la présence ou au fonctionnement d'un ouvrage public, qu'il ait été d'ores et déjà constitué ou raisonnablement prévisible.
9. D'une part, il résulte de l'instruction que Toulouse Métropole est compétente en matière d'aménagement de l'espace métropolitain et particulièrement en matière de voirie et de gestion du domaine public routier. Ainsi, la voie publique jouxtant la propriété de M. et Mme A à Saint Orens de Gameville, et les arbres qui y sont plantés, sont affectés à la Toulouse métropole depuis le 1er janvier 2015, date de sa création, qui en est alors devenue le maître d'ouvrage. Par suite, les conclusions de M. et Mme A tendant à la condamnation de la commune de Saint-Orens de Gameville à les indemniser du dommage qu'auraient causé les racines d'un pin parasol, planté en bordure de la voie publique, au dallage de leur allée sont mal dirigées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
10. D'autre part, il résulte de l'instruction que les dommages dont M. et Mme A demandent réparation ont été constatés au cours de l'année 2019 et ont pour cause les racines d'un pin parasol implanté sur le trottoir de l'allée des pins à Saint Orens de Gameville. Les requérants ont la qualité de tiers à cet arbre implanté sur la voie publique et qui en est l'accessoire, Toulouse Métropole en étant, pour sa part, le maître de l'ouvrage.
11. Toutefois, il résulte également de l'instruction que le pin en litige était déjà planté sur le trottoir lorsque M. et Mme A sont devenus propriétaires de cette maison en 2008. M. et Mme A ne pouvaient ignorer, lors de l'achat de cette maison construite au début des années 1990, les inconvénients pour leur propriété résultant de la proximité de cet arbre, implanté sur un étroit trottoir à moins d'un mètre de la limite de propriété. Ils avaient d'ailleurs eux-mêmes, en raison de cette proximité et des désordres constatés dès l'année 2008, demandé aux collectivités défenderesses de faire procéder à l'abattage de deux autres pins parasols situés sur le même trottoir. Il résulte à cet égard de l'instruction, et notamment d'un courrier du maire du 31 juillet 2012, que l'abattage de l'arbre en litige n'avait alors pas été envisagé dès lors que celui-ci était " présent au moment de la construction de la maison et que le sinistre était donc prévisible ", une expertise réalisée le 17 juillet 2012 ayant d'ailleurs préconisé l'installation d'un système anti-racinaire afin d'éviter la survenance de dommages en lien avec cet arbre, planté en 1988, lors de l'aménagement du lotissement dont fait partie la maison de M. et Mme A. Dès lors, son développement racinaire ne présente pas un caractère accidentel. Dans ces conditions, la cause des dommages dont M. et Mme A demandent réparation était raisonnablement prévisible lors de l'acquisition de la propriété, en 2008, et a fortiori en 2019, année au cours de laquelle ils ont constaté l'apparition de nouveaux désordres, alors que plusieurs expertises avaient été réalisées, que deux arbres avaient été abattus et remplacés par des poiriers Chantecler, qu'ils avaient été indemnisés à hauteur de 5 925,10 euros et informés de ce que la mise en place d'un système anti-racine permettrait de pallier l'apparition de nouveaux désordres. Il en résulte, à supposer que le lien de causalité entre les désordres allégués et la présence du pin parasol en litige soit entièrement établi, que les dommages occasionnés au dallage de l'allée menant au garage de M. et Mme A par les racines dudit pin parasol ne peuvent être considérés comme présentant un caractère de gravité engageant à leur bénéfice la responsabilité sans faute de Toulouse Métropole.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
12. En premier lieu, M. et Mme A font valoir que la responsabilité de Toulouse Métropole est engagée à leur égard en raison d'un défaut d'entretien normal du pin parasol qui a permis un développement racinaire important et provoqué des désordres sur l'allée menant à leur garage. Toutefois, M. et Mme A, qui n'utilisent pas l'ouvrage public en cause, ont la qualité de tiers par rapport à celui-ci et ne sont, par suite, pas fondés à rechercher la responsabilité de Toulouse Métropole sur le terrain de la responsabilité pour faute.
13. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que l'implantation de l'arbre litigieux serait irrégulière en raison de sa trop grande proximité avec leur mur de clôture et que de ce fait il aurait dû être abattu, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé. Au demeurant, la commune fait valoir sans être contredite que la plantation de ce pin est antérieure à la réalisation des constructions appartenant à M. et Mme A et conforme à l'autorisation de lotir qui avait été octroyée à l'aménageur du lotissement. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par M. et Mme A ne sont pas de nature à caractériser une implantation irrégulière du pin litigieux.
14. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la responsabilité du maire de la commune de Saint Orens de Gameville doit être engagée sur le fondement de la carence fautive dans l'exercice de son pouvoir de police, ce moyen n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé. Il résulte, au demeurant, de l'analyse réalisée par Adret environnement le 29 septembre 2021 que l'arbre ne présente aucune altération visuelle externe, qu'il a fait l'objet de dégagement de branches côté riverain, et que les sondages réalisés n'ont révélé aucune anomalie. Dans ces conditions, et alors que le pin litigieux est en bon état général, le moyen tiré de la carence fautive du maire ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et de condamnation présentées par M. et Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du de la commune de Saint-Orens de Gameville et de Toulouse Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. et Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme demandée par la commune de Saint-Orens de Gameville et de Toulouse Métropole sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint Orens de Gameville et de Toulouse Métropole tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A, à la commune de Saint-Orens de Gameville et à Toulouse Métropole.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
M. Rives, conseiller,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
La rapporteure,
C. PEAN
La présidente,
S. CHERRIER
Le greffier,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026