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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2201006

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2201006

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2201006
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2022 et 31 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Guedj Benayoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2021 par laquelle le maire de Castelginest a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 10 septembre 2021 ;

2°) de condamner la commune de Castelginest à lui verser la somme totale de 7 327,64 euros en réparation de son préjudice financier et de son préjudice d'anxiété ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Castelginest le versement de la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de faits, la matérialité de l'accident dont elle a été victime étant établie ;

- aucune faute personnelle ni circonstance particulière n'est de nature à détacher du service l'accident dont elle a été victime, de telle sorte que son imputabilité au service doit être reconnue ;

- cet accident lui a causé des douleurs physiques, a entraîné une perte de rémunération et l'a contrainte à recourir aux services d'un avocat, tandis que le refus de reconnaître son imputabilité au service s'inscrit dans un contexte de harcèlement moral ;

- le préjudice résultant de la perte de salaire s'élève à la somme de 2 327,64 euros ;

- elle a subi un préjudice d'anxiété, évalué à 5 000 euros, résultant de l'information selon laquelle une procédure disciplinaire pourrait être engagée à son encontre pour fausses déclarations ;

- ses conclusions indemnitaires ont été régularisées par la formation d'une demande indemnitaire adressée à son employeur le 13 janvier 2023.

Par des mémoires enregistrés les 4 janvier et 21 février 2023, la commune de Castelginest, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, en l'absence de demande indemnitaire préalable de nature à faire naître une décision liant le contentieux ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 1er février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frindel ;

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public ;

- les observations de Me Reynaud-Eymard, substituant Me Guedj Benayoun, représentant Mme A ;

- et celles de Me Danguy, représentant la commune de Castelginest.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative territoriale de première classe, exerce ses fonctions au sein des services de la commune de Castelginest (31). Le 20 septembre 2021, elle a déclaré avoir été victime d'une chute le 10 septembre précédant vers 16h40, alors qu'elle était à son poste de travail au centre de la petite enfance. Par un arrêté du 23 décembre 2021, pris après avis défavorable de la commission de réforme, le maire a rejeté sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident, au motif que sa matérialité n'était pas établie. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la commune de Castelginest à réparer les préjudices subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service (). / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ". Aux termes de l'article 37-4 du décret du 30 juillet 1987 susvisé pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " L'autorité territoriale qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / () 2° Diligenter une enquête administrative visant à établir la matérialité des faits et les circonstances ayant conduit à la survenance de l'accident ou l'apparition de la maladie ". Ainsi, un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

3. En l'espèce, Mme A soutient avoir été victime d'une chute sur son lieu de travail, dans le temps du service et à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, causée par le déboitement d'une des roulettes du fauteuil sur lequel elle était assise, alors qu'elle s'apprêtait à se lever. Elle fait valoir que cet accident lui a causé des douleurs rachidiennes cervico-dorsolombaires ainsi que des douleurs à la hanche gauche. Toutefois, il ressort du constat réalisé le 28 septembre 2021 par un huissier de justice à la demande de la commune, que la roulette en cause " présente un bon état apparent " et qu'elle " ne comporte aucune dégradation visible ", que le pied sur lequel elle doit s'insérer " ne présente aucune dégradation ou fissure apparente ", que " la roulette s'y emboîte parfaitement ", sans " aucun jeu ou défaut apparent ", et qu'une fois en place, " la roulette ne peut être retirée qu'en soulevant le fauteuil et en tirant très fortement afin de pouvoir la ressortir ". Alors qu'il ressort des pièces du dossier que le fauteuil examiné par l'huissier de justice, et dont des photographies sont jointes à son constat, est celui trouvé à l'emplacement du poste de travail de la requérante et mis en sécurité par sa supérieure hiérarchique dès l'annonce de l'accident déclaré, ces constatations permettent d'exclure l'hypothèse que la roulette se soit déboîtée seule de son pied pendant que Mme A était assise, ce qui corrobore le témoignage de la responsable du centre de la petite enfance, qui atteste l'avoir vue, environ 1h30 avant l'accident allégué, une roulette du fauteuil à la main. Par ailleurs, la requérante, qui était seule au moment des faits, a donné des versions divergentes de l'événement, indiquant dans sa déclaration d'accident de travail du 20 septembre 2021 être tombée violemment sur le dos en se cognant la tête contre le mur, tandis que dans le SMS envoyé à sa responsable le 10 septembre 2021, elle mentionnait tout à la fois être tombée de sa chaise et s'être " rattrapée au bureau ". Si les certificats médicaux des 10 septembre 2021 et 7 janvier 2022 évoquent une chute sur le lieu de travail, le médecin généraliste qui les a établis a reconnu, au cours d'une réunion de conciliation tenue le 22 novembre 2022 sous l'égide du conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Garonne, s'être borné à retranscrire les déclarations de Mme A. Enfin, les différentes pièces médicales produites par l'intéressée ne font état d'aucune lésion, et ne permettent pas de rattacher les douleurs dont elle se plaint, ni le pincement de ses disques cervicaux, à la chute dont elle allègue avoir été victime. Il s'en déduit que l'existence même d'une chute de la requérante sur son lieu de travail, indépendamment des circonstances dans lesquelles elle aurait pu intervenir, n'est pas établie. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée reposerait sur des faits inexacts doit donc être écarté.

4. En second lieu, dès lors que la matérialité de la chute n'est, ainsi qu'il vient d'être dit, pas établie, et que Mme A ne peut, dès lors, être regardée comme ayant été victime d'un accident au sens de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, elle ne peut utilement soutenir qu'aucune faute personnelle de sa part, ni aucune circonstance particulière, n'est de nature à détacher l'accident du service.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. D'une part, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'accident de service avéré, les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité de la commune de Castelginest à raison du préjudice financier résultant pour la requérante d'un tel accident, ne peuvent qu'être rejetées.

7. D'autre part, Mme A demande l'indemnisation du préjudice d'anxiété découlant de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre pour fausse déclaration à la suite de l'accident en litige. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit précédemment, la réalité de l'accident déclaré par la requérante n'est pas établie, de telle sorte que l'ouverture d'une procédure disciplinaire, aboutissant le 23 février 2022 à l'exclusion temporaire de fonctions de l'intéressée pour une durée de trois jours, décision au demeurant non contestée, n'apparaît pas entachée d'une illégalité fautive. Par suite, les conclusions présentées par Mme A et tendant à la réparation de son préjudice d'anxiété ne peuvent qu'être rejetées.

8. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Castelginest, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A sur leur fondement. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de Mme A le versement à la commune de Castelginest d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Castelginest la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Castelginest.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

No 2201006

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