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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2200966

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2200966

mardi 29 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2200966
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPATOUREAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a été saisi par la mère et le frère d’un détenu décédé au centre de détention de Muret, qui demandaient réparation pour les préjudices subis. Le tribunal a jugé que l’administration pénitentiaire avait commis une faute de nature à engager la responsabilité de l’État, en raison d’un défaut de surveillance ayant conduit au décès. Il a condamné l’État à verser 17 000 euros à Mme A et 11 000 euros à M. E au titre de leur préjudice moral, et a rejeté le surplus des demandes. Cette décision s’appuie sur les principes de la responsabilité administrative pour faute et sur les dispositions du code de procédure pénale relatives à la surveillance des personnes détenues.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2022, Mme G H, agissant en qualité de tutrice de Mme I A et M. J E, assisté de sa curatrice, l'association nationale de recherche et d'action solidaire- protection des majeurs, représentés par Me Mirepoix et Me Patoureaux demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence du garde des sceaux, ministre de la justice à leur demande datée du 29 septembre 2021 tendant au versement de la somme de 110 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du décès de M. B E, survenu lorsqu'il était incarcéré au centre de détention de Muret ;

2°) de condamner l'Etat à verser, à Mme A, la somme de 59 000 euros et à M. E, la somme de 51 000 euros, en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2021 et de la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens, la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de Mme A et la somme de 2 000 euros toutes taxes comprises sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au profit du conseil de M. E.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat doit être engagée en raison des fautes commises par le centre de détention de Muret, ayant entrainé le décès de M. B E ;

- les préjudices invoqués par Mme A et M. E sont directs et certains et présentent un lien de causalité avec les fautes commises par le centre de détention de Muret ;

- la décision implicite née le 30 décembre 2021 portant rejet de leur demande indemnitaire préalable est illégale, dès lors qu'elle méconnaît leur droit d'obtenir réparation des dommages subis ;

- le préjudice de Mme A au titre de la perte de chance de survie de son fils s'élève à la somme de 10 000 euros ;

- le préjudice de Mme A au titre des souffrances physiques et morales endurées par son fils avant son décès s'élève à la somme de 25 000 euros ;

- le préjudice moral de Mme A du fait de la perte de son fils s'élève à la somme de 17 000 euros ;

- les troubles dans les conditions d'existence de Mme A s'élèvent à la somme de 7 000 euros ;

- le préjudice de M. E au titre de la perte de chance de survie de son frère s'élève à la somme de 10 000 euros ;

- le préjudice de M. E au titre des souffrances physiques et morales endurées par son frère avant son décès s'élève à la somme de 25 000 euros ;

- le préjudice moral de M. E du fait de la perte de son frère s'élève à la somme de 11 000 euros ;

- les troubles dans les conditions d'existence de M. E s'élèvent à la somme de 5 000 euros.

Le garde des sceaux, ministre de la justice, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 28 mars 2023, n'a pas présenté d'observations en défense.

La clôture de l'instruction est intervenue, en dernier lieu, le 14 septembre 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'absence de capacité à agir de M. J E placé sous le régime de la curatelle renforcée, faute de production d'un document attestant de l'assistance de la personne chargée de la curatelle.

Par un mémoire, enregistré le 3 juillet 2025 et communiqué le même jour, le conseil de M. J E a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Un mémoire en défense présenté par le ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice a été enregistré le 4 juillet 2025, soit postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Par une décision du 13 juillet 2021, l'association nationale de recherche et d'action solidaire des majeurs (ANRAS) - protection des majeurs, curateur de M. J E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de déontologie du service public pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Douteaud, première conseillère, pour exercer les fonctions de rapporteure publique sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de Mme Douteaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E a été incarcéré au centre de détention de Muret le 21 janvier 2015. Le 9 avril 2015 à 3 heures 40 le corps sans vie de M. E a été découvert dans sa cellule par les surveillants de l'établissement, et le décès a été déclaré à 4 heures 37. Par courrier en date du 29 septembre 2021, réceptionné le 30 octobre 2021, la mère de la victime, Mme I A, représentée par sa tutrice Mme G H et le frère de la victime, M. J E ont formé une demande d'indemnisation préalable auprès de l'administration, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de leur demande indemnitaire et de condamner l'Etat à leur verser la somme globale de 110 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait du décès de M. B E.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. "

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée par lettre du 28 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction fixée au 14 septembre 2023. Le garde des sceaux, ministre de la justice est donc réputé avoir acquiescé aux faits exposés par les requérants dans leurs écritures. Il appartient seulement au juge de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire et de vérifier que les faits allégués par les requérants ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier.

Sur l'étendue du litige :

4. La décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable présentée par les requérants le 29 septembre 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de leur demande. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit des requérants à percevoir la somme qu'ils réclament, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont en tout état de cause sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les requérants doivent être regardés comme ayant seulement présenté des conclusions indemnitaires.

Sur la responsabilité de l'administration pénitentiaire :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute :

5. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire, dans sa rédaction applicable au litige : " Les personnels de surveillance de l'administration pénitentiaire constituent, sous l'autorité des personnels de direction, l'une des forces dont dispose l'État pour assurer la sécurité intérieure. / Dans le cadre de leur mission de sécurité, ils veillent au respect de l'intégrité physique des personnes privées de liberté () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 16 du code de déontologie du service public pénitentiaire, dans sa rédaction applicable au litige : " Le personnel de l'administration pénitentiaire prend, dans le cadre de sa mission, toute mesure tendant à la sauvegarde de la vie et de la santé des personnes qui lui sont confiées, notamment en faisant appel, en tant que de besoin, au personnel de santé. ". Aux termes de l'article D. 368 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige: " Les missions de diagnostic et de soins en milieu pénitentiaire et la coordination des actions de prévention et d'éducation pour la santé sont assurées par une équipe hospitalière placée sous l'autorité médicale d'un praticien hospitalier, dans le cadre d'une unité de consultations et de soins ambulatoires, conformément aux dispositions des articles R. 6111-27 à R. 6111-38 du code de la santé publique. () ". Aux termes de l'article D. 374 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Si une intervention médicale paraît nécessaire en dehors des heures d'ouverture de l'unité de consultations et de soins ambulatoires, les personnels pénitentiaires appliquent les directives prévues par le protocole mentionné au premier alinéa de l'article D. 369. () ". Enfin, aux termes de l'article D. 391 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'hospitalisation des détenus pour des pathologies autres que des troubles mentaux est assurée conformément au 2° de l'article R. 6112-26 du code de la santé publique : / a) Par l'établissement de santé mentionné à l'article R. 6112-14 du code de la santé publique lorsque cette hospitalisation présente un caractère d'urgence ou de très courte durée ; () ".

7. Enfin, aux termes de l'article D. 270 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " Hormis les cas visés aux articles D. 136 à D. 146, les personnels pénitentiaires doivent être constamment en mesure de s'assurer de la présence effective des détenus. / Pendant la nuit, les cellules doivent pouvoir être éclairées en cas de besoin. Personne ne doit y pénétrer en l'absence de raisons graves ou de péril imminent. En toute hypothèse, l'intervention de deux membres du personnel au moins est nécessaire, ainsi que celle d'un gradé, s'il y en a un en service de nuit ". Aux termes de l'article D. 272 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Des rondes sont faites après le coucher et au cours de la nuit, suivant un horaire fixé et quotidiennement modifié par le chef de détention, sous l'autorité du chef d'établissement ".

8. La responsabilité de l'Etat en cas de préjudice matériel ou moral résultant du décès d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas pris, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier quant à l'existence chez le détenu de troubles mentaux, de tentatives de suicide ou d'actes d'auto-agression antérieurs, de menaces suicidaires, de signes de détresse physique ou psychologique, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir un éventuel suicide.

9. Il résulte de l'instruction que le 8 avril 2015, M. B E se trouvait dans sa cellule, que lors de la fermeture des portes aux alentours de 19 heures, M. E s'est plaint auprès du personnel pénitentiaire de douleurs abdominales, que son voisin de cellule a averti les surveillants pénitenciers, de bruits, de râles et de gémissements provenant de la cellule de M. E, que suite à ce signalement trois surveillants, dont le gradé de nuit M. F, sont intervenus à 20 heures 10 dans la cellule de M. E, et l'ont trouvé assis au sol, torse nu, et leur a indiqué qu'il avait vomi, et que vers 21 heures 15, une nouvelle intervention des surveillants a été effectuée dans la cellule de M. E, ce dernier ayant actionné l'interphone de contact. Les surveillants ont constaté que M. E était assis sur son lit, conscient mais silencieux, et qu'il ne répondait pas aux questions de M. F concernant la prise de son traitement médicamenteux. Par la suite, trois contrôles de la cellule de M. E ont été réalisés dans la nuit du 8 au 9 avril 2015, depuis l'œilleton, sans ouverture de la porte à 23 heures 10, à 1 heure 25, et à 3 heures 30, et lors de ce dernier contrôle, le surveillant a constaté que M. E était allongé au sol. Les expertises n'ont pas permis de déterminer l'heure exacte du décès, et relèvent que le décès serait survenu le 9 avril 2015 entre 1 heure 30 et avant 3 heures du matin, et plus près d'1 heure 30 compte tenu de la rigidité cadavérique. Il ressort des différentes expertises et contre-expertises, et de l'ordonnance de non-lieu pour meurtre prononcée par le vice-président chargé de l'instruction au tribunal de grande instance de Toulouse le 7 septembre 2018, que " les investigations multiples diligentées de façon complète n'ont pas permis d'établir que le décès de M. B E était consécutif à l'action malveillante d'un tiers ni même à une action involontaire ou à une négligence d'autant que contrairement à l'appréciation imprudente du premier médecin légiste à l'autopsie, les expertises ultérieures ont conclu à l'hypothèse d'un acte auto agressif ".

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 9, que trois contrôles de la cellule de M. E ont été réalisés dans la nuit du 8 au 9 avril 2015 suite aux interventions des surveillants à 20 heures 10 et 21 heures 15. Cependant, il ressort des termes du rapport d'expertise du Dr K, datée du 14 novembre 2017, que des signes d'une pathologie respiratoire apparaissent dès la première intervention des surveillants vers 20 heures 10, que ces signes se sont majorés et étaient nettement perceptibles vers 21 heures 15. Par ailleurs, M. F, le gradé de garde, a reconnu une erreur d'appréciation s'agissant de l'état de santé de M. E, mais que lors de ses différents passages rien dans le comportement de M. E n'était de nature à lui laisser penser une situation de détresse justifiant d'appeler les secours, qu'il était sous traitement médicamenteux, et qu'au demeurant l'état de santé des détenus n'était pas communiqué aux surveillants pénitenciers lors des rondes. Une procédure disciplinaire a été engagée à l'encontre de M. F en mai 2015. Dès lors, l'administration pénitentiaire a manqué à son obligation de surveillance en s'abstenant de solliciter l'intervention des services de secours. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le garde des sceaux, ministre de la justice a commis une faute de nature à engager sa responsabilité sur ce fondement.

11. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. E avait été détenu au sein de l'UHSA à Toulouse jusqu'en janvier 2015, date à laquelle il avait rejoint le bâtiment des " vulnérables " dans une cellule qu'il occupait seul, que son dossier pénitentiaire faisait état de sa vulnérabilité, de ses hallucinations, des voix qu'il entendait et de son traitement médical lourd sachant qu'il avait été placé sous tutelle depuis le mois de septembre 2023, et qu'à la date de son décès, M. E était sous traitement médicamenteux. Il ressort de l'expertise toxicologique réalisée par le Dr C le 26 janvier 2016, que trois molécules ont été retrouvées dans ses analyses à des concentrations thérapeutiques ou infra-thérapeutiques, qu'il n'y a pas eu de surdosage, permettant d'évoquer une altération du comportement de la victime, et encore moins une cause toxique du décès. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que M. E aurait eu, avant son décès, une tendance à méconnaître la posologie ou les règles de prise de son traitement médicamenteux. Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments, l'administration ne disposait pas d'informations tendant à démontrer que M. E nécessitait une attention particulière. La circonstance que des médicaments auraient été retrouvés dans la cellule du requérant ne permet pas de déterminer que l'administration pénitentiaire aurait commis une faute, dès lors qu'aucun surdosage n'a été identifié par les analyses toxicologiques.

12. En troisième lieu, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'Etat aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité, au motif que " les rondes doivent se faire à deux et que les interventions dans les cellules nécessitent la présence de trois surveillants ", dès lors que les dispositions précitées de l'article D. 270 du code de procédure pénale, n'imposent que la présence de deux membres du personnel pour pénétrer dans les cellules et qu'aucune disposition législative ou règlementaire n'impose que les rondes s'effectuent à deux surveillants. Par ailleurs, il résulte de l'instruction qu'une anomalie a été détectée dans la cellule de M. E, lors de la ronde de nuit à 3 heures 30, et que l'arrivée d'un second membre du personnel, permettant l'entrée dans la cellule, est intervenue à 3 heures 40, soit après un délai de 10 minutes. Dès lors, compte tenu de l'obligation réglementaire de présence de deux membres du personnel pour pénétrer dans les cellules, un tel délai doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme non constitutif d'une faute dans l'organisation ou le fonctionnement du service pénitentiaire de nature à engager la responsabilité de l'Etat. En outre, compte tenu de l'heure du décès présumé qui a été fixé entre 1 heure 30 et avant 3 heures du matin, et plus près d'1 heure 30 compte tenu de la rigidité cadavérique, il ne résulte pas de l'instruction que le décès de M. E serait imputable, fût-ce partiellement, au délai d'intervention des services pénitentiaires. Par suite, le garde des sceaux, ministre de la justice n'a pas commis une faute dans l'organisation du service pénitentiaire de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne les préjudices :

13. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause.

14. En premier lieu, si les requérants soutiennent que M. B E a perdu une chance sérieuse de survie, toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'une prise en charge médicale plus rapide aurait permis d'éviter la survenance du décès de M. B E. Par suite, la demande d'indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 9 qu'une prise en charge médicale adaptée aurait permis d'éviter à M. B E des souffrances physiques et morales. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice en allouant à Mme A, une somme de 10 000 euros. En revanche, il n'y a pas lieu d'allouer une indemnisation au titre de ce préjudice à M. J E, dès lors qu'à supposer qu'il ait entendu se prévaloir de sa qualité d'héritier, il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

16. En troisième lieu, le décès de M. B E a causé un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence à l'égard sa mère, Mme A, dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 8 000 euros.

17. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, que la victime aurait entretenu des liens affectifs avec son frère, M. J E, justifiant l'octroi d'une indemnisation au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence. Par suite, la demande d'indemnitaire présentée à ce titre doit être rejetée.

18. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme A est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme globale de 18 000 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

19. Mme A a droit aux intérêts sur la somme de 18 000 euros mentionnée au point 19 du présent jugement à compter du 29 octobre 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable. Les intérêts seront capitalisés à compter du 29 octobre 2022, date à laquelle une année d'intérêts était due, puis à chaque échéance annuelle ultérieure.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'Etat est condamné à verser Mme A la somme globale de 18 000 euros. Elle portera intérêts à compter du 29 octobre 2021 et ces intérêts seront capitalisés à compter du 29 octobre 2022, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G H, agissant en qualité de tutrice de Mme I A, à Me Patoureaux et au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au Pôle de gestion des patrimoines privés.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2025.

La rapporteure,

N. D

La greffière,

S. BALTIMORELa présidente,

S. CAROTENUTO

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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