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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200269

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200269

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200269
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 janvier 2022 et 31 janvier 2023, M. D C et Mme B C, représentés par Me Mot, doivent être regardés comme demandant au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de leur accorder le bénéfice de la réduction des bases de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017 à concurrence de 4 441 euros et, en conséquence de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 pour le montant résultant de cette réduction des bases d'imposition ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

- s'agissant de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017, les salaires de leur fille, rattachée à leur foyer fiscal, doivent être exonérés d'impôt sur le revenu dès lors que les trois conditions posées par les dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts sont remplies ; à cet égard, elle est titulaire d'un contrat de professionnalisation qui est un contrat de travail au regard des dispositions de l'article L. 6325-5 du code du travail, elle était âgée de 21 ans au 1er janvier 2017 et elle occupait cet emploi durant ses études universitaires supérieures ; ils peuvent donc bénéficier de l'exonération à l'imposition sur le revenu à raison des salaires de leur fille à hauteur de 4 441 euros au titre de l'année 2017 ; l'administration fiscale ne saurait utilement se prévaloir de la doctrine administrative BOI-RSA-CHAMP-20-50-50 pour soutenir que le contrat de professionnalisation est exclu du champ d'application des dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts ; cette doctrine est illégale ;

- s'agissant de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018, ils ont commis un erreur de bonne foi en se prévalant du régime d'exonération des contrats d'apprentissage ; à cet égard, ils se prévalent de la tolérance instaurée par la doctrine administrative BOI- IR-PAS-50-10-30-10 § 70 selon laquelle les revenus non déclarés spontanément bénéficie du crédit d'impôt modernisation recouvrement dès lors que leur bonne foi n'est pas contestable ; les salaires de leur fille perçus en 2019 ont fait l'objet d'un prélèvement à la source de telle sorte que le refus d'appliquer le crédit d'impôt modernisation recouvrement équivaudrait à assujettir ses salaires à une double imposition ; ce crédit d'impôt doit être appliqué aux salaires de leur fille et aux revenus des capitaux mobiliers ; ils peuvent également bénéficier de l'exonération des salaires de leur fille en application des dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts pour un montant de 4 495 euros ;

- s'agissant des intérêts de retard, ils ne peuvent leur être appliqués dès lors qu'en application des dispositions du 1 de l'article 1727-II du code général des impôts, une mention expresse a été portée par courriel du 24 avril 2019 sur l'espace particulier impots.gouv.fr ;

- s'agissant de la majoration pour manquement délibéré, l'administration n'est pas fondée à leur reprocher de ne pas avoir corrigé leurs déclarations à la suite d'un message les informant que les revenus tirés d'un contrat de professionnalisation ne sont pas exonérés ; le caractère délibéré d'une insuffisance de déclaration s'apprécie lors de la souscription de la déclaration ; lors des déclarations de revenus au titre des années 2017 et 2018, ils n'ont pas eu connaissance du courriel de l'administration fiscale du 23 mai 2019 leur demandant de corriger leurs déclarations avant la notification de la proposition de rectification : il appartient à l'administration fiscale d'établir la mauvaise foi des contribuables ; elle ne rapporte pas la preuve qu'ils aient eu connaissance de ce courriel ; en retenant une approche quantitative des sommes exonérées, l'administration n'établit pas l'intention délibérée d'éluder l'impôt ; au titre de l'année 2018, le manquement délibéré ne peut davantage être établi dès lors, d'une part, qu'elle ne peut être déduite de l'absence de correction de leur déclaration et, d'autre part, que les revenus tirés des salaires de leur fille auraient dû bénéficier du crédit d'impôt modernisation recouvrement, ce qui équivaut à une exonération.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juillet 2022 et 7 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- un non-lieu à statuer doit être prononcé en suite du dégrèvement pour un montant de 4 786 euros de l'imposition supplémentaire de l'année 2018 et de la majoration de 40% au titre de l'année 2017 ;

- l'exonération prévue par les dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts n'est pas applicable aux rémunérations perçues dans le cadre de contrat de travail en alternance ; le contrat de professionnalisation rentre dans la catégorie des contrats de travail en alternance et sont soumis à la législation du travail de droit commun ; les jeunes bénéficiant de tels contrats ne peuvent être assimilés à des personnes exerçant leur activité durant leurs congés scolaires ou universitaires ; les salaires perçus par la fille des requérants dans le cadre de son contrat de professionnalisation sont exclus du dispositif d'exonération prévue par les dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts ;

- s'agissant des intérêts de retard au titre de l'année 2017, la déclaration déposée pour les revenus ne comporte pas de mention expresse des motifs de droit conduisant les requérants à ne pas inclure les salaires de leur fille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2017 et 2018. A l'issue de ce contrôle, une proposition de rectification leur a été adressée le 2 novembre 2020 en matière d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2017. Le 10 septembre 2021, M. et Mme C ont présenté une réclamation qui a été rejetée le 18 novembre 2021. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au tribunal de leur accorder le bénéfice de la réduction d'impôt sollicité et de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 pour le montant résultant de cette réduction des bases d'imposition.

En ce qui concerne l'étendue du litige :

2. Par une décision du 18 juillet 2022, intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne a opéré un dégrèvement partiel de 4 786 euros correspondant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018 et aux majorations de 40% prévues par les dispositions de l'article 1758 A au titre des années 2017 et 2018. La quotité litigieuse restant en litige après dégrèvement s'élève donc à 2 193 euros. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. et Mme C à hauteur du dégrèvement ainsi prononcé.

En ce qui concerne le surplus du litige :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 6325-2 du code du travail : " Le contrat de professionnalisation associe des enseignements généraux, professionnels et technologiques dispensés dans des organismes publics ou privés de formation ou, lorsqu'elle dispose d'un service de formation, par l'entreprise, et l'acquisition d'un savoir-faire par l'exercice en entreprise d'une ou plusieurs activités professionnelles en relation avec les qualifications recherchées./ Le contrat de professionnalisation peut comporter des périodes d'acquisition d'un savoir-faire dans plusieurs entreprises. Une convention est conclue à cet effet entre l'employeur, les entreprises d'accueil et le salarié en contrat de professionnalisation. Les modalités de l'accueil et le contenu de la convention sont fixés par décret. ". Aux termes de l'article L. 6325-8 du même code : " Sauf dispositions conventionnelles ou contractuelles plus favorables, le salarié âgé de moins de vingt-six ans et titulaire d'un contrat de professionnalisation perçoit pendant la durée du contrat à durée déterminée ou de l'action de professionnalisation du contrat à durée indéterminée une rémunération calculée en fonction du salaire minimum de croissance./ Le montant de cette rémunération peut varier en fonction de l'âge du bénéficiaire et du niveau de sa formation. ". Enfin, aux termes de l'article L. 3221-3 du code du travail : " Constitue une rémunération au sens du présent chapitre, le salaire ou traitement ordinaire de base ou minimum et tous les autres avantages et accessoires payés, directement ou indirectement, en espèces ou en nature, par l'employeur au salarié en raison de l'emploi de ce dernier. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 81 du code général des impôts : " Sont affranchis de l'impôt : () 36° Sur option des bénéficiaires, dans le cadre d'une déclaration des revenus personnelle ou de celle du foyer fiscal de rattachement, les salaires versés aux personnes âgées de vingt-cinq ans au plus au 1er janvier de l'année d'imposition, à l'exception des agents publics percevant une rémunération dans le cadre de leur formation, en rémunération d'activités exercées pendant leurs études, secondaires ou supérieures, ou exercées durant leurs congés scolaires ou universitaires, dans la limite de trois fois le montant mensuel du salaire minimum de croissance () ". Il résulte de ces dispositions que l'exonération d'impôt sur le revenu qu'elles prévoient est réservée aux rémunérations perçues pendant la période des études secondaires ou supérieures à raison d'un emploi salarié.

5. Il résulte de l'instruction que les sommes perçues en 2017 par Mme A C, rattachée au foyer fiscal de M. et Mme C, correspondent à la rémunération d'un contrat de professionnalisation contracté parallèlement à ses études avec la société Axa France Iard. Dès lors, les sommes versées en application de ce contrat avaient bien la nature de rémunération d'activités exercées pendant les études supérieures de la requérante au sens des dispositions du 36° de l'article 81 du code général des impôts précitées. Par suite, l'administration fiscale n'était pas fondée à inclure dans le revenu imposable de M. et Mme C la somme de 15 308 euros perçue par leur fille dans le cadre de son contrat de professionnalisation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C sont fondés à solliciter la décharge de la somme de 2193 euros au titre des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, ainsi que les intérêts de retard correspondants.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

8. La présente instance n'a entraîné aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de M. et Mme C relatives à la condamnation aux dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme C, à concurrence du dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu prononcé le 19 juillet 2022 par la direction régionale des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Article 2 : M. et Mme C sont déchargés de la somme de 2193 euros au titre des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2017 et des intérêts de retard afférents.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 500 euros à M. et Mme C au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et Mme B C et à la direction régionale des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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