jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2200177 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CANDELIER CARRIERE-PONSAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires successivement enregistrés les 13 janvier et 13 octobre 2022 et le 7 février 2023, Mme A, représentée par Me Candelier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme totale de 728 700,52 euros ainsi qu'une rente viagère, pour un montant annuel de 14 692 euros, indexée sur l'indice des prix de la consommation, en réparation des préjudices subis qu'elle estime en lien avec sa prise en charge du 6 décembre 2016 par l'hôpital Pierre-Paul Riquet ;
2°) de réserver les dépenses de santé futures autres que celles relatives aux séances de kinésithérapie ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle doit être indemnisée au titre de la solidarité nationale ;
- ses préjudices doivent être indemnisés comme suit :
*les dépenses de santé futures à hauteur de 29 609,60 euros
*les frais de logement adapté à hauteur de 4 937,50 euros
*l'assistance par tierce personne (ATP) à hauteur de 10 474,99 euros
*une rente annuelle pour l'ATP à hauteur de 14 692 euros
*la perte de gains professionnels futurs à hauteur de 120 709,68 euros
*l'incidence professionnelle à hauteur de 80 000 euros
*la perte de droits à la retraite à hauteur de 13 814,75 euros
*le déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 19 454 euros
*les souffrances endurées à hauteur de 8 800 euros
*le préjudice esthétique à hauteur de 1 500 euros
*le déficit fonctionnel permanent à hauteur de 394 400 euros
*le préjudice d'agrément à hauteur de 10 000 euros
* le préjudice esthétique à hauteur de 15 000 euros
*le préjudice sexuel à hauteur de 20 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 mai 2022 et le 12 janvier 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Ravaut, conclut :
1°) à ce que les prétentions indemnitaires formulées par Mme A soient fixées à 324 681,49 euros, déduction faite de la provision déjà versée ainsi qu'au versement d'une rente trimestrielle pour un montant de 5 341,33 euros sous réserve de présentation des justificatifs de perception ou de non -perception des aides perçues ;
2°) au rejet des demandes indemnitaires présentées au titre du préjudice esthétique temporaire, du préjudice d'agrément, des dépenses de santé futures, de l'incidence professionnelle ;
3°) au sursis à statuer dans l'attente de justificatifs et à défaut au rejet des demandes indemnitaires formulées au titre des pertes de gains professionnels futurs et de perte de droits à la retraite ;
4°) à la déduction du montant à verser des indemnités de toutes natures perçues ou à recevoir d'autres débiteurs des mêmes chefs de préjudice ;
5°) au rejet de tout recours des organismes sociaux dirigé contre lui ;
6°) au rejet de la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas le principe d'une indemnisation ;
- l'indemnisation sollicitée par la requérante sera réduite à de plus justes proportions ;
-les demandes indemnitaires présentées au titre du préjudice esthétique temporaire, du préjudice d'agrément, des dépenses de santé futures, de l'incidence professionnelle doivent être rejetées ;
- pour la demande formulée au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il sera tenu compte du fait qu'il n'a pas contesté l'avis de la CCI et que l'offre d'indemnisation faite dans les délais n'a été que partielle que du fait de l'absence de justificatifs suffisants.
La clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023 par une ordonnance du 31 janvier précédent.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jorda,
- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. En septembre 2013, Mme B A a présenté des acouphènes de l'oreille gauche devenues invalidantes. Le 20 octobre 2015, elle a réalisé une artériographie qui a permis de diagnostiquer un rétrécissement de la carotide interne gauche dans son segment intracrânien. Le 6 décembre 2016, elle a été prise en charge au service de neurologie de l'hôpital Pierre-Paul Riquet, pour une angioplastie de la carotide avec pose de stent. Dans les suites de cette opération, elle a été victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) avec hémiplégie droite et aphasie, pour lequel elle a été transférée dans le service de réanimation neurochirurgicale puis de soins intensifs de neurochirurgie, du 7 au 28 décembre 2016. Mme A a par la suite saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) qui, par une décision du 10 décembre 2020, a rendu un avis favorable à la prise en charge de ses préjudices au titre de la solidarité nationale. Par un courrier du 15 février 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a formulé une offre d'indemnisation partielle et provisoire, rejetée par la requérante qui a effectué une contre-proposition d'indemnisation par un courrier du 20 juillet 2021. Par un courrier du 4 août 2021, l'ONIAM a effectué une offre d'indemnisation totale et définitive également rejetée. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser la somme totale de 728 700,52 euros ainsi qu'une rente viagère, pour un montant annuel de 14 692 euros, indexée sur l'indice des prix de la consommation, en réparation des préjudices subis qu'elle estime en lien avec sa prise en charge du 6 décembre 2016 par l'hôpital Pierre-Paul Riquet et de réserver les dépenses de santé futures autres que celles relatives aux séances de kinésithérapie.
Sur l'obligation de l'ONIAM
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () II.- Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article L. 1142-22 du même code, " L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est un établissement public à caractère administratif de l'Etat, placé sous la tutelle du ministre chargé de la santé. Il est chargé de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale, dans les conditions définies au II de l'article L. 1142-1 () des dommages occasionnés par la survenue d'un accident médical () ". Aux termes de l'article L. 1142-20 du même code : " La victime, ou ses ayants droit, dispose du droit d'action en justice contre l'office si aucune offre ne lui a été présentée ou si elle n'a pas accepté l'offre qui lui a été faite. () ". Et l'article D. 1142-1 du même code précise que " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
4. Il résulte de l'instruction qu'au décours de l'angioplastie avec pose de stent de la carotide interne gauche distale, réalisée le 6 décembre 2016 sur Mme A, l'artère carotide interne droite a été totalement occluse, ce dont il est résulté un accident vasculaire cérébral (AVC) avec hémiplégie droite et aphasie. Le rapport d'expertise du 23 octobre 2017 indique que l'accident dont a Mme A a ainsi été victime est une complication " très rare " de la chirurgie qui a été pratiquée, la probabilité de sa survenance devant par conséquent être regardée comme très faible. Par ailleurs, il résulte du rapport d'expertise médicale post-consolidation du 27 juillet 2020 que le déficit fonctionnel permanent doit être évalué à 85%. Compte tenu de ces éléments, il y a lieu de retenir que Mme A a été victime d'un accident médical non fautif qui présente un caractère anormal et grave, ce que l'ONIAM ne conteste pas. Il en résulte que les conditions d'engagement de la responsabilité de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale prévus au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique sont réunies.
Sur les préjudices de Mme A :
5. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise médicale post-consolidation du 27 juillet 2020 que la date de consolidation doit être fixée au 28 novembre 2019.
En ce qui concerne les préjudices à caractère patrimonial
S'agissant des dépenses de santé futures
6. Mme A sollicite le versement de la somme de 29 609,60 euros au titre des cinquante séances annuelles de kinésithérapie retenues comme étant nécessaires par le rapport d'expertise du 27 juillet 2020, et demande par ailleurs que le coût des autres dépenses de santé futures soit réservé. Toutefois, à défaut de rapporter la preuve de l'existence de telles dépenses et du reste à charge, cette demande ne peut être accueillie.
S'agissant des frais liés au logement adapté
7. Il résulte du rapport d'expertise du 27 juillet 2020 que l'état de santé de Mme A en lien avec l'intervention du 6 décembre 2016 justifie un aménagement de son logement au niveau de la salle de bain et des toilettes. Mme A produit quatre factures portant sur un montant total de 11 375,01 euros dont il convient de déduire les dépenses qui ne présentent pas de lien avec la nécessité d'adapter ces deux pièces à son handicap, s'agissant notamment de la rénovation de la peinture d'un couloir, pour un montant de 1 235,64 euros, de l'achat d'un miroir, d'un applique miroir et d'un plafonnier, ainsi que des travaux d'électricité, ayant porté sur un montant de 921 euros. Il est par ailleurs constant que la commission de l'autonomie des personnes handicapées du Lot a attribué à la requérante une prestation de compensation " aide technique " d'un montant de 6 437,51 euros pour effectuer les travaux d'aménagement de la salle de bain et des toilettes, qui doit donc également venir en déduction du montant sollicité. En revanche, la pose de deux radiateurs de réemploi dans la salle de bain, pour un montant de 195 euros, doit être prise en compte. Par suite, Mme A est fondée à solliciter la condamnation de l'ONIAM à lui verser une somme de 2 780,86 euros en réparation de ce chef de préjudice.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne
8. Lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit, à cette fin, se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer, lorsqu'il se prononce, si la personne handicapée sera placée dans une institution spécialisée ou hébergée au domicile de sa famille, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en précisant le mode de calcul de cette rente dont le montant doit dépendre du temps passé au domicile familial au cours du trimestre.
9. Par ailleurs, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.
10. Enfin, en vertu de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles, la prestation de compensation du handicap est destinée à compenser les frais de toute nature lié au handicap. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la récupération de cette allocation en cas de retour de son bénéficiaire à meilleure fortune. Il suit de là que le montant de la prestation de compensation du handicap peut être déduit d'une rente ou indemnité allouée au titre de l'assistance par tierce personne.
Quant aux frais d'assistance par une tierce personne du 10 juin 2017 au 28 novembre 2019
11. Il résulte du rapport d'expertise que le besoin en assistance par une tierce personne de Mme A pour la période comprise entre le 10 juin 2017, lendemain de son hospitalisation, et le 28 novembre 2019, date de sa consolidation, soit 29 mois, doit être évalué à deux heures par jour. Sur la base d'une durée de 412 jours par an, ce besoin d'assistance par tierce personne doit être évalué à 69 heures par mois, soit 2 001 heures (69 heures x 29 mois). Avec un taux horaire qu'il y a lieu de fixer à 16 euros, et en tenant compte des 28 heures par mois d'aide humaine accordées par la CDAPH du 1er décembre 2017 au 27 février 2019, soit 420 heures (28 heures x 15 mois), et des 43 heures par mois octroyées du 1er mars au 30 novembre 2019, soit 387 heures (43 heures x 9 mois), les frais d'assistance par tierce personne peuvent être évalués, pour la période du 10 juin 2017 au 28 novembre 2019 inclus, à la somme de 19 104 euros ((2001-420-387)*16) de laquelle il convient de déduire la somme de 5 238,61 euros que l'ONIAM soutient sans être utilement contredit avoir déjà versé à titre de provision. Il s'ensuit que la somme de 13 865,39 euros doit être allouée à Mme A.
Quant aux frais d'assistance par une tierce personne du 29 novembre 2019 à la date du présent jugement
12. Le rapport d'expertise préconise une aide humaine post-consolidation de deux heures par jour du lundi au dimanche, une aide relationnelle de deux heures par jour du lundi au vendredi et une aide technique de quatre heures par semaine du lundi au vendredi. Il convient par conséquent d'évaluer le besoin en aide humaine post-consolidation à quatre heures par jour du lundi au dimanche pour l'habillage, le déshabillage, la toilette, l'aide aux repas, les courses, le ménage, les démarches diverses et les sorties, Mme A ne pouvant plus conduire. Sur la base d'une durée de 412 jours par an, pour la période du 29 novembre 2019 à la date du présent jugement, soit 55 mois, ce besoin d'assistance par tierce personne doit être évalué à 137 heures par mois ((412*4)/12), soit 7 535 heures (137 heures x 55 mois). Avec un taux horaire qu'il y a lieu de fixer à 16 euros, et en tenant compte des 43 heures par mois d'aide humaine accordées par la CDAPH du 1er décembre 2019 au 31 janvier 2022, soit 1 118 heures (43 heures x 26 mois) et des 49 heures accordées du 1er février 2022 à la date du présent jugement, soit 1 421 heures (49 heures x 29 mois), les frais d'assistance par tierce personne peuvent être évalués, pour la période du 29 novembre 2019 à la date du présent jugement, à la somme de 79 936 euros ((7535-1118-1421)*16).
Quant aux frais futurs d'assistance par une tierce personne
13. Pour l'avenir, c'est-à-dire postérieurement à la date du présent jugement, la requérante demande la capitalisation du préjudice consistant en une aide par une tierce personne. Pour les préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations, il appartient au juge de décider si leur réparation doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer lorsqu'il se prononce si la victime sera placée dans une institution spécialisée ou si elle sera hébergée au domicile familial, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en fixant un taux quotidien et en précisant que la rente sera versée au prorata du nombre de nuits ou d'heures qu'elle aura passées à ce domicile au cours du trimestre considéré.
14. Dans les circonstances de l'espèce, les frais afférents au besoin d'assistance de Mme B A par une tierce personne doivent être réparés par une rente annuelle viagère versée trimestriellement, et non par le versement d'un capital représentatif de ces frais futurs.
15. Eu égard à ce qui a été indiqué au point 12, et au vu notamment du rapport d'expertise, le besoin d'assistance doit être fixé à 4 heures par jour durant toute l'année, en retenant 412 jours annuels, soit 1 648 heures annuelles et 137 heures en moyenne mensuelle.
16. Pour la période courant du 1er juillet 2024 au 31 janvier 2027, qui correspond, en l'état du dossier, à l'échéance des droits ouverts au titre de la prestation de compensation du handicap dans sa composante " aide humaine ", cette rente trimestrielle sera évaluée sur la base d'un besoin d'assistance de 411 heures (137 heures x 3 mois), dont il convient de défalquer les 147 heures (49 heures x 3 mois) d'aide humaine accordées trimestriellement par la CDAPH, soit une rente trimestrielle évaluée à 264 heures (137 heures - 49 heures), avec un taux horaire initial d'un montant qu'il y a lieu de fixer à 16 euros, qui sera revalorisé annuellement par application de l'article L. 434 17 du code de la sécurité sociale. Toutefois, si Mme A recourt au service d'un service extérieure pour tout ou partie de ce besoin d'assistance, le taux horaire sera celui facturé par ce service, dont l'intéressée devra justifier. Les sommes perçues au titre des aides ayant le même objet que la prestation de compensation du handicap, sauf celles pour lesquelles une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune, devront être déduites, afin d'éviter une double indemnisation. Enfin, il appartiendra à Mme A, dans l'hypothèse où elle serait placée dans une institution spécialisée ou hospitalisée, de fournir trimestriellement les justificatifs de ses jours d'hébergement ou d'hospitalisation.
17. S'agissant de la période qui courra du 1er février 2027 jusqu'au décès de Mme A, la rente sera calculée sur une base de 137 heures par mois, de laquelle il conviendra de déduire, le cas échéant, les aides perçues au titre de la prestation de compensation du handicap ou de toutes autres aides ayant le même objet, sauf celles pour lesquelles une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune. Elle sera versée trimestriellement, sur justificatifs, à un taux horaire initial d'un montant qu'il y a lieu de fixer à 17 euros, qui sera revalorisé annuellement par application de l'article L. 434 17 du code de la sécurité sociale, ou, le cas échéant, au tarif horaire réellement engagé par Mme A, dont celle-ci devra justifier. Enfin, il appartiendra à Mme A, dans l'hypothèse où elle serait placée dans une institution spécialisée ou hospitalisée, de fournir trimestriellement les justificatifs de ses jours d'hébergement ou d'hospitalisation.
S'agissant des pertes de revenus
18. En premier lieu, Mme A sollicite la réparation de la perte de gains professionnels qu'elle estime avoir subie depuis la date de sa consolidation. S'il ressort des fiches de paie produites qu'elle percevait un traitement mensuel net moyen de 1 562,11 euros, elle ne produit aucun justificatif concernant les ressources dont elle a pu, le cas échéant, bénéficier depuis l'accident, leur détermination étant pourtant nécessaire pour déterminer la perte nette subie de ses revenus du fait de son dommage. Par suite et alors qu'elle a été invitée, par une mesure d'instruction du 23 mai 2024, à produire tout document de nature à attester des aides perçues au titre de son handicap (comme l'allocation adulte handicapé) depuis le 6 décembre 2016 ou tout document attestant de l'absence de perception de telles aides et de faire état, le cas échéant, de toute difficulté à transmettre les documents sollicités, Mme A n'a pas mis en mesure le tribunal d'apprécier la réalité et l'étendue de ce chef de préjudice, qui doit donc être rejeté.
19. En deuxième lieu, si Mme A allègue qu'elle aurait dû percevoir une retraite d'un montant de 1 507,72 euros par mois, elle ne l'établit par aucune pièce du dossier. Par suite, l'ONIAM est fondé à soutenir que ce chef de préjudice doit être rejeté faute de justificatif.
20. En troisième lieu, si Mme A n'établit pas qu'elle aurait eu des chances sérieuses de promotion ni même de reconversion professionnelle, il résulte de l'instruction qu'elle a subi une dévalorisation sur le marché du travail en raison du dommage causé. Ainsi, s'agissant de l'incidence professionnelle, elle justifie d'un préjudice distinct de celui de la perte de gains professionnels. A ce titre, l'argumentation de l'ONIAM sur ce point est inopérante dès lors que le fait que la victime puisse reprendre une activité professionnelle quelconque ne fait pas obstacle à l'indemnisation de ce poste. Mme A étant âgée de 46 ans à la date de sa consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 50 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices à caractère extra-patrimonial
S'agissant du déficit fonctionnel
21. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 7 décembre 2016 au 9 juin 2017 et un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 85% du 10 juin 2017 au 28 novembre 2019. Il y a lieu d'évaluer ce chef de préjudice à 14 186,75 euros, déduction faite de la provision de 4 292,25 euros déjà versée par l'ONIAM, sur la base d'une indemnisation de 17 euros par jour d'incapacité temporaire totale.
22. En second lieu, il résulte du rapport d'expertise post-consolidation du 27 juillet 2020 que Mme A est atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 85 %, lié à une hémiplégie droite spastique, avec le membre supérieur inutilisable, à une atteinte des fonctions cognitives, en particulier le langage et la mémoire et à un syndrome dysexécutif et à une épilepsie sans troubles de conscience, stabilisée par un traitement. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à la requérante, âgée de 49 ans à la date de sa consolidation, une somme de 285 000 euros.
S'agissant des souffrances endurées
23. Les experts ont évalué les souffrances endurées par Mme A à un taux de 4 sur 7, au regard de la rééducation longue et contraignante qu'elle avait dû entreprendre et d'une souffrance psychique spécifique, liée à l'impossibilité de parler. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une somme de 7 200 euros, dont il convient de déduire les 6 200 euros qu'elle a d'ores et déjà perçus à titre de provision, soit une somme de 1 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique
24. En premier lieu, en raison d'un déplacement avec une canne ou en fauteuil roulant, le préjudice esthétique temporaire est évalué à un taux de 3 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une somme de 2 500 euros, dont il convient de déduire les 500 euros qu'elle a d'ores et déjà perçus à titre de provision, soit une somme de 2 000 euros.
25. En second lieu, Mme A effectuant tout déplacement extérieur en fauteuil roulant avec des orthèses au pied droit et à l'épaule droite, le préjudice esthétique permanent est évalué à un taux de 4 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une somme de 4 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément
26. Si Mme A fait valoir son impossibilité future de toute activité de loisir, elle n'établit ni même n'allègue être dans l'impossibilité de pratiquer une activité sportive ou de loisirs qu'elle exerçait de manière régulière avant son accident vasculaire cérébral. Par suite, l'ONIAM est fondé à soutenir que ce chef de préjudice doit être rejeté.
S'agissant du préjudice sexuel
27. Le préjudice sexuel qui a été reconnu par le rapport d'expertise du 27 juillet 2020, sans autre précision, peut être évalué à la somme de 7 000 euros telle que proposée par l'ONIAM.
28. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser à Mme A une somme totale de 464 479 euros ainsi qu'une rente trimestrielle à compter du 1er juillet 2024 dans les conditions prévues aux points 16 et 17.
Sur les frais liés au litige :
29. Il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'ONIAM le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) est condamné à verser à Mme A la somme de 479 769 euros ainsi qu'une rente trimestrielle à compter du 1er juillet 2024 dans les conditions prévues aux points 16 et 17.
Article 2 : L'ONIAM versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Péan, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
V. JORDALa présidente,
S. CHERRIERLa greffière,
F. DEGLOS
La République mande et ordonne au ministre de la santé en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026